CHAPITRE VIII
Publicistes,
es #
Idée du genre—Le niveau de la presse en Canada—Le Journalisme, ses bons et ses mauvais effets—Situation des esprits —L’Ecole ultramontaine— L'Ecole gallicane—L’Ecole libérale—Publicistes canadiens : Dessaulles— L’Abbé Raymond—Parent—L’Abbé Beaudry—L’Abbé Dawson—L'Abbé Paquet— L'Abbé Bégin — Cauchon—Aubin—Fabre—Buies—David De Bellefeuille — Dr. Larue — Routhier—Fréchette—Villeneu ve—Darveau— Drapeau—Marchand—A chintre—Royal—Provencher—Beausoleil—Dansereau—Gérin—Gagnon—Dunn-—Sénécal,—Littérature mélangée, etc.
Je n’ai pas l'intention de résumer sous ce titre tous ceux qui se sont essayés dans le journalisme. Le nombre en est grand. La plupart des jeunes gens instruits, qui se sont distingués plus tard dans les professions libérales, ont débuté par là. |
Je me propose surtout de ranger dans cette catégorie certains écrits qui, sans être du domaine spécial de la politique, font partie de la polémique générale. Je mentionnerai également ici ceux dont les ouvrages participent à différents genres.
Le niveau de la presse en Canada a considérablement augmenté depuis quelques années. A mesure que le pays prend de limportance, que les questions d'état deviennent plus graves et plus sérieuses dans leurs résultats, que nos compatriotes sentent le besoin de se mettre à la hauteur de leur . Mission et du rôle important qu'ils ont à remplir dans le pacte fédéral, la direction des feuilles quotidiennes a été confiée à des écrivains distingués: La plupart d’entre eux mettent de côté les antiques chicanes de parti, les animosités et les injures d'autrefois. Ils cherchent à se concilier l’opinion publique par des voies à la fois plus nobles et plus sym-
pathiques. On veut se mettre à la hauteur des questions que la Confédération, grosse de dangers et de promesses éblouissantes, avaient imposées à l'avenir de la race canadienne-française. Le journal jusqu’à ces dernières années, était l’esclave d’un parti, souvent l'organe dévoué et passif d’un chef politique. Il est aujourd’hui plus indépendant, et, au lieu de passionner et égarer l'opinion, il s'efforce de la diriger.
Que ces heureux effets et ces circonstances favorables aient placé le journalisme canadien dans une position prospère et lucrative, telle n’est certes pas ma pensée, Sans doute que le progrès des années dernières est grand, mais ce progrès c’est arrêté juste au point où il revêt d'ordinaire toute sa force, toute sa splendeur et toute son énergie,
Ce qui fait la force d’un grand journal, c’est une longue liste d'abonnés représentant un faisceau d'opinions.
f : Aussi quelle puissance qu'un journalen Europe et aux Etats- Unis ! C’est le levier qui secoue l’apathie des masses, qui appelle lindignation sur les actes d’un gouvernement corrupteur, qui le défend contre les attaques injustes, qui moralise et instruit, qui dirige et entraîne. Chez un peuple libre et éclairé, c’est la grande voie de la vérité et de la justice qui tonne, jusque dans les coïns reculés du pays, les arguments qui édifient et qui détruisent ; il met l’obscur pionnier, vivant dans la solitude des forêts, au courant des nouvelles de l’univers que l'invention du télégraphe: dépose chaque matin sur la table du rédacteur. Défenseur né des droits individuels et politiques, il combat constamment à la brèche et revient chaque jour à la charge avec une ardeur toujours nouvelle, réaffirmant ses convictions et ses principes. Il lutte contre la tyrannie des princes, contre l'oppression des grands, contre le monopole des riches. Sentinelle vigilante, il dévoile les actions infâmes des serviteurs de l’état, leur gaspillage des deniers publics et appelle sur eux la vindicte opulaire. Il dit tout : tout ce qui est mal comme tout ce qui est bien ; il appelle à la barre de l'opinion publique les concussionnaires et les serviteurs fidèles, les bypocrites
-t les hommes loyaux, les incapables et les savants, les am bitieux et le mérite désintéressé, les lâches et les cœurs dévoués ; il loue le mérite et paie des tributs d'éloges aux citoyens vertueux. Institution éminemment nationale, civique, laïque, le journal s'occupe surtout des intérêts de l’état, de la prospérité et de la décadence publique.
Voilà le journalisme dans toute sa force, sa grandeur et sa dignité.
Mais cette puissance, il la met souvent au service du mal. Destiné à consolider, à édifier, à moraliser, il suit, trop souvent, hélas ! des voies tortueuses et infâmes; il infiltre un poison mortel au sein des masses ; il colporte le mensonge,
la calomnie et l'astuce ; aiguise les appetits grossiers, encou-
rage, excite les passions mauvaises des hommes. A sa voix les trônes volent en éclat, les villes deviennent la proie des flammes, les autels sont souillés, les droits des sociétés menacés, la patrie dévastée, l'humanité offensée ! Institution à la fois puissante et terrible, bienfaisante et dangereuse, utile et funeste, elle participe de la nature humaine, qui est tour à tour bonne et perverse.
Espérons que la presse n'aura pas parmi nous les effets déplorables qu’elle a produits dans l’ancien monde. Pour éviter ces excès on peut se guider sur une règle sûre et rationnelle ; c’est celle qui commande au journaliste de ne pas forfaire à sa mission en désertant le terrain de la politique active et pratique pour planer dans le domaine théorique et abstrait. Arrière les vains mots, arrière les utopies et les discussions oiseuses ! Le journal, je le répète, est une institution essentiellement civique, laïque. Fondé dans le but de surveiller les intérêts de l’état, il oublie son véritable rôle chaque fois qu’il entreprend la défense d'idées étrangères à la politique rationnelle.
Le journal est la forme la plus subtile que prend à notre époque la pensée humaine pour se faire jour. Le livre est devenu quelque chose de lourd et d’incommode. Nous ne sommes plus au temps où l’on disait : fimeo hominem unius libri. D'ailleurs, comme le dit Cormenin “ Où le livre ne
—1it—
pénètre pas, le journal arrive ; il court, il monte l’escalier du grand salon, et grimpe sur les toits par l’échelle de la mansarde; il entre, sans se heurter, sous l'échelle de la basse porte des chaumières, des huttes enfumées, échoppes. ateliers, tapis verts, âtres, guéridons, escabeaux, il est partout ; soldats, bourgeois, riche, pauvre, maîtres, artisans, lettrés, illettrés, vieux, jeunes, homme etfemme de toute opinion, de tout état, se le passent de main en main et le dévorent.”
En Canada, le journalisme n’est pas une profession. Elle serait très-honorée si elle était plus payante. Des hommes de talent s’y porteraient. Mais un salaire si peu rénumératif dégoûte au lieu d’exciter les aptitudes. Cette raison explique encore pourquoi la direction des journaux est confiée à de jeunes plumes. La jeunesse peut faire des sacrifices qu’un homme âgé ne peut supporter sans crier famine ! voilà un grave inconvénient. Un jeune homme, quelque talent qu'on lui suppose, n’est pas au fait, non seulement de la politique générale et de la marche de la civilisation, mais même de la politique locale. Il faut avoir étudié l’histoire des partis politiques qui se sont disputés le champ de bataille ct les principes qui les ont dirigés, que dis-je ! il faut avoir combattu pour apporter dans la chaleur de la polémique l’ardeur d'un jeune soldat unie à l'expérience d’un vieux tacticien.
Le journaliste, tel que je l’entends, est sinon l’homme le plus savant de son temps, sinon le plus versé dans une spécialité, c’est du moins celui qui possède le plus de connaissances variés sur les hommes, les choses et les principes. Car le journaliste qui entend bien sa mission ne doit pas se mouvoir uniquement dans le cercle étroit des affaires de son pays ; il doit, de temps en temps, se pénétrer de toutes les -questions qui agitent les pays étrangers, constater les progrès et suivre pas à pasla marche de la civilisation à travers les siècles. Tour à tour historien, philosophe, jurisconsulte, économiste, homme d'état, il fraye encore la voie à l’orateur en lui fournissant des arguments. Il fait de ses connaissances variées un plat assaisonné d’un style souple etdélié, qu'il sert avec tact chaque matin à des milliers de lecteurs.
La presse canadienne s’est toujours faite l'interprète des différents partis politiques dans le pays. Généralement elle n'a pas déserté le terrain de la politique active. Il faut pourtant faire une exception eu faveur de certains journaux fondés depuis quelques années.
On trouve dans notre jeune société à peu près tous les éléments, les nuances et les divergences d'opinion qui se rencontrent dans les vieilles sociétés. Peu à peu les systèmes s’élaborent, les écoles se forment, les opinions philosophiques, sociales et religieuses se dessinent et se portionnent. A mesure que la société vieillit ces nuances d’opinion de-
viennent plus distinctes encore. Spectacle étonnant! il !
semble à l'observateur que la division dans les idées augmente en proportion de la diffusion de la science. C’est au nom de la science que l’on invoque certains principes: c’est encore au nom de la science qu’on les combat. Au nom de la raison on proclame certaines théories, et c’est encore au nom de la raison que des théories contraires trouvent leur Justification. Il s’en suit que les partisans des diverses écoles se font souvent une guerre acharnée : la lutte des principes n’a pas de trêve. L'histoire de l'humanité n’est . qu'une lutte continuelle de principes.
T1 se fait ici, comme ailleurs, un travail sourd dont nous ne soupçonnions même pas l'existence il y a quelques vingts ans, mais qui devient de jour en jour plus accentué. Déjà les diverses écoles en sont venues aux prises, des flots d’encre ont été dépensés, de volumineux ouvrages ont été lancés sous forme de projectiles. Chaque théorie compte parmi ses adeptes des hommes ardents, dévoués, recommandables par leur science, leur haute position sociale, leurs convictions profondes et les sacrifices nombreux qu'ils se sont imposés pour le succès de leur cause.
On jugera par la suite avec plus de sûreté le mérite de leurs prétentions respectives, parce que la passion du moment, l'agitation des esprits, l’acharnement de la Intte contribuent à fausser le jugement des hommes, Toutefois, en présence de cette volumineuse polémique, le critique ne
LCR
peut 8 empêcher de reconnaitre que cette agitation des esprits et des consciences à contribué pour une bonne part au succès de notre littérature nationale. Ces écrivains se sont efforcés de revêtir leurs idées avec une forme accep: table. Il y a bien ici et là quelque chose qui rappelle l’acrimonie et la violence dé langage, mais en résumé, ces imperfections sont oubliées en faveur du fond et des questions sérieuses qui y sont débattues.
