‹ Histoire de la litterature canadienneChapitre 41 sur 66 · NT · texte numérisé non relu

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milieu des tribus indiennes et montre les bienfaits du christianisme sur ces peuples incultes et barbares. La conversion des sauvages, le zèle infatigable des missionnaires, les grandes figures de Jacques Cartier et de Champlain, de M. de Maisonneuve, de M. Olier et Mademoiselle Mance, la coupable indifférence de la compagnie des cent associés qui néglige la civilisation chrétienne des indiens et la colonisation de la Nouvelle-France au dépend d’un négoce sordide ; nos grandes luttes contre la confédération iroquoise, la fondation de Ville Marie et le désintéressement de ses associés: tels sont les traits dominants de l’ouvrage de M. Faïllon.

L'histoire s'arrête à l’année 1682. Dans la première partie l'auteur retrace la ligne de conduite des compagnies marchandes qui obtinrent le monopole du commerce de la Nouvelle-France à condition d'établir, à leur frais, des colonies dans ce pays et d’y porter Ia foi catholique. Dans la deuxième partie l’historien déploie toute la vigueur de son * burin pour mettre sous les yeux du lecteur les efforts et les succès de la société de Notre-Dame de Montréal qui commença à réaliser les religieux desseins des rois de France.

M. l’abbé Faillon a bien mérité des canadiens pour son histoire; c’est un monument précieux pour l’avenir. IE rappellera pendant longtemps les sacrifices et les privations de toutes sortes qui ont entouré le berceau de la colonie.

Le style est clair, souple, sans recherches ni affectation. L'écrivain cause avec son lecteur; c’est une narration sans amplification pompeuse. On n’y voit guére ces grands mouvements qui dominent l'historien mème le plus grave. Les détails abondent et enjolivent le fond du tableau. Remarquons que l’abbé Faillon ne raconte pas à la manière des autres historiens qui ont écrit sur l’histoire du Canada, ily à comme une teinte, je ne dirai pas de partialité, car les faits, qu’il raconte sont vrais, mais il y a comme une tendance à montrer les faits que sur un certain côté. Il n’y a peut-être pas, pour dire toute ma pensée, toute l'intégrité désirable, M. Faillon raconte surtout et de préférence les événements

qui se rattachent à la colonisation de Ville-Marie. Evidemment il avait une prédileetion, très naturelle du reste, pour Montréal. La maison de St. Sulpice, ses ‘efforts pour répandre la colonisation et pour opérer la conversion des sauvages, sont minitieusement mis au jour au détriment d'une foule d'événements que l'histoire politique d’un peuple k doit enrégistrer.

En outre, M. Faïllon est plutot moraliste que philosophe ; : “ce qui n’est pas toujours blâmable. Aussi, recherchera-t-il

Luplutôt les causes dans des aperçus surnaturels ou lésen-

“daires, laissant de côté les causes naturelles ou physiques. “Suivant lui plusieurs miracles ont présidé à l'établissement “de Ville-Marie: la' vocation de M. Olivier, les démarches de M. de la Dauversière et de Mademoiselle Mance sont “autant de desseins providentiels et en certains cas de déro- “pations aux lois de la nature. Suivant moi, M. Faillon

M'éloisne trop souvent du réel pour planer dans le conjectural.

Aussi, son histoire se placera-t-elle de préférence dans les bibliothèques des communautés religieuses; mais l’homme du mnmonde, le citoyen, le laique, celui qui s'occupe du passé poli-

“tique de son pays, consultera l’histoire de Garneau.

Doué d’un talent facile, d’un amour inépuisable pour le travail, l'abbé Taïllon a encore laissé plusieurs autres ouvrages remarquables qui tout en faisant connaître la vie d'unper-

Sonnage, d’une sainte ou d’une femme pieuse, aident encore à “étudier l’histoire de notre pays en illustrant des faits parti- MuGuliers ou certaines époques, souvent très fertiles en | “grands événements. Tels sont la Vie de Madame dYouville, | - fondatrice des sœurs de la charité de Ville-Marie dans l’île nude Montréal, en Canada (1852) pp. 491; Vie de la sœur … Bourgeoys, fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame de Ville-Marie, en Canada, (1853); Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de St. Sulpice et de la colonie de Montréal, (1853) men 2 volumes ; Vie de Melle Mance et Histoire de l'Hotel-Dieu

de Ville-Marie, dans l'Isle de Montréal, en Canada (1854), en 2 volumes; L'héroine chrétienne en Canada ou vie de Melle LeBer (1860). Ces ouvrages sont écrits avec cette simplicité

de style qui distingue tous les écrits de Pauteur. Les défauts que nous avons cru apercevoir dans l’histoire de la Nouvelle- France se font remarquer d’une manière encore plus sensible dans ces derniers ouvrages. La fondation de Montréal; suivant l’auteur, est une des œuvres les plus extraordinaires qui aient paru dans l’histoire de l'église; et pour appuyer, cette proposition, certainement exagérée, l’auteur, dans tous ses ouvrages, fait découler de faits surnaturels, la plüpart des événements qui marquent notre passé. Loin de moi la pensée de blâmer, outre mesure, cette tendance légendaire qui voile tous les écrits du savant sulpicien, mais je soutiens que ce mysticisme, qui va jusqu'à qualifier de sainte et de saint des personnages historiques d’une ‘grande vertu à lan © vérité mais qui n’ont pas encore été reconnus comme tels par l’église, est de nature à restreindre les élans de lhistos riens, à assombrir les couleurs de son pinceau au détriment de l'appréciation froide et raisonnée des hommes et des choses. I’histoire ne se nourrit pas de fictions ou de légendes, elle s'inspire à la source des faits authentiques, pleinement démontrés, non pas seulement par une tradition vulgaire mais par le témoignage éclatant des documents publies et des archives de l'Etat.

L'abbé J. B. A. FErRLAND naquit à Montréal le 25 Dé: cembre 1805 et mourut à Québec le 8 Janvier 1864 I descendait d’une ancienne famille du Poitou dont un des ancêtres vint s'établir dans l'Ile d'Orléans, près de Québec Son père mourut jeune et sa mère, Elisabeth Lebrun de Duplessis, fille de l’un des quatre avocats qui demeurèrent en Canada après la Cession, alla se fixer, en 1813, à Kingston où le jeune Ferland fut instruit sous les soins de l'abbé Gaulinss plus tard évèque de ce diocèse. Il était déjà savant pour un jeune homme de son âge lorsqu'il entra au Séminaire des Nicolet. Là, Mer. Plessis remarquant ses aptitudes l'en fit” son Sécrétaire. Mais adandonnant cette charge pour lens seisnement, le jeune ecclésiastique devint professeur. de rhétorique et de philosophie au collége de Nicolet. Il reçut les ordres sacrés en 1828, et sur le champ, fut nommé vicaire

hde Québec. Subséquemment, il exerça son ministère à la i Rivière du Loup, St Roch de Québec, St. Isidore, St. Foye, MuSte. Anne de Beaupré et St. Féréol. En 1834, 1 de éd | démie du grand choléra, il devint chapelain de l'hôpital de M marine et des immigrants. n 1841, nous le retrouvons à Nicolet comme surintendant des Een en 1848, il était 1 de cette maison d'éducation. none 1850. il était “attaché à la cathédrale de Québec, membre du conseil de | … l'évêque, chapelain.de la garnison, doyen de la faculté des Muarts et professeur d'histoire du Canada à l'Université l Laval.

M Tel sont, en peu de mots, les dates remarquables de la | - vie de cet écrivain distingué. Une longue carrière de labours efficaces, consacrée aux devoirs de l’apostolat et à la | ruse de l’éducation. Esprit méthodique, ses journées étaient Ë M ibuécs avec précision. Îl suivit un règlement jusqu’à “la fin de sa vie sans jamais l’enfreindre. Pendant longtemps | sa modestie le retint dans l’ombre, il était âgé de 40 ans D orsqu’ il commença à produire ces beaux fruits qui font la | richesse de notre jardin littéraire. Riche en idées, en faits, en connaissances, perspicace, observateur profond, consciencieux, esprit modéré, sobre, il était doué de toutes les “aptitudes et de toutes les qualités qui font les grands historiens.

“Un certain condottière de la plume, qui était passé en Canada avec le dédain sur les livres, l’abbé Brasseur de’Bour- Dour, avait écrit une Histoire du Canada où les noms les plus illustres de l’épiscopat étaient traités avec un sans façon, une 1: Brossièreté aussi étrange qu'injuste, où les faits étaient con- Mtrouvés, faussés, dénaturés, où l’auteur, prince de la morgue et du D lime jetait sur l’église du Canada et sur le pou- IWOir civil des paroles injurieuses dans deux gros volumes. Il fallait une plume pour répondre à ces insultes, à ces erreurs de faits, à ces insinuations malveillantes; mais une plume digne, grave, modérée, savante surtout. C’est alors que l'abbé Ferland se fit connaître au public littéraire de notre pays par ses Observations sur un ouvrage intitulé: * Histoire

du Canada,” ete, par l'abbé Brasseur de Bourbour, 1853, pp.

H9. Cet essai acquit à l’abbé Ferland une réputation cana-

dienne. On sentaitlà un futur historien, la connaissance profonde qu'il avait des sources de notre histoire l’indiquait. Ce fut un vrai concert de félicitation, les amis de la litté: rature canadienne comptèrent un ailié de plus.

Les Observations furent suivis des Notes sur les Régistres de N\.-D. de Québec. Sans être d'un intérêt général, ces Notes ne manquent pas d’avoir un certain ‘prix pour les canadiens français. Car elles renferment un résumé de ce que le plus ancien de ces régistres offre de remarquable touchant les” familles établies en ce pays dans les commencements de la colonie. Lies descendants des premiers habitants de da Nouvelle-France aiment à y trouver des renseignements SuE l'origine, les alliances, les migrations de leurs ancêtres: Quelques souvenirs historiques des premiers essais de colos nisation servent d'introduction à ces notes. |

À ces essais viennent s'ajouter plusieurs articles écrits avec pure'é, pleins de renseignements historiques et ornés de savantes recherches, entr’autres: Journal d'un voyaye sur les! côtes de la Gaspésie, imprimé dans le Foyer Canadien de 1861; Lettre sur la mission du Lubrador, do; Louis Olivier G'amache, id, 1863; Notice biographique sur Mor. Joseph Octave Plessis, évêque de Québec, id, 1863, pp. 248. Ce dernier écrit mérite surtout une mention spéciale. En entreprenant d'écrire la biographie du grand év èque,du vertueux citoyen qui COnsaCra sa vie à l'honneur de l’église et au bien de son pays, l'auteur semble payer une dette de reconnaissance envers son bienfaiteur. Dans les Observations il avait commencé à sac qutter de ce devoir en prenant la part de celui qui avait été aussi iujustement traité par l'abbé Brasseur. Cet écrit est d'un intérêt général puisque Mgr. Plessis a pris une part très saillante dans les affaires importantes qui ont intéressé le Canada à partir de l'établissement de la constitution en 1791 jusqu’à 1825. L'auteur a donc été forcé d'élargir son cadre et de parcourir l’histoire politique et religieuse de la province entre ces deux dates. Cette biographie a été traduite en anglais par T. B. FRENCH.

