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Le tout se termine de la meilleure facon du monde, au profit de la colonisation du pays. Les deux couples vont “établir dans une charmante paroisse des townships, de tervie par l’abbé Pierre Guérin. |
- L'ouvrage, au point de vue littéraire, excelle dans les dérails ; mais l’ensemble péche en plusieurs points importants. An premier lieu il manque d'unité ; on voit que l’auteur, qui écrit dans les premiers feux de la jeunesse, faisait un essai mn prose. L'orsqu'il à commenté il n’a pas songé que son ivre prendrait telle ou telle proportion, tels ou tels dévelopvements: le plan n’a pas été formé d'avance, l'auteur a aissé courir sa plume. On pourrait en retrancher un bon sers et l'ouvrage n'aurait qu'à y gagner. Ensuite, je ne “couvre point dans cette composition aucun but philosophiue, aucune idée grande, aucun système ; il n’y a qu’une exosition de faits fort simples, plus ou moins Lrillamment wostumés, mais Le romancier s’est soustrait à cette mission “ui fait de lui un autre moraliste.
M. Chauveau a évidemment prétendu faire une esquisse de Aœurs. AÀ-t-il réussi ? Je ne le crois pas. Ils’est bien Miorcé, à la vérité, de dépeindre la vie douce et paisible de os campagnes, mais il semble que l’auteur n’a pas assez “cu de la vie du paysan, du cultivateur pour en saisir tous >s détails intimes. Ses peintures sont fausses ; en certains ndroits il prête à nos cultivateurs un langage grossier qui he peut que donner, à l'étranger, une fort mauvaise idée de os campagnes, tandis qu'il est bien connu de tous que le lanage des canadiens est bien supérieur aux patois de France bdailleurs. Charles Guérin n’est qu'une ébauche, une étude 1 de mœurs canadiennes. J’appellerai plutôt de ce vom les Anciens C'anadiensde De Gaspé, Forestiers et Voyageurs æ Taché, ou, encore le Jean Rivard de Gérin-Lajoie. La
“ène de la vente d’un héritage par autorité de justice et la
“escription d’un coup du Nord-Est sont assez bien réussies, Mais la mi-caréme offre de nombreux défauts dans les détails. M. Chauveau joint à la richesse du style beaucoup de faci-
bté ot d'élégance. Il y a cependant dans Charles Guérin des
défectuosités, des longueurs et des endroits faibles. Le style n’a pas toute la concision désirable, l’auteur recherche trop: | les épithètes, ce qui rend sa pensée lourde et sa narration languissante. è | wi] L'écrivain n’était encore qu’à la première phase de sons | talent lorsqu'il écrivit Charles Guérin. Il s’est surtout mani= | festé dans toute la plénitude de ses facultés littéraires dans, les mille et un articles de journaux qui sont sortis de sa | plume. Pendant les onze années qu'il a rédigé le Journal de l'Instruction Publique [1856-1867] M. Chauveau a écrit les revues mensuelles avec cette facilité, cette élégance, ce calmes | cette souplesse qui annoncent un style formé. Il collaboraæ, successivement au Fantasque, au Castor, au Canadien, à l'Avent et au Courrier des Etats- Unis. | Nous avons encore de lui la relation du Voyage de S. À. RS
£e Prince de Galles en Amérique, 1861 in-8vo. pp. XX VIII-1484 IL. Exrse CuevaLrer, homme de lettres français, qui de-\ meura à Montréal pendant quelques années, à été le fondateur de la Ruche Littéraire (1853), publication qui contribua à répandre le goût de la littérature en Canada. Il fut aussi attaché à la rédaction du Moniteur Acadien, dé La Patrie et] du Pays. Pendant les quelques années que M. Chevalier a! passées parmi nous il a écrit plusieurs romans et nouvelles: dont quelques uns méritent une mention spéciale. Il a surs tout réussi dans le genre des romans historiques. 1 L'Héroine de Chateauquay est un épisode de la guerre de:| 1812. L'auteur, à travers la fiction du roman et les péripé-| ties d’une: intrigue, à fait ressortir quelques-uns des carac=\ tères de cette lutte célèbre qui a jeté sur nos compatriotes} un reflet de gloire immortelle. La vérité topographique,i ainsi que la vraisemblance, y sont généralement observées,! sans nuire à l'unité du récit et au progrès du drame vers Îe dénouement. On pourrait trouver ailleurs plus de véracité] dans les situations, plus de mouvement et plus d'éclat dans le langage des passions; mais ce qui distingue principale=| ment le livre de M. Chevalier, c'est un style aisé, coulant, naturel et la liaison de l’ensemble. Le caractère de ses!
To
‘acteurs est empreint de sentiments nobles comnie le patrio- Mtisme, de pensées aussi élevées que délicates, et de notions “saines sur ce qui constitue l'honneur et le courage. Cette: Mmouvelle à un autre mérite, et c’est le principal : elle popu- Mlarise un fait historique trop peu connu et dont la mémoire “sefface déjà de l'esprit de notre génération ; elle réchauffe lun souvenir qui fait partie de notre héritage national. | Le Pirate du St. Laurent parut dans l’année 1858. L'auteur “a traduit de l’anglais Les Trappeurs de la Baie d'Hudson de “Robinson, et le Foyer Canadien ou le Mystère dévoilé, de Clémo. Ces différents ouvrages, outre leur attrait littéraire, sont “encore intéressants à lire parce qu'ils sont jusqu'à un certain “point comme des esquisses de mœurs d’une époque déjà éloiï mée. Ils mettent en scène les récits et les actions des VOyabgeurs de là-haut, les tentatives de colonisation dans le far mwest, les tours de force de ces hardis trappeurs, de ces hommes de cages qui, remontant l’Ottawa jusqu'à Byton, en allaient faire chantier dans les frimas et les glaces du mord.