Le plus illustré représentant, on peut dire le chef actuel de l'école libéralè en Canada, est l’Honorable Louis A. Des- SAULLES. Il naquit à St. Hyacinthe en 1819. Fit ses études classiques àu collège de cette ville. Siégea au conseil législatif pour la Division Rougemont de 1856 à 1863. Ilremplit depuis le poste de greffier de la paix pour le district de- Montréal.
M. Dessaulles a été activement mêlé aux mouvements de. la politique et de la littérature depuis 1840. Collaborateur de l'Avenir, il prit en 1852 la direction morale du Pays et en 1863, la rédaction en chef de ce journal. Son passage dans la presse a été marqué par une série d'articles importants, pleins de verve, de feu et d'idées nouvelles pour notre population. Au nombre des principales questions qu'il a traitées d’une manière spéciale, outre sa polémique active sur la politique du pays, on cite particulièrement: 1° Des droits sou verains du peuple dans le contrôle du gouvernement de la nation [1861]; 2° Du pouvoir temporel du pape [1862]; 3° Du gaspillage du gouvernement dans l'érection des bätisses du gouverne. ment à Ottawa (1862.) Ces séries d’articles peuvent former > autant de pamphlets sur chacune de ces questions. L'auteur n'oublie rien à l’appui de sa thèse, il sait tirer avantage de: tout. Cette qualité unie à la force, à la vigueur et à l’élasticité du style, à la logique la plus solide, à la dialectique la plus serrée, font de M. Dessaulles le plus grand polémiste de son école.
Un des fondateurs de l’Institut Canadien, il présida cette institution pendant plusieurs années. La part qu’il a prise aux luttes religieuses l’en a fait le plus ardent et le plus
DD
actif adversaire du clergé canadien, mais on pourra observer qu'il s’est toujours tenu sur la défensive et que son immixtion dans cette lutte était provoquée par les attaques répétées de l’autorité diocèsaine dirigées contre l'institut canadien ou contre lui personnellement. C’est un homme parfaitement convaineu du respect qu’il faut porter à la pensée humaine et du rôle honorable et élevé que la raison est appelée à remplir dans l’accomplissement des destinées de l'humanité. Ses théories ne sont nullement négatives, ce qui serait reprochable et déplorable de la part d’un esprit aussi cultivé, il ne respecte rien tant que ce qui est essentiellement raisonnable: la justice et la vérité. Mais il est incapable de se soumettre à l'arbitraire sous quelque forme qu'il se présente.
M. Dessaulles a écrit un grand nombre de pamphlets sur un grand nombre de questions. ÆEn 1848, il publia Rouge et Noir, pamphlet écrit pour venger la conduite de M. Papineau, attaqué en 1847-48 par le parti Lafontaine-Nelson sur les événements de 1837. En 1851 parurent Six lectures sur l’annexiou du Canada aux Etats-Unis ; pp 200, in 8,vo; avec une préface fort bien écrite, par M. Joseph Doutre. Ces lectures avaient été lues aux séances de l'institut canadien. C'est un almanach fidèle sur une multitude de faits politiques, administratifs, financiers et sociaux des Etats-Unis et du Canada. L'auteur démontre Ia différence entre le gouvernement colonial et monarchique et les institutions républicaines, telles qu’entendues et mises en pratique aux Etats-Unis. On y trouve des statistiques précieuses sur les ressources financières et industrielles, les dépenses publiques, ete., des deux pays. Si jamais la question de l’annexion se soulève encore chez nous on recourera certainement à ce livre qui renferme des arguments que le temps n’a pas entièrement dépourvu d'actualité.
Une autre lecture faite devant l’Institut Canadien, intitulée: Galilé, ses travaux scientifiques et sa condamnation, in- 4, pp. 50, fut publiée en 1856. En 1858 parut une adresse aux électeurs de la Division Rougemont pp. 66. in 8,vo, où l'auteur entretient ses constituants des affaires de la politique
du jour. L'annuaire de V Institut Canadien, de 1863, contient un discours de M. Dessaulles, prononcé à Ode a Ro du 18ème anniversaire de la FOHALHOR de cette société, pp. 21 in-4.
Mais, La querre américaine et ses vraies causes, 1865, PP. 82- 341, me parait le meilleur ouvrage de l'écrivain libéral. Ce an a d’abord été lu aux séances de l’Institut-Canadien, puis livré à la publicité, en sorte que ces lectures ont pris la forme consistante d’un livre savamment écrit. Les recherches, les citations, les statistiques, les diverses notions CR la hardiesse du ton, la vigueur du style, rien n’y manque pour en faire un ouvrage sérieux et digne de la réputation de l’auteur. Ce n’est pas une relation sèche et aride des évènements, empruntée aux documents officiels, c’est le côté philosophique et social de ces événements que M. Dessaulles a voulu étudier. Et d’abord il cherche les véritables causes de l’origine de la guerre. De là il passe à l'esclavage et traite cette question très longuement ; il nous représente l’esclave dans toutes les phases de sa vie misérable et nous met sous les yeux le code noir avec toutes ses horreurs. L’abolition de l'esclavage, voilà suivant l’auteur, la raison majeure qui a engagé le nord à s’armer contre le sud. Après avoir démontré que le nord combattait pour la liberté, la constitution, le droit; le sud, pour l’arbitraire, la révolution de la constitution et du droit des électeurs, la destruction de l’unité nationale et pour la négation pratique de la civilisation moderne, du progrès social et de Vidée chrétienne, l’auteur parle de l'esclavage, de son effet pratique sur la moralité et la prospérité d'un pays, des malheurs et des injustices qu'il cause et des crimes qu'il entraine nécessairement à sa suite. Puis vient la question de la Sécession, au point de vue constitutionnel et politique, et il examine quelques-unes des principales luttes de la politique américaine, celles surtout qui font mieux saisir les projets et la tactique du pouvoir esclave. L'écrivain termine en ren- . dant compte des faits généraux de la lutte, de sa portée sociale et politique et de ses résultats futurs.
Comme on le voit le plan est vaste, le tableau varié, en tout digne du publiciste et du penseur. Ces considérations Sur un fait qui a hautement intéressé le publie de ce continent et dont l'issue est heureuse pour le progrès de la civilisation et de l'humanité, trouveront toujours une place marquante dans la bibliothèque de ceux que le fanatisme ou l'esprit de parti n’aveuglent pas. |
Ces ouvrages furent suivis par d’autres publications, entr’autres : l’/ndex, l'affaire Guibord, La grande, querre ecclésiasti.. que, Réponse d'un catholique, ete., où l’auteur se montre tour à tour polémiste ardent, souple, délié, logicien serré, argumentateur substil, canoniste profond, par-dessus tout libre penseur.
Chercheur infatiguable, ferrailleur émérite, polémiste à la. phrase incisive, tranchante, à l’esprit sophistique, raisonneur, aimant la discussion et les combats de la plume, défendant avec chaleur, parfois avec acrimonie, ses opinions et ses principes, résistant toujours à son adversaire et n’abandonnant le brèche qu'avec le dernier mot, M. Dessaulles est un penseur hardi qui, en Europe, se placerait à côté des Laurent, des Jules Simon, des Michelet et des Sainte-Beuve. Il n’a rien épargné, niles sacrifices, ni les labeurs, pour accomplir la tâche qu'il s’est imposée, celle d'éclairer ses
compatriotes. Il a consacré à cette mission noble ses ta-
lents et ses études sans être arrêté un moment par les déboires, les insultes, les calomnies des écoles adverses à la sienne. On peut ne pas partager toutes ses opinions, mais
on ne peut s'empêcher de reconnaître en lui le gentilhomme
accompli, le citoÿen intègre, le savant et l’homme de lettres:
N'ayant en vue que le fond des questions qu’il traite, 11 néglige parfois son style qui ne manque pas de vigueur, de force, d'entrain, de verve, mais qui n’a pas toute l'élégance et la pureté désirables. Il est plus philosophe que littérateur, meilleur polémiste que bon rhéteur, plus entortillé que coulant, plus coulant que chatié. Il ne vise pas à arrondir une phrase dès le moment qu'il a lancé le trait mordant qui tranche la difficulté. Pour lui la phrase n’est qu'un auxi-
Hope
liaire à sa pensée, ce n’est pas tout ce qui doit rester dans l'esprit de son lecteur. Elle pourrait être sinon plus claire : sinon plus originale, du moins plus élégante.
Parmi les écrivains les plus aimés de l’école catholique se place en premier lieu le Rév. Messire J. S. RAYMOND, supérieur du collège de St. Hyacinthe et V. G. pour le diocèse de St. Hyacinthe. Une des lumières du clergé canadien; un beau talent, beaucoup de grandeur d'âme et de dignité per. sonnelle.
M. Raymond à beaucoup écrit, tout en se dévouant spécialement à l’enseignement et à la direction d’une haute maison d'éducation. En 1849 et 1850 il publia dans les Mélanges Religieux de Montréal, deux écrits volumineux, intitulés : Discussion sur la civilisation ancienne et la civilisation moderne et, Etudes sur le Moyen-Age. Ce dernier travail parut plus tard avec de nouveaux développements dans la Revue Canadienne. En 1853, il publia dans le Courrier de St. Hyacinthe une série d'articles sur Rome et la civilisation.
À part les traités spéciaux qu’il a composés pour l'usage ‘des élèves du collége, M. Raymond a encore publié plusieurs écrits contenus dans le Foyer Canadien et la Revue Canadienne, entr’autres : Importance des études religieuses, 1864; Devoirs envers le Pape ; Discours prononcé à la translation du corps de Messire Girouard, 1861 pp. 33; Discours sur la nécessité de la force morale, 1865; Discours sur l'amour, 1866 pp. 47; Destinées providentielles de Rome [6 articles,] 1864; Del’ Eglise et de l'Etat, à propos de l’encyclique du 8 décembre 1864 ; Entretien sur Naples ; Oraison funèbre de Messire Desaulnier ; Discours sur la tolérance ; Discussion sur la question des classiques; De Vaction de Marie dans la société, 1873, ete:
Cet écrivain à encore pris part aux polémiques religieuses ou autres discussions importantes, l’une avec l’abbé Odelin, partisan déclaré des doctrines de Lamenais avant sa con- damnation par le $t. Siége; l’autre, avec l’'Honorable L. A. Dessaulles sur des points de discipline collégiale, enfin, avec le Nouveau- Monde, sur la question du libéralisme catholique et de l’école gallicane du Canada.