Brarrive maintenant à l’œuvre nu de l'abbé KFerland: 30 d'Histoire du Canada, 2 vol. pp. 600. Le premier Volume fut publié en 1861 et le “na parut en 1867. Cet ouvrage résultait d’une série de lectures données à l’Univer- M fité Laval. Nommé professeur de le Faculté des Arts le 10 “Juin 1855, choisi doyen de cette Faculté le 18 Mars 1864, Pabbé Ferland eu l'honneur d’inaugurer les cours publics qui Mise continuent encore à cette institution. Il porta une atten- Mion spéciale à ses lectures qui contiennent des notes savantes, M De 1858 à 1862 il ne cessa de perfectionner son œuvre. Il “alla en Europe et y consulta les bibliothèques, parcourant “les archives qui pouvaient contenir quelques renseignements | pet rapportant une masse de matériaux inédits, ce qui fait de l'histoire de l'abbé Ferland un véritable monument élevé à la gloire de nos ancètres. Persistant dans ses recherches, l'auteur visita toutes les sources accessibles. Doué d’un D: vif et d’un jugement sûr, il porte sur les hommes et les institutions de ce pays des jugements qui se recommandent surtout par la sagesse et la modération. Un certain Charme est répandu dans ces et le lecteur ne peut empêcher de poursuivre jusqu'au bout la lecture du livre tant l'écrivain à su répandre d’intérèt dans son récit. La manière de Garneau est peut-être plus émouvante, plus dra- … matique, plus large même, mais assurément elle n est pas plus Daodoue, ni plus savante. Comme Hittérateur, Fer- “land n'a guère de rivaux parmi nous, et la pureté de son style n’est pas égalée par Garneau: mais assurément ce “dernier n’a pas de rival pour l’éloquence de ses mouve-. “ments, la chaleur de son style, le patriotisme, le ton de con- | viction et l’entrain de son récit. Comme moraliste Ferland est peut-être supérieur à Garneau, mais comme historien Rita ce dernier est le primus inter pares. En effet, il ne suffit pas de développer dans une histoire une grande idée, une grande pensée, un beau sentiment ; d'appuyer cette idée, cette pensée, ce sentiment par des faits et de tirer à propos “la conclusion qui ressort du récit, c’est beaucoup, maïs ce n'est pas suffisant. Je conçois une manière encore plus

large, plus patriotique, plus philosophique ; c’est la mamiére de Garneau qui entoure du même amour, de la même sollicitude, du même mouvement, tout l'élan social, tout le peuple canadien à la fois; qui prend la vie sociale en Ca“ nada à son berceau et qui conduit, le peuple canadien à« travers les péripéties de sa longue jeunesse jusqu’à nos jours. Assurément cette dernière méthode est moins systématique que l’autre. L'histoire de Garneau se déploie sur les points à la fois: elle est générale ; ce n’est pas Québec au détriment de Montréal, ce n’est pas la mission de Montréal au détri* ment du gouvernement de Trois Rivières, c’est le Canada, le peuple canadien pris dans son unité, son ensemble. Il est là tout entier dans ces immortelles pages; on le voit grandir, chaque jour, s'ouvrir à la vie sociale, se prêtant à ses destin nées, allant au devant d'elles, se déployant et s’agrandissant, acceptant successivement dans son sein les institutions libres qui font la grandeur des peuples civilisés. Il y a, en un mot, un souffle laïque, patriotique et national que je ne rencontre pas ailleurs, c’est pourquoi son histoire est encore la plus populaire, la plus nationale. Garneau sera toujours loué pour le culte qu'il sait rende à l’état. | La grande idée, la grande et noble pensée développée dans. l'histoire de Ferland, se détrempe dans un beau et noble sen: . timent religieux: la mission providentielle du Canada Toute sa philosophie est là. C’est l’histoire de cette mission: toute particulière du groupe catholique et évangilateur que” Dieu semble avoir donné aux établissements de nos aïeux en. ce pays. “L'histoire écrite par M. l’abbé Ferland, dit MA J. Royal, (1) offre un intérêt de style et de narration qu'on. | rencontre assez rarement dans les auteurs qui ont traité le même sujet. L'agencement des faits est clair, méthodique et naturel: on lit tout d’un trait et sans fatigue aucune Ecrivain élégant, consciencieux et délicat, M. l'abbé Ferlands porte toutes ces qualités dans la rédaction de son histoire. “Le cours de M. Ferland, dit le Journal de l’Instruction pus blique, formera une histoire du Canada d’un genre tout-à-fait

(1)Revue Canadienne, IV. 553

différent de celle que nous avons déjà. Les détails, les cita- | tions et ies recherches qui surchargeraient une AAA pro- … prement dite, sont surtout à leur place dans une série de | leçons qui, si nous en jugeons par la période comprise dans puce gros volume formeront un ouvrage très étendu. Plus Mqu'aucun autre peut-être l’histoire du Canada peut y gagner | “a être traité de cette manière; il n’est personne du reste, | qui, après avoir lu le bel ouvrage de M. Garneau, n’aimera mà en lire un autre rempli de détails intéressants qu’il eut été | “impossible de consigner dans un travail historique plus b concis.’

ie Garneau lui même à été le premier a reconnaître le mérite “de l'œuvre de l’abbé Ferland. Voici une lettre qu'il lui “adressait après la publication du premier volume; “M. Gar- Muneau prie M. Ferland de vouloir bien accepter ses hommages (et en même temps ses remerciments pour le premier volume de son cours d'histoire qu'il a eu la complaisance de lui : envoyer. M. Garneau est passé chez M. Ferland pour lui exprimer personnellement toute sa reconnaissance et parler \ avec lui de leur chère patrie, mais il n’a pas été assez heureux pour le rencontrer. M. Garneau aurait voulu causer avec Muune des lumières du Canada sur la foi qu’on doit avoir en ë notre nationalité et sur les moyens à suivre pour en assurer la consommation. Celui qui a su développer avec tant d’exac- A titude nos origines historiques, doit être pénétré plus qu’un . Fe. ‘autre des sentiments de cette foi. Son livre, quelque soit Er avenir de ses compatriotes, sera toujours le témoignage d’un » principe vénéré par tous les peuples, et rendra la mémoire de son auteur plus chère à la postérité.”

. L'abbé Ferland se préparait à publier le second volume de le son ouvrage, lorsque la mort l’enleva à la vénération de ses compatriotes. Il fallait un homme dévoué, un autre histo- “rien pour continuer l'œuvre commencée et rédiger les notes - laissées par l’auteur; les éditeurs du Cours d'Histoire ont trouvé cet homme de la personne de M. l'abbé Laverdière, Lprètre du Séminaire de Québec et bibliothécaire de l’Univer- “ité Laval. Il a surveillé l'impression du second volume, moins 80 pages préparées, par l'abbé Ferland.

T'ensemble des évènements s'étend jusqu’à la fin de la domination française, et fait des deux volumes un ouvrage complet. Nul doute que c'était l’intention de l’auteur de poursuivre cette tâche jusqu'à nos jours. Mais, quoi qu'incomplète, cette œuvre durera aussi longtemps que le sentiment religieux et national existera parmi nous. ‘Aussi grand citoyen que saint prêtre, dit M. Hector Fabre, (1) esprit large, cœur dévoué, il consacra sa vie à élever. à côté de l’œuvre de M. Garneau, un temple où sont déposées les cendres de nos martyrs, où vivra à jamais leur mémoire bénie.”

Mor. Juan LANGEVIN, évêque de Rimouski, frère de l'Hon. H. Langevin, pendant quelque temps Principal de

l'Ecole Normale de Québec, a fait à l'Institut Canadien de,

cette ville une série de lectures sur le Canada sous la domination française (1659-1759). Ces lectures parurent dans le

Journal de Québec. Ses Notes sur les Archives de N. D. de.

Beauport, sont d'un grand-intérêt pour les amateurs d’antiquités généalogiques. Son Histoire du Canada en tableaux est un petit livret qui permet d'étudier et d'apprendre en quelques heures les dates remarquables de notre histoire, T1 est encore l’auteur de plusieurs travaux à l'usage des écoles et que je mentionnerai plus loin. Ces écrits, humbles de forme et exempts de toute prétention, n’en ont pas moins

rendu de grands services à la jeunesse de notre pays; Mgr.

Langevin est un de ceux qui à le plus étudié l'histoire du Canada ; il en connait parfaitement les détails et l'ensemble,

Le Révérend DoucerLan Borrawick dirigea surtout: ses études sur l’histoire. On a de lui: Æxamples of historical and geographical antonomasis, for the rse of schools (1859). À cyclopedia of history and geography (1859). The British American Reader (1860). The Harp of-Canann, or, Selections from the Poets on Bible historical incidents (1856). The Battles oj the World (1866), en tout cinq gros volumes qui dénotent chez l’auteur un grand amour du travail, et un talent remarquable pour écrire l’histoire.

(1) Littérature Canadienne, Transactions de la Société Historique.

J'ai déjà eu occasion de dire un mot de THomas D'aroy McGre comme poète; j'ai parlé de ses charmantes ballades qui rappellent les meilleures inspirations de Thomas Moore, . je veux maintenant citer ses écrits historiques, au nombre desquels se trouve particuliérement l'Histoire populaire d'Irlande depuis l'époque la plus reculée Jusqu'à l'émancipation des catholiques, New York, 1863, 2 vol. in-8, pp. 823. C'est, au dire de beaucoup de Personnes, la meilleure histoire d'Irlande qui ait été publiée jusqu’à aujourd’hui. On y trouve de là |» science, de l’ordre, des recherches, le tout soutenu et relevé par un style enchanteur. On voit, en lisant ces deux | volumes, que l'écrivain payait une dette do reconnaissance Mà sa patrie qu'il aima tant.

… Parmi ses autres travaux historiques il faut citer : Esquisse LM historique des pionniers Irlandais en Amérique, Boston (1852), (M Tistoire catholique de l'Amérique du Nord, 1 vol. Boston, 1862. | Vie de Mgr. Maguin, 1 vol., New York, 1856 ; Oconnell et ses amis, Boston, 1844: Vie des écrivains Irlandais du XVIIe siècle, Dublin, 1847; Life Ÿ W. McBurrougn, Dublin, 1848 : Mémoire of Dufy, Dublin, 1849; History of the attempt to nestablish the Protestant Reformation, in Treland, Boston, 1853 ; MÆEmigration and colonisation in Canada, Quebec, 1862 ; Speeches and adresses Chiefly on the subject Of British American Union, “London, 1865, pp. 308, in-8vo. A cette longue liste on pourrait encore ajouter sept ou huit brochures sur différents sujets. NOu voit par là que McGee a beaucoup écrit, sans compter encore les journaux qu’il a fondés et rédigés dans la premiére. Mpartie de sa vie, | OT! y à dans l’histoire du Canada, comme dans l’histoire de Mous Les pays civilisés, des dates mémorables qui rappellent rau lecteur des faits importants. Ces époques semblent Mésumer la vie nationale parce qu’elles ont vu des actes de patriotisme, de dévouement, des actions héroïques qui | font ressortir l'énergie sociale et les grands caractères de - qui ont dominé ces situations. 1812 est une de ces Époques importantes pour le Canada,

Fe | N

Un acte du Congrès Américain décrétait ia guerre le 18 juin 1812, et le 12 juillet les hostilités commençaient par le n l'invasion du Haut-Canada par le général Hall. Les troubles se terminèrent par le traité de Gand signé le 24 décembre 1814. Ils avaient duré près de trois années.

C'est pendant cette période que s’opérèrent des faits d'armes qui ont paru gigantesques aux nations européennes; » c'est le récit de ces événements que le lieutenant colonel Winram Corrin, autrefois shérif du district de Montréal, a entrepris de raconter en deux volumes intitulés : 1812; The Wur and its Moral, a Canadian Chronicle.

. Les détails de cette campagne étaient en partie connus du, public, mais détachés, diffus, épars dans la presse périodique; les pamphlets et les revues. C'était encore un travail à faire, que de coordonner ces matériaux, et en faire un tout intés ressant par l'unité. L'auteur ne s'est pas contenté de cela, il a encore étudié la guerre de 1812 dans toutes ses. phases, son origine, ses causes, les influences diverses qui en Ont controlé la marche et les résultats. Le premier volume. s'arrête à la bataille de Chateauguay si glorieusement gagnée par les canadiens le 26 Octobre 1813. On était alors au, milieu de la guerre. “L'auteur, dit M. Provencher (1) à. encore puisé dans beaucoup de documents inédits, et dans, la conversation de quelques acteurs dans ce beau drame, une foule de détails précieux qui mettent encore plus en relief les caractères divers de tous ceux qui ont figuré dans cette guerre. Ces détails donnent à l’histoire l'attrait d'un | roman. "1

«Les noms de Brock, de Salaberry, de Duchesnay, de Seaffe, de McDonell, de Rolette, de Tecumseh, et d’une foule d’autres, se présentent tour à tour au lecteur, noms cé: lèbres et qui seront répétés avec admiration et avec orgueill tant que vivra la race canadienne. Cette admiration sac croit encore lorsqu'on peut, comme dans le livre de M: Coffin, suivre jour par jour, et pas à pas, chacune de leurs actions, dans cette lutte difficile qui a fait leur gloire et notx@ salut.

[1] Revue Canadienne, 1. 445.

On lit aussi avec beaucoup de plaisir et d'intérêt les actes de brillant courage des Taché, des McNab, des Robinson, des Pothier, qui ont dignement inauguré leur carrière publique sur les champs de bataille.

‘ Les faits sont établis dans toute leur exactitude et serviront de réfutation à plusieurs écrits publiés chez nos voisins qui, dans le but de dramatiser les événements et de sacritier au goût des lecteurs, ont fait de cette histoire un long réquisitoire contre les hommes que nous honorons le plus.”

La partie qui se rapporte à la stratégie a été traitée de main de maître, L'auteur, longtemps militaire par état, fait de savantes dissertations sur les plans de campagne et la tactique des commandants. Une autre qualité qui honore mégalement l’auteur et recommande son œuvre, c’est l’'imparjtialité. La part de chacun est faite avec justice, sans égard “aux nationalités ou aux partis en cause.

