‹ Histoire de la litterature canadienneChapitre 11 sur 66 · PE ES · texte numérisé non relu

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premiers qui vont de pair avec le beau pour la former. Il n’en est pas moins vrai cependant que la littérature est la plus haute expression du degré de civilisation chez les peuples. |

© Le beau, dit St. Ambroise, c’est la forme du vrai; le vrai c’est l'ordre; le résultat de l’ordre, c’est l'harmonie ; dans les rapports métaphysiques, c’est la vérité; dans les rapports physiques, c’est la beauté.

L Remarquons maintenant que le beau dans un ouvrage d'esprit n’est pas tout ce qui plaît au premier abord à l'imagination, aux organes du corps, ou à certaines disposi- ‘ tions particulières des facultés de l’âme, mais surtout ce qui a droit de plaire à la raison, à la réflexion, tant par sa lumière que par sa justesse. Le père André (1), donne, en peu de mots, l’idée totale du beau dans un ouvrage d'esprit : Que la base en soit toujours la vérité, l’ordre, l’honnèête et le décent; que sur ce fond du beau essentiel, on répande selon l'exigence des matières, les images, les sentiments, les mouvements convenables, toutes les grâces du beau naturel; que l'expression, le tour, le style relèvent encore à l'esprit et à l'oreille ces beautés fondamentales du discours, mais avec un art qui ressemble si bien à la nature qu'on le prenne pour elle-mème; enfin, que tout cela forme un corps d’ouvrage lié, animé, soutenu et dans lequel il n’y ait aucun horsd'œuvre qui en rompe l'unité:

Denique sit simplex duntaxat et unum.

: C’est dans l’unité que réside la forme essentielle du beau en tout genre de beauté: Omnis porro pulchritudinis forma unitas est (2). C’est là un des premiers axiômes du bon goût. On doit donc reconnaître dans tout ouvrage d'esprit: unité de rapports entre toutes les parties qui le composent ; unité de proportion entre le style et la matière qu’on y traite; unité de bienséance entre la personne qui parle les

(1) Essai sur le Beau, (2) St. Aug.

choses et le ton qu’elle prend pour les dire, si on veut en faire un tout bien assorti.

Avant de parcourir ce qu'a produit de plus remarquable sous le rapport du beau-idéal la nation canadienne, je ferai quelques considérations générales sur l’origine, l'influence et le degré de perfection atteint par le mouvement littéraire. |

Il y a des choses aussi anciennes que l’homme parce qu’elles lui sont inhérentes. Elles suivent la même condition que l’être qui les produit, parceque leur existence est intimement liée avec cet être qui porte en lui-même le principe de ces choses.

Voilà pourquoi la littérature est si naturelle à l’homme.

Voilà pourquoi elle à existé à tous les âges, pourquoi elle a présidé à l'enfance de toutes les sociétés, pourquoi elle existera toujours. L'homme, possédant cette idée du beau dans sa conscience, il la transmettra toujours au dehors par des actes.

f— La littérature fut dès l’origine un souffle d'inspiration,

{un cri d’admiration.

4 L'homme sort des mains du créateur; il s’éveille en présence de son Dieu; il est ravi et extasié à la vue de cet être si supérieur à ses facultés. Il aperçoit cette nature grandiose, créée pour son usage, pour charmer ses loisirs et satisfaire ses goûts. Alors, sentant toute la reconnaissance qui doit l’animer à l’égard de son créateur, il s'empresse, dans la faiblesse et l'incapacité où il se trouve, de lui offrir ce qu'il possède; il chante les bienfaits de son Dieu parce qu’il le reconnaît comme le seul objet capable de le rendre heureux, et le seul digne d’être aimé; il s’agenouille: la première prière de l’homme sur la terre tombe des lèvres du premier homme: c’est le prélude de l’éloquence. +

L'harmonie des merveilles de la nature, cette grande variété de spectacles enchanteurs, tous assujettis aux lois de l'unité, donnent naissance à des chants de louange, aux élans de son âme, et, l’énivrement de la joie qu'il ressent lui fait prononcer avec enthousiasme et dans un saint délire

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des mots harmonieux et cadencés: c’est le prélude de la poésie.