Ainsi qu’on le voit, M. le G, V. Raymond a beaucoup écrit. On lui attribue plusieurs grands travaux qui n’ont pas encore
vu le jour. Dialectitien habile, écrivain distingué, à la phaséologie claire et lucide, au style chatié et pur, il a voué un culte sincère aux beautés de l’art. Le style est à lui; il l’a formé par l'étude et la méditation des grands maîtres : il n’emprunte à personne sous cerapport. Mais on ne trouve pas dans ses écrits beaucoup d’idées neuves. Il ne dit que les choses qu’il a acquises ailleurs par de longues études.
Esprit nourri de l’étude des belles lettres et des travaux de
l’antiquité, il tient les vieux auteurs en haute estime. Sans. éprouver une sympathie bien prononcée pour les modernes il. a cependant assez de tolérance et de bon goût pour s’extasier
devant une belle page de Lamartine ou de Châteaubriand. Il a cherché dans ses études sur le Moyen-Age à le rendre
acceptable à la pensée moderne et à faire oublier les terribles :
coups que l’école historique contemporaine lui a portés: C’est avant tout et surtout un homme de lettres, sinon original dans ses idées, du moins soucieux de la forme dont il les revêt.
J'arrive maintenant à celui que je considère comme le plus grand de nos prosateurs, peut être le premier de nos publicistes, M. ETIENNE PARENT.
Il naquit à Beauport près de Québec en 1801. Fit ses études classiques au Séminaire de Québec et au Collége de Nicolet. À peine sorti du collége, à l’âge de 21 ans, il en- . tra à la rédaction du Canadien, le plus ancien journal français de la Province. Il garda la rédaction jusqu’en 1825, époque à laquelle le journal fat suspendu. Il se livra à
l'étude du droit et fut ordonné avocat. Fut nommé, peuaprès … son admission au bareau, au département des traducteurs. à l’assemblée législative. En 1831, il reprit la direction du.
Canadien qu'il garda jusqu'en 1842. Fut emprisonné en
1837 pour sa participation au mouvement insurrectionnel. IT fut membre du parlement pendant quelques annnées ; il | abandonna son siége pour un emploi de la couronne, On le nomma Greffier du Conseil Exécutif, puis en 1847, Député
Ministre provincial pour le Bas-Canada, poste qu'il a occupé jusqu'en 1873. Depuis 1847 ila continué à écrire dans le journal où il avait débuté et dans les autres journaux du pays. C’est le Nestor de la presse canadienne.
M. Parent écrit avec facilité, son style est énergique, et fort original. Il a une manière à lui de dire les choses, manière incisive, tranchante, épigrammatique, mordante. Le Canadien, sous sa direction, devint une arme puissante constamment dirigée contre le parti anglais. Jusqu'à l’Union, ou au moins jusqu'à l’époque de sa rupture avec M. Papineau, ce fut le journaliste le plus essentiellement canadien et national que nous ayons eu ; personne ne savait mieux dire ce qu’il fallait dire, revendiquer avec plus de vigueur, d'énergie et de dignité le droit meracé et méprisé de ses concitoyens. Sa prose est substantielle, nourrie d’idées, de pensées originales et neuves ; économiste, bon littérateur, con-
smaissant parfaitement tous les rouages de la politique, il a laissé dans le journalisme une réputation durable,
Il a donné un grand nombre de lecture publiques sur des sujets pratiques. On peut dire qu’il en à originé le système dans notre population. En 1857 parut dans le journal de V Instruction publique une bonne biographie de Pierre Bédard et ses deux fils. Il a lecturé devant l’Institut Canadien sur divers sujets d'économie politique, entr'autres: L’Industrie comme moyen de conserver notre nationalité. Importance de l'étude de l’économie politique ; Du travail chez l'homme ; Du prétreet du spiritualisme dans leur rapport avec la société; Considérations sur notre système d'éducation populaire, sur l'éducation en général, et les moyens législatifs d'y pourvoir. On trouve ces
. diverses lectures dans le Répertoire National de 1848. Ila publié les articles suivants dans le Foyer Canadien : De lim-! portance et des devoirs du commerce, 1859. De l'intelligence dans ses rapports avec la société; Considération sur le sort des classes ouvrières.
On voit par tous ces écrits que le talent et les goûts de de l’auteur le portaient surtout vers l'étude de l'économie politique. .
M. Hector Fabre, dans son excellent travail sur la Zittérature Canadienne, porte sur M. Parent le jugement suivant ; “ Auprès de nos historiens, supérieur à eux par l'étendue et la force de son esprit, se place le premier de nos publicistes, M. Parent, journaliste, et journaliste toujours en vue pendant trente ans. Ses écrits touchent d’ailleurs à l’histoire et forment la plus solide partie de nos annales politiques. Personne n’a déployé parmi nous, dans ce métier de la presse, dont les conditions sont rendues si difficiles par la passion des partis, l’intolérance des intérêts personnels, l'indifférence du public et les nécessités de l'improvisation quotidienne, personne n’a déployé des vues plus larges et plus justes, une perspicacité aussi rarement en défaut, une sagesse aussi profonde. L’inspiration nationale a été égale du premier jour au dernier. Deux œuvres de cet'éminent esprit donnent à elle seule une idée exacte de sa rare personne et de sa haute originalité. La première a pour titre: Du prêtre et du spirie tualisme, la seconde, l’intelllgence dans ses rapports avec la Société. Il ya dans ces deux lectures le thème d’une constitution sociale admirable, fondée sur les vues les plus neuves et les plus profondes. C’est là une œuvre digne de la méditation des esprits philosophiques et dont on ne comprendra que plus tard, lorsque les études et l'expérience politiques seront plus avancées parmi nous.” La valeur et la portée de cejugement, peut-être un peu trop épicé en certains points, sont exactes dans leur ensemble. Le nom de M. Parent restera pendant longtemps comme le souvenir de notre meilleur prosateur et de notre plus grand journaliste, jusqu’à l'époque de 1850.
. Le conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens, 1861, pp. 281. in 12, par un COMPATRIOTE, est un traité sur la politique du pays ou plutôt un exposé des principes de la politique en général. On attribue cet ouvrage à la plume de M. L’ABBE H. BEAUDRY. | |
L’auteur annonce dans l'introduction que l'ouvrage n’est dirigé contre aucun parti politique en particulier, de même qu'il n’a l'intention d'en servir aucun. Mais il n’est pas
qd, és ’
Me
-ses ennemis, la politique, le journal, la re
Hifqe
nécessaire de lire cet opuscule jusqu’au bout pour apercevoir le but pratique et l'intention de l'écrivain. Ce n’est pas une plume vendue, mais elle a son parti pris. L'auteur considère dans des chapitres distincts le peuple, ses amis-
Rgion, la colonisation, le peuple et son avenir; le tout entremèlé de considéra-
tions modérées et sages. Les idées substantielles sont rare,
à la vérité, mais en revanche il y a beaucoup de modestie ; or la modestie sied bien au mérite. M. Beaudry a eu Ia bonne idée d'exposer des théories et non des faits, c’est pourquoi son livre sera encore lu, j'ose du moins l’espérer. Nous pourrions peut-être désirer quelque chose de plus pratique,
car il faut bien admettre que ces théories politiques, con-
damnées par l’auteur, n’existent point en Canada, et n’ont jamais existé que dans la bouche des calomniateurs qui s’en faisaient sournoisement une arme de combat.
On doit encore à cet écrivain le Nouveau mois de Marie 1865, pp. 267, in-16; Les jeunes Converties, où mémoire des trois sœurs, Debbie, Helen et Anna Barlow, traduit de l’anglais, 1866 pp VX-195, lectures pieuses et attrayantes.
Me voici en présence d’un livre remarquable, écrit par un de nos meilleurs littérateurs; un livre qui contient une variété de sujets intéressants, où l’histoire coudoie la poésie, où la critique vient se délasser au milieu des dissertations savantes. L'auteur, le Rev. M. Enras McDonEzz DAWSON est un de ces écrivains au style souple et coulant qui se sert de tous les tons pour embrasser tous les sujets. L’anglais et le français lui sont également familiers et les littératures française et anglaise ont toutes deux contribué à nourrir son
talent.
Le livre dont il est ici question est intitulé: Our strength and their strength. The West territory and other papers chiefly relating to the Dominion of Canada; pp. 326.
Dans la première partie de son livre, l'auteur place des lettres sur la politique, publiées dans le Times d'Ottawa. Le savant abbé entreprend de répondre, sinon toujours Vic
+orieusement, du moins toujours avec habileté et avec talent,
à l'école dite de Manchester, qui veut le démembrement. , de l'Angleterre et la rupture du lien qui unit cette puissance:
avec les colonies. L'auteur développe au long la théorie de
la nouvelle école qui compte des ministres et des hommes
influents, entr'autres, M. Lowe. Ce travail peut certainement:
ètre considéré comme la meilleure défense de la politique:
coloniale de l'Angleterre qui ait été publiée en Canada. L’écri-
vain s'élève audessus des lieux communs du journaliste; on ! trouve des considérations sérieuses, des faits, des apprécia
tions d'économie politique qui indiquent un talent mûr et. des études fortes. Le second écrit a trait au Nord-Ouest,
il conclut à la colonisation, par le Canada, de ce vaste territoire laissé jusqu’à ce jour à l'exploitation d’une compagnie marchande. Vient en troisième lieu un éloge de M. Henri Fiset, ancien maire d'Ottawa. L'étude sur les poëtes du Canada n’est peut-être pas la partie lamoins remarquable du volume. L’auteur s’est montré critique fin et délicat, doué d’un jugement sûr et d’un goût distingué. Cette critique n’a que le seul tort d’être trop courte. Enfin, l'ouvrage contient en outre un éloge de Thomas D’Arcy McGee, qui était pour l’auteur une vieille connaissance et un ami de cœur. Le tout se termine par de nombreuses poésies et quelques articles d'appréciation sur des productions anglaises.
