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comité de régie, chargé d'établir des écoles normales à Québec et à Montréal. Les troubles politiques qui survinrent bientôt après en retardèrent longtemps le succès. |
Les Frères des écoles chrétiennes arrivèrent à Montréal en 1837, au nombre de quatre. Ils se chargèrent de l’édu. cation de la jeunesse dans les écoles catholiques.
En 1839, pendant la suspension, par suite des troubles, de l'acte municipal de 1791, le conseil spécial, qui remplaçait provisoirement la législature, passa une ordonnance favorable à l'éducation. ‘ Mais cette ordonnance ne se rapporte qu’à Montréal et aux seigneuries environnantes, appartenant aux MM. du Séminaire de St. Sulpice (3 et 4 Vict., ch.20). Elle autorise les Sulpiciens à commuer les terres situées dans leurs seigneuries, les confirme dans leur possession et dans leurs . revenus, à la condition d'employer ces revenus à des œuvres pieuses et à répandre l’instruction. On assure que le Séminaire consacre, annuellement, au-dessus de £8,000, pour les fins de l’éducation, dans la ville et le District de Montréal.
Le premier Parlement-Uni passa, en 1841, une loi pour l'établissement des écoles primaires (4 et5 Vic., ch. 18), Cette loi place les écoles sous la direction générale d’un Surintendant de l'éducation et sous le contrôle immédiat du conseil municipal, créé pour cette fin, bureau de l’éducation dans chaque district municipal.
Le maire était de fait président du bureau d'éducation. Cette loi ne reconnaissait le principe électif qu’à l'égard des commissaires, et elle inaugurait, dans le pays, le principe de contribution forcée. L’'ignorance et les préjugés se mirent de la partie, et un soulèvement général en fut la conséquence. Elle ne fonctionna jamais régulièrement. Elle fut remplacée
par la 8. Vic. ch. 41, passée en 1845. Cette dernière loi sanctionnait un principe contraire : les contributions volontaires, ce qui amena un résultat plus pénible encore. La législature abrogea de nouveau ce principe, et la contribution forcée fut admise par la 9 Vic. ch. 27, passée en 1846, avec cette modification à l’acte de 1841 : le fonctionnement de la loi fut indépendant de la coopération du conseil municipal: Cette loi fut amendée de nouveau en 1849 (12 Vic., ch. 50).
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En 1854, le nombre total de nos maisons d'éducation, pendant le fonctionnement de la loi de 1846, était de 2,571, et le nombre des élèves de 119,737.
L'école de médecine canadienne, organisée, dès 1831, sous les auspices du bureau des examinateurs, fut incorporée en 1845. |
En 1846, l’'Hon. B. JoLrer, membre du conseil législatif, fonda le coliége qui porte son nom, dans le village de l’Industrie, confié aux clercs de St. Viateur, qui en devinrent propriétaires en 1851. Le Collkége Masson fut fondé, en 1847, par les dons généreux de Dame veuve Josepx Masson. La seconde arrivée des RR. PP. Jésuites en Canada, date de 1842, mais leur nouveau collége ne fut fondé, à Montréal, qu'en 1848, par le Père F£Lrx MARTIN, sous les auspices de l'évè- que BouRGET. Le Collége de Rigaud fut fondé, en 1850, sous les auspices de l’acte d'éducation (9 Vic., ch. 27), par Messire DesauTeLs et par les commissaires de la paroisse. L'école des Sourds-Muets, à Montréal, fut établie, en 1850, par les soins de M. l’abbé Lacorce. Le Collége de Lennoxville remonte à 1851, et celui de Ste. Marie de Monnoir, fondé par Messire EpouarD CREVIER, V.G , fut incorporé en 1855; le Collége de Lévis, en 1853, par 1 ES Jos. Dezrer ; le St Thomas Collége, à Richmond, en 1854.