… La forme n’est pas exempte de défauts; elle pourait être plus moderne et revêtir un costume plus souple. Le style est lourd comme un matériel de bataille, ou un corps d'armée. On s'aperçoit aussi que l’auteur a voulu se passer le luxe des citations : si Xenophon ou Démothènes vivaient encore, ils pourraient se lire dans leur propre idiome. C’est après tout le moindre des défauts, puisqu'il est toujours loisible à ceux qui ne comprennent pas cette langue de l’apprendre! … WicziAM CANNIFF naquit à Belleville dans le Haut-Canada, Après avoir étudié la médecine il fut gradué dans plusieurs Universités savantes. Il a écrit sur la chirurgie un traité et plusieurs opuscules. Mais il eft surtout connu par son L livre intitulé : History of the settlements of Upper Canada, with M Special reference to the Bay Quinte; pp. 670. Cet ouvrage | Jui vaut une place honorable dans la littérature du Canada mn et il doit compter un grand nombre de lecteurs dans sa M province. Les renseignements historiques sont assez com- L plets et la forme, tout en laissant désirer un peu plus de soun plesse et d’ampleur, est cependant loin de mériter une mauvaise note, |

« Torsque la guerre de l'Indépendance éclata, dit M. Benjamin Sulte (1), l'on vit se former un parti que l’histoire reconnait sous le nom des “United Impire Loyalists,” c'està-dire les partisans de l'empire Britannique, ou, dans notre langue, les loyaux sujets de sa Majesté! Ce parti qui semble avoir été composé surtout de militaires et de fonctionnaires anglais, prit de bonne heure la détermination d'émigrer en Canada. Ïl renfermait assurément un nombre d'hommes de mérite et de cœurs nobles qui préféraient abandonner leur foyer plutôt que d'y vivre loin du drapeau d’Albion. Telle est l’origine de la colonisation actuelle du Haut-Canada.

« Jusqu'à la fin du siècle, le Haut-Canada ne reçu presqu'aucune émigration des iles Britanniques, il resta pour ainsi dire au pouvoir des Royalistes. C’est alors que naquit parmi ceux-ci la faction appelée Family Compact, dont l'influence se faisait sentir encore tout dernièrement. Les fondateurs de ce parti ambitionnaient la possession des meilleures terres de la province et le contrôle des affaires publiques. Grâce aux circonstances et aussi à l’habileté qu'ils surent déployer, leur projet se réalisa passablement bien. L'histoire politique n’est pas muette à cet égard.

« Lorsqu’arrivèrent les émigrants d'outre mer, la colonisation prit un élan définitif et nous l'avons vu accomplir des progrès extraordinaires dans: cette province, maintenant la plus peuplée de la confédération. Comme le Bas-Canada était resté séparé jusqu'en 1841 politiquement du Haut, il nous était très peu connu. Le premier parlement de l'Union entraina nos hommes publics de ce côté et ils s'étonnèrent de la beauté du climat, de la fertilité du sols et de la science agricole de ses habitants. M. Etienne Parent est le premier qui engagea nos co-provinciaux à ne pas demander d'établir le chiffre des représentants du peuple d’après celui de la population, “nous sommes aujourd’hui les plus nombreux, dit-il, mais voyez donc ce qui nous entoure en Haut Canada, Tout ne nous prouve-t-il pas qu'avant longtemps.ce pays sera

messe

(1] Revue Canadienne, VIT, p. 76

couvert d’une population qui l’emporterait finalement sur la nôtre par le nombre de ses députés?” Ce qui avait été ainsi prédit arriva et nous pûmes alors nous retrancher der- rière le fait de notre modération d'autrefois pour repousser les tentatives d’une province devenue en quinze ans plus peuplée que la nôtre et plus exigente.” L'auteur s'est montré assez juste envers les canadiens français, ce qui ne l'empêche pas de dire cependant que notre nationalité est destinée à être noyée par l'élément anglais. Les noms français sont estropiés en certains endroits, défaut qui estgmalheureusement trop commun chez les auteurs anglais. C’est, en définitive, un livre intéressant qui rend bien compte de la vie sociale et du progrès de la colonie . d'Ontario. Le mouvement des idées, les premiers établisse- … ments de colonisation, l'essor des villes, l'établissement de » La presse, les parlements, l'extension du commerce et de ia

navigation sont autant de sujets qui sont longuement développés et qui mettent le lecteur au courant de la société ontarienne.

M. Henry T. MorGan, bibliothécaire au parlement fédéral, s’est fait connaître depuis longtemps par ses ouvrages biographiques et historiques. Il a d’ailleurs toutes les qualités nécessaires pour ces sortes de travaux: esprit méthodique, amour des recherches, travail soutenu.

Son livre The Canadian Parliamentary Companion (1873), pp. 237, in-18, à atteint la huitième édition, ce qui est un compliment des plus flatteurs porté au crédit de l’auteur. Ce | livre contient des notes biographiques sur les gouverneurs, les principaux officiers du service civil et les membres des … différentes législatures de la Puissance du Canada et des pro- | vinces qui la composent. Ces notes sont d’une importance incontestable. Mais il est regrettable qu’il s’y soit glissé un nombre si considérable de fautes typographiques qui défin gurent les noms français; ce détail pourra disparaître dans une édition subséquente. Je ne doute pas que l’auteur ait l'intention de donner à son ouvrage une publicité périodique en ajoutant chaque fois des détails biographiques sur les nou

veaux membres ; on peut prévoir que ce volume est destiné

à devenir plus tard une source féconde pour la consultation.

Mais le travail qui a acquis à l’auteur une véritable promotion dans les rangs de nos littérateurs est sans contredit sa Pibliotheca Canadensis or a Manuel of Canadian Literature. 1867, pp. 411, in-8.

Je laisse la parole à M. de Bellefeuille qui a bien su apprécier le mérite de l'auteur. (1)

«Voici un livre, dit-il, qui a été attaqué même avant d’avoir vule jour. Il lui a suffi de paraitre et d’être connu pour dissiper tous les reproches qu'on lui avaif fait. Est-ce à dire que cet ouvrage soit exempt de tous défauts et complè-

ement à l'abri de la critique? Je n’ôserais le prétendre, et Pauteur lui même ne l’a sans doute pas espéré. Il serait incroyable qu'aucune erreur se fut glissé parmi la quantité énorme de faits, de dates, de noms accumulés dans les quatre cents pages de la Bibliotheca Canadensis; ce n’est pas dans, la première édition d’un livre de ce genre, qu'on peut trouver

cette exactitude et cette perfection, auxquelles atteignent

seulement les ouvrages qui ont eu plusieurs éditions et subi

des critiques répétées et intelligentes. Aussi, n'est-ce pas à

ce point de vue que je veux parler de l'ouvrage de M: Morgan. J'en veux faire connaître le plan, l’ensemble, l’idée qui le domine d’un bout à l’autre.

«T/auteur indique lui même dans son introduction ce qu’on doit espérer trouver en lisant son livre: d’abord, une. liste alphabétique des auteurs des livres, brochures, articles publiés dans la presse périodique, par des résidants ou des habitants des diverses provinces formant aujourd’hui le domaine du Canada, ou qui ont trait à ces provinces, à leur histoire, à leurs affaires, ou à leurs ressources. Chaque nom est accompagné d’une courte notice biographique, suivié d'une liste des ouvrages, des remarques de la presse et des critiques autorisées qu’ils ont provoquées. La Bibliotheca Canadensis contient de plus une biographie des principaux

[1] Revue Canadienne, IV. 952.

journalistes canadiens et rédacteurs de journaux, tant anciens que contemporains, indiqant les services qu'ils ont pu rendre aux lettres et à la part qu'ils ont prise aux affaires publique.

« L'auteur a suivi ce programme un peu aride avec une complète exactitude. Après avoir donné le nom de son homme, les principales dates de sa vie, la liste de ses ouvrages, il est rare que M. Morgan exprime une opinion sur le mérite des personnages; avec une modestie assez rare, il se contente de citer les appréciations d’un autre écrivain. Quelquefois, cependant, il sort de son rôle ingrat de compilateur, et il dit ce qu’il pense d’un auteur ou d’un ouvrage. Ordinairement les jugements qu’il porte indiquent un esprit fin, une âme sans préjugés, et surtout une grande bienveïllance.”

M. Morgan n’en est pas à son premier essai en fait de pu- “blications historiques. Tout le monde connait ses Biographies of Celebrated Canadiens. . On lui doit aussi l'édition des discours de M. Buchanan. Ces écrits se distinguent tous par un esprit pratique, un ordre méthodique et une grande richesse de détails qui font de l’auteur un de nos meilleurs compilateurs. Il ne s'élève pas jusqu'à l'examen théorique des écrits qu’il cite, il ne fait aucune trouée à travers les champs de la haute esthétique, il ne philosophe pas non plus sur les idées émises par les écrivains, son rôle de critique est de beaucoup plus modeste; mais sa compilation à le mérite de l'exactitude et elle indique chez l’auteur un grand amour de la vérité et de la justice.

M. Morgan est membre de la société royale des antiquaires du Nord, de Copenhague, et membre correspondant de la société historique de New York.

FenninG TAYLOR est né à Londres et arriva à Toronto en 1836. A été attaché à un département public de l'assemblée législative depuis 1840. Est maintenant député greffier et maître en chancellerie. A, de temps à autre, versifié quelques chansons et rédigé quelques articles en prose pour la presse canadienne. Parmi ses chants patriotiques on cite

surtout celui qui est intitulé: God bless our New Born Nation: Mais l’ouvrage qui à fait la réputation littéraire de l’auteur est sans contredit Portraits of British Americans by Wm. Notman, With Biographical sketches par Fenning Taylor, en 5 vol. in-8, de 400 pages chaque.

Ces biographies résument l’histoire privée. et publique des Canadiens les plus illustres qui ont vécu en Canada depuis la cession du pays à l'Angleterre. L'auteur à écrit ces notes avec beaucoup de modération et d’impartialité rendant à chacun le juste tribût d’éloge qu’il mérite. Quelques uns de nos hommes publics ont été jugés avec trop de modération peut-être ; leurs actes ne sont pas scrupuleuse-

ment analysés, et les motifs de leur conduite suffisamment

définis; parfois ces portraits paraissent flattés, les éloges auraient pu faire place au blâme.—Mais je sais qu’il est très difficile de réussir dans ce genre et qu’il est d'habitude de dire que tout biographe doit louer son homme ; de là biographie à la critique il y a une bonne distance que M. Taylor n’a pas franchie pour éviter la fatigue sans doute.

Mais je rends pleine justice à l’auteur au point de vue national. Il a donné à César ce qui appartient à César.---C’està-dire que le caractère canadien français, nos mœurs et nos institutions ne sont pas flétries dans ses œuvres. Je n’ai pas vu là ce parti pris de rapetisser, de dénigrer, d’insulter, si familier à certains écrivains de la race saxonne et dont les œuvres d’ailleurs honorent peu la littérature anglo-canadienne. M. Taylor à évité ce danger et je l’en félicite ; car il est plus difiicile qu’on le croit généralement d’être juste, surtout lorsqu'il faut parler contre la voix du sang.

J'observerai encore que les biographies de M. Taylor donnent assez exactement les traits principaux de nos contemporains. Elles sont nécessairement courtes et plusieurs d’entre elles incomplètes, elles serviront cependant plus tard comme source historique. L'écrivain a dû se donner beaucoup de mal pour recueillir les matériaux de son œuvre. Les dessins son parfaits et rehaussent encore la valeur des biographies,

* La littérature canadienne reconnait un de ses amis dans la personne de THomas B. AKINS, avocat de la Nouvelle. Ecosse, et commissaire des archives publiques.

Sa réputation bas-canadienne date surtout de la publication de son livre, Archives of Nova Scotia ; Selections from the Public documents of Nova Scotia, publié d’après un ordre de l'assemblée législative, passé le 15 mars 1865; pp. 757, 1869. Les documents inédits que renferme ce volume se rapportent à diverses époques de l’histoire de l’Acadie entre 1714 et 1761, période la plus remarquable de cette longue

série de malheurs dont se compose le passé de nos frères acadiens. Tout l'ouvrage se compose de la reproduction textuelle des manuscrits ; excepté cependant les notes biographiques des personnages qui figurent dans ces manuscrits. C’est une bonne idée du compilateur, car sans ces indications le livre avait perdu la moitié de l'intérêt. L’index est également très commode pour débrouiller le tout.

. En présence de ce volume si précieux, je me demande pourquoi le gouvernement canadien ne suivrait pas l’exemple que vient de lui donner le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse ? Espérons que tôt ou tard l’on finira par comprendre l'importance de cette suggestion,

Ce volume de M. Akins ornera les rayons de la bibliothèque de tous ceux qui désirent faire des études approfondies Sur l’histoire primitive de la colonie française, du dévelop-

pement social et de la colonisation sur le continent

américain.

