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L'atpe
€ est la délicatesse, l'amour du détail, du perfectionnement ; on tend à l'idéal et sa plastique n’a rien de commun avec lan
matière. Un goût sûr, beaucoup d’esprit, une science pro fonde des sentiments qui serment dans le cœur de l’homme, remplacent, chez lui, la grandeur des conceptions, l'ampleur’ À de l'intrigue, les situations dramatiques et l'élévation dan le Bpssee: Pour raconter une scène et peindre un tableau il n’a pas de rival en Canada et même peu de supérieurs en Europe. Jamais il ne donne un mauvais coup de pinceau Il semble pour et repolir certains détails, il cisèle ces petits joyaux qu’on admire pour leur éclat et leur fini.
L'origine des amours de J acques et de Marie est r400 avec un rare bonheur. Il en est de même lorsqu'il dépein les mœurs acadiennes, cette race d'hommes forts, vigoureux fermes dans le danger, dans l’adversité, dans É devoir. ü s'élève au-dessus du trivial et des lieux communs en décri- k vant les campagnes et les beautés champêtres. La partie lan plus faible est le diologue. C’est une qualité aussi rare dal ot précieuse, qui ne s’acquiert que par la pratique. Les persos ï nages ici font des discours au lieu de causer. "1
Jacques et Marie peut paraître à quelques-uns un romanh imparfait. Ilest vrai que l’auteur n’entre pas dans tous lesh développements qui ressortent de son sujet. Les liaisons entre les trois parties ne sont pas fidèlement observées, “A les événements ne sont pas réunis et liés ensemble de ma nière à en faire un tout bien ordonné. Mais on ne peut. s'empêcher d'admettre que c’est un beau livre pouvant ci devant être lu par tout le monde, qui peut passer des mainsn de l’écolier à celles de la jeune fille ; un livre qui fait honneu à notre littérature parce que l'étude, le bon goût, le talent, | l'esprit y débordent. On y trouve des pages éloquentes, des
études de caractères, des sentiments qui font de l'ouvrage un. des mieux faits que nous ayons. : |
Jacques et Marie avec Gordon sont les principaux person nages du livre. Autour d'eux il n’y a que des figures sympathiques, à part celle de Butler, le commandement anglais de.la garnison à Grand-Pré. Le père Landry est le type du
ni
patriote acadien ou canadien, Le portrait de Marie n’est pas assez esquissé, j'entends son portrait physique, car ses “qualités moralès ressortent bien de l’ensemble. Sous ce rap- "port c’est un des plus beaux caractères qu’on puisse imaginer. Le portrait de Jacques est parfaitement dessiné au
commencement de la seconde partie. Gordon se soutient assez bien; cependant son rôle était difficile et il a fallu de l’habileté pour le conduire jusqu’à la fin.
On s'aperçoit bien que M. Bourassa n’est pas un romancier
de profession ; il n’a pas toutes les ficelles du métier, il y a des parties faibles, des incohérences, non de style mais de
“relation, d’intrigue, de connection; la marche de l’action
n’a pas toujours cette uniformité, cette unité et à la fois cette “variété qui s'appellent le nœud. Je sais bien que l’auteur n’a- “vait pas l'intention de faire un roman à sensation et qu'il
n’a jamais voulu inventer des types absents de la société, ni écrire des aventures invraisemblables ; il a voulu faire un roman qui fut comme l’image limpide des mœurs acadiennes, c’est-à-dire-simples, primitives, une histoire qui rappelat
toute la bonhomie, la grandeur naïve et antique de nos
ancêtres. Il ne fait point appel aux passions violentes, L'amour chez lui est un sentiment tendre mais non bouillant; il est dévoué et patient, il sait attendre parce qu'il espère beaucoup, il espère beaucoup parce qu'ilest pur. Voyez Marie, elle est toute là: résignation et grandeur d'âme, dévouement et simplicité de cœur. C'est un être faible mais
l'amour la rend forte.