La poésie, c’est l'expression spontanée de l'enthousiasme et de l’exaltation de la pensée humaine, inspirée par un souffle divin : mens divinior.

« La poésie, ” dit Lamartine, “est l’incarnation de ce que l’homme a de plus intime dans le cœur, de plus divin dans la pensée, de ce que la nature visible a de plus magnifique dans les images, de plus mélodieux dans les sons. Elle est à la fois sentiment et sensation, esprit et matière : la prose s'adresse à l’idée; la poésie à l’idée et à la sensation à la fois.”

« Le souffle de la poésie,” dit Fleury, “transforme et élève

\ tout ce qu’iltouche. Par elle, le sentiment vulgaire devient

sublime, la nature s'idéalise. Le vent n’est plus un simple déplacement de l'air, c’est.une puissance mystérieuse qui soulève les vagues et féconde les fleurs. Les champs, les bois, la nature entière ont, par elle, des voix mystérieuses ; les sentiments doux ou amers, la pudeur ou la haïne, l’amour ou la vengeance trouvent chez elle un langage concis et, tour à tour, délicat ou terrible, qui va remuer l’âme en ses replis secrets. Tous les sentiments, toutes les vagues impressions, toutes les inspirations et les idées qui flottent dans l'espace, la poésie s’en empare; elle prend ce qu’il y a de plus éthéré dans les rêves des hommes pour en composer son miel. Hlle ne dédaigne mème pas le côté mesquin et ridicule des événements, mais elle le dépouille de ce qu’il y a de plus grossier et d’individuel ; elle l’exagère en l’idéalisant, et elle en fait la poésie comique qui s'égaye des travers et se complait à mesurer la distance entre ce qui est et ce qui devrait être.”

L'homme est le même partout, étant régi par les mêmes lois et possédant les mêmes facultés. Ce qui est naturel pour un peuple l’est également pour un autre. La littérature en offre une preuve.

Chaque peuple possède ses chef d'œuvres en beautés littéraires. Dans chaque nation il s’est trouvé des hommes qui,

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représentant les idées de leurs concitoyens, ont formé un genre de littérature propre aux goûts du peuple, eten rapport avec les habitudes, les mœurs et le caractère des habitants.

Mais si Dieu a donné, de la sorte, le génie à tous les peuples, il faut ajouter que tous ne l'ont pas possédé au même degré. Leurs créations littéraires diffèrent, tantôt quant à la forme, tantôt quant aux idées. L'histoire nous montre avec orgueil, chez certains peuples, une longue liste’ de noms illustres. |

Moins favorisés, d’autres pays ne peuvent s’honorer que d’une littérature bien inférieure. À peine quelques hommes viennent-ils, à de rares intervalles, illuminer, des rayons de leur génie, des siècles de ténèbres et de barbarie. Ces rares apparitions prouvent cependant que le génie littéraire d’un peuple ne peut que s’affaiblir et non disparaître entièrement.

La constitution des états, le règne des souverains, les rapports sociaux, la protection et l’encouragement donnés aux lettres, l'opinion publique, les mœurs, les coutumes, les cavactères distinctifs des sociétés sont autant de causes qui déterminent le degré d'avancement intellectuel chez les peuples. C’est ce qui explique la royauté intellectuelle qu'ont exercée les Grecs et les Romains, au milieu de nombreuses nations barbares qui n’ont rien produit en littérature. De: même, si les Français, les Italiens, les Espagnols, les Alle- | mands et les Anglais ont tenu le sceptre du génie et ont in- | fluencé, de leur souffle inspiré, les autres contrées de l’Europe, en se créant une littérature indigène, il faut en rechercher | les causes dans le caractère patriotique et national de leurs | institutions, à la perfection de leur langue, à la sagesse de leurs lois, au développement spontané et rapide d’une civili-, sation créatrice et toujours progressive.

Si, d’un autre côté, nous jetons un regard sur les nombreuses peuplades qui habitèrent, il y a quelques siècles, les sombres forêts de l'Amérique; si nous ouvrons l’histoire des peuples barbares qui devinrent tour à tour la proie du peu-

le romain; si nous fouillons les annales historiques des races du Nord qui envahirent le dernier des quatre grands

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