M. Akins n’en est pas à son premier ouvrage ; nous avons encore de lui une brochure sur l’histoire d'Halifax, et deux autres opuscules sur le progrès de l’église anglicane dans les colonies anglaises et sur les progrès du King’s College.

MApamE Dav a ambitionné avec raison le glorieux titre Whistorien des cantons de l’Est., Les travaux littéraires “qu’elle a publiés se rapportent tous à cette belle région de Motre pays qui s'étend depuis la ligne frontière des Etats. VUnis jusqu’au voisinage de la ville de Québec, côté sud du Mieuve St. Laurent.

Son premier ouvrage est intitulé Pioneers of the Eastern Townships ; publié à Montréal en 1863, pp. 171, in-4d0; ce volume contient un grand nombre de renseignements officiels et authentiques sur les origines de la colonisation dans ces endroits, les incidents divers relatifs à la population, des détails et des aventures plus où moins romanesques.

Ce premier volume n'était pour ainsi dire qu'un ballon d'essai ; il n’a pas l'importance et le mérite littéraire du second, intitulé; History of the Eastern Townships, 1859, pp. 475, in-12. Cet ouvrage est divisé en trois parties dans lesquelles l’auteur étudie et examine la situation civile et économique des cantons de l'Est, leur antiquité historique, et en général tous les renseignements qui se rattachent à cette partie de la province de Québec.

« Dans ce cadre, dit M. Benjamin Sulte, qui, au premier äbord, paraîtra restreint, plus d'une question importante trouve naturellement sa place. Nous n’oserions dire que l'auteur à embrassé tout ce que nous entendons par ces mots, et c’est pourquoi son livre ne nous semble pas complet. Tel qu'il est cependant, il ne saurait manquer d'avoir sa valeur parmi les archives de l’histoire du Canada.

« I] parait évident qu'un faux point de vue à contribué à refouler dans l'ombre la partie de l’histoire qui se rattache u aux cantons appelés les Bois Francs. L'auteur S'OCCUpe partout soigneusement de relever les informations relatives aux missions protestantes; c’est à peine si les missionnaires catholiques ont une mention de deux lignes dans tous l’ou-. vrage. Les premiers colons du district de Bedford, en grande majorité parlant la langue anglaise, lui sont particus lièrement redevables.d'une série de chapitres plus élaborés … que les autres. En arrivant au district de St. François, où l'élément français se fait sentir, l'enthousiasme baisse, il ne se rallume que dans les alentours de Sherbrooke, en présence du noyau de population anglaise qui domine en ces endroits. | Ce n’est pas dans ce livre que l’on apprendra l’histoire des colons français des contés de Nicolet, Arthahaska, Drum: mond et Mégantic. Il faudra un autre historien plus riche

en renseignements et plus disposé à parler de tous les cantons; celui là supplantera sa devancière à qui il restera l'honneur d’avoir rassemblé la première des notes et posé quelques jalons dans ces terrains nouveaux. (C’est toujours un mérite, ne le méconnaissons pas.

“ Plus de la moitié du volume est remplie par l’histoire du Canada et des tribus sauvages de ce pays. La nécesgité ne s’en faisait nullement sentir dans un ouvrage consacré à une portion de territoire habité depuis moins de quatre-vingt ans. Mais puisque nous n'avons ni Champlain, ni Sagard, ni Leclerq, ni les Relations des Jésuites, ni Charlevoix, ni Garneau, ni Ferland, ni Faillon, ni aucun historien du Canada, il fallait bien dire quelques mots d'introduction, . au grand profit de ceux qui ne négligent la littérature natio-

nale. (1)

Ces reproches, que le critique adresse avec tant de discernement, sont malheureusement trop mérités, et pour l’historien dont il est ici question et pour un grand nombre d’écrivains anglais qui ont pris pour habitude d'oublier la race et les écrits français du Canada.

Jon McMuLLEN occupe une place distinguée dans les annales de notre littérature. Il rédigea le Monitor, journal conservateur de Brockville, depuis 1856. Le premier ouvrage qu'il à publié à été imprimé à Londres en 1846. Il porte le titre suivant: The Camp and Barrack Rcom, or the British Army as it is, pp 316, in-8vo. Mais il a surtout fixé l'attention du publique par son History of Canada, fort volume de 600 pages, in-8°, embrassant l’histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à l’époque de la Confédération,

C’est l’histoire la plus complète qui ait été publiée jusqu’à ce jour, en tant qu’elle embrasse le récit de tous les événements importants jusqu'à une époque très rapprochée de nous- Ainsi, nous trouvons là l’histoire de l’Union qui n’est pas traitée dans l’histoire de Garneau ou des autres grands historiens.

(2) Revue Canadienne. VI. 955.

Sous ce rapport l’auteur s’est rendu presque indispensable, Il termine par une étude détaillée et savante sur la Puissance du Canada. Partisan politique et défenseur ardent des principes conservateurs, et des hommes qui ont amené l’état de choses actuel, il trouve notre position très prospère et soutient que nous sommes appelés à vivre dans le meilleur des mondes. Il invoque la statistique et les faits pour soutenir ses prétentions. Il jette donc un coup d’œil rapide sur l'éducation, le commerce, la population, l’agriculture, l’émigration, les revenus, les dettes, les dépenses, les taxes, les pouvoirs législatifs du gouvernement fédéral et des gouvernements locaux, la constitution fédérale et les constitutions locales, la condi tion sociale, ete. Cette partie se rapproche beaucoup plus du journalisme que de l’histoire. On sent l'écrivain politique dévoué se cachant derrière l’annaliste.

Je reproche à McMullen deux fautes graves qui percent dans son œuvre; ce sont deux défauts lorsqu'on les trouvent réunis chez un historien, et ce peut-être deux qualités dans des circonstances spéciales: d’abord il est avant tout hautcanadien, ensuite il est surtout conservateur. Il a poussé à l’excès ces deux tendances ; elles prennent dans son histoire une forme, un corps trop prononcé. Il est injuste, impartial sans s’en apercevoir peut-être. Haut-canadien quand même, c’est le truchement de Lord Durham. Il veut, il désire, il approuve l’absortion du Bas-Canada pour le Haut-Canada, et il conclut aux moyéns qui sont les plus efficaces pour anéantir la langue française et la foi catholique dans l'Amérique Britannique. Pour lui l’Union n’a été que la sanction d’un fait pour arriver à ce but. Il pense qu’on a eu bien tort de ne pas assimiler les lois en 1841; aujourd’hui le Bas-Canada pourrait concourir à l'assimilation des lois de toute la Puissance. Il n’y aurait plus de code, mais des précédents et le texte anglais qui jetteraient dans les décades du passé le texte français. Æt cette tentative de bannir de la chambre d’assemblée la langue française, c’est bien malheureux qu’elle n'ait pas réussi! Que de dépenses inutiles entrainent nécessairement ces traductions dans les deux langues et tous ces

rouages aussi compliqués qu’inutiles! Mais enfin, il faut se consoler puisque nous vivons dans le meilleur des mondes possibles et que tout ce bonheur nous vient des régions tories.

Ce n’est peut-être pas un défaut bien grand pour un historien de faire l’éloge de son parti et d'attribuer les progrès du pays au succès de ses idées politiques; mais à coup sûr cette ambition va trop loin chaque fois que la gravité et la dignité ordinaires de l'historien se déplacent au point d’approuver des actes infâmes, immoraux et indignes. Je fais ici allusion au Double Shufle de 1858, ce jeu de passe-passe digne des saltimbanques et des joueurs de marionnettes, accompli au mépris de la constitution dans le but d'éviter aux ministres les ennuis d’une réélection.

Au reste, M. McMullen est un bon littérateur. Son livre fourmille d’une foule de renseignements. Il est assez juste et assez impartial pour le régime français ; mais ce sentiment : | se transforme à partir «dde 1791, époque de la division du Haut-Canada d'avec le Bas-Canada. Il fait l’histoire des deux provinces dans des chapitres distincts et alternativement. Sans l’Union il se guide d’après les gouvernements et il entre dans une foule de détails fort intéressants sur cette partie de notre histoire. Son style est modéré, simple,

sans prétention.

. H. Mises a publié plusieurs travaux se rapportant tous . plus ou moins à l’histoire du Canada. Il fut pendant longtemps professeur de philosophie et de mathématiques au collége Bishop de Lennoxville, dont il était aussi vice-président. Il occupe maintenant le secrétariat du département de l’éduca- . tion. Fut nommé commissaire pour représenter le Canada | à l'Exhibition universelle de 1862.

|| Il débuta dans les lettres par la publication d’un petit | traité sur la ventilation des maisons et des écoles, 1848, pp. 68. Cet ouvrage, qui expose toutes les règles de l'hygiène, » fut suivi d’un second travail intitulé: Canada East and the … International Exposition, Londres, 1862, pp. 88. Mais ces » écrits n’était pas suffisants pour assurer à l’auteur une réputa-

tion de littérateur s'ils n'étaient accompagnés d’une composition plus volumineuse et plus remarquable : The History of Canada under the French régime, (1735-1763) 1 vol. pp. 400, in-8:

Cet ouvrage est accompagné de cartes, de plans et de

notes explicatives qui contribuent à accroître l'intérêt du

récit et qui facilitent l'intelligence du sujet. Ces cartes sont précieuses en ce qu'elles nous donnent une idée plus précise de la topographie des lieux et de la géographie de la Nouvelle-France, Ilest, je crois, le seul auteur qui ait accompagné son ouvrage d'illustration de ce genre, à part les Oeuvres de Champlain, rééditées par l'abbé Laverdière. L'histoire de M. Miles est certainement un beau travail qui mérite d'être lu. L'auteur s'est convaincu de l'importance du sujet qu'il traitait, et il n’hésite pas à déclarer dans sa préface que le Canada sous le régime français à été le théâtre d'événements importants, dignes de l'attention des hommes instruits, capables de servir d'enseignements aux générations futures. Nous voyons apparaitre, en effet, à cette époque, des hommes au caractère grand et noble qui se sont dévoués pour la gloire de la patrie; qui ont supporté avec courage les déboires et les fatigues inhérants aux pays neufs. On voit également se dérouler des événements qui peuvent paraître petit de nos jours, mais qui étaient cer-

tainement colossal pour l’époque, surtout lorsque nous son:

geons qu'ils ont eu lieu au sein des forêts encore incultes de ce continent. Le travail de M. Miles est assez impartial, quant à cette partie du moins. La seconde partie, compre: nant la domination anglaise, qui doit paraître prochainement, sera-t-elle plus partiale à l'égard des canadiens français ? J'espère que l’auteur n’imitera pas en cela un grand nombre

de ses compatriotes et que la fin sera ce qu’à été le commen. cement. L'auteur est d’une origine et d’une croyance reb-.

gieuse autres que les nôtres; mais cela ne l’a pas empêché de rendre hommage aux glorieux dévouements et à la courageuse abnégation de nos premiers missionnaires. Avec un esprit honnête et droit il a cherché à être impartial. S'il a laissé dans l’ombre des mérites éclatants, si, du moins, il ne

leur a pas rendu pleine justice, c’est par inadvertance—inadvertance regrettable sans doute, maïs qui s'explique par le fait que l’auteur n’est pas des nôtres.

Lorsque les Anglais et les français se trouvent en face les uns des autres, on sait de quel côté incline le cœur de l’auteur, et alors l'expression, fidéle interprète de sa pensée, blesse quelquefois nos sentiments. S'il s’agit d’un fait d’arme, d’une action de valeur, accomplie par nos soldats ou nos colons, plusieurs choses pourront être oubliées, parceque l’auteur naturellement n’est pas assez attentif à mettre leur mérite en évidence. Il n’est pas assez préoccupé de la gloire de ces hommes, qui lui sont étrangers, pour faire ressortir leurs vertus, apprécier leurs dévouements. Sous certains rapports done, l’histoire de M. Miles ne me satisfait pas. Ainsi, voyons comment il raconte le fait d'armes du Long- Sault, et l’on verra comment, par inattention, il a rabaissé

… le mérite du héros de l'Outaouais.

En attribuant aux Hurons l'initiative dans cette affaire, l'auteur enlève à Dollard et à ses compagnons ce quil y à de plus méritoire et de plus beau dans leur dévouement.

L’AB8ge MaurauzT publia en 1866 une volumineuse Aistoire des Abénaquis. Elle remonte à 1605 et se continue jusqu'à nos jours.