Cependant, je suis d'avis que l’auteur devait varier davantage son récit. C’est un peu, de la première page à la dernière, le même thème et le même chant, Cette note peut
… devenir monotone, non pas pour un lecteur canadien, car je
le répète la vie canadienne est là toute entière, mais pour un étranger qui ne saurait comprendre tout le charme de Ces
couleurs locales.
La partie historique est aussi parfaite qu'on peut l’exiger du romancier à qui il est permis de sacrifier l'intégrité historique à la fiction. Sous ce rapport je citerai la peinture
de l’état du Canada avant la chute de la domination française et la description de la bataille de Ste. Foye qui sont, à mon point de vue, de magnifiques pages. |
On sait que M. Bourassa a écrit son roman pour la Revue Canadienne. Ainsi, cette œuvre d'imagination a été écrite au jour le jour, pour remplir un canevas qui ne se laissait pas attendre. De là quelques défauts d'exécution qui ne se seraient pas rencontrés sans cela. La première partie est plus parfaite sous le rapport du style. Il y a dans le prologue surtout des considérations qui révêlent le moraliste. On voitque M. Bourassa est de tous nos écrivains celui qui est le plus susceptible d'arriver à la perfection avec de la pratique.
Je ne saurais mieux terminer qu’en citant le jugement d'ensemble que porte sur ce roman M. Hector Fabre, dans une belle page publiée dans la Revue Canadienne de 1866 : |
‘ Le style de M. Bourassa, dit-il, est charmant. (C’est un heureux mélange de sincérité dans le sentiment, d'originalité ou d’entrain dans l’idée, de grâce et de vivacité dans l’expression. On n'écrit pas plus naturellement. Aucun effort, point de prétention. L'écrivain laisse la plume aussitôt qu’il cesse de sentir, ou s’il continue, c’est à son corps défendant. Il faut qu'il soit de belle humeur pour écrire des choses gaies, ou ému pour écrire des choses émouvantes; nulle … feinte n’altère son idée, ne masque son sentiment. Bien différent de ces auteurs qui s'émeuvent qu’une fois la plume à la main et pour qui une phrase en amène une autre. Ne leur demandez pas ce qu'ils vont écrire; ils ne vous le diront que lorsqu'ils l’auront écrit.
‘“ Le style pur, charmant, est chez M. Bourassa un don de nature, une grâce d'écrivain; il ne s’est point laborieusement formé, il s’est modèle naturellement sur la pensée de l’écrivain. $on imagination est douce, ample et riche; elle ‘embrasse aisément les larges horizons, mais, même en son vol le plus puissant, elle ne perd pas de vue la réalité, le coin ‘de terre d’où elle s’est élevée dans les airs, le détail famillier
Le drame national se déroule dans toute sa grandeur et sa variété sous les yeux du spectateur; en avant et jusqu’au sein des masses populaires groupés dans le fond de la scène éclatent librement les incidents caractéristiques de la vie réelle. L'artiste excelle à la fois dans la fresque et dans le tableau de génie.
“ L'esprit déborde en tout ce qu'écrit M. Bourassa; les personnages cependant, ne causent pas toujours aussi bien que l’auteur ; ils forcent parfois le ton. Ils se corrigeront de ce défaut lorsqu'ils les aura fait un peu plus sortir dans le . monde de la fiction. Son esprit est gai; il ne plaisante pas sans rire comme les sceptiques. Il y a de la bonhomie dans l'allure de ses traits, même les plus piquants, et un grain “de sympathies dans ses malices. C’est en soupirant qu’il aborde son sujet, et l’occasion aidant il tourne vite au sentiment, à l'émotion.
“ Je suis convaincu qu'on ne saurait lire les écrits de M. Bourassa sans estimer l’homme de cœur à l’égal de l’homme de talent. Ils'y révèle, pour ainsi dire, à chaque page et ‘dans chaque élan : c'est se trahir noblement,
“ En résumé, il a fallu pour écrire Jacques et Marie plus d'imagination, de style, de verve et d'esprit qu'on en trouve dans aucun autre ouvrage canadien. Le premier combat livré par l’auteur sur ce terrain, qui n’est pas le sien et d’où son art favori le rappelle, n’a pas été sans doute une victoire complète; mais l’homme de talent en est sorti avec tous les honneurs de la lutte, sinon avec tous les bénéfices du ‘succès. ”?