De 1842 à 1855, l'éducation suivit sa marche ascensionnelle, On constate surtout les progrès faits dans l’enseignement primaire. Cette période est remplie par le nom d'un homme qui s’est dévoué pour la cause de l'éducation, M.le Dr Mur. LEUR, ex-ministre de l'instruction publique. “11 prit, dit un journaliste, la direction-de l'instruction publique à son berceau ; il a dû tout créer, jusqu’à l'amour de l'instruction parmi nos populations.” Ce n’est pas le lieu ici de dire tous les efforts qu’il a déployé; qu'il me suffise de citer les lois qui ont été passées, pendant sa longue administration, pour faire fonctionner le système qu'il avait inauguré. Ces lois comprennent l'acte 4et5 Vic., ch. 18, passé le 18 Septembre 1841; l'acte 9 Vic., ch. 41, passé le 29 Mars 1845 ; l'acte 9 Vic., ch. 27, passé le 9 Juin 1846 ;: l'acte 12 Vic., ch. 50, passé le 30
sien
Mai 1849; l'acte 14 et 15 Vic., ch. 97, passé le 30 Août 1851. | Le Dr. Meilleur fut remplacé, en 1855, par M. Crauveau,
qui est resté jusqu’à 1873 ministre de l’instruction publique en Bas-Canada. Le nouveau ministre fit passer, en 1857,
deux projets de loi. L'un amendait les actes des écoles communes du Bas-Canada de 1846-49-53. Il pourvoyait à la création d’un conseil d'instruction publique, et à la fondation d’un journal de l'instruction publique dans les deux langues. H permettait aux municipalités scolaires de lever des cotisa-
tions. Le deuxième projet statuait l'établissement d'écoles
normales et créait un fonds permanent de $88,000, destiné à l’enseignement superiéur, formé du revenu des biens des
Jésuites, et $20,000 pris sur le fonds consolidé de la province.
Cette même année (1857), les écoles Normales Laval, Jacques-Cartier et McGill, furent inaugurées. Elles ont pour objet de former des instituteurs et d’uniformiser le système d'instruction publique.
La loi de 1852 fut amendée en 1863. Cet amendement
sanctionne le principe des écoles séparées.
De 1855 à 1870, l'instruction élémentaire fit de grands
progrès. Les préjugés qui, autrefois, s'étaient formés au
simple mot de taxes à être imposées sur la propriété pour les fins de l'éducation, disparurent. Des efforts communs furent tentés de tous côtés pour assurer à la loi son bon fonctionnement, en sorte, que si M. Chauveau, héritier de la succession du Dr. Meilleur dans le département de l'éducation, à vu ses efforts couronnés en partie, il doit beaucoup de son succès d’abord à son prédécesseur, ensuite à l'entente commune des hommes éclairés des deux provinces. A cela, il faut encore ajouter l’aide efficace du gouvernement qui, par des octrois considérables, à pu nous fournir de nouvelles institutions. L'établissement des écoles normales est l’œuvre de M. Chauveau. Ces établissements, fondés dans le but de
fournir des instituteurs, préparent les élèves à l’enseigne-
| ment primaire. Elles n’ont pas apporté au pays de grands
avantages, quoiqu'elles nous coûtent fort chères, et jene puis D
reconnaître qu'elles aient suppléé à l'instruction secondaire qui nous manque. C'était pourtant le plus beau titre, le fleuron le plus brillant à attacher à une couronne de ministre, dans Les circonstances où nous noustrouvions. Cette palme, lPhonorable ministre de l'instruction publique n’a pas cru devoir la cueillir. Peut-être comptait-il que les trois écoles normales qu’il a fait fonctionner allaient suffire à nos besoins ; dans tous les cas, il s’est trompé, et aujourd’hui il n'y à qu’une voix pour réclamer de la législature une loi libérale dans le sens de l'éducation secondaire. Je remarque avec plaisir que l'initiative individuelle, à Montréal, est parvenue à fonder une maison d'éducation où la jeunesse de cette ville peut
puiser les connaissances qu'il lui faut pour se livrer à des : 4
carrières honorables, en dehors des professions libérales: je veux parler de l'Académie Commerciale. Cette institution, calquée sur le système américain, est appelée à jouer, parmi la population canadienne-française, le rôle puissant que rem plit si bien le Montreal Business College parmi nos compatriotes d’origine anglaise.