La tribu des Abénaquis a joué un rôle important dans l'histoire de notre pays. Conquise de bonne heure à la foi catholique, reconnaissante envers les français qui lui avait enseigné la prière, elle fut l’alliée constante de la France. TI convenait done que l’histoire de cette tribu, constamment . mêlée aux événements qui font les belles pages de notre histoire, fut racontée afin de garder quelques souvenirs d’une peuplade jadis puissante, mais qui de nos jours compte à peine en Canada 350 représentants. Il convenait surtout que ce livre fut écrit par la plume du missionnaire qui depuis 1847 s’est dévoué pour le salut de ces pauvres enfants de la forêt.

L'auteur a divisé son travail en trois époques. La pre-

mière comprend un abrégé de l’histoire des sauvages de la Nouvelle Angleterre et celle des Abénaquis de 1605 à 1680, lors de leur émigration en Canada ; la seconde, et c’est la

plus importante, renferme l’histoire des Abénaquis de 1680 à 1760, lors de la capitulation de Montréal. La troisième partie offre moins d'intérêt que les deux autres ; la relation se continue jusqu'à nos jeurs. Depuis que nous sommes sous la domination anglaise la paix n’a été troublée que dans deux circonstances : l’invasion de 1775, lors de la révolution des colonies anglaises en Amérique et les campagnes de 1812 et 1814. Or, on sait que l’histoire d’une tribu sauvage ne peut guère offrir d'intérêt pendant une époque pacifique. L’au- | teur a donc consacré quelques chapitres seulement à cette dernière partie.

Je dirai que fort peu de choses du style de l’auteur. Il écrit avec une grande simplicité, la narration des événements fait tout le fond de son tableau. A mon sens il est un peu aride; il n'a pas su parsemer son récit de réflexions, d'images, de figures. Son pinceau n'est pas assez riche et ses couleurs assez variées. Le sujet cependant était splendide : parler d’un peuple sauvage, raconter les mœurs natives de ces enfants des bois, vivant au grand air, s’inspirant des spectacles grandioses de la nature pour accomplir de grandes actions ; décrire le mécanisme de l’administration politique du Canada, faire l’histoire de la civilisation et de la colonisation pénétrant dans les bourgades indiennes, l’auteur aurait pu broyer ensemble toutes ces couleurs variées et prendre tous les tons. Que dis-je! il pouvait s'élever jusqu'à la hauteur du philosophe et du penseur pour sonder le problème de la dispersion et de l’anéantissement des races indiennes sur Ce continent et développer les brillantes théories philologiques de leur origine, de leurs langues et de leur mytologie. Ces questions sont loin d’être puériles ou oiseuses auprès des esprits sérieux. Dans un siècle comme le nôtre, qui approfondit tous les problèmes pour acquérir au monde savant une certitude nouvelle, il n’est pas de questions si su-

rannées qui ne reçoivent l’application d’un système philosophique ou rationel. Mais, dans le livre de M. l'Abbé Maurrault, ces lacunes sont rachetées par la grande variété de faits historiques qu'il met en lumière et par la lucidité avec laquelle il les présente au lecteur.

L'auteur à puisé en grande partie ses renseignements dans les ouvrages les -plus recommandables, entr’autres : Histoire du Canada de Garneau, la Relation des Jésuites, Description of New England, par John Smith, History of indian wars, par H. Thrumbull, Histoire générale de la Nouvelle- France, par le Père Charlevoix, Histoire du Canada, par Ferland, La France aux colonies, par Rameau, History of the U.

. #., par Bancroft, Mémoire sur les affaires du Canada, ete. ete.

‘ Ecrit sans prétention, cet ouvrage, dit M. Joseph Royal

. (1) n’aborde aucune des questions de philosophie chrétienne . contenue dans l’histoire des nations sauvages de l'Amérique | du Nord. Le style est simple, naturel, clair; les détails

abondants, quoique les sources varient peu; l'ordonnance de l'ouvrage est faite avec soin, et le lecteur en suit toutes les divisions avec facilité et sans confusion. Par sa manière, par le choix de sa narration, par la multiplicité des faits particuliers, par son goût des légendes, ce côté si vrai et si populaire de l’histoire, M. l’Abbé Maurault appartient à la même classe d’historiens que les abbés Faillon et Ferland ; il est moins mystique que le premier, n’a peut-être pas la phrase ni la philosophie du second, mais il est évidemment de la même école.”

L'Histoire des Abénaquis forme un fort volume de 630 pages. ét-d

Maintenant un mot de l’Æistoire de cinquante ans par T. P. BEparr.

Un des plus beaux chapitres de notre histoire, le plus intéressant peut-être pour le citoyen et l’homme d'état, est

. celui qui part de 1791 et qui s'arrête à 1841. Cet période

de cinquante années embrasse toutes les péripéties du grand drame politique et parlementaire du Canada.

(1) Revue Canadienne, IV, 73.

- Ce fut an grand et beau spectacle que celui qui fut donné au peuple de la Province du Bas-Canada, habitué depuis 1759 à être gouverné arbitrairement, lorsque s’ouvrit à Québec le

17 Décembre 1791, la première session du premier parlement- Cette constitution, ce texte écrit récemment arrivé d’Angleterre, qui donnait aux Canadiens les assurances manifestes d’une nouvelle vie süciale, moins accidendée, plus vivace et plus féconde que l’état de choses préexistarit, venait justement à temps pour sauvegarder d’un dangerimminent la nationa- Hté canadienne française. (C’est aussi un spectacle digne d'envie que l’ardeur avec laquelle mos pères se mirent à l’œuvre. Ils ne voulaient, nedemandaient qu'une chose : que les droits sacrés qui leur avaient été accordés par les articles de la capitulation et les clauses du traité définitif de paix fussent sauvegardés; que la part de libertés et de franchises civiles et politiques qui leur avaient été conférée en leur qualité de nouveaux sujets de la couronne britannique fut respectée. Mais d’un côté la haine, la jalouste et l'ambition ; de l’autre, un sentiment naturel aux vainqueurs, la morgue et la suffisance, rendaient injuste le parti anglais. Ce parti, froissé par cette constitution qui consacraït le principe de la volonté de fa majorité, épiait toutes les occasions pourécarter les immunités constitutionnelles consacrées par l'usage et les précédents du parlement anglais. 11 luttait avec acharne. ment contre cette volonté populaire, representée par l'as. semblée législative, en s'appuyant sur le Conseil Législatif et l'administration composée d'hommes de leur choix. Les gouverneurs eux-mêmes se prétaient à ses exigences lorsqu’ils n'étaient pas les premiers à en imprimer la direction. C’est ainsi que le petit nombre parvint à tenir tête à la ma-

jorité, à consacrer des abus déplorables et à éveiller les sus-

ceptibilités populaires. Le flot d’indignation allait toujours croissant, il déborda en 1837 et cette crise amena les horreurs qui accompagnent toutes les rébellions. C’est alors que Lord Durham, envoyé au Canada pour trouver un remède à la situation, sentant le terrain glisser sous les pieds de son parti de prédilection, conçut le plan francophobe de l'Union des

deux Canadas, projet destiné à noyer l'élément français et catholique.

Aussi, pendant ce demi-siècle quelle lutte et quels hommes! . C'était là, dans les parlements, que les défenseurs de nos droits et de nos libertés élévaient la voix pour la cause de la justice, de l'équité, de l'honneur, de la nationalité ; c’étaient les Papineau, père et fils, les Panet, les Bédard, les Quesnel, les Rocheblave, les Valère, les Cuvillier, les N Tor les Viger, les Morin, etc. O valeureux défenseurs d’une sainte et noble cause, grands et illustres citoyens, orateurs sublimes, soldats intrépides et dévoués, la postérité reconnaissante écrira dans le granit et le marbre vos noms et vos exploits ! Vous avez grandi votre époque par la grandeur des luttes mémorables que vous avez soutenues. . Votre nom est digne de figurer -avec ceux qui sont regardés comme les bienfaiteurs des peu- “ples. Reposez en paix dans le silence de vos tombeaux et que vos ombres chères et sacrées quittent parfois le séjour de gloire que vous assure l'Eternité pour protéger l’arbrisseau toujours chancelant de notre nationalité! Souffrez que Jécrive ce mot puissant qui sera commo l’expression du sentiment de tout un peuple : AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE | |

Ces réflexions me viennent à propos du livre de M. Bédard, avocat à Québec : Histoire de cinquante ans (1791-1841). Ce sont, en d’autres termes, les annales DE es et poli- … tiques du Bas-Canada depuis la Constitution jusqu’à l’Union. En entreprenant ce travail, dédié à son Honneur Sir Narcisse Fortunät Belleau, premier lieutenant-gouverneur de la Province de Québec, l’auteur déclare que cet ouvrage à été écrit pour servir d'enseignement. A la suite d’un événement important, dit-il, les peuples comme les individus sententla nécessité de faire un retour sur eux-mêmes pour puiser dans les incidents du passé des leçons pour l'avenir. La Confédération à donné aux possessions britanniques une constitution noxvelle et a ramené le Bas-Canada à son autonomie politique que l’Union lui avait enlevée.

Il n'existait pas, jusqu’à l'apparition de l'ouvrage de M.

Bédard, aucun travail spécial sur cette partie de notre histoire. Nos grands historiens ont bien, à la vérité, traité cette époque, mais nous n'avions pas d’annales parlementaires fort détail: lées, écrites à un pointde vue national. Le livre de M. Bédard remédie donc à un besoin. Tous les hommes sérieux remercieront avec moi l’auteur pour son œuvre utile et patriotique. On y trouve beaucoup de détails et même des documents étrangers à nos archives parlementaires, entr’autres les fameuses 92 résolutions qui,adoptées en 1834 dans l’assemblée législative et rejetées dans le Conseil, créèrent ensuite tant d'agitation dans les meetings populaires. L'auteur n’a épar-

gné ni les veilles ni les recherches. Je n’entends pas dire

que l'ouvrage soitsans défaut. Le style, simple à la vérité, pourrait avoir plus de souplesse, plus d'éclat, plus d’éloquence en traitant les parties émouvantes de cette époque. Le sujet est des plus beaux et en tout digne des plus grands écrivains, d’un bon littérateur et d’un ardent publiciste. Quelle magnifique occasion pour esquisser à grands traits les portraits

augustes de nos hommes publics, leur grande âme, leur carac- |

tère éprouvé et leurs hautes vertus civiques! La recherche des causes ou des raisons qui ont provoqué les événements a été négligée. Tel qu'il est l’ouvrage me fait l'effet d’un squelette à cause de sa nudité, de son manque d’apparât: la pompe et l'éclat font défaut. Grarneau, qui n’a pu s’appesantir longuement sur cette partie, met cependent plus d'intérêt dans sa narration, plus de philosophie dans son récit qu'il parsème de considérations élevées. La tâche de l’historien ne s’assimile pas à l’ingrate besogne du modeste historiogra-

phe chargé de recueillir le gros des évenements qui prennent

une forme officielle ; mais il discute les faits, les groupe

s’il est nécessaire, les analyse et en fait ressortir une idée qui.

vient grossir les preuves de son système. Je ne trouve pas dans l’histoire de M. Bédard cette profondeur d'appréciation, première qualité des grands historiens. 11 a de beaucoup

trop restreint son rôle en se contentant de puiser dans.

Christie et dans les journaux de la chambre. Il fallait donner à sa plume plus d’essor, à sa pensée plus de profondeur, à son

style plus d'envergure, à sa diction plus d’entrain et de chaleur. Ilest froid pendant qu'il pouvait exhaler les plus nobles sentiments et citer les plus beaux faits. Je suis bien faché de le dire, mais d’après l'opinion que j'en ai, ce livre n'est pas à la hauteur du sujet : l'écrivain n’a pas entièrement buriné l’époque comme elle le méritait. Cela ne veut pas dire que l’œuvre soit sans mérite, qu’il faille la renvoyer au panier, quelle contient des erreurs à chaque page ; non, on pourrait désirer mieux, voilà tout.

L’ABBÉ TANGUAY s’est imposé une tâche ardue, hérissée de mille difficultés et dont le résultat, comme il le dit lui-même, . semblait hypothétique, en entreprenant d'écrire la généalogie des premiers colons. Dire ce qu’il a fallu d'énergie, de courage et de persévérance pour composer cet ouvrage, qui peut être utile et intéressant au public mais qui, pour l'écrivain, devait offrir qu'un intérêt bien médiocre, est chose qui se comprend facilement. Aller de paroisse en paroisse, feuilleter les registres de l’état civil, aux greffes et dans les faLriques; établir la filiation dans la suite des degrés, recueillir la tradition orale des vieillards, consulter les papiers domestiques, de ces papiers vieux, à l'encre jaune, illisible, à l'orthographe ancienne; passer en France pour y compléter ses recherches, visiter les archives du ministère de la marine et d’ailleurs: tels sont, courtement résumés, les travaux que s’est imposés l'abbé Tanguay pour livrer à la publicité des renseignements d’une exactitude aproximativement parfaite.