Outre Jacques et Marie nous avons encore de M. Bourassa Naples et ses environs, charmant récit où se reflètent toutes les grâces du style et toute la finesse d’un esprit cultivé. Le Carnaval à Rome est spirituellement écrit; c’est une petite chronique pleine d’entrain de gaieté, folle comme un masque d'arlequin. Les Causeries artistiques annoncent chez l’auteur une grande connaissance de Part; sa critique est ironique et h aimable: son talent de description, gracieux et solide. L’artiste pénètre toujours l'écrivain.
M. Bourassa s’est surtout livré à cette partie si attrayante des beaux arts qu’on appelle la peinture; c’est là que ses goûts le portent. Il a entrepris des travaux gigantesques dans cette branche et plusieurs de ces toiles peuvent passer pour des modèles parmi nous. Son grand tableau: l’Apo- | théose de Christophe Colomb, a été exposé à l’exhibition. internationale de Paris.
On peut encore citer comme chef-d'œuvre les peintures . à fresques de la chapelle de l’Asile Nazareth, qui ont pris. deux années de sa vie.
Hélas! il est bien pénible d’avouer qu'en Canada la posi- & tion de l'artiste soit encore plus difficile que celle de l’écrivain. Quoiqu'il en soit, M. Bourassa, qui n’est encore qu’un jeune homme, a déjà atteint, par les belles qualités et les
talents brillants qu’il a reçus de la nature, le premier rang M
parmi nos célébrités littéraires et artistiques.
Une imagination vive et ardente, un cœur plein de beaux sentiments, de la gaiété, du laisser aller, quelque chose de français dans le caractère, c'evaleresque et romanesque, tel m'apparaît M. Faucner De Sr. Maurior. Ces qualités aimables se retrouvent dans ses écrits. J'admire la facilité de sa diction ; il n’a pas d’égal sous ce rapport dans la littérature canadienne. Ce n’est pas qu'il ait produit un grand nombre d'ouvrages ; non, un certain dédain de la gloire et puis, disonS le, un amour prononcé pour le far niente,l'ont toujours empêché d’être prodigue de ses œuvres. C’est un malheur, je le dis: sincèrement, pour la littérature de notre pays. Son style se serait formé par le travail et par l'exercice ; il a du reste M presque toutes les qualités qui conviennent aux romanciers : imagination féconde, enthousiasme, feu, entrain, style facile et éloquent. Je connais des lecteurs qui le préfèrent de beaucoup à Marmette et je ne va pas jusqu’à les taxer de | mauvais goût. Son style est moins travaillé : il coule de. source ; je le répète, ce qui le distingue surtout c’est sa brillante et féconde flexibilité, Il peut réussir dans plusieurs genres s’il veut s’en donner la peine. Il émaille ses écrits de citations, on sent un homme qui connait parfaitement son
métier, qui a lu tous les littérateurs de toutes les littératures étrangères. On m'objectera peut être qu’il aime un peu trop à faire montre de ses connaissances bibliographiques ; je le sais, je l’admets et ne chicane pas mon lecteur pour si peu. M. Faucher s'en corrigera et tout sera dit: n'en parlons plus.
| De Québec à Mexico, tel est le titre du premier écrit de . longue haleine que cet auteur a livré au publié canadien. Ce feuilleton parut dans la Revue Canadienne de 1866 et 1867 (vols IIT et IV). C’est le récit d’un voyage de l’auteur s’en allant, à sa sortie du collége, la tête pleine de projets, le cœur rempli d'émotions et d'espérance, la démarche alarte et guerrière, prendre du service dans les rangs de l’armée de Maxi milien et du corps expéditionaire français, désireux de marcher sur les traces de nos ancêtres, ces valeureux soldats. Beau dévouement ! plus admirable peut-être que Ja cause qu’il allait servir. Quoi qu'il en soit, M. Faucher raconte son voyage, ce qu'il a vu, ce qu’il a entendu. Ildécrit parfois : paysages, monuments, villes, campagnes, sierras, tableaux agrestes et paysages naturels passent sous vos yeux avec enchantement et rapidité. C’est bien. On voit ailleurs beaucoup de ces narrations de voyages, elles ont rarement l’avantage d’intéresser.