Ainsi, on peut suivre la marche de l'éducation en Canada. Elle fut lente à la vérité, mais grâce au zèle et à la générosité du clergé canadien et aussi aux efforts de quelques citoyens éclairés, elle put en quelques années arriver à une hauteur comparativement élevée. Les colléges classiques se sont répandus sur différents points du pays : il n’est pas nécessaire de nommer ici les brillantes maisons d'éducation qui sont venues grossir la liste de celles que j'ai déjà citées. Mais reconnaissons un fait : notre éducation est-elle ce qu’elle devrait être? Non; il y a encore beaucoup à faire. À mon point de vue, et en cela je partage l'opinion d’un grand nombre de personnes influentes, nous manquons d'un système d'éducation pratique. Les Anglais nous ont devancés sous ce rapport, et les Américains sont bien loin devant nous, Nos écoles normales, appelées à remédier à ce mal, n’ont pas fait de progrès marquants; j'en ignore la raison, sans toute foisl'avoir spécialement recherchée. Mais je prends les faits tels qu'ils existent; je les constate, à d’autres d’en étudier
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les causes. Il nous faudrait un système académique appelé à jouer, au Canada, un rôle analogue à celui que remplissent, aux Etats-Unis, les institutions de ce genre. Il ne faut plus tant chercher à former des hommes pour les professions libérales qu'à inculquer à la Jeunesse le génie des affaires: en un mot, il nous faut beaucoup plus d’arpenteurs, de mécani- ciens, de mathématiciens, de banquiers, d'économistes, ete. que d’hellénistes ou latinistes, que d'avocats, médecins ou notaires. Les écoles normales deQuébec et Montréal suffisent. elles? Non. Que la majorité de nos maisons d'éducation aient un système pratique plutôt que théorique et classique, et nous nous en trouverons mieux. Loin de moi la pensée de retrancher toutes études fortes et savantes. Ce que Je désire, c'est un progrès dans le sens de l'éducation moyenne; car ce genre d'éducation est destiné au plus grand nombre. C'est là ma pensée.
En 1852, le Séminaire de Québec consacra des sommes extraordinaires, avec une générosité qu’on ne saurait trop apprécier, à la fondation d’une immense maison pour le perfectionnement des études libérales, réalisant ainsi les plans du comité sur l'éducation, mentionné plus haut. L'Université. Laval possède quatre facultés : théologie, droit, médicine, arts, — elle compte plus de trente professeurs, dont quelques-uns ont été appelés de France,
‘“ L'exécution de tous ces travaux," dit M. Taché (ER a exigé plus de 300,000 piastres (1,500,000 Liv.) et ceux qui visitent ces immenses constructions sont tout surpris de ce qu’on a accomplis en si peu d'années.”
* L'Université-Laval,” remarque M. Rameau, ‘fruit d’une grande pensée, doit en effet devenir une grande chose: elle peut être le centre du mouvement intellectuel au Canada, et par conséquent la pierre angulaire de cette puissance propre que nous désirons pour les Canadiens ” (2).
Il est désirable que de si magnanimes efforts soient cou.
(1) Esquisse sur le Canada.
(2) La France aux colcnies, p 265
Re CE ronnés de succès; mais il ne faut pas se Île dissimuler, l'Université-Laval pour des raisons multiples n'offre pas, par L le nombre de ceux qui fréquentent ses classes, le caractère des grandes institutions univeñsitaires. Québec n'est pas et ne pourra jamais être le centre des progrès intellectuels en Canada. Cette destinée semble réservée à Montréal. Cette \ dernière ville, étant le centre des affaires, le siège du commerce de toute la Province, on pourrait dire de toute la Puissance, rassemble dans son sein la majorité de la jeunesse 1 active, pensante et instruite du pays. C'est pourquoi la question de l'établissement d’une Université à Montréal n'est qu'une question de temps ; je l'espère du moins.
Observons, avant de clore cet aperçu historique de l’instruction en Canada, que les divisions et les haines politiques ont beaucoup contribué à retarder les progrès intellectuels. 1 Si, au lieu de chercher noise et querelle à son voisin, chacun de nous se fut occupé à chercher le véritable remède à nos maux en popularisant l'éducation, l'ignorance n'aurait pas de si profondes racines. |
& An milieu de ces chicanes de partis,” écrivait un littéra: teur français (1), “sous le poids de ces coups de vent politi- « ques, qui prennent un caractère grave, beaucoup de cana- M diens sont restés fidèles aux pacifiques autels des muses. J'en « ai connu plusieurs qui se consacraient, avec une religieuse, 4 patience, à l'étude de leurs anciennes annales, qui s’estiment 4 heureux quand, après une longue et consciencieuse investiga- È tion, ils arrivent à corriger l'erreur d’un historien, à # rechiffrer une date, à reconstituer un fait. J’en ai connu L d'autres qui se livrent avec une innocente candeur aux ! douces joies de la poësie. Comme ils n’ont point de théâtres 4 et de lecteurs assez nombreux pour encourager les grands travaux, ils ne se hasardent ni dans les vastes espaces de . l'épopée, ni dans les orageux défilés de la tragédie. Humbles jardiniers du Parnasse, ils cultivent, à l'écart, l’aiguillon de k l'épigramme, la fleur du madrigal, les rameaux éplores de 1 l'élégie.” .4
() Marmier, Lettres sur l'Amérique.