L'Album du touriste
Certes ! c’est bien 1à un album ou plutôt un écrin où l’archéologue, l'historien, l'ornithologiste, le pêcheur et le chasseur pourront tour à tour trouver des idées et des sentiments en rapport avec leurs goûts.
« Le style de M. LeMoine, dit M. Deguise, (1) est aussi facile qu'attrayant; il prend tous les tons, toutes les nuances des caractères du sujet qu’il traite. Voyez plutôt, comme il est gai et piquant en parlant de la nuit qu'il passe au & Repos du Voyageur,” où les compagnons de St. Antoine ont pris asile dans la cave faite au dessous de lui et protestent, par d’affreux grognements, contre les grincements | aigus d’un pauvre violon qu'un musicien champêtre est à torturer sans miséricorde dans la grande cuisine." Il est alerte et joyeux quand il s’agit de chasse et de pêche, voyez le plutôt dans la “ Chasse à l'alouette,” à l’Ile-aux-Grues, ete. ete. etc., pittoresque, quand ilse fait paysagiste. Quel magnifique tableau ne nous représente-t-il pas quand vous suivez la route du Cap-Rouge en revenant par Ste. Foye. Chacune des demeures des heureux du monde y est décrite d’une manière si belle, si gracieuse! M. Lemoine, vous êtes amateur de la belle nature et vous nous faites jouir, nous voyageurs, de toutes les splendeurs que le bon Dieu nous a données et ‘qui n'étaient pas connues. Sa plume devient attristée au départ de ses petits musiciens ailés, ses plus chers amis et ilest ravissant quand il les voit revenir. Voyez encore avec quel pla sir naif et charmant il les appelle chacun par leur nom pour les complimenter de leur heureux retour et leur souhaiter la bienvenue.
“ Mais quand il décrit les plaines d'Abraham, arrosées par le sang généreux de tant de braves, oh! alors son style est grave et solennel.”
(1) Courier du Canada.
M. Lemoine, comme 6n le voit, est un de nos écrivains les plus féconds. Il à écrit considérablement et la plupart, pour ne pas dire toutes ses productions, se rattachent à l’histoire de notre pays. C’est-là le mérite principal de l’auteur, —il s'échappe de ses écrits un parfum d’antiquité canadienne, ün souvenir du bon vieux temps, qui font plaisir et qui charment. C’est encore un naturaliste ditingué. Personne he sait prêter aux oiseaux un langage aussi suave, décrire avec autant de science et de poésie le brillant de leur plumage, la variété de leurs espèces, leurs mœurs et leurs occupations. Le style de M. Lemoïne n’est pas toujours correct; on le voudrait plus limpide et plus classique. Îl a certaines iournures que l'Académie repousse. Cela provient sans doute de l'habitude qu'il a d'écrire dans les deux langues. Ï1 est bien difficile de réunir à la fois la pureté de Racine à celle de Pope, la souplesse de Byron à la diction classique de Buffon. Mais ces légers défauts disparaissent ou du moins sont vite oubliés pour les choses toujours fort intéressantes que l’auteur met devant les yeux de son lecteur. C’est le plus substantiel de nos écrivains dans la ittérature légère et le meilleur auteur parmi le public anglais. Ses écrits tiennent à la fois de l’histoire et du roman, il pouvait exceller dans l’un ou l’autre de ces deux genres, mais Chez lui le dernier s'inspire toujours du premier. La connaissance approfondie de notre histoire, les recherches nom:- :- -breuses qu'il a faites sur nos antiquités canadiennes soronê toujours la base la plus durable de son mérite littéraire. Si | son nom ne peut être placé à légal de celui de Garheau ét de Ferland, il vient immédiatement après.
… En véritable bénédictin, l'abbé Cartes HonoRE LAVER- DIERE, né en 1826 et décédé en 1873, en son vivant bibliothéaire à l'Université Laval, a préparé un immense travail en % volumes, in-do. intitulé : les Œuvres de Champlain. .… Do grands noms ont marqué les premières pages de nôtre | histoire, noms de religieux et noms de guerriers. La recon- | naissance nous fait un devoir d'en conserver un précieux #ouvenir, c'est cette pensée qui engagea l’abbé Laverdière à
collectionner, mettre en ordre, annoter les Œuvres de Champlain, fondateur de Québec et premier gouverneur de la nouvelle-France. Dans cetimmense ouvrage on trouve les renseignements les plus exacts et les plus complets sur les commencements de la colonie, les luttes et Lis hauts faits de nos aïeux, la cruauté, les vengeances, et les mœurs féroces des sauvages, le dévouement des missionnaires.