Ainsi, le lecteur voit que ce volume offre une variété assez étendue de sujets; ce qui fait que l’auteur a parfaitement suivi le précepte de Boileau : “ Sans cesse en écrivant variez vos discours. ?
M. Dawson est né en Ecosse en 1810, et vint en Canada en 1855.
Nous avons encore de lui : Maître Pierre, conversation en moralité, traduit du français de M. Delcassalt pp. 138 in-8 vo; une traduction du livre Du pape, de J oseph Demaistre; les Lettres sur Vinquisition d'Espagne, du même auteur, et quelques autres lectures et poëmes de moindre importance. |
L'abbé Dawson a fait ses études théologiques à Paris; c’est un contemporain de Mgr. Dupanloup.
Dans une brochure de 130 pages, intitulée : Le libéralisme,
M. L'abbé B. Paquer, duséminaire de Québec, a résumé son cours de droit naturel et des gens, donné à l’université-Laval. Le savant abbé expose la doctrine avec beaucoup de précision, de clarté, de modération. Naturellement, il entre dans le vif de la question si débattue en Canada du libéralisme catholique. Cet ouvrage, qui a reçu les plus hautes approbations, est destiné à dissiper bien des erreurs et fera taire bien des cris insensés qui se sont élevés depuis quelques années, en certains endroits, contre des citoyens intègres qui ne partagent pas les convictions politiques d’une certaine école.
À ceux chez lesquels il resterait quelque chose de ces préjugés, je leur conseille la lecture et l’étude des leçons de l'abbé Pâquet. Ils y verront que ce que la cour de Rome réprouve et condamne sous le nom de Zibéralisme; ce ne sont pas des opinions politiques, mais les doctrines religieuses : c'est l'indifférence en matière religieuse, que condamne sous le nom de libéralisme, lencyclique quanta cura. Mais jamais le St, Siége n’a condamné l'indifférence, ni même lPhostilité à l'égard de M. Langevin ou de M. Cartier et de brother John A. McDonald. Jamais il n’a ordonné de croire, sous peine de damnation éternelle, que le parti conservateur ne se compose que de petits saints, ni défendu de dire qu’il conduit le pays à la ruine.. Et telle est pourtant l'opinion que représentait ici le parti libéral. Il failait donc être d’une insigne mauvaise foi, pour le confondre avec les fauteurs de la doctrine condamnés dans le Syllabus sous le nom de libéralisme.
Les savants professeurs de l'Université-Laval ont rivalisé de zèle, depuis quelques années, pour agrandir le champ des lettres canadiennes. Oûtre les travaux historiques et scientifiques des Abbés Holmes, Ferland, Laverdière, Paquet, et nous avons encore a enregistrer les leçons d'histoire ecclésiastique de l'Abbé NazarRe BeGin, publiées en volume in- 8 vo. pp. 400, sous le titre: La primauté et-l'infaillibilité des souverains pontifes. Le savant abbé développe son sujet avec une aisance et une facilité remarquables ; il est maître des questions qu’il traite. Sous sa plume vigoureuse et agile les
points controversés et obscurcis par les interprétations diffé. rentes reçoivent une lumière nouvelle. (C’est un beau volume qui indique des connaissances solides et variées. Le propriétaire-rédacteur du Journal de Québec, M. JT,
CAUCHON est considéré comme le vétéran de la presse en Canada. En effet, c’est un homme qui est arrivé par sa
plume aux plus hauts emplois dans la politique. Il écrit.
depuis au dela de 25 ans et il a laissé derrière lui un sillon profond. Son style est dur, sec, sacCadé; l'expression est crue, souvent brutale, la phrase respire le défi et la violence. Il y a du couroux, du mépris et de l'envie dans tout ce qu’il dit. C’est un homme qui n’a Jamais su se faire à la discipline d'aucun parti et qui compte plus d'adversaires que que d’admirateurs. Inexorable, implacable, infatigable, il ne s'arrête qu'avec le dernier mot en lançant le dernier trait. Il ne choisit pas ses combattants: le clergé et les laïcs, les théories religieuses et les Opinions politiques ont tour à tour essuyé sa rage. On a de lui une-brochure sur ? Union des Provinces Britannique de l'Amérique du Nord et un Manuel de
physique. à
M. AUBIN est né en 1812, en Suisse, et demeure en Canada
depuis 1854. Fut le fondateur du Fantasque de spirituelle mémoire. S’est beaucoup occupé de nos affaires publiques. Le journalisme a été sa vie, ila rédigé successivement le Fantasque, le Castor, le Canadien, le Canadien Indépendant, la Tribune, et le Pays. Nommé secrétaire de la fameuse association de la Réforme et du Progrès, fondée à Québec en 1847, et sous la bannière de laquelle se rengèrent tous ceux qui voulaient faire entrer, à cette époque, notre pays dans la véritable voie du progrès et des réformes politique, il prépara le fameux manifeste de cette société, document qui est considéré comme un chef-d'œuvre de raison et de patriotisme.
Aubin, dit un de ses biographes, est un talent pour ainsi dire universel. Littérature, politique, philosophie, mathé. matiques, chimie, mécanique, il a touché à tout et peut traiter de tout à son aise, Il pourrait être aussi bien diplomate que professeur, journaliste que mécanicien, De fortes
études littéraires et scientifiques, un jugement solide, une-
intelligence d'élite toujours bien servie par un talent naturel
et, pour ainsi dire, inné pour toutes choses, le rendent propre à manier également la plume du penseur ou celle de l’écrivain-fantaisiste. Il a été son propre maître et est devenu ce que les Yankese appellent a selfmademan. Son
front bien développé démontre que celui qui le porte, possède une vaste et féconde imagination. Ÿ
‘ Aubin est certainement un de ceux qui ont le plus contribué par leurs écrits et par leurs discours, à répandre au milieu de notre population le goût artistique et littéraire.
- Il a préché d'exemple pendant plus de quarante ans.
“ Il fat l’un des fondateurs de la ‘“ Société Saint Jean Bap-
tiste de Québec. ” et à différentes reprises, l’un de $es prin- - cipaux ofiiciers. En 1869, l’Institut-Canadien de Montréal le nomma son président.
‘ Outre ses nombreux articles aux journaux, on a de lui plusieurs brochures scientifiques très estimées entr’autres, La chimie agricole mise à la portée de tout le monde; Cours de chimie. Le Répertoire National contient un a nombre de ses essais littéraires dont les principaux sont: Une entrée dans le monde, La lucarne d'un vieux garçon, Monsieur Desnotes, etc. Parmi ses productious poétiques, il en est une que tout le monde connait: c’est celle en l'honneur du petit
| caporal. Qui n’a pas entendu chanter dans nos salons canadiens cette chanson empreinte d’une fee: pénis I] dort ce héros dont la gloire, etc.
“ N'oublions pas de mentionner ses RE de Papineau, de Morin, de Gugy, ete., qui sont de véritables chefd'œuvre de séyle et d'appréciation. ACL) Les journalistes ont pris l'habitude de dire, depuis déjà assez longtemps, en parlant de M. Hector FABRE : otre
» spirituel confrère. L'épithète est charmante, mais on vous L dessert cela avec l’aplomb de l'avocat qui plaide contre un . confrère des informalités élémentaires et qui ne manque pas de dire à chaque phrase: Mon savant confrère. C'est main-
(1) Darveau. Nos hommes de lettres.
tenantun terme admis dans la presse canadienne, il faut l'accepter. Je suis sûr que M. Fabre a bien trop d'esprit pour s’en fâcher, mais au moins doit-il être le premier à en rire. Il y à comme cela de ces petits mots doux qui vous donnent sur les nerfs comme le grincement d’une scie. M . Fabre est spirituel, c’est vrai: ses écrits le démontrent, son éditorial de chaque matin le prouve, mais encore pourquoi le dire puisque toutle monde le sait. +
Je ne sais si je dois admirer d'avantage ici la souplesse et la flexibilité du style ou la finesse et l'élégance de l'expression. Je trouve tout cela dans la prose du rédacteur de l’Ævénement. Les qualités qui font les bons journalistes, M. Fabre les possède à un haut degré. On dirait qu’il a passé sa vie à écrire, tant la phrase est déliée, l'expression originale, le goûtpur, le traitmordant. C’est bien là le véritable Journaliste avec “ses initiatives imprévues, son entrain joyeux, son eSprit d’apropos, sa verve interrissable et son élasticité merveilleuse, à sauter pardessus l’obstacle et ce flair substil et puissant—flair de renard et de lion—qui suit à la piste l’actualité, trouve le succès au gite et trappe du même coup le fretin de la nouvelle et le gros gibier du scandale. ” De fait, le journal a été sa passion favorite. Après avoir collaboré à l'Ordre et au Canadien il fonda, en 1867, l’Evénement, journal quotidien. L’Ævénement est une véritable passion pour les Québecquois; on se l’arrache pour le lire, et à Montréal il est bien accueilli. La raison, c’est que l'écrivain qui le rédige à plus d'émitateurs que de rivaux dans le champ du journalisme canadien. Dans la littérature légère je le place à côté de M. Buies et je le pense supérieur à M. David comme critique.
Il a publié dans la Revue Canadienne deux articles bien pensés, écrits en fort bon style; ils sont intitulés: Nos écrivains canadiens. À ces deux essais il faut ajouter une excellente critique sur la Littérature Canadienne. Ces trois articles constituent, suivant moi, le plus clair de la gloire littéraire de M. Fabre. Et j'ajoute encore qu'aucun écrivain n’est mieux qualifié que lui pou# entreprendre d'écrire l'histoire de la
littérature canadienne. Il à tout le sel, toute la finesse, tout le goût qu'il faut pour cela. JIlest bien meilleur critique que bon journaliste politique.
: À notre époque le journalisme est devenue une chose sérieu-
se, bourrée de chiffres sur toute espèce de sujets pratiques, renfermant des données d’économie politique et de science sociale. Pour être journaliste il faut sinon la science, du moins une instruction qui s'étende à toutes les questions pratiques relevant de l'administration générale de l'Etat. M. Fabre a une longue expérience du métier, mais son talent de causeur l'emporte toujours. Il sera sérieux une fois la semaine et glissera légèrement les autres jours. Au reste, il ne dit que ce qu’il faut dire, taie ce qu'il faut taire ; ilale tact du littérateur et le bon goût du gentilhomme publiciste. Ila le talent de l’apropos. Ceci est une nuance de la flexibilité de son talent qui tient peut-être de la flexi. bilité de son caractère: l’un est susceptible de prendre tous les tons, l’autre apte à se concilier les doctrines politiques les plus contradictoires.