On trouve encore plusieurs nouvelles, produit spontané de la plume féconde de M. Chevalier, dans la Revue Littéraire. A part La Huronne de Lorette, en épisode de la vie “auvage de cette tribu illustre dont les derniers vestiges wont bientot se perdre dans les environs de Québec, il y a MHistoire d'une famille canadienne depuis 1600 jusqu’à l’an 1850. Parmi les principaux articles éditorianx je citerai: “La presse américaine et la langue française, la nationalité anadienne, ete. Mais le meilleur roman qui s’y trouve est sans contredit L'Ile de Sable: épisode de la colonisation du | Canada.
n… Le canevas de ce roman est tiré de l'Histoire du Canada L Garneau. En 1598, le Marquis de La Roche obtenait du roi des lettres patentes pour le trafic exclusif avec les saubases sur les rives du St. Laurent. Il partit avec 60 Mhommes, la plupart repris de justice, et craignant leur lésertion illes débarqua sur l'Ile de Sable, à l'entrée du olfe St. Laulent. Cetile est entourée de récits; elle ne
porte ni arbre, ni fruit; il n'y pousse qu'un peu d’arbre autour d’un lac d’eau douce retiré au centre. Après avoir jeté ses colons sur cette terre désolée, La Roche passa en Acadie. En revenant, il fut surpris par une tempête qui le chassa en dix ou douze jours sur les côtes de France où il fut retenu par une foule de difficultés Ce ne fut que cm ans plus tard que le roi lui fournit l’occasion d’aller chercher M les malheureux abandonnés sur l'Ile de Sable. Il n’en trouva f plus qu'une douzaine sur quarante qu'ils étaient. Livrés à | eux-mêmes, ces malheureux n'avaient pas voulu reconnaitre
aucune autorité. Ja discorde les avait armé les uns contre | les autres et plusieurs avaient passé dans des querelles qui avaient encore empiré leur triste situation. À la longue la misère les avait dompté. Ils s'étaient construit des huttes
avec les débris des vaisseaux échoués sur les rochers; 11804
vécurent de pêche. On les ramena en France. Leur figure avait cet air fauve et sauvage qui les faisait plutôt ressembler à des indiens qu'à des hommes civilisés. Ils purent retourner dans leur famille sans être recherchés de la justice pour leurs anciennes offenses.
Voilà le thème sur lequel M. Chevalier a brodé l’Zle de © Sable. I1 donne à son récit beaucoup d’ampleur, les incidents se succèdent avec facilité, s'enchevêtrent avec aisance. Je n'y trouve pas toute l'unité désirable, défaut qui est commun à toutes ses produetions de longue haleine. L'auteur avait toujours deux ou trois ouvrages sur le métier; il ne pouvait par conséquent s'occuper exclusivement d’une œuvre favorite sans négliger l’autre. Ecrivant d’ailleurs pour remplir les colonnes d’une revue mensuelle, ses écrits portent nécessairement l'empreinte de la négligence. On voit qu'ils ont été produits à la hâte, pour satisfaire au, besoin du moment. Le grand talent inventif de l'auteur n'a pu suffire à tout. Plusieurs pages sont très pâles, très faiblement touchées, sans compter les nombreuses imperfections de style et de
forme.
On pourrait également reprocher à M. Chevalier d’avoir voulu, dans les romans qu’il a composés depuis son départ du,
Canada, dénaturer l'esprit de nos institutions et représenter notre pays sous des couleurs certainement exagérées, pour ne pas dire malveillantes. Je conçois que le romancier, pour l'avantage de son récit, aille chercher dans le domaine de la fiction des contes plus ou moins ridicules, mais nous ne sau. rions Supporter sans protester ces exagérations outrées que l'écrivain porte à notre crédit. Ces fausses notions peuvent enduire en erreur l’européen qui n’aurait d’autres Connaissances géographiques ou historiques que les romans de Chevalier. On nous représente comme une plage encore déserte, habitée par des sauvages encore barbares, Il n'y a pas de semaine sans qu'un grand dîner de cannibales soit donné à Québec ou à Montréal. Les quelques années que M. Chevalier a passé parmi nous ne l’autorisaient certainement pas à parler de la sorte de ceux qui l'ont accueilli comme un des leurs au foyer de la famille canadienne.
Cet écrivain est retourné en France en 1859. Iln’a pas cessé depuis d'écrire un grand nombre de romans, dont les sujets sont tirés en partie de l'Amérique et même du Canada ; mais Comme ces derniers travaux se rapportent plus à la
. littérature française qu’à la nôtre, je n’entreprendrai point de les mentionner, encore moins de les analyser.
Un travailleur infatiguable et un écrivain distingué que je me plais à citer ici, est l’Hon. C. B. De BoucHERvILLE, descendant d’une famille illustre.
M. De Boucherville se fit connaître de bonne heure par ses travaux dans la littérature et la mécanique. Le “ Répertoire national ” contient une excellente petite nouvelle, inti- “tulée “ Le pont de Pierre,” attribuée à sa plume. En 1862 al publia un ‘“ Programme d'étude pour la formation d’une . banque agricole nationale pour le Bas-Canada,” pp. 23. On retrouve le même travail annexé au rapport du comité spécial nommé par la Législature pour s’enquérir de l’opportuvnité de réaliser ce projet; vide, Journaux de la chambre: 1863 pp. 117, in-8. Mais l’œuvre capitale de l’auteur est son roman Une de perdue deux de trouvées, publié d’abord en