L'ouvrage contient : Le voyage de Champlain aux Indes Occidentales, precédé d’une notice biographique de Champlain ; le voyage de 1603 ; l'édition de 1613, c’est-à-dire les voyages à l’Acadie de 1604 à 1607, et les OYAESS au Canada depuis la fondation de Québec en 1608 jusqu'en 1613, avec fac-simile photolithographique de toutes les cartes et vignettes y compris la rarissime grande carte de 1612, et la petite carte de 1613, en son vray mérédien, le quatrième voyage ; l’édition de 1619, avec le frontispice gravé et les vignettes; l'édition de 1632 première et seconde partie ; avec la grande carte et sa Table ; le Traité de la marine ; le catéchisme en huron du père Brebeuf; l’oraison dominicale traduite en montagnais par le père Massé ; une dessertation sur les cartes de Cham. plain ; un dictionnaire topographique du Canada ancien ; des, pièces justificatives et une table générale des œuvres de Champlain. |
Il est inutile d'ajouter s’il à fallu beaucoup de travail, de recherches et de patience à M. l'abbé Laverdière pour ré-imprimer les œuvres du célèbre fondateur de Québec. Sans parler de l'exécution typographique qui conserve l'ancien caractère, sans parler des annotations du commentateur, annotations qui dénotent une grande connaissance de notre histoire, M. l’abbé Laverdière à mérite les louanges de tous M ceux qui tiennent sincérement à honorer les études historiques dans notre jeune pays. (C’est une œuvre méritoire et une tâche honorable.
Un peuple s’honore toujours en honorant ses grands hommes : voilà pourquoi tout canadien, tout homme né ou vivant sur cette terre depuis longtemps conquise à la civi- Bsation, aujourd’hui livrée au commerce, à l’industrie, à toutes
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les branches de l’activité humaine, ne peut qu'être fier de son passé, se montrer jaloux de la gloire des personnages » dont le génie entreprenant, l'énergie et les luttes patientes ont contribué à la fondation, à l'établissement de cette partie du continent américain.
… Les commencements périlleux de la colonie, les luttes des premiers colons, les voyages d'exploration, les découvertes géographiques, les fondements de ville encore existantes, Québec s’élevant sur son roc à la voix de son illustre fondateur, le passé tout entier, l'histoire du Canada enfin, avec les hs cartes, les plans, tout cela se trouve habilement réuni dans M J'œuvre du savant abbé. | ù Le catalogue des ouvrages que l'abbé Laverdière a publiés (Ou dont il a surveillé l'impression est considérable. Outre les œuvres de Champlain et le journal des jésuites, il faut | encore porter à son crédit: Les ‘ Relations des Jésuites,” rois volumes compacts, grand in-oct., de plusieurs centaines |* de pages ; le “ Cours d'Histoire du Canada ?” par M. Ferland, seconde partie de 1663 à 1759 ; l'Histoire du Canada à l'usage “des maisons d’éducations ; plusieurs petits opuscules entre autres ‘“ Notre Dame de Recouvrance de Québec ” ‘“ À Ia “Mémoire du R. P: Ennemond Massé, $. J. ; ” plusieurs livres de chant, entre autres: ‘ le Chansonnier des Collèges,” les & Cantiques à l'usage des maisons d'éducation, ”’ trois éditions des “ Chants Liturgique,” la dernière édition du ‘ Graduel et du Vespéral,” la “ Semaine Sainte,” le ‘ Rituel Romain.” La dernière œuvre qu'il espérait pouvoir livrer « bientôt à la publicité, est le * Paroissien Noté,” œuvre destinée à populariser au milieu de nous le chant de nos églises- M. Laverdière a été entouré de l’estime et de la confiance -de tous les écrivains qui ont élevé à notre histoire de si précieux monuments. Pour ne citer qu'un des plus illustres, Lu M. Ferland le consultait volontiers et déférait souvent à ses 4 jugements. La table des Relations des J ésuites est à elle seule, M Gisait M. Ferland, un travail extrèment utile, et me rappelle l'infatigable patience des Bénédictins. Qu’aurait-il dit des “notes si nombreuses et si intéressantes, attachées aux œuvres
. de Champlain ?