M. Fabre a fait deux Nouvelles, intitulées: La chasse aux dots et Le Cœur et l'Esprit. La première est une histoire d’a- mourettes, entre des collégiéns et des élèves de couvent: dans la seconde c’est encore le même thème, avec cette différence que les personnages sont plus âgés. Le plan laisse beaucoup à désirer, l’intrigue pourrait être mieux conduite, plus variée ; l’incident, naître plus gracieusement du sujet, mais la verve, l'esprit, le piquant s’y donnent rendez-vous. Les descriptions de la nature sont absentes, mais on y trouve des traits de mœurs fort bien touchés et des tableaux gais et fidèles qui dérident le lecteur.
Au milieu du grand nombre de jeunes gens de talent qui, depuis quelques années, se sont essayés dans le journalisme, . il en est un surtout que je n’hésite pas à classer au premier rang ; c'est M. ARTHUR Bures.
La première fois qu'il m'a été donné de voir et d'entendre l’auteur de La Lanterne, c'était à une séance de l’Institut ‘Canadien. Un grand corps maigre, souple, osseux, le cou
ù LR oRQURE
long, la tête altière, des cheveux crèpus, érânement roulés en arrière, le nez chercheur, les yeux à pic, la voix pénétrante, une physionomie qui vous empoigne tant elle vous frappe, quelque chose de la maladie de Mirabeau sous ces grandes cica-
trices rougeâtres qui s’émaillént sur un teint bronzé. Le
front s’assombrit de quelques rides et l’œil attentif découvre: des coïittes de cheveux qui ont blanchi avant le temps; un front de penseur, un cerveau chaud, un cœur toujours jeune, plein de magnanimité, d’héroïsme, de libéralité et de convoitises. ; Ce soir là, à l’Institut, on discutait un sujet brulant, une:
question sociale, si ma mémoire ne me fait pas défaut. Buies 4
parla. Dès le premier mot j'ai cru acclamer un orateur, mais le dernier mot m'a prouvé qu’il n’était qu'un farceur.
En effet, Buies, cet excentrique que tout le monde a connu, que les hommes sans préjugé ont admiré, que toute la jeu-nesse à aimé, ce bohème de la littérature au jour le jour, toujours pauvre d'argent, mais toujours riche d'esprit, qui, à Paris, se placerait-l’émule de J anin, d’About, de Gauthier: et de Sardou, n’a pu se faire à notre froid climat. Sa nature ardente, son esprit pétillant, si essentiellement français, l’appelaïentà bourdonner dans la grande ruche parisienne où lesprit court les rues sans cesser de valoir son pesant d’or.
Il n’a jamais su se faire au positivisme de nos hommes d’affaires, et il s’est essiolé au milieu de ses compatriotes parce qu’il n’ont pas été assez spirituels pour le comprendre ou trop réalistes pour l’apprécier. Mais c’est peut-être cela qui a le plus contribué à activer son talent. Le parterre n’applau-
dissait pas, l’acteur s’est mis à le siffler. Buies est un grand
gueux riche de sa propre nudité.
Journaliste, sa verve est interrissable. Il manie le style: comme le pâtissier, la pâte de son pétrin. Souple et délié,
il a des moûles pour tous les sujets, des empreintes pour
tous les tours, des couleurs pour tous les dessins. Sa palette : est bizarre comme sa personne: son style c’est lui. Tour à tour excentrique, dédaigneux, mordant, sceptique, spirituel, sophistique, sarcastique, son pinceau est une arme puissante
ss
avec laquelle il barbouille la figure de tous les passants, Dans ses moments de mauvaise humeur il n’épargne ni ne respecte rien, pas même la morale. Si vous cherchez à l’arrêter dans son œuvre, il vous rira au nez, puis s’interrompra pour plaisanter sur son propre compte.
M. Buies a écrit dans tous les journaux de son parti; il & fait des conférences publiques, publié des brochures, fondé des journaux qui n’ont véçu que l’espace d’un matin, lancé dans notre petit monde littéraire ces étourdissantes chroniques qui ont rejeté, loin dans l'ombre, tous ceux qui, chez nous, -se sont essayés dans ce genre, CARLE rom comme les autres. Incisif, plein de verve et de laisser aller, railleur, parfois éloquent, plus correct que châtié, plus châtié que pur, original surtout, il étonne par ses excentricités autant que par ses audaces. En voilà un qui est bien convaincu de la bêtise humaine! On peut dire de lui ce que Musset dit de Jacques Rolla :
Et jamais fils d'Adam, sous la sainte lumière N'a, de l'Est au Couchant, promené sur la terre Un plus large mépris des peuples et des rois.
Quoique jeune, Buies est déjà un véteran de la plume. IE est né pour écrire comme un autre naît pour être maçon ou cordonnier. Il a ses. illusions sur ce point et il ne les abandonnera pas en dépit de la maigre pitance qu'il recoit de son libraire. Vraiment! il était digne d’une terre plus hospitalière. Aussi, ne manque t-il jamais l’occasion d’accuser ses compatriotes d’imbécilité parce qu'ils ne le lisent pas!
Je ne dirai qu'un mot de La Lanterne, publication hebdomadaire qui, reliée, forme un volume de 500 pages. Ona beaucoup parlé du Fantasque, mais La Lanterne représente bien mieux l’idée du genre, n’en déplaise à son vieux et spirituel auteur. Rochefort publiait La Lanterne à Paris, Buies entreprit de publier la sienne à Montréal. Elle ne dura qu'une année,. Entre Rochefort et Buies il y a plus d’un trait de ressemblance : tous deux voguent dans les régions de la haute démocratie. Buies est le Rochefort du Canada. Malheureusement notre macadam adhère si bien aux rues que des barricades sont impossibles à Montréal ou à Québec.
EE
La Lanterne me fait l'effet d’une pelot£e garnie d’aiguilles. Je ne sais où la prendre sans me piquer. J’ouvre ce livre et chaque article, chaque page, chaque ligne est un dard qui se dresse devant moi. Ces petits dards, continuellement en mouvement, simulent un rire amer qui vous étourdit et vous fait-mal : le rire de l’homme blessé. Le sceptique est plus fort que le penseur. Hst-ce Sterne, est-ce Rabelais, est-ce Swift, est-ce même Hoffman ? j'ignore; mais ce que je sais, c’est que l’auteur est un écrivain supérieur, éminemment doné. Le goût est peut-être corrompu, maïs le talent est immense.
M. Buies est encore l’auteur des Lettres sur le Canada, écrites avec verve, véhémence et passion. Ce pamphlet n’a eu qu'un tirage très limité et l’auteur en a fait une édition intime. Mais je conseille à M. Buies de publier en volume ses chroniques, ses causeries et ses conférences. Il doit cela à son talent et au public. C’est là que nous retrouverons ses plus belles pages.
Un front fuyant, une petite figure agaçante, encadrée dans une chevelure noire et bouclée, les yeux grands et ouverts, le teint pâle, taille au dessous de la moyenne, maigrelet, la démarche chancelante, indécise comme la pensée, indéterminée comme le caractère, tenue irréprochable, élégante,
brillante même, comme le style: tel me parait M. Louis O..
Davip au physique et au moral.
M. David est un des fondateurs de l’Opinion Publique, journal hebdomadaire qu’il rédige en compagnie de M. JF À Moussæau. Ce journal, qui a presque le mérite d’une revue, est trop connu pour que j'entreprenne d’en faire l'éloge. Ses rédacteurs ont beaucoup contribué à relever le niveau de la
presse canadienne. Les articles de fond sont écrits avec | r
soin; on reconnait deux hommes de mérite, soucieux de leur réputation littéraire. Chaque article porte une signature. Ce mode, inusité en Amérique, a son bon côté. Le lecteur
aime à connaître son homme. MM. David et Mousseau mé- |
ritent donc la nombreuse clientèle qui les lit. C’est le pre-
nr
mier journal français qui en Canada à rapporté quelques bénéfices à ses éditeurs.
Je reviens à M. David et j'entends parler de sa Galerie Nationale. Sous ce titre il a imprimé dans son journal et publié successivement en volume une série de portraits litté. raires. C’est un thème splendide. L'auteur prend dans l’histoire de notre passé, et même parmi nos contemporains, les figures les plus remarquables qui ont illustré le nom canadien dans les lettres, les sciences, la religion et la politique. I fait passer devant nous ces grands et nobles canadiens qui ont combattu, dans leur sphère respective, pour nos plus chers intérêts; 1l détache de leur vie les incidents les plus propres à nous les faire connaître; il les entoure de toute la majesté, de toute la splendeur qui rayonne de leurs grands noms ; et, les animant avec les couleurs brillantes de son riche pimceau, il les montre à ses compatriotes la tête ceinte de l’auréole de la gloire. A ce vaste sujet, digne d’un grand peintre, l’auteur n’a pas entièrement fait défaut. Il a tout ce qu'il faut, où à peu près, pour bien juger les hommes, sinon leurs principes. :
En effet, je prie ceux qui me lisent et qui doutent de mes paroles, de relire les biographies de M. David. Elles se ressemblent toutes par un côté: elles sont flatteuses, frelatées, élogieuses. Il y a trop d'huile et pas assez de sel. T’'écrivain s'incline, s'incline. Chaque phrase comporte une louange fatale, fatale parcequ’elle renchérit sur la phrase précédente. Aux couleurs brillantes, il faut savoir joindre habilemênt les ombres; et quelque grand que soit le personnage que vous étudiez, il n’en est pas, justement parce qu'il participe de la nature humaine, qui n’ait quelques peccadilles portées à son bilan. Sans doute que toutes ces louanges sont dites avec beaucoup de délicatesse; sans doute que l'écrivain peut quelquefois risquer d’être partial pour le plaisir de dire . du bien de ses semblables ; sans doute que tout cela dénote un excellent cœur toujours prêt à excuser et à pardonner ; mais je cherche en vain dans les biographies de M. David cette facon instructive d'écrire la vie des hommes. Si vous
voulez vous rendre utile en écrivant la vie des grands servi-
teurs publics, montrez leurs défauts afin d’instruire votre lecteur ; eussiez-vous tous les autres mérites, vous paraitrez fade et monotone si vous donnez dans ce tort. C’est mon opinion.