Ce document, élevé à la gloire de nos ancêtres, a beauceup d'originalité et aura toujours de l'actualité pour le peuple canadien. Il pourra, plus tard, être continué par d’autres … personnes dévouées et ainsi nous aurons une généalogie continue de notre race. Aucun peuple, que je sache, n’a eu dès son origine -cette heureuse idée de résumer ses registres originaux. L'auteur a donc crée une œuvre émi- nemment nationale et il a raison quand il ajoute que pour 1épondre à l'esprit national qui existe chez notre peuple et pour favoriser le goût des recherches scientifiques qui s’est produit chez la jeunesse depuis quelques années, il fallait

qu'un monument impérissable prouvât d'une manière exemplaire au monde entier que si l'histoire du Canada est une de celle qui offre le plus d'intérêt au lecteur, il s’en trouve aussi une autre dans laquelle il peut connaître tout à la fois l'origine de sa famille et en suivre la filiation jusqu'à nos jours. | £

Le Dictionnaire généalogique des familles Canadiennes est en outre un ouvrage d’une grande utilité aux maisons d’éducation, à la judicature, à l’Eglise et à toutes les familles. Le premier volume contient l’histoire de la formation des noms de familles, leur variation et leurs surnoms, en outre, près de 30,000 informations généalogiques à commencer de l’année 1608. Les autres volumes sont encore sous presse.

En vérité, j'admire le travail gigantesque de M. l'abbé Tanguay. Sans doute qu’il lui a fallu consacrer :ien des veilles, faire des recherches considérables qui demandent … une grande activité de corps et d'esprit, avoir une patience éprouvée pour compiler ces dates et ces noms, pour tenir et garder dans la mémoire ces branches, ces filiations, ces réseaux, si je puis m'exprimer ainsi, de parenté, de lignées, d’affiliations, de générations. Il fallait à cette tâche ingrate un goût fort prononcé. Rien que d’y penser mes cheveux se hérissent et les dents sont prètes à me claquer dans la bouche, j’en suis agacé.

À vrai dire, je présume que M. labbé Tanguay ne recommencerait pas, il doit en avoir comme on dit par dessus les oreilles. Et ce n’est pas moi qui le louerais s’il se hasardait d'entreprendre une tâche analogue, quelque dictionnaire impossible. Quoi! Voilà un, deux, peut-être trois gros volumes in-4o de 600 pages chaque, qui ont le mérite de dire bien des choses, maïs qui après tout ne décident rien de ce qui peut intéresser un peuple; qui contiennent bien des

noms, mais qui n’avancent guère ceux qui les consultent; M

qui poussent l’amour du détail jusqu'au scrupule, et qui ne laissent dans l'esprit du lecteur aucune idée féconde, utile ou pratique. Comme si la vie de l’homme était quelque chose qui dure toujours pour s’user à ces tâche ingrates! Ah ! pour

ma part, tout en admirant et en louant l’entreprise, je suis bien près de blâmer l’auteur pour n’avoir pas consacré ses veilles, son énergie ot ses aptitudes à un travail plus rémunératif pour ses concitoyens et l’humanité, Je demande ce qu'il en reste de ces gros in-quarto, du moment que l'époque de leur apparition est passée, maintenant que les articles de la presse, toujours disposée à accueillir avec louange tous les essais, sont oubliés? C’est malheureux que ces volumes soient appelés à s’ensevelir sous la poussière des bibliothé- . ques. Et pourquoi les consulter? Que me fait à moi de savoir si mon ancêtre s'appelait Pierre ou Jacques, s’il était originaire de la Bretagne ou de la Normandie ? J'ai une foule de choses beaucoup plus pratiques à apprendre. Ces connaissances secondaires, que je puiserai dans le dietionnaire de M. l'abbé Tanguay, amélioreront-elles ma situation matérielle ou changeront-elles’ mes dispositions morales ? . Bref, le dictionnaire généalogique ne contient donc que des : détails dans son gros ventre: ce n’est pas là ni par là qu’un peuple s’instruit. Je l'appellerai une antiquité historique. C'est une vieille mosaïque bonne à garder comme ces objets de parade qui ornent les salons mais qui ne concourent pas à l’utilité commune.

Mais que le lecteur ne suppose pas que ces lignes soient écrites avec un esprit hostile. Aucunement. Toute mon idée se résume en ces mots: j'admire la patience de l’auteur et je loue son esprit méthodique et ses dispositions rares pour

ces sortes de travaux; je regrette seulement que cette patience d'archéologue n'ait pas été mise au service d’une ‘œuvre plus viable, plus grande, plus digne de l'attention de l'historien, du philosophe et du citoyen.

Nous devons encore à M. l’abbé Tanguay un autre ouvrage du même genre que la généalogie: le Æépertoire général du clergé canadien, ou, en d’autres termes, dictionnaire biographique des membres du clergé depuis l'établissement de la colonie jusqu’à nos jours. On conçoit de suite l'importance .

" de cet ouvrage. Il convenait que le clergé canadien fut appelé à revivre dans un livre qui enseignera aux généra-

tions futures le nom de ces hommmes dévoués, de ces ‘pasteurs charitables, de ces citoyens distingués qui on tant fait pour l'avancement moral de leurs compatriotes. “Ily

a peu d’études historiques que l’on puisse faire dans ce pays, -

dit M. de Bellefeuille, sans rencontrer le nom d’un prètre- S'agit-il de l'éducation ? La plupart de nos colléges, si non tous, ont été fondés par le clergé. Est-il question de colonr sation ? Partout le prêtre a suivi le premier colon et

quelque fois fl l’a devancé. Veut-on parler archéologie ?,

On trouve le nom d’un prêtre à la base de chaque monw ment. De même que les cavaux sont remplis de leurs

dépouilles mortelles, ainsi nos archives historiques redisent

partout le nom d’un missionnaire, d’un apôtre et d’un religieux. Le prêtre pénètre toute la société canadienne, toute l’histoire du Canada; ses œuvres se retrouvent partout et avec lui l’on voit l'Eglise catholique qui, après avoir fondé notre peuple, le conserve encore et le protége dans les luttes

qu’il soutient. Voilà sans doute des raisons qui feront trou

ver extrêmement utile le Répertoire général du clergé canadien.” (1) |

Le travail de M. l’abbé Tanguay se divise en deux parties. La première contient une liste des Evêques depuis létablis: sement de la colonie jusqu’à nos jours- Puis vient une liste

des prêtres depuis l'établissement du pays jusqu'à la CON.

quête. La seconde partie renferme les noms de tous les

prêtres qui on résidé en Canada depuis la conquête jusqu'à ,

nos jours. Le tout se termine par une liste alphabétique de 34 pages qui facilite considérablement les recherches. Les noms sont disposés par ordre chronologique et c’est la date des ordinations qui règle cet ordre.

Cet ouvrage est le tableau le plus complet qui ait été publié jusqu'à ce jour de tous les prêtres qui ont servi l'Eglise du Canada depuis sa découverte. Le seul travail que nous possédions dans ce genre est celui de l’abbé Norseux,

publié en 1833. Mais co travail n'était pas exempt d'erreurs.

SR ns

(1) Revue Canadienne, 1869.

assez importantes que le commandeur Viger, dans un ouvrage inédit, a relevées. Nous avons lieu de croire que le livre de M. l'abbée Tanguay est plus exact que ceux qui l'ont précédé ; car, outre que l’auteur a travaillé après MM. Viger et Noiïseux, il a eu, de plus, en main des documents plus complets ; ila pu feuilleter tous les registres de l'Etat civil du Bas-Canada, pénétrer dans nos archives publiques, dans celles du séminaire de Québec et du séminaire de Montréal qui - sont très riches, dans les greffes de toutes nos cours de justice, e:c. On ne saurait cependant, dans un ouvrage de ce genre,prétendre à l'exactitude historique. Sur ces mille et une dates, ces mille et un noms dont plusieurs remontent à une époque fort éloignée, où l'on ne confiait au papier que . les affaires de la plus haute importance pour l'état, où les écritures étaient aussi rares que les écrivains, il est bien difficile de rèver à l'exactitude de ces nombreuses informations. Déjà plusieurs erreurs ont été relevées, pour des noms et des dates qui ne sont pus fort éloignés de nous.

J'arrive à MGR. ALEXANDRE TACHE, auteur de deux ouvrages de mérite: Vingt années de mission dans le Nord-Ouest de l'Amérique, 1866, pp. 245, in-8, et Æsquisse sur le Nord- Ouest de l'Amérique ; 1869, pp. 146, 2 col., in-8.

Bien peu d'écrivains pouvaient donner des renseignements plus exacts sur cette partie de l'Amérique adossée au pôle nord, et qui fait aujourd’hui partie de la Puissance du Canada. Missionnaire depuis bientôt vingt-cinq ans dans cette région du pays, ayant par conséquant assisté à l’origine de la colonisation et de la civilisation parmi ces peuplades sauvages, . obligé par état et par goût à vivre de la vie du missionnaire, visitant les wighams et séjournant dans les forêts du Far West, observateur judicieux des mœurs, dirigeant le mouvement religieux, à la source même de toutes les indications officielles, à la fois naturaliste et historien, écrivain facile et

pointre admirable de la nature, Mgr. Taché à toutes les

qualités et tous les titres à la tâche qu'il à entreprise. C’est pourquoi l’histoire dira que le missionnaire de cette région sauvage aura été en même temps son historien fidèle,

Il ne manque pas de renseignements sur le nord ouest,

Plusieurs fois déjà des voyageurs, poussés dans ces régions.

incultes par la désir de faire fortune ou en quête d'aventures, sont revenus au milieu de nous emportant dans leur sac de voyage une relation toute écrite des choses qu’ils avaient vues et des événements dont ils avaient été témoins. Mais ces renseignements, outre qu'ils s'accordent peu entre eux, qu'ils diffèrent sur des questions de faits capitales, n’ont rien qui ressemble à un travail suivi, coordonné, étendu, eomplêt. Ils ne font point connaître le Nord-Ouest dans ce qu'il estet dans ce qu'il a été. La plupart du tempsils fourmillent de

rapports mensongers, capables d’éloigner de cette région lime

migration si nécessaire à son développement. Ce sont des indications prises en passant, écrites sous la tente du voyageur entre deux excursions de chasse et de pêche, par conséquent superficielles. Il estévident que pour juger un pays il faut y vivre, qu'on ne le connait bien qu'après y avoir séjourné un temps, qu'il faut un long séjour pour connaître à fond J’organisation sociale, la prospérité matérielle, l’état du commerce, la nature du sol, les richesses agricoles, minières et forestières, la situation géographique, le

caractère de la population, ses préjugés, ses qualités et ses.

défauts, etc, etc. Or Mgr. Taché, qui a vécu pendant si longtemps au milieu de ces missions, à pu faire ces études. Aussi, ses écrits revêtent-ils une autorité qui manque aux autres relations sur le Nord-Ouest,

Il suffit d’ailleurs de jeter un rapide coup d'œil sur ces deux volumes pour s'assurer de la masse de renseignements qu'ils contiennent. Ajoutons qu'ils se complètent l’un l’autre et que tous deux forment un bon résumé de l’histoire du Nord-Ouest depuis que la civilisstion ou plutôt le christianisme à pénétré dans ces sombres forêts hab:tées par des

peuplades indiennes. On aime à lire vingt années de mission |

à cause des renseignements historiques qui s'y trouvent, mais surtout parce qu’il s’en détache une teinte nationale, à laquelle tout canadien doit être sensible. “ Les missions

(1) Revue Canadienne, 111, 630

canadiennes, dit M. Joseph Royal (1), nous les avons fondées et nous avons jamais cessé de les soutenir, ni de les alimenter de nos prêtres, de nos religieuses, de notre argent et de nos plus vives sympathies. Lire les Vingt années de Mission de Mgr. Taché, c’est donc lire un chapitre de notre histoire ; louons Dieu, car il est rempli du saint intérêt qu’excite le récit de tant de courses apostoliques, de tant de saints dévouements, de tant de zèle pour la propagation de la vérité.

“ C’est le 16 avril 1844, que le Saint siége détacha de l’immense diocèse de Québec, toute la région connue sous le nom ‘de territoires de la Baie d’Udson et du Nord-Ouest, et l’érigea en vicariat, apostolique. Ce vicariat devenu plus tard le diocèse de St. Boniface, comprenait, avant l'érection du vica- “riat de la rivière McKenzie, tout le pays situé entre le 499 de latitude septentrionale, les montagnes rocheuses, la mer -glaciale et la Baie d'Hudson; la hauteur des terres qui sé- - parent les eaux qui vont se jeter dans la Baie d'Hudson et celles qui se versent dans le Lac Supérieur et la Baie James, forme la limite orientale de ce vaste diocèse. Mgr. Provencher, missionnaire à la Rivière Rouge depuis 1818, et sacré évêque in partibus, comme auxiliaire de l’évèque de Québec, fut investi du vicariat apostolique du Nord-Ouest. , Son clergé se composait de six prêtres dont deux venaient d'arriver M. Laflèche et M. Bourassa, et de quelques sœurs de charité (sœurs grises), établies l’année précédente.