Mais je rechercherais en vain une étude profonde, savante,
je dirai même instructive, des choses que l’auteur décrit : rien ou peu sur les institutions, peu ou point sur les mœurs ; ni l’étüde des causes de la révolution, ni le progrès des idées dans l'Amérique du Sud, enfin la partie philosophique du travail est absente, fait défaut. Et c'était la partie majeure. | Le lecteur reste aussi ignorant qu'il était sur la question __ mexicaine. Les romans de Gustave Aïmard, quoique ne se | prétant pas à cet côté savant que l’auteur de Québec à … Mexico pouvait, lui, développer dans une étude de voyages, | sont plus intéressants sous ce rapport.
… Les nouvelles ou récits de courte haleine de M. Faucher: Les larmes du Christ, Les blessures de la vie, et La femme à * l'aiguille, entr’autres, sont admirables. Le style est chatié | v
tout en restant abondant; les plus beaux sentiments qui peuvent germer dans le cœur de l’homme s’échappent de la plume de l’auteur. Ils sont vrais, c’est pourquoi ils font pleurer quelque fois les yeux les plus rebelles. :
Mais le plus beau présent que M. Faucher a fait jusqu'ici à la littérature de son pays est sans contredit ses brillantes … légendes canadiennes qui ont fait les délices se lecteurs de l’'Opinion Publique.
M. Faucher a eu une excellente idée en s 'assayant dans 1x légende. Je déclare de suite que ses Contes et Récits: À la Brunante, sont le meilleur écrit de toutes ses œuvres littéraires. Je retrouve là tout le talent du narrateur, du caugeur aimable et expansif, du conteur fantasque et superstitieux. Cesrécits me remettent en mémoire les Contes fantastiques d' Hoffman, il y a une note plaintive et originale, un accent national et patriotique qui intéresse. En les lisant on pense malgré soi au passé, à ses coutumes, à ses mœurs, à ses habitants, à ses histoires de revenants, de feu-follet, de : jongleur, de lutin, de loup-garou et de chasse-galerie. L’auteur a très bien réussi dans ce genre et il a contribué pour sa bonne part à imprimer à notre littérature son sçeau d’originalité.
Ce travail, que l’auteur a dédié à M. Provencher, contient les récits suivants: Le Baiser d'une morte, Belle aux cheveux . blonds, Le père Michel, Le feu des Roussi, Le fantôme de la Roche, Mon ami Jean, L’'amiral du Bouillard, Madeleine Bouvart. Tous ces contes se valent, à peu d’exceptions près, ilyadu travail, de la grâce et de l’entrain. On voit que l’auteur aime la phrase, ce qui n’est pas toujours un défaut, surtout quand on sait bien l’arrondir et lui donner des proportions savantes. Les récits légendaires de M. Faucher se rapprochent assez de Forestiers et Voyageurs, du Dr. Taché, du moins quant au thème. Mais si le premier a une phrase plus couiante, un style plus chatié, l’autre a certainement la poésie de la légende canadienne ; du moins, le sentiment qui anime ses récits paraissent plus canadiens et partant plus origimaux. M. Faucher tient surtout à montrer l'éclat de son talent et la
richesse de son pinceau, il ne saurait avoir toute la simpli-
cité, la naïveté et la grâce que requiert le récit légendaire. Sa plume est plus exercée à peindre un chateau qu’une chau-
.mière, le tintamarre des villes que la vie paisible des cam-
pagnards ; elle travestit souvent les vrais sentiments du paysan, elle met dans la bouche du laboureur des paroles de savants, et Chasseur, ce pauvre garçon qui n’a jamais eu l’oc-
. casion de suivre des leçons de musique, exécute dans sa
vielle bicoque les morceaux les plus difficiles du répertoire de Mozart. |
Ses peintures de mœurs ne sont pas tout à fait exactes, parce qu'ellés sont superfaites, exagérées. Le Dr. Taché nous montre la vie canadienne et peint les usages d’une époque
- déjà éloignée, avec plus de simplicité, de naturel et de vraisemblance.
