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Les Légendes manquent peut-être de liaison entre les diverses parties du récit, mais les peintures gracieuses qu'on y trouve font oublier ce défaut. . Les tableaux que l'œil pré- …fère sont la scène d'un intérieur campagnard, le broyage du lin et les pionniers canadiens.
La déportation des Acadiens en 1755, cet acte aussi criminel aux yeux de l'humanité qu'aux yeux de la politique, a bdéjà servi de thème à beaucoup d'ouvrages d'imagination. Tous les écrivains avouent que cette iniquité de la politique a séparé un grand nombre d’amoureux qui se sont retrouvés
“que longtemps après. Longfellow s’estemparé de ce sujet et “on sait si son Ævangeline a fait sensation non seulement en Amérique, mais même en Europe.
Le roman Jacques et Marie de M. NAPoLEON BourAssA “offre des ressemblances de détails avec le poème de Longmfellow. Comme dans Ævangeline, il y a une séparation par l’emprisonnement et l'exil en bloc exécuté le 5 septembre 1755; seulement, dans Jacques et Marie, c'est le fiancé qui recherche sa promise, tandis que dans le poème amérieain “c'est l’amante éplorée qui promène sa douleur et sa jeunesse sur tous les fleuves et toutes les terres. De plus, dans le m livre de M. Bourassa, le héros retrouve sa fiancée et vit heureux avec elle; dans le poème, au contraire, l'héroïne “retrouve son Gabriel expirant dans un hôpital.
Le récit commence à 1749, six ans avant la déportation “de nos malheureux compatriotes. Les Acadiens de Grand- «Pré, soumis à la couronne anglaise depuis 1711, tâchaient, à force de travail, de ménagements et de résignation, de “rendre leur position aussi -supportable que possible. Pluusieurs familles, ne pouvant cependant pas supporter le joug de l’Angletere, se retirèrent à la Baie de Beau-Bassin, encore sous le sce ptre de la France. Au nombre de ces familles se “trouvait celle du père Hébert qui comptait parmi ses mem- M bres, Jacques, robuste garçon de vingt ans, le héros du livre. MCe ne fut pas sans regrets que Jacques quitta ses amis, ses brelations de famille et la petite Marie, son amie de cœur, sa
| - fiancée, celle qu’il devait épouser l’année suivante. Il promit
bien de revenir de temps à autre, mais cinq longues années: s'écoulèrent avant qu'il put la revoir.
Cinq années! comme elles parurent longues à Marie, et à quelles épreuves ne fut-elle pas exposée durant ce temps- Ses parents, ses amis, le voisinage lui disaient qu’elle attendait vainement, qu’elle ne reverrait plus Jacques. Mais elle attendait patiemment et les laissait dire: un sentiment instinctif lui disait d'espérer. Elle fut cependant soumise à une rude épreuve. Un jour il arriva à Grand-Pré, avec un détachement de la garnison, un officier nommé George Gordon. C'était bien le type du militaire accompli, parfait de: tenue, irréprochable de forme, beau, poli, pas prétentieux, amoureux de la justice, plaidant la cause des Acadiens, noble sans orgueil, digne sans forfanterie. George avait dû faire bien des malheureuses sur son chemin, mais il avait passé par les camps et les villes sans emporter aucun souvenir durable. 11 eut été bien surpris si on lui eût dit qu’une acadienne, une fille des champs, attirerait son attention et ferait battre son cœur des pulsations saccadées de l'amour. Il ne l'aurait jamais cru et c’est pourtant ce qui arriva. En voyant Marie, il en devint amoureux. Hélas ! pauvre fille, va-t-elle encourager cette amour naïssant ? Je demande à nos belles citadines si elles résisteraient longtemps à ce regard langoureux et tendre qui s'échappait du lorgnon que le beau lieutenant braquait négligemment sur ses victimes; si ces épaulettes, ce sabre, ce brillant équipage ne les auraient pas éblouies. Oh! que les Marie d'aujourd'hui sont rares. Oui, le souvenir de Jacques fut plus séduisant que tout cela.
Enfin, Jacques arrive après cinq années d'absence, juste au moment où l'anglais s’efforçait, après la proscription du 5 septembre 1755, de la gagner définitivement à lui. Pendant ce temps la famille Hébert a été cruellement éprouvée par la guerre. Les anglais, sous le commandement du eapitaine Gordon, frère de George, ont tué les deux frères de Jacques et sa mère est morte dans une forêt, dévorée par des loups cerviers. L'auteur aurait pu, sans nuire à son récit, FORÈNRE ce luxe de cruauté.
Le lieutenant Gordon ne se compte pas pour battu en pré-sence de l'extérieur grossier de Jacques; il dresse un nou-veau plan de campagne. Il écrit au père Landry et lui assure la tranquillité et son exemption de la proscription s’il veut consentir à lui accorder la main de sa fille. Un combat terrible s'engage dans l’âme de l’acadienne qui finit par accepter la main de l’anglais afin de sauver les jours de son père:
Mais le père refuse ce sacrifice. En même temps on institue un procès à Jacques Hébert accusé de rébellion. Le conseil de guerre le condamne à être fusillé sur la ferme même
“de Marie Landry. Le lieutenant Gordon est chargé de présider à l’exécution. Le héros du livre n'échappe à la
“mort que par l’arrivée subite d’un parti de montagnais qui “disperse les exécuteurs. Mais le lecteur, de même que les “personnages du roman, sont cependant sous l’impression que: M Jacques est mort puisque le commandement de tirer a été
donné. Ce n’est que”plus loin que Jacques apparait de nou-
veau La vraisemblance’"ici n’est pas ménagée. Il est difficile de supposer que les personnages du roman eussent pu le \eroire mort quand, il ne l'était pas: du moins, l’auteur ne cite pas de circonstances capables d'expliquer au lecteur cette singulière coïncidence.
. Jacques se trouve de nouveau en présence de Gordon sur “le champ de bataille de Ste Foye. Ce combat est bien __raconté et parfaitement décrit. (Gordon y perd la vie. Jacques retrouve/ Marie et arrive juste à temps pour recevoir “le dernier soupir du’père Landry. Il les retrouve à la Petite m…Cadie, 1à même où M. Bourassa est né et où l’idée d'écrire
“son roman lui est venue. [1 va sans dire que Jacques et … Marie s’épousèrent et vécurent heureux.
Tel est le‘récit de M. Bourassa. Il y a peu d'épisodes, l’action n’est ralentie par aucun événement saillant. Le roman- | » cier ne se complait pas à nouer l'intrigue, il préfère butiner | ici et là, dans une campagne fleurie, au sein du foyer domestique, dans un taillis ombragé, au murmure des eaux lim- M pides et aux=chants des rossignols. L'auteur estartiste avant M tout, artiste et peintre tout à la fois. Le fond de son talent,