“ Mais bientôt il reçut quelques remforts qu’il avait sollicité; et, partis le 24 Juin 1845, le R. P. Aubert et le frère À. Taché, novice, descendirent de leur canot d’écorce à St: —… Boniface le 25 Aout, aprés 61 jours de voyage.

“ Le siége épiscopal du diocèse de St. Boniface, situé au confluent de la Rivière Assiniboine et de la Rivière Rouge, se trouve en outre sur le chemin du Lac Supérieur par la n rivière Lapluie, et communique à la grande et merveilleuse chaine des Lacs Winipeg et Winipegosis, qui permet au missionnaire d'explorer toute la Siskatchéouane jusqu’au premiéres assises des montagnes rocheuses, la vallée de la

rivière Lapaix et de pénétrer par la rivière Mackenzie

jusqu’à la mer glaciale, à l'Amérique Russe, au pôle nord

enfin. On voit que cette position est extrêmement avantageuse et bien choisie, car elle se trouve à un point accessible à tout le vaste et magnifique réseau de navigation intérieure du grand bassin compris entre les montagnes rocheuses et les premiers plateaux canadiens.

66 Déjà les missionnaires avaient traversé toute cette vaste

étendue de pays; mais trop peu nombreux, leur apparition Î au milieu des sauvages étaient trop rares pour opérer un M

bien durable. Devenu évèque de St. Boniface, à la mort du

vénérable Mgr. Provencher, Mgr. Taché s’occupa de suite de

ce soin important. Voyages, requêtes, demandes, rien ne lui coûta; il ne fut rebuté par rien; aussi, de quelle joie son cœur d’apôtre et d'évêque ne fut il pas inondé lorsqu'il vit enfin, consolidées et régularisées, ses chères missions de l’Ile à la Crosse, Ste. Anne de la Siskatchéouane, du Grand Lac des Esclaves, et de la Rivière McKenzie.”

Je n'ai pas hésité à emprunter tous ces détails parcequ'ils.

font connaître les travaux d’un missionnaire remarquable par ses actes méritoires et ses écrits remplis de renseignements.

L’Esquisse sur le Nord Ouest est encore plus complète sous

le rapport historique. Il manquait aux Vingt années de Missions des explications sur l’histoire du pays qui a été le théâtre des travaux apostoliques décrits dans le premier ouvrage,

L'auteur divise son travail en deux parties. Dans la pre-

mière il donne un aperçu de la condition du département du nord; dans la seconde il jette un coup d’œil rapide sur son histoire. Sept chapitres sont contenus dans la première partie. Dans le 1er il examine le pays au point de vue éco: nomique, en disant ce que le sol et le climat promettent d'utilité, et il rattache à ce chapitre les produits de la terre, réservant pour le chapitre 2me les études hydrographiques qui décrivent les voies naturelles de communication avec leur plus ou moins de facilité. Dans le chapitre 3me il examine la condition politique... Le 4me a trait à l'organisation commerciale, Le 5me mentionne la division ecclésiastique

du territoire. Le 6me examine les différentes nations qui habitent. Enfin le 7me donne la nomenclature de ce que le règne animal offre de plus remarquable. Des cartes géographiques sur une petite échelle sont jointes au volume et en facilitent l'intelligence. L'œuvre de Mgr. Taché a été traduite en anglais par le capitaine D. R. Cameron.

. La deuxième partie formera probablement la matière d'un second volume puisqu'elle n’est pas traitée dans celui-ci. Par là, Mgr Taché aura complèté un beau travail aussi parfait de style que de fond. Ce livre rappellera les sacrifices du missionnaire, envoyé par Dieu pour gagner au Christ des peuplades sauvages et à la civilisation de nouvaux horizons.

Le meilleur ouvrage de L’ABBE CASGRAIN est sans contredit son Histoire de la Mère Marie de l'Incarnation, première … supérieure des Ursulines de la Nouvelle-France, publié en 1864, | “Iaécrit cette histoire, dit M. D. FH. Senécal (1) avec cette

richesse, cette originalité et quelquefois même avec cette hardiesse de style qui distinguent ses autres productions. Il a en même temps apprécié, en homme versé dans la connais. sance de la vie intérieure, cette existence si visiblement soutenue par le soufie d'en haut et dont les vertus séraphiques et l’active énergie ont laissé non-seulement des suuvenirs qui ne s'éffaceront jamais, mais encore des œuvres qui se continuent sous ses auspices et comme sous l'égide pro. tectrice de son ombre. |

. “ L'auteur a pénétré dans toutes les intimités de ce cœur ; dans toute la cruelle poésie de cette destinée, dans tous les détails navrants de la vie de cette femme. Encore tout pénétré de la lecture de son livre, nous avons de la peine à faire une appréciation calme de cet ouvrage. Plus d'une fois nos M larmes ont coulé au récit de tant de dévouements et de dou- " leurs. En parcourant les pages qui retracent l’héroisme de cette angélique créature; en étudiant toutes les péripéties de cette existence.exceptionnelle, nous n’avons pu qu’admirer les voies de la Providence, le doigt de Dieu dans cette suite d'évènements inattendus qui doivent faire d’une jeune fille

es

- (1) Revue Canadienne, II. 59.

pleine d'espérance, une missionnaire du Canada et la première Supérieure de l’une de nos maisons d'éducation les plus renommées. Fille, femme, mère, religieuse, elle sut toujours concilier sa volonté avec l’obéissance, refouler au fond. de son cœur ses plus chères affections et oublier tout, parents et amis, pour satisfaire cet immense désir de sacrifice et. d’abnégation qui la poussait au Canada.” d

L'ouvrage est divisé en trois époque. L'histoire des pre” miers temps de la colonie se trouve résumée dans l’introduction, La première partie qui est désigrée sous le titre de vie domestique FR nperi la première partie de la vie de la Mère Marie jusqu'à son entrée aux Ursulines de Québec aprés avoir passé par toutes les tribulations du mariage, de la maternité

et du veuvage. Ea seconde partie retrace la vie monastique de celle que Bossuet appelait la Thérèse de la Nouvelle. France; enfin la troisième rartie comprend sa vie apostohque, et c’est aussi la plus intéressante, puisqu'elle se rattache entièrement au Canada. C’est un beau travail, écrit avec un style imagé, coulant, et une poésie mystique qui répand une teinte attrayante sur tout l'ouvrage.

On a fait à l'abbé Casgrain ce reproche ici et je le ‘crois fondé : “ L'auteur canadien a trop voulu montrer la sainte, et il a négligé la femme, c’est-à-dire ce côté naturel par lequel Marie de l’Incarnation se r£ttachait à la terre. Le récit de ses ravissements et de ses extases peut être bien beau ; mais celui de ses œuvres à pour nous plus de charme et d'édification.”

La plume féconde de l’abbé Casgraïn a produit plusieurs ouvrages biographiques, entr’autres: Notice biographique sur le chevalier Falardeau (1862) pp. 96; Un contemporain, À. Ë. Aubry (1865) pp. 103; Un contemporain, F. À. Garneau (1866) pp. 135; -Un contemporain, G. B. Faribault, (1867) pp. 123; D ne du Tombeau de Champlain par MN. les abbés Laverdière et Casgrain, (1866) pp. 13; et une Vie des saints, (1867) formant un volume de 750 pages.

On retrouve dans les biographies les défauts et les qualités qui déparent et ornent la plupart des écrits de M. Casgrain.

| C'est partout la même profusion de couleur, la même | richesse de style, mais aussi partout la recherche et l'éclat, | Voici ce qu’en pense un deses critiques: ‘Il donne presque’ |. toujours à ses héros des poses exagérées. Ce défaut, très frappant dans l’ntroduction de l'Histoire de la Mère de l'In- | carnation, est aussi remarquable dans les Biographies. T1 décrit toujours avec pompe les circonstances les plus ordihunaires de la vie. Pour lui, une maison n’est pas une maison mais un manoir; et si le manoir a une tourelle ou quelque portique, etc., etc., c'est un château. Une petite lisière de “terre devient sous sa plume, une seigneurie; la moindre | “tapisserie lui paraît orné de figurines—comme au manoir md Haberville; et si vous lui faites la faveur d’une petite pro- “menade dans quelque vieux wagon attelé de quelque vieux «cheval blanc, il vous en remerciera par cette phrase: “comme [Mau temps jadis, une blanche haquenée conduisait le carosse (Mbantique, orné des armoïieries de la famille. On se serait cru IE au temps de Louis XIV.” |

[M Portant un jugement d'ensemble sur les travaux littéraires Mde M. l'abbé Casgrain, M. Hector Fabre, dans son excellent (petit travail sur la littérature canadienne, s'exprime: ainsi : “La première qualité de M. Casgrain est l'imagination; ses “principaux défauts sont le goût de la déclamation dans le “style, l'amour de certains mots sonores dans la phrase, le respect du souvenir dans le récit, le culte de la pose dans ses “héros. Son imagination est tour à tour brillante, évoquant “les plus belles images, gracieuse, donnant un tour délicat et charmant, touchant et faisant naître sans efforts les plus à vives impressions, les émotions les plus profondes. Cette imagination ne peut que se développer, devenir sure d’elle même, en restant hardie, s'élever à mesure qu’elle s'astrein- “dra :ux lois d’un goût sévère. Il y a une plus grande dé- Mpense d'imagination dans les Légendes que dans l'Histoire de | Ja Mère de V'Incarnation, cependant, même comme imagination, je préfère l'hüstoire aux Légendes. La profusion est Mmoins grande mais l'abondance est plus réelle; l'éclat est

“plus tempéré, mais il est plus solide, il éblouit moins à pre-

mière vue, mais la lumière qu’il projette est plus pure et elle ne lasse pas. L'éclairage artificiel est magnifique dans les légendes, et ce qui y manque c’est plutôt un coin-obscur, une page simple ou l'esprit se puisse reposer an instant de toutes ces splendeurs ; mais dans l’histoire de la Mère de l’Incarnation, ce sont de purs rayons qui éclairent et vont bien vite pâlir les quelques lumières douteuses qui cherchent eñcore à se glisser ça et là. Le sujet a porté bonheur à l'auteur et lui a fait sentir la nécessité d’être plus simple, plus. sévère, il n’a pas voulu étaler à côté de la plus belle prose du XVII siècle de son héroïsme, les ornements fanés du romantisme. Son imagination avait aussi moins à s'exercer en cesens que dans les légendes, où il fallait créer une fable, composer une trame, tandis qu'ici il n'y avait qu'à suivre les phases nécessaires de la vocation et de l'existence de la Mère de l’'Incarnation. Le talent s’est ployé aisément aux, règles du sujet, et en le voyant dans le cadre un peu sévère, mais élégamment sculpté, suspendu aux murs blancs d'un. couvent on croirait qu'il y à été placé en naissant et l’on ne devinerait pas de suite qu’il a glissé autrefois, sur la pente, de la légende, vers le roman.”

J'ai sous les yeux un ouvrage remarquable, intitulé : Le Canada sous l'Union ; 1872, 2 vol. in-12, pp. 400, dû à la plume de Louis P. Turcorre, assistant bibliothécaire au Parlement Provincial, déjà très favorablement connu par plusieurs opuscules qui révélaient ses tendances et la portée de ses études. Ce livre paraît indispensable à ceux qui veulent connaître l’histoire politique de leur pays sans avoir à faire de minutieuses recherches dans les journaux déjà difliciles à trouver ou dans des brochures fort imparfaites.

C’est donc un éminent service que l’auteur vient de rendre au publie, aux jeunes journalistes, aux membres du parle: ment, à ceux qui veulent embrasser la carrière politique par devoir, par goût ou pour satisfaire à une louable ambition, car il a su condenser en quelques tableaux rapides et clairs les événements qui constituent le bagage historique des par: lements durant une époque fort accidentée.

Cet ouvrage offre d’abord un tableau général de l’histoire du Canada avant l’Union, puis vient l'exposé succinct des diverses administrations qui se sont succédées depuis 1841, - année où l’Union fut proclamée, jusqu’à 1867, époque de La Confédération. Ila divisé son œuvre en chapitres, qui con. cordent avec les gouverneurs qui administrèrent le Canada, durant cet intervalle.