Les deux meilleurs récits du volume sont, dans mon opinion, La belle aux cheveux blonds et le Fantôme de la roche. Le premier surtout est une belle et touchante histoire.
M. Faucher de St. Maurice va publier prochainement ses
Œuvres complètes.” Il a l'intention de ré-imprimer non-
seulement ce qui à paru, mais de donner un nouvel attrait à
cette publication en y donnant place à bon nombre de tra-
vaux inédits.
La Revue Canadienne de 1871-72 a publié un roman de M. CHARLES DEeGuise. Ce roman a ensuite été publié isolément, formant un volume de 140 pages in 8vo. Il est intitulé : Hélika, mémoire d'un vieux maître d'école.
Ce roman, écrit avec une grande simplicité de style et d’intrigues, fait partie de la collection des romans de mœurs canadiennes. Ce n’est pas exactement une exquisse de mœurs Canadiennes, ce qui est fort difficile à trouver, en dépit des efforts louables de nos romanciers pour atteindre ce but et malgré leurs prétentions à cet égard ; mais c’est un roman honnête, comme il y en a une profusion dans la littérature du jour ; ni très bien, ni très mal, restant entre le zist et le Zest; où l’auteur fait son possible pour plaire et intéresser Sans atteindre toujours cette fin; dont les qualités l’empor-
tent cependant sur les défectuosités de style, de goût, de plan, d'exécution.
Hélika, le héros du livre, est d’abord un jeune homme aux passions violentes, au cœur chaud, à la tête légère, au caractère impérieux. Il sort du collége, le cœur plein d'espérance, la tête pleine de projets. L’amour l’empoigne. Sa dulcinée ne répond point à cet amour chevaleresque : elle brule pour un autre et l'épouse. Désespoir du fougeux amoureux. I pâlit de dépit, couve une noire mélancolie, médite une vengeance éclatante. - Il fuit le foyer paternel, se refugie dans les bois, se naturalise avec une tribu sauvage (la scène se passe sous la domination française), s’initie aux mœurs
indiennes, prend de l'influence dans la bourgade, s’en fait:
proclamer le chef. Le voilà tatoué de la tête aux pieds, méconnaissable. Le moral est également transformé ; il a toute la ruse et la méchanceté sauvage de l'homme des bois.
Il ourdit une trame infâme pour se venger de la préférence
de Marguerite, la dame de ses pensées. Elle vit heureuse sur une ferme coquette, non loin d’un charmant village, avec un bon mari et sa jolie petite fille, Angeline, âgée de trois années. Il voit ce bonheur domestique, ces douces jouissances de la famille. Et'lui dans quel état se trouve t-il ?.… À l’aspect de ces joies, suaves comme l’arôme des champs, pures comme la grand air de la campagne, douce comme la brise printannière, il éprouve la rage de satan contemplant nos premiers parents avant de perpétrer son crime. Il lui faut détruire ce bonheur. Il souffre de tout le plaisir qu’ils éprouvent. Il enlève l'enfant de Marguerite, l'amène avec
lui dans les bois. Mille cruautés, mille souffrances viennent:
abrever Angeline. Elle grandit au milieu des sombres forêts,
pâle et étiolée comme la fleur des bois qui croît à lombre |
des grands-arbres, privée des baisers du soleil et des caresses du zéphir; c'est un arbrisseau que les vents du caprice et du courroux viennent agiter violemment et menacent de déraciner chaque jour. Et la douleur du père, de la mère |... elle se conçoit. Le père meurt ; la mère suit peu à près son époux au tombeau. Hélika, auteur de ce double meurtre, se
réjouit, une partie de sa vengeance est accomplie. Reste encore Angeline. Il prodigue les mauvais traitements. Un. jour, il abaisse sur elle son bras vigoureux pour la frapper, mais, Ô surprise | un spectre se présente à. lui, qui le regarde avec des yeux de feu; c’est l'ombre de Marguerite: elle protège Sa fille. Hélika, s’évanouit de frayeur, prend une grande maladie. Le remord, enfin, parle à l’âme endurcie d'Hélika. Longtemps il combat, il cède enfin. Le repentir s'empare de : lui; ce n’est plus le même homme : il est aussi bon qu'il a été méchant. Angeline se marie à un jeuneindien. Cet homme, la crême des maris, meurt sur l’échafaud, à Trois-Rivières, injustement accusé de meurtre. Douleur d'Angeline. Sa mort, Elle laisse une petite fille, Adéla. Tout l'amour d’Helika se reporte sur cette frêle tige à peine âgée de trois ans. Il lui donne une éducation choisie. Vieux et cassé, Hélika s'éteint paisiblement avouant toutes ses fautes, et léguant le manuscrit contenant l’histoire de ses crimes. Ce manuscrit est entre les mains d'un vieux maître d'école qui, un jour de fête, lit à ses anciens camarades de collége cette histoire à la fois simple et touchante.