Et j'ajoute encore : les biographies de M. David sont excellentes au point de vue de l’homme, mais insuffisantes au point de vue des principes. Ce qui intéresse le plus dans l’homme public, c’est moins sa personne que ses actes. Je sais tout l’attrayant qui se rattache aux qualités personnelles de son héros, le lecteur aime cela; mais si à cette qualité extérieure vous savez donner les qualités morales, si vous savez juger les actes ; si vous appréciez l’homme à la mesure de ses actions et moins à la mesure de ses intentions ; si, enfin, vous citez sa vie active et publique à la barre de l’opinion, alors les rôles changent et le lecteur entrevoit un autre homme, digne de mépris ou de louange, suivant qu’il a mis ses facultés au service du bien, de la vérité et de la justice. Pour me résumer, il y a deux manières de peindre les hommes: l’une passe une éponge sur les actions pour mieux détacher la personne ; l’autre oublie le personnage pour ne juger que ses actes. M. David a ignoré la seconde.
Peut-être aussi ces biographies sont elles incomplètes. On croirait que l’auteur, amoureux de la phrase et du clinquant littéraire, s’est trop préoccupé des belles choses qu'il allait dire, et de la forme dans laquelle il allait les dire et que dans sa préoccupation il à négligé les choses utiles. HEnlevez des biographies de Lafontaine, Morin, Chauvaux, Papineau, ete., la part de louanges banales qu’il leur prodigue, que reste-il ? Connaissez-vous mieux M. Chauveau comme écrivain, comme orateur, comme homme d'état ? Non, la critique est absente, ettout portrait ou pastel littéraire qui n’indique pas parfaitement les traits caractéristiques du personnage n’est qu'une ébauche, qu’un reflet coloré qui peut éblouir un moment mais qui s'évanouit aux premières lueurs de l’examen.
Mais ces défauts, qui peuvent être corrigés, échappent d’abord au lecteur charmé par la beauté du style. L'auteur
met à son service les mille couleurs de sa riche palette ; il maille et ornemente sa prose des fleurs les plus brillantes, des pensées les plus relevées, des réflexions ies plus naturelles, Riche en comparaisons, en images, en figures, son style, tou- Jours soutenu, est clair et soigné, sa phrase complète; sa période cadencé; son tour harmonieux. Le grand luxe d'images exclut la sobriété : la diction pourrait être plus sobre, sinon plus châtiée.
Ces belles qualités font de M. David un de nos meilleurs écrivains. Il n’a pas l'originalité de Buies, mais il est plus riche en images et en tours naturels. L'un a plus de dou- Ceur, de charme, d’onction, l’autre plus de verve, plus de facilité, plus d'originalité. Le premier est meilleur paysagiste, le second meilleur polémiste. David est artiste ; Buies, bon prosateur: tous deux se disputent avec Fabre, la palme dans le champ du journalisme canadien.
M. E. Ler. DE BELLEFEUILLE appartient à une des plus anciennes familles du pays. Après de bonnes études classiques il fut admis à l'étude puis à la pratique du droit. Ses relations avec le journalisme datent de 1859, époque à laquelle il devint éventuellement un des rédacteurs de l'Ordre. C’est dans ce journal qu'apparurent sestraductions des romans de Mme. Leprohon: da Beresfordet Manor House of Villeroy.
Un des fondateurs de la Revue Canadienne, il fut pendant plusieurs années un des directeurs de cette utile etimportante publication. Plus que tout autre:il a contribué à son succès par ses essais et les articles importants qu’il lui a fournis. En voici les principaux: Code’civil du Bas-Canada, Législation sur le mariage, 4 articles, 1864-65 ; La question mexicaine 1865, L’incursion de St. Albans do; Le démembrement de la paroïsse de Montréal, 1866 ; La nouvelle Législation du Bas- Canada, do; Dicours sur l'emprunt Romain, do ; Deux questions de dimes, do; Une question de mariage, 1867 ; De la profession religieuse en Bas-Canada, (six articles,) 1868; Une autre question de Mariage, do ; Les Edits et Ordonnances et le Conseil Supérieur de Québec, 1868 ; Les Lépreux de la Trécadie, 1872 ; Le Chemin à lisse de Colonisation du Nord de Montréal, do; Les
ruines de Baaïbeck, 1871; plusieurs articles bibliographiques, etc. Ajoutons à cela la Thèse sur les mariages clandestins, 1860, pp. 100. in-12 et le Précis des changements introduits par le Code Civil dans les lois du Bas-Canada, qui précède lédition portative du Code Civil, et nous nous ferons une idée des travaux littéraires entrepris par M. de Bellefeuille.
Ces ouvrages indiquent l'amour du travail. L'auteur à heureusement cultivé les belles dispositions qu'il a reçues de la nature; mais c’est avant tout un compilateur infatigable, un piocheur émérite dans le champ de l’histoire et de la jurisprudence. Le style est d'ailleurs d’une grande pureté. L'idée est claire et la manière de la rendre très flexible et très nette. M. de Bellefeuille a un style à lui, tout formé, original, sans art ni apprêt, facile et coulant. Il dit bien que ce qu'il faut dire. Il a du goût, j'aime la sobriété de sa phrase et la justesse de l’expression. Elle a la gravité qui convient aux sujets sérieux qu'il a traités. C’estun publiciste qui fait honneur à notre littérature et un de ceux qui a le plus contribué pour en rehausser l'éclat depuis les dix dernières années.
À part ces divers ouvrages on à encore de lui, re Canada et les zouaves pontificaux, 1868. Ce volume contient des mémoires sur l’origine, l’enrôlement et l'expédition du contingent canadien à Rome pendant l’année 1868. Je laisse la parole à M. Joseph Royal, qui apprécie en termes flatteurs, cette œuvre de mérite qui à couté, sinon beaucoup de recherches, de travail, d'invention, mais qui restera pour attester en faveur d'une grande cause : ‘“ À une si grande œuvre que celle des croisades de notre siècle, il faut un monument impérissable; déjà les traits s’en trouvent gravés dans tous les journaux etles mémoires contemporains. Mais ce qui se faisait en Europe devait également se répéter ici, et le Bas-Canada, qui compte avec orgueil ses 250: croisés, avait lui aussi besoin de quelque chose, livre, marbre ou airain, qui rappelât ce grand fait aux générations futures. Le livre, nous l'avons; c’est celui que la: presse provinciale vient d'accueillir avec une faveur si grahde.
« Rédigés et compilés sur le désir du comité, ces mémoires retracent l'origine du mouvement, ses hésitations légitimes, l'histoire des généraux Larocque, Murray, Désilets, Haïimnault et Prendergast qui précédèrent leurs compatriotes eten furent comme les éclaireurs, l’organisation définitive du détachement, les belles et imposantes démonstrations qui accompagnèrent leur départ, le discours de l’illustre Evèque d’Anthédon, les manifestations dont les zouaves furent l’objet durant leur pèlerinage, leur accueil par le saint et immortel pontife, les départs successifs de trois autres détachements, le chiffre des contributions si généreuses de tous les catholiques de la Province et enfin la liste des jeunes héros chrétiens avec l'indication de leur domicile. ?
L'ouvrage contient quelques incorrections et des erreurs de dates et de chiffres qu’une nouvelle édition fera disparaître.
Cet ouvrage n’est pas même une œuvre de compilation considérable. Seulement le lustre de la croisade canadienne. s’est répandu sur l'historien eta gonflé l'œuvre aux yeux du public. Les lecteurs canadiens, habitués à voir M. de Bellefeuille traiter si bien Les obscures questions de législation et d’antiquités historiques, attendent donc de sa part un monument capable derésumer tout son talentettoutesses aptitudes. Cette œuvre future, l’auteur la doit au publie et à lui-même.
Le Dr. HuBerr LARUE, de Québec, a publié un grand nombre d'’écrits universellement estimés; nous y trouvons de l'originalité, de la verve, de l'esprit et du bon sens. L'auteur dit toujours quelque chose de pratique et de neuf. Sa phrase pourrait être plus souple, plus élégante, moins saccadée, mais le fond est là et l’idée estdominante. Plusieurs de ses écrits parurent dans la Ruche littéraire, sous le nom de plume de Isidore de Méplats, et dans le Foyer Canadien.
On cite de lui: Voyage autour de l'Isle d'Orléans, 1861; Eloge funèbre de l'abbé L. J. Casault, premier recteur de l’'Université Laval; Chansons populaires et historiques du Canada, 1863; Du suivie. 1859 pp 128; Le petit Catéchisme d'agritre: Le défricheur de Langue, tragédie bouffe en trois
actes et trois tableaux, 1859. Ce dernier ouvrage est une parodie en vers des idées et du style de M. E. Chevalier et de son ami Vogeli. Le Dr. Taché a aussi contribué à cette satire qui n’a peut-être pas tous les mérites de la versification mais qui marque de la verve et de l'originalité.
La plupart de ces travaux littéraires étaient restés épars jusqu'à 1870. L'auteur les a réunis en volume sous le titre : Mélanges historiques, littéraires et d'économie politique. Observateur fidèle et critique délicat, M. Larue excelle surtout dans la peinture de mœurs, Tout le monde a lu ses scènes de mœurs canadiennes, ses dances rondes, ses études sur nos fètes patronales, sur nos défauts, sur les notaires, avocats, médecins. C'est étincelant de verve et d'esprit, ni plus ni moins. Le style a son charme et sa vigueur. La coupe de la phrase, un peu incisive et saccadée, se prête fort bien au persiflage et à ces boutades originales qui constituent le fond du talent de M. Larue. Les Mélanges sont une de nos meilleures publications. On les lit jusqu’à deux fois.
