‹ Histoire de la litterature canadienneChapitre 10 sur 66 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Litterature,

Rens

Civilisation.—Littérature.—Le beau en littérature.--Origine et in-

fluence de la littérature.—Marche du mouvement littéraire.—

Poésie.—Commencement, apogée et décadence des littératures nationales.—Avantages de l’étude de la littérature.—Eloquence. —Les peuples jugés par leurs productions littéraires. —Caractère et tendance de la littérature à notre époque.

La littérature est la plus haute expression du degré de civilisation chez un peuple.

Qu'est-ce que la civilisation ?

Qu'est-ce que la littérature ?

Ilexiste dans une langue des mots qui sont appelés, comme certains individus dans les sociétés, à jouer un rôle étonnant. Que de bruit, que d'éclat n’ont pas fait les mots progrès et civilisation | Ces mots ne sont pourtant pas des similaires, des sons; ils correspondent à une réalité. Le bon sens nous assure d'ailleurs de l'existence de cette réalité. On ne mesure les choses de l’ordre moral qu'avec le secours d’une réalité : or, un peuple est d'autant plus appréciable qu’il est plus civilisé. La civilisation est un fait complexe. Pour bien étudier ce fait il faut en,décorminer! les divers éléments, les grouper,

en former des : classe) distinetos. ? so ‘ B

oe La civilisation se montre à nous avec deux genres de faits qu’on est convenu d'appeler faits sociaux et faits moraux. Les premiers 8e rattachent à l'humanité: les institutions chez les peuples, la loi qui règle les rapports des individus entre eux, la guerre qui protège le droit, l'administration de la chose publique, le culte extérieur envers la Divinité, dépendent de l’ordre social. I’idée chez l'individu, les mœurs, les lois individuelles, les facultés humaines, les sentiments, les passions sont des faits qui se rapportent à l’ordre moral. Ce dernier est en petit ce que l’autre est en grand. De même que la réunion de plusieurs individus forme la société, de même l’ensemble des faits qui se rencontrent dans l'individu forment l'être raisonnable. (Ce sont deux sphères qui entrent l'une dans lautre, qui se forment Vune par l’autre, et qui n'existent pas l’une sans l’autre. Composées toutes deux des mêmes éléments primitifs et irréductibles, elles ne sont pas distinctes en nature, mais seulement quant à leur propriété d'expansion. En sorte que, si on se place au centre de la nature humaine, on voit ce qui se passe dans la sphere sociale; si on se place au centre de la sphère sociale, on voit également ce qui se passe dans la sphère morale. Ainsi, la sphère la plus étendue n’est que l’image embellie, développée de l’autre. Qui étudie et analyse les éléments constitutifs de la première, étudie et approfondit aussi les mêmes éléments constitutifs de la seconde.

éf N Entrons donc dans le sanctuaire de la conscience. Qu’y trouve-t-on ? cinq classes d'idées représentant l'utile, le juste, le beau, le vrai et le divin; l’utile qui se traduit, au dehors, dans l’ordre social, par l'industrie; le beau, par les arts; le vrai, par la science; le juste, par les lois; le divin, par la religion. Voilà les cinq éléments irréductibles, auxquels se rattachent toutes autres classes d'idées, que l'analyse découvre au fond de la conscience humaine. Il s’en suit que las éléments constitutifs de l’ordre social sont empruntés à l'ordre moral et n’en sont que Je reflet embelli et agrandi. - Souvent ces éléments empiètént des ung sur les autres, [es

Ce

Le € [e É { €

(er «

MS

uns au profit ou au détriment des autres: c’est ce qui cons titue le désordre.

La civilisation ne peut donc être ailleurs que dans le développement des arts, l’avancement des sciences, le progrès industriel, la reconnaissance de l4 divinité, le bon fonctionnement des lois: voilà la civilisation! En dernière analyse, c'est l'avancement progressif et continu, dans l'ordre social, des idées premières, innées à l’homme et traduites äu dehors par l’objet qu'elles représentent; c’est la manifestation extérieure du beau, du vrai, du divin, du juste et de l’utile; c’est l’union intime et harmonique de ces mêmes idées, se propageant et se traduisant dans la société, en faits, en actions, en réalités.

{La littérature est la plus haute expression du degré de civilisation chez un peuple, car la littérature, c’est l’expression du beau; le beau, c’est un des attributs de l’ordre moral ; les éléments de cet ordre constituent la civilisation ;

il s’en suit donc que la littérature est une des marques qui peuvent déterminer le degré de civilisation dans une société.

&. Les beaux-arts proviennent de cette idée, innée à l’homme, qu'on appelle le Beau. L’éloquence, la poésie, la musique, l'architecture et la peinture sont les dernières formes du beau. Or, la littérature, dans son acception la plus étendue, comprenant la poésie et l’éloquence, la prose et les vers, se trouve largement incluse dans cette dénomination des beaux-arts. De Bonald n’a done pas complètement tort de regarder la littérature comme l'expression de la société. L'illustre savant dit plus que moins, et sa définition, comme on le dit en logique, n’a pas de différence propre; mais, il à raison, s’il fait entrer dans le domaine de la littérature les diverses productions de l'esprit qui sont et ne peuvent être que les formes que revêtent, dans la sphère sociale, les idées du juste, du vrai, du divin, du beau et de l’utile. Mais si nous restreignons la littérature à ses justes limites en la fixant au beau, j'avouerai qu’elle ne saurait être seule l'expression de la société ; car, comme nous l'avons vu, la société renferme d’autres éléments

Page 1