L'auteur voudra bien me permettre de Corriger deux ‘légères erreurs de date qui, quoique sans importance en ellesmêmes, pourraient peut-être dérouter ceux qui désireraient … plus tard faire des recherches sur ces événements. Il pourra, - dans les éditions futures, rétablir en quelques mots les faits dont l’époque n’est pas assez clairement indiquée.

10. La rébellion de 1837 ne fut pas suivie d'exécutions capitales, lord Durham ayant libéré tous les prisonniers politiques sauf ceux qui furent déportés aux Bermudes. Ce ne » fut que sous Sir John Colborne, après les soulèvements partiels de 1838 que ce gouverneur institua les commissions militaires qui or au milieu de nous l’échafaud politique.

… Zo. Bien que ce soit vers 1841, à la fin de l'administration … de M. Poulett Thompson que de traité dit Ashburton régla … plusieurs difficultés entre l'Angleterre et les Etats-Unis, ce - fut au commencement de 1839 que la question du territoire en dispute faillit amener une rupture entre les deux pays, les citoyens du Maine ayant alors pris une position menaçante dans les environs du lac Témiscouata. Quelques étan blissements canadiens furent cédés aux Etats-Unis pour L rétablir la bonne entente.

Je me sens à l'aise en abordant la critique du travail méri- Mtoire de M. Turcotte. Je dis méritoire parce que l’auteur s’est donné beaucoup de mal pour recueillir ses matériaux, “les assembler eb présenter au public une œuvre, je ne Rue "pas complète, mais dans tous les cas utile à une certaine classe de lecteurs. |

En effet, la jeunesse avait besoin d’un livre de ce genre pour se mettre au fait des événements qui se sont passés

fi.

depuis les trente ou quarante dernières années, événements qu'elle ne peut apprécier que dans la liasse des journaux. Maintenant elle peut étudier plus facilement l’histoire politi-. que du Canada sous l’Union, histoire si accidentée, si mouve-. mentée, 8i instructive, si perplexe parfois. Je félicite done. M. Turcotte d’avoir entrepris Ce travail. La pensée généreuse qui à présidé à cette publication ajoute encore au mérite de l'écrivain. î Ce n’est pourtant pas encore une Œuvre telle que je la. voudrais. Le style est clair, simple, sans prétention, mais, il manque d’entrain, de verve, de chaleur, de vivacité, de souplesse, de coloris, et même de soinet de travail: il est, froid et d’une sobriété voisine de l’indigence. Le récit est. court, résumé, lucide, mais il manque d’ampleur et d'attraits, Ce n’est pas là toute l’histoire du Canada sous l'Union. C'est peut-être, à demi, l’histoire politique, mais assurément l’his-, toire du droit, celle des événements religieux, de la littéras ture, des progrés matériels et de la marche des idées n’est pas là. Je n’ai pas rencontré d'aperçus élevés sur les causes. qui ont amené les crises ministérielles ni de considérations philosophiques et morales sur le mouvement social. J'y vois. tout au plus un résumé fortsuccinct des travaux parlementaires, puisés dans les journaux de la chambre et la collection: des statuts. Sans doute que c'est beaucoup mais l’auteur pouvait davantage. Je regrette ces lacunes qui ébrèchent sa réputation d'historien. | é Que dire de l'intégrité du livre, de l'esprit qui anime l’auteur, sa tendance, son système ? Hélas! pourquoi faut-il que les passions politiques et les préjugés de parti aveuglent les plus belles intelligences? Sous des dehors calmes, impartiaux, modérés, M. Turcotte fait l'éloge du parti conser var teur. C’est le plus grand reproche que je lui adresse. I devait au public de cette province plus d’intégrité, plus d'impartialité qu'il en à montrée. Citerais-je des faits, des extraits de son livre? Inutile. Tous ceux qui ont lu louvrage disent comme moi. Mais cette tendance se manifeste surtout dans le second volume. C’est à partir de 1855, c'est

à-dire depuis l'alliance des prétendus libéraux du Bas-Canada avec les tories du Haut-Canada, lors de la formation du ministère MeNab-Morin, que son esprit de parti s’accentue davantage. Il excuse constamment les chefs de ce parti et accuse leurs adversaires politiques. Il n’y à pas jusqu’au double shuffie de 1858 qu’il approuve et excuse. Il n’a aucun blîme à adresser au gouverneur Head pour sa conduite inconstitutionnelle. Ses jugements sur les hommes sont marqués au Coin de la partialité comme ceux qu'il porte sur leurs actes. Il change d'avis sur leur compte suivant qu'ils s'éloignent ou se rapprochent de ses tendances tories,. Allen McNab, George Brown, J. A. McDonald, etc., sont tour à tour conspués et exaltés.

Il se trompe également sur la nature du mouvement opéré en 1854. L'alliance MeNab-Morin fut une défection et un sacrifice des principes libéraux légués par Lafontaine et Baldwin. C’est une tache qui ternira toujours le nom si | populaire de Hon. Aug. N. Morin. Ce ne sont pas les libé-- . raux qui Ont absorbé les conservateurs comme M. Turcotte le prétend, mais c’est l'élément conservateur ou tory qui a noyé l'élément libéral. Ce sont Sir Allen MeNab et RAA McDonald, deux tories encroutés de la vieille école, qui furent appelés à dominer dans cette combinaison ministérielle. C’est l'esprit Draper, Sherwood, Badgley, etc., qui va maintenant dominer et influencer J. A, McDonald, G. E, Cartier, E. P. Taché, Hincks, Langevin, Chauveau, etc., Jusqu'à notre époque.

L'écrivain insinue donc fausement que ces hommes sont, les héritiers des tendances politiques de Lafontaine-Baldwin. Leurs actes d’ailleurs n’ont rien de commun avec le sentiment libéral. Ils ne connaissent de réformes que ce que l'opposition leur a arraché. Le seul et véritable parti libéral] || qui a survécu aux défections de 1855, et que l’auteur appelle L parti démocrate, parti annextionniste etc., est indignement Lie jugé. Il l’accuse d’avoir voulu introduire dans notre législation les idées républicaines, comme si c'était là quelque chose de très déshonorant! Il le condamne également parce qu'il

a proné certaines réformes, jugés bonnes de nos jours puis- 4 que le parti conservateur les escamote au parti libéral afn de se maintenir au pouvoir. | +0

La partialité de l’auteur va jusqu’à excuser ses chefs de s'être opposés aux écoles séparées dans le Haut-Canada. A 0 l'entendre, l'opposition du parti libéral fut factiense, injuste, M absorbant le temps des sessions, mettant des entravés aux projets du gouvernement. Voilà une jolie façon d'entendre le système représentatif et les franchises constitutionnelles ! Vous être injuste, partial, imprudent, mauvais citoyen si vous n’appuyez pas le gouvernement. J avais toujours cru, ï. qu'une loyale opposition com plétait le gouvernement constitutionnel et participait même de son essence. Mais M. Turcotte n'entend pas de cette oreille là. Que ne dit-il pas à encore ? Il accuse M. Dorion pour n'avoir pas vouiu sacri- # fier ses principes et Ses opinions en échange d'un portefeuille, 4 lors de la formation du ministère MacDonald-Cartier en * 1857. M. Sicotte avait été dépêché par M. Cartier en cette M occasion pour le faire consentir à accepter le portefeuille de ‘4 secrétaire provincial. “II déclina l'honneur, ajoute M. Tur- 4 cotte ; il refusa un compromis honorable afin de ne pas sacrifier ses principes, ni ses opinions.” oi la page suivante, " l'auteur ajoute: ‘“ Cette conduite lui fit tort ainsi qu'à son 4 parti, elle jui fit.perdre l'occasion de monter au pouvoir.” Ainsi, suivant M. Turcotte, arriver au pouvoir, c’est tout; L celui-là est bien inhabile qui laisse perdre Voccasion de » siéger dans le cabinet ? Letitre de ministre vaut mieux M que celui d’honnète homme? M. Turcotte appelle cela un compromis honorable. Les consciences tories seules “+ ont cette élasticité. Hélas! les tentatives du parti n'ont que trop réussi à éloigner no08 Amis du devoir en plaçant dans l'administration de 1857 des libéraux comme … MM. Sicotte et Belleau qui ont sacrifié leur passé pour un portefeuille. Après cela il n’est pas étonnant de voir MA Turcotte excuser l'alliance de M. Cartier avec M. Brown en. 1864, et tant d’autres concessions de princip:s, aux prix L desquelles son parti s’est maintenu au pouvoir. |

L'auteur ne parait pas avoir beaucoup étudié les ques- tions constitutionnelles. Dans un ouvrage de ce genre ces points de droit ont toujours une importance majeure. C’est une lacune considérable qui pourra disparaitre dans une seconde édition.

M. Turcotte est encore l’auteur d’une Histoire de l'Isle d'Orléans, in-12, pp. 64, publiée à Québec en 1867. Cette brochure renferme de nombreux renseignements sur cette terre si féconde en faits historiques. Cet auteur doit publier prochainement une série de biographies sur nos hommes poli- tiques; nous avons déjà celles de MM. Caron et Cartier. Ces biographies sont remplies de faits mais pauvres de style. L'auteur se doit à lui-même et au publie de surveiller la forme en la rendant digne du fond.

Histoire des grandes familles du Canada ou Apercu sur le Chevalier Benoist et quelques familles contemporaines pp. 548, im 8vo ; tel est le titre d’un ouvrage publié à Montréal et généralement attribué à L’ABBE DANIEL, du Séminaire de St. Sulpice. Ce livre peut ètre considéré comme un monument élevé à notre gloire en ce qu’il retrace la vaillance, l’héroisme et le dévouement de ces grandes familles. On y trouve une foule de détails, de faits, d'aventures, d'incidents plus ou moins importants, la plupart inédits et qui ont été communiqués à l’auteur par les descendants de ‘ces grandes familles,”

. qui ont noms de Longucil, de Beaujeu, de St. Ours, Martel, d'Eschambeault, de Montigny, Duchesnay, d’Ailleboust, Guy, de Vaudreuil, Baby, de Boucherville, de Salaberry, etc. La notice du chevalier Benoist, qui vivait en Canada en 1740, n'offre d'intérêt qu'aux membres de cette famille. Il en est . autrement pour les autres biographies qui sont plus intimement liées à l’histoire du pays. Chaque notice biographique est accompagné des portraits des principaux membres de la famille. Nous y trouvons les portraits du chevalier Benoist, . Jacques Cartier, de Montcalm, Beauharnoïis, Mgr. Laval, Mer. Plessis, Mgr. Lartique, le juge Vallière, Etienne Parent, le juge Caron, G. E. Cartier, J. O. Chauveau, etc., avec un

fac-simile des principaux hommes qui ont: figuré sous la

domination francaise ét depuis la cession du Canada à l'An- |

gleterre. En un mot, c’est un livre de luxe destiné à orner les salons et les bibliothèques.

On pourräit désirer plus d'ordre et de méthode, moins de confusion dans la disposition des matières, une pagination plus régulière. On regrette surtout cet esprit systématique qui tend à faire graviter autour de la figure du Chevalier Benoist, personnage obscur de notre histoire, ceux qui ont illustré notre passé. À part ces défauts de forme le livre se recommande par un style simple et correct. C’est après ‘oub une œuvre essentiellement nationale. “ Car, comme le dit M. de Bellefeuille (1), ce n’est pas tout d’avoir une histoire sérieuse et régulière du Canada. Ellepeut suffire au besoin d'apprendre les grands événements et l’enchainement des faits, au désir de s’intruiré du passé de sa patrie; mais l’homme à encore d’autre besoins et d’autres désirs, moins n0° bles si vous voulez, moins élevés; mais qui pour tout cela, ne sont point blimables. On aime à faire une connaissance plus intime avec les héros, avec les hommes qui ont laissé un grand nom derrière eux, une trace profonde dans les idées ou les faits de leur époque. On cherche à les voir comme dans l’intimité de la famille ; on aime à faire connaissance ävéc léur physionomie, contempler de près ces traits vénérés et en étudiant la figure qui est le miroir de l'âme, essayer de deviner les grandes pensées et de pénétrer dans le carac= tère des personnages qui ont fait la gloire de leur pays. On veut tout connaître chez eux, leur vie, leur traits, jusqu’à leur signature, laquelle, prétend-on, révèle quelque fois les dispositions de l’homme. Il y a peut-être là une idée mesquine, une vaine curiosité, qui expose à bien des desenchantements et à de pénibles déceptions; car, quel est le personnage qui peut supporter sans rappetiser un examen aussi minutieux ; souvent ceux qui de loin nous ont paru des héros, Vus de près, redeviennent des hommes, avec nos défauts, no8 travers, et jusqu'à nos ridicules.”

JAMES MAcPHÉRSON LEMOINE, un des auteurs les plus

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