J'avais lu dans le temps, et je viens de relire le petit opus- <ule de M. BasiLe ROUTHIER, intitulé: Causeries du Dimanche. Cet ouvrage de 292 pages est divisé en trois parties : Religion et politique, Critiquelittéraire, Une page d'Histoire. La plupart de ces articles parurent d’abord dans le Courrier du Canada. ‘
M. Routhier, avocat à Kamouraska, occupe les courts loisirs que lui laisse sa profession, à écrire. Ila toujours entretenu un culte dévoué pour la littérature. A sa sortie du collége ses goûts naturels le portèrent à la carrière littéraire et il avoue qu’il y serait entré si cette occupation eût été aussi payante qu’elle est honorable. Mais tous ceux qui lui portaient quelque intérêt le détournèrent de cette voie et il suivit leur conseil. Mais lorsque les premières nécessités que la vie réelle impose furent satisfaites, lorsque l'avenir eut ouvert devant ses pas des horizons plus vastes, un chemin plus assuré, son penchant littéraîre l’entraina avec une force nouvelle. Il à écrit, on l'a encouragé, et le premier nourrisson de sa pensée et de ses veilles littéraires prit naissance et fut baptisé : Causeries du Dimanche.
Après s'être essayé dans la poésie, M. Routhier a cru devoir troquer la brillante palette du poète pour le sobre burin du prosateur. J’ai l'intention de dire que le lecteur a gagné à cet échange; non que les productions poétiques de M. Routhier manquent de qualités, mais en général l'inspiration est absente. Bref, j'aime mieux sa prose. Elle est claire, correcte, châtiée : trois belles qualités assez rares chez nos écrivains. Le style est si châtié qu'il pourrait paraître à un critique scrupuleux, un peu travaillé. Mais je pense qu’il reste en deca des limites de l’enflure, du boursouflé et du guindé, quoique paraissant entretenir certaines relations de voisinage avec ces trois compères. On voit que l’auteur, qui débuta par une invocation aux muses, a retenu, du commerce qu'il entretenait avec ces nobles dames, certains tours imagés qui vont plus à la poésie qu’à la prose. En général, la phrase est coupée avec élégance, les périodes en sont arrondies, la ponctuation correcte, et le mot toujours propre. Si l’on remarque que M. Routhier écrit que par manière de passetemps et qu’il n’en est encore qu’à son premier ouvrage, on pourra se convaincre que son talent d'écrivain s’accroîtra encore en raison du nombre des années et la quantité des volumes qu’il publiera par la suite.
M. Routhier n’ignore pas lui-même que ses Uauseries sont superficielles ; il a trop d’humilité et d'esprit pour les mettre à côté des brillantes et étincelantes Causeries de Pontmartin et St. Beuve. Comme œuvre d’art, elles n’offrent point d'unité; comme œuvre philosophique, elles n’ont pas cet enchaînement et cette continuité de logique qu’on aime à trouver dans tous les ouvrages d’apologétique et de démonstration.
Je m'explique.
Les Causeries se ressentent peut-être de l'inconvénient d’avoir été publiées par fragments hebdomadaires. C’est une
série d'articles de journaux et non un ensemble bien lié de principes sur une série de sujets. Je rechercheraiïs en vain les points de liaisons entre les diverses causeries dans cha- «une des parties de l'ouvrage. Peut-être encore, le genre
permet-il cette licence !.....…... Toutefois c'est là la moindre des fautes.
L'auteur, on le voit, a voulu sonder les grands problèmes sociaux et philosophiques du jour dans la première partie de son livre: Religion et Politique. Il s'attaque à ces grands problèmes que le siècle offre en pâture aux méditations des penseurs; il les contourne, Îles étudie, croit les résoudre mais ne les résout point d’une facon satisfaisante pour la raison humaine. Je vois bien des phrases, de l'imagination, de l'enthousiasme même, des afirmations; d'aucun dirait de la déclamation. Mais la science, le vrai savoir, les grandes idées sont absentes. J'imagine que DeBonald ou DeMaistre, Veuillot ou Félix, ont traité tout autrement ces sujets lorsqu'il se sont présentés sous leur plume. Evidemment l'écrivain ne me paraît pas avoir les ailes assez longues pour planer à ces hauteurs. S’attaquer à des théories si fécondes en grandes idées eten puissantes démonstrations et ne le faire qu'imparfaitement, dénote plus de témérité que de capacités littéraires. Je me figure qu'on peut dire tout autre chose à propos du Concile du Vatican, la France et l'Eglse, le prisonnier de Chiselhurst et celui du Vatican, le pouvoir temporel des papes, l'Eglise et l'Etat, ete. Ce qu'on trouve dans ces causeries a été dit dans les Journaux: des banalités, M'est avis qu'un auteur qui entreprend d'écrire sur ces sujets doit respecter assez son lecteur pour lui apprendre quelque chose de neuf. Un maître dans l'art aurait traité moins superficiellement ces grands points de controverse. Je n’entends pas dire que ces questions ne sont pas traitées dans le sens orthodoxe et le véritable esprit catholique; non, là n’est pas ma pensée. Mais M. Routhier en écrivant sur ces sujets s’est placé dans ce vague éblouissant où brille beaucoup plus le clinquant littéraire que le nombre des idées et la force de la logique. Ilne suffit pas pour faire un beau livre d'affirmer une thèse ou prophétiser son existence; il faut encore prendre la peine de l'appuyer par la logique des faits et par la force du raisonnement.
Le même défaut se retrouve dans les articles sur la situa-
tion canadienne, l’indépendance, l'annexion, l’émigration, l'avenir des Etats-Unis. Si M. Routhier ne change pas de système, il peutrenoncer a poser pour un publiciste pratique. Je n’aime pas le nuage surnaturel où il se berse en traitant de choses qui sont du ressort de la dispute des hommes et qui demandent dans leur examen un terre à terre continuel. Je comprends qu’un écrivain, soucieux des éloges de son curé et désireux de faire du capital politique en faisant montre de cagotisme, se prépare nuitamment un petit chemin de Damas où viennent reluire à périodes déterminées les élans de sa foi ; mais de grâce! en parlant de choses essentiellement de ce monde, coupons court à cet enthousiasme qui vous emporte providentiellement dans les régions du mystérieux. Ah!que M. Routhier n’a-t-il traité la question canadienne au point de vue des faits! M. H. Fabre a touché lui aussi à la même question dans une petite brochure; au moins là mon esprit se, nourrit de quelque chose; il y a discussion et preuve à l'appui des affirmations. Chaque chose a sa place, et les vaches seront bien gardées, dit le proverbe : parlons politique sur le terrain politique et théologie dans le domaine théologique.
Je me hâte de dire que la seconde partie est de beaucoup la meilleure de l'ouvrage; non pas que j'approuve tous les jugements de l’auteur sur les écrivains qu'il critique, mais en général le goût littéraire me paraît assez sûr.
En résumé, la littérature canadienne peut s’honorer de la prose de M. Routhier. Ilécrit bien etil a tout le talent d’appart qu’on aime chez le publiciste. Je ne lui fais qu'un reproche, celui de n'être pas assez pratique et assez sérieux dans sa manière de traiter et de résoudre les questions qu’il aborde. Cela pourra arriver avec le temps. Je n’ai pas à examiner ici la position qu'il a cru devoir prendre dans l’école ultramontaine; ma critique respecte le caractère méticuleux de la conscience.
Un lit encore avec attrait les Lettres à Basile, par M. L. H. Frecnerre, écrites à propos des Causeries du Dimanche, de M. À. B. Routhier.
Ces lettres, d’abord publiées dans l’Evénement, forment un pamphlet de 80 pages. Elles ont attiré l'attention du public instruit de la Province de Québec à cause du talent des deux jouteurs. Cette polémique, qui dura pendant plusieurs mois, est plutôt remarquable par l’entrain et la verve des combattants que par le sérieux des sujets qui en font le fond.
On n’y rencontre point l’idée-mère, le principe déterminant qui pousse les adversaires à se jetter des pierres. Le champ des personnalités est hautement exploité. Il y a bien la question politico-religieuse au fond de tout cela, mais il semble que c’est plutôt un prétexte pour exploiter l’esprit de M. Fréchette au dépens de la naïveté de M. Routhier.
À part quelques points sérieux, cette passe d’armes n'offre plus rien de durable que l'esprit, le sel, l’atticisme qui saupoudrent les spirituelles lettres de M. Fréchette. Je ne fais pas un blâme à ce dernier .de n'avoir pas été plus sérieux dans cette discussion; je crois que le ridicule était la meilleure arme pour enferrer son adversaire. Inutile d'ajouter qu'il a atteint son but: il a des traits dont M. Routhier ne s’est point relevé. : :
Aujourd’hui que les esprits sont plus calmes et qu'il est permi de différer d'opinion politique sans être menacé des foudres de l'Eglise, le public peut juger avec plus de partialité le mérite de cette discussion. Je ne crois pas qu'il décerne le prix à M. Routhier.
Les Lettres à Basile indiquent que M. Fréchette manie la plume avec une grande facilité. Prose cl] aire, Style simple, sans prétention; ça coule de source. Ardent polémiste il a des pages qui sont des modèles du genre: quels dards! quelle chaleur dans l'attaque! quels sarcasmes ! quelles réperties ! Lisez les Lettres à Basile. |
M. Frechette à publié plusieurs écrits en prose, dans l'Opinion Publique et ailleurs. Je citerai entre autres une Charmante légende canadienne, Za touffe de cheveux blancs, une notice sur Chicago, etc.
Il y a quelques années, J'avais l'habitude d'assister assez régulièrement, le dimanche après-midi, aux séances d’une
certaine société littéraire. Ta je retrouvais chaque fois, aw milieu d’un essaïm de jeunes muscadins, une figure grave, réfléchie, parfois austère; un front développé, un œil noir, renfoncé, sournois; de l'énergie dans la figure et de l’humilité dans le maintien, beaucoup d’embonpoint, une politesse raide, des manières peu dégagées. L’ampleur peut rappeler un fils de St. François, mais la figure n’a pas l’acétisme des fils de Loyola; plutôt l'allure d’un bourgeois faisant bonne chair, nuitamment et sans bruit; plutôt encore l'apparence raide d’un notaire de campagne, prenant du ventre à accumuler des numéros par devant lui, portant collet romain, longue redingote boutonnée jusqu’au cou. Quelque chose de saccadé dans la voix; un ton de pédagogue, de la phrase, abstrait, un certain luxe d’argumentation qui sent læ vieille scolastique. A part l'œil, le reste n’a rien qui frappe et attire. Mais cette prunelle noire et sournoise m'intriguait. J’allai aux informations, je frappai du coude mon voisin et désignant mon homme, je dis: “ Qu'est-ce que ce gros geofflu ? ” Ma demande était impertinente, elle prouvait mon ignorance et ma qualité d’aubain ; je fus toisé et on me répondit en me tournant le dos: C’esé un philosophe. J'appris plus tard que c'était M. l’Instituteur VILLENEUVE, auteur des Conférences et de la Comédie Infernale.