Et Adéla ?....… Ne dites rien, son histoire, parait-il est longue. Elle fera l’objet d’un autre volume.
Aïnsi, nous avons encore à l'horizon un nouveau roman du Dr. Deguise, Ce n’est pas un mauvais présage. Cette Nouvelle en expectative sera probablement intitulée Adéla, du
… nom de l'héroïne ; j'ai bien hâte de savoir ce qu'elle est deve- - nue avec sa taille svelte et dégagée, son épaule ronde, son œil noir et humide, sa lèvre rose, ces joues carminées, sa cheve- … lure d’ébène et ses seize printemps.
La manière de M. Deguise est fort simple, trop simple peut être. Leplan n’a pas l’ampleur désirable. Les écrits. | de ce genre ne se soutiennent en intérêt, qu’en autant que » l'épisode coudoie à chaque page l'incident. Je n'aime pas les | intrigues invraisemblables, ce qui est un défaut trop commun chez les romanciers de l’école de Victor Hugo et d'Alex. andre Dumas, mais le genre romantique, 8e nourrissant de M fictions, offre un champ ouvert à l'imagination. Il s’agit de
faire naître du sujet une multiplicité d'événements vraisem-.
blables, mais variés, multiplés, répétés, qui mettent dans des
situations intéressantes, graves, perplexes, les personnages
du drame. C’est une qualité rare chez les romanciers cana-
diens parce qu'elle s’acquiert surtout par l'habitude du métier. « M. Doguise est encore à ses débuts ; je reste convaincu que
son prochain volume prêtera moins à la critique sous ce.
rapport.
Un roman bien écrit est celui qui, à une morale saine, offre un ensemble de faits et d'incidents plaisants et intéres-\
sants ; qui, à l'unité du plan joint la diversité des détails, la. peinture exacte des mœurs et une empreinte vive et frappante,
du caractère des personnages; qui rappelle l’attention du lec:
teur sur plusieurs points à la fois, également intéressants ;
où brille constamment la figure colossale du héros, autour
duquel tourne la marche du récit; à tout cela joignez la forme ou le style convenable qui, là plus que partout ailleurs,
a besoin d’être flexible, tantôt grave et digne suivant les situations, folâtre et animé en certain cas, riche et fleuri lors-
qu'il s'agit de descriptions, clair etsimple dans la narration En outre, je n'approuve pas la marche suivie par M. Des guise. Il met dans la bouche d’un autre le récit qui devrait
se passer sous les yeux du lecteur; c’est le manuscrit du vieux maître d'école qui fait le roman. Cette lecture n’est
pas aussi émouvante pour le lecteur. C'est d’ailleurs un mode usé que celui-là ; ce n’est plus dans le goût du jour c’est rococo, comme diraient les blasés de la bohème littéraire de Paris. Le roman, à notre époque, se rapproche du drame
Il en a l’allure, le mouvement et l’action. Le romancier met
son récit sous les yeux du lecteur ; celui-ci voit les acteurs agir chacün. dans leur rôle respectif : il dévore les chapitres \ avec l’avidité d’un habitué de théâtre qui prévoit les change,