| L'éditeur des Relations des Jésuites a rendu hommage au le patient de M. l'Abbé Laverdière qui l’a si puissamment aidé dans cette publication, de concert avec MM. Ferland et Plante. ‘“ Pleins de dévouement pour cette entreprise que l'on peut appeler nationale, dit il, pendant des années ils ont consacré leurs loisirs à la lecture des épreuves, afin de rétablir l'ancien texte avec un scrupule, qui par respect pour les. antiquaires, est all jusqu’à reproduire fidèlement les fautes mêmes des vieilles éditions.” s
Nous avons encore de l'abbé Laverdière une Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducation: L'auteur n'avait, qu'un but en publiant cet abrégé : aider les élèves à étudier nos annales ; il a fait plus, il a composé un livre qui attache le lecteur, et lui procure le plaisir de rafraîchir sa mémoire, sans la condamner à l’aridité ordinaire à ce genre d’écrit.
Hélas! chaque fois qu’il arrive à un citoyen du Canada d'ouvrir un livre, de lire un article de journal ou d'écrire sur. des sujets qui mettent en mémoire le souvenir de nos compatriotes exilés aux Etats-Unis, des considérations graves s’im: posent naturellement, et nous recherchons la cause du mal qui, nous décime. Le mouvement des canadiens aux Etats-Unis est quelque chose qui attire insensiblement l'attention des plus indifférens d’entre nous. Ces groupes multiples qui se rencontrent maintenant dans la Nouvelle-Angleterre, dans l’ouest et même jusque dans les régions éloignées du Sud, comme ils se sont formés, comme ils ont grandis! On éprou: vait d’abord une crainte légitime sur leur avenir. En effet, qu'allait devenir la nationalité, la religion, les usages, les mœurs Canadiennes au milieu de l'élément américain ? Mais grâce à cette tenacité de la race latine qui la fait se cramponner au sol, tout cela à été préservé. Et aujourd’hui que. voyons nous ? Les simples rassemblements de hazard sont devenus peuples; les groupes se sont faits villages et paroisses; des églises, des écoles, des académies, des journaux, des sociétés littéraires et nationales ont été fondées; l’émulation, la vie sociale, la richesse matérielle, tout cela a surgi comme par enchantement. Maintenant la société américaine
compte avec les canadiens qui chiffrent pour au delà de 600,000. Le mouvement intellectuel et national a suivi le mouvement religieux. Il est bien facile de prévoir que le “sang français va s'infuser petit à petit dans les veines du peuple américain et que sur le nombre de nos compatriotes . il n’en reviendra pas un tiers. On se demande alors quel problème va résoudre cette fusion et quelle action l'élément . latin exercera sur l'élément saxon. (C’est une de ces questions qui méritent l'attention des penseurs et qui entre dans Je problème de l'avenir du grand peuple des Bfats-Unis ; de “même que la question de l'émigration de nos compatriotes est un fait qui peut donner naissance aux théories les plus relevées.
| Ces considérations me viennent à propos d’un livre que | j'ai devant moi, intitulé: Notre-Dame des Canadiens et les Canadiens aux Etats-Unis. L'auteur, l'ABBE CHANDONNET M raconte l’histoire d’une simple colonie canadienne aux Etats- M, Unis, à Worcester, Massachusetts. C’est l’histoire intime | de toutes les missions canadiennes chez nos voisins, des péripéties par lesquelles elles passent, du rôle du prêtre catho- | Jique et de la générosité des fidèles.
Dans la dernière partie, qui est de beaucoup la plus inté- | … ressante, l’auteur étudie les causes ‘de l’émigration et . cherche le remède à cette situation. Elle est bien traitée. b'HEn général le livre fait honneur au talent de M. l'abbé … Chandonnet qui, espèrons le, n’en est pas à son dernier oubyrage littéraire.
L'abbé Chandonnet est docteur en philosophie et en théo-. nu logie du collége romain, et en droit canon de l’Apollinaire. Ilest un des esprits les plus remarquables que le Canada aït produit. Ceux qui ont vécu dans son intimité savent avec quelle rapidité son intelligence embrasse un sujet; elle le pénètre dans toute sa profondeur et l'éclaire d'une lumière “aussi vive qu'imprévue. D’une clarté et d’une précision ad- :mirables, son esprit à cette originalité qui n’est que la quintessence du bon sens appliqué aux questions les plus ardues de la philosophie et de la théologie.