Nos forces et nos faiblesses à l'égard de la Vérité ; Conférences prononcées à l'Union Catholique de Montréal, par M. Alp. Villeneuve, est un volume de 278 pages. Il atteste des études abstraites et sérieuses, Ces conférences sont au nombre de neuf. Dans les trois premières l’auteur démontre l'alliance indispensable de la religion et des lettres. La quatrième traite de la philosophie, la cinquième de l'histoire, la sixième de la littérature et la septième des sciences naturelles et des mathématiques.
Dans le cours de son ouvrage M. Villeneuve prend loccasion de prendre une position tranchée sur certaines ques-
tions fortidébattues à notre époque et qui divisent même les catholiques en deux camps. D’ordinaire il envisage les questions qu’il traite à un point de vue outré d’ultramontanism
Ce n’est pas lui qui voudrait observer vis-à-vis le prochain de cette modération, de cette prudence, de cet esprit de tolérance et de charité qui se rencontrent dans les grandes âmes et qui font la force des bonnes causes. Non, il pourrait réveiller l’Inquisition armée si cette institution pouvait être oexhumée des ruines de l'Espagne du moyen-âge. (C’est un écrivain comme Joseph DeMaistre, qui veut imposer ses convictions religieuses à coup de fouet. Il va sans dire que le livre et l’école ne peuvent vivre à notre époque, dans un siècle où les inspirations généreuses éloignent constamment l'humanité d’une barbare intolérance. Mais le livre de M. Villeneuve va plus loin encore, il touche à une question locale. Je n'ai pas besoin de rappeler ici ces points de discussion, mais personne n’ignore la part ardente que cet écrivain exalté à prise soit dans ses Conférences, soit dans ce fameux libelle, iutitulé: La Comédie infernale. A-t:il été écrit un livre ici qui ait tancé avec plus d’audace une partie notable de notre clergé ? Ceci est d'autant plus surprenant que ce pamphlet à été écrit par un ecclésiastique.
Il y a certainement de bons endroits dans les Conférences, des pages qui rappellent les éloquentes inspirations de Bossuet etde Montalembert. Je sais bien que la rumeur accuse M. Villeneuve de plagiat, rumeur qui prend de la consistance lorsqu'on lit dans la préface des aveux comme ceux-ci: “ gi en deux ou trois endroits, des passages entiers d'auteurs, d’ailleurs renommés, se trouvent mêlés à mes propres ré flexions, il faut en accuser mes notes où ce désordre existait sans qu’il m'’ait été possible d’y remédier. ” La naïveté est charmante! Voilà un écrivain qui ne peut discerner sa prose de celle des meilleurs auteurs catholiques !
Le style est ampoulé, déclamatoire; le ton, doctoral ; la phrase, surchargée. L'auteur vise à l'effet et il fait une exhibition constante de l’arme de la logique.
M. Michez DARVEAU, notaire, ancien rédacteur de la R& forme, de Québec, à publié un volume de biographies sur os hommes de Lettres. Plusieurs de ces biographies ont paru
dans le National, durant l'hiver de 1872.
M. Darveau est un ancien véteran de la plume et un vieux soldat du parti libéral. Ses convictions si profondément enracinées lui gagnèrent l'estime de ses amis et la considération du public.
Ses jugements sur nos hemmes de lettres ne sont pas marqués au coin d’une critique savante, mais ceux qu’il portent sur nos hommes politiques sont fort bien touchés. En certains endroits l'écrivain s'élève jusqu’à l’éloquence. On reconnait de suite l’homme profondément convaineu et le citoyen intégre et désintéressé. Il y a aussi de la verve, de l’entrain et du laisser aller.
M. Darveau cultive également la poésie. Et il a en portefeuille plusieurs manuscrits destinés à la plublicité, entre autre un volume intitulé Les Flagellations. J'espère que l’auteur en fera part prochainement au public. Les quel- ‘ques échantillons qui sont parus dans la presse n’indiquent pas cependant un talent prononcé pour la poésie. Je le prie de continuer ses travaux en prose.
M. Darveau est encore l’auteur d’une ZXistoire de. la Tribune.
Le nom de M. SranisLas DRAPEAU s'est identifié avec la cause de la colonisatien, Après avoir écrit pour la presse, rédigé plusieurs journaux, il fat nommé à un poste important dans le Département de l'Agriculture de la Puissance.
Nous avons de lui: Appel aux municipalités du Bas-Canada ; La colonisation du Canada envisagé au point de vue national,1858 ; Religion et patrie; Association de secours pour venir en aide aux défricheurs du sol; Projet de constitution, 1849 pp. 8; Considérations sur les classes ouvrières et la Colonisation, 1860 pp 24; Coup d'œil sur les ressources, production et richesse du Canada suivi d'un “ Plan d'organisation complet et détaillé, relatif à la colonisation, 1863 pp: 36; Observations sur la brochure de MM. les abbés Laverdière et Casgrain, relativement à la découverte du Tombeau de Champlain, 1866 pp. 28; Le Journal de Québec et le Tombeau de Champlain, 1867 po. 52.
Toute ces brochures ont leur mérite particulier, mais le
grand travail de M. Drapeau est intitulé: Études sur Le développement de la Colonisation du Bas-Canada depuis dix ans (1857-1867,) constatant les progrès des défrichements, de l'ouverture des chemins de Colonisation et du déveleppement de la population Canadienne française (avec cartes) 1863 pp. 600 in-8vo. .
Ce livre peut ètre considéré comme la véritable géographie agricole, industrielle et typographique du pays. L'écrivain a dù accumuler tableaux sur tableeux, statistiques sur statistiques, parallèles sur parallèles, pour arriver à la connais. sance réelle de la valeur totale et partielle des richesses du Bas-Canada. Chaque paroisse, chaque comté, chaque District ou Régions, s'offre au lecteur avec une appréciation distincte de leurs ressources naturelles et industrielles. Ce sujet, comme on le voit, présente de la sècheresse et de l'aridité, l’auteur a eu le talent de l’animer par de patriotiques élans en faveur de la Colonisation.
M, Drapeau a divisé le Canada en 7territoires ou Régions, dont chacun est devenu l’objet d’une Etude spéciale. Voici. cette division : Au sud du fleuve. I Région de la Gaspésie, IT. Régionest du St. Laurent [en aval de Québec] TTL. Région-centrale du St. Laurant [en amont de Québec, ] IV. Région-ouest du St. Laurent [se terminant à St. Régis. ] Au nord du fleuve: V. Région de l'Outaouais et du nord de Montréal [en descendant vers ie golfe. ] VI Région du St. Maurice. VIL Région du Saguenay et du Labrador. Chacune de ces études est enrichie d’une carte dessinée par M. E. Taché.
M. Drapeau a puisé ses renseignements un peu tout partout, les recensements de 1850 et 1860 ont dù surtout beaucoup contribuer à la tâche. Le bureau des statistiques, celui du ministre de l’agriculture, le département des terres de la couronne, ont, sans doute, offert à l’auteur d’amples détails sur Ce qui faisait le sujet de ses études. Certains détails inex= acts, certaines appréciations fausses, quelques erreurs de date et de statistique, défauts inévitables dans un livre de ce genre, s'effacent devant les services que l'écrivain a rendu à la colonisation du pays.
LC SR. D... 4 —
L'auteur a éerit un ouvrage utile sinos brillant
; ME Drapeau n'a pas encore terminé ss carrière Etéraire. + Il esta préparer actnellement un travail omsidérible de statistiques, de recherches, de tal J'aime à cuire Que l'auteur réussira à en faire ane œuvre complète per l'exacti tade des faits et des chiffres.
Cette ouvrage est mtütale :
“ Etudes Historiques et Statistiques sur les Institutions Charitables, de Bienfaisance et d'Eimcation de ass Ouvrage illastré d'un grand nombre de Gravures comyprems les portraits des Fondateurs où Bienfsiteurs ; Plans et Vans des Lieux et des Bitisses; Cartes, Dessins Sceaux et Ar moiries, etc, ete. ”
Le titre ci-dessus explique, dit l'auteur dans ss circulaire, le but de F e, qui sera de déroukr chronolopiquement Fhistoire des Institutions Charitables des six provinces setuelles de Ia Confédération Canadienne, en racontant les généreux eflürts, les souffrances héroïiques et tant d'abmérs- :] ques et Protestantes, si merveilleusement inspirées par les
- Chaque institution sera l'objet d'une etmie separse qui rappellera: à la mémoire oublieuse les traits difianis comss. crés par le souvenir et les traces des personnes qui se somt illustrées au service de l'humanité souérante. - - Les noms des Fondateurs ou Bienfiteurs Directeurs, Gouverneur, Règisceur, Chapelains Médecins et autres off- “ ciers importants de chaque Etablissement, seront publiés dans l'ouvrage, ainsi que les Puriraïts des Fondsteurs eu Bienfaiteurs dustingués, avec des notes biographiques, sutant que possible.
‘Le premier volume de cette rerue doit paraitre pruchainement. .
DC ns, popitie et rédacteur da Froncs- Canadien de St. Jean a débaté par ls poésie. Nous œouvens de ses vers dans la Ruche Lätéraire (1885-54), ke Fer EF
Canadien et la Revue Canadienne. M. Marchand, j‘en ai Îa conviction, n'a Jamais ambitionné le titre de poéte. Depuis quelques années, il à cessé d'écrire des poésies et je n’ai pas le courage de l’en blâmer.
Voici un homme qui vendrait son pays pourvu que l’occasion lui soit donné de placer un calembourg en déterminant les conditions de la vente. IT en parsème sa conversation et en émaille son journal. Ils sont assez bien portants; la plus part sont marqués au coin de la vieille gaieté française et de
ancien sel attique. Avec cette disposition d'esprit M. Mar- <hand devait nécessairement réussir dans ‘le drame. Nous avons de lui deux vaudevilles qui se prêtent fort bien a l’a. gencement théatral. M. Fatenville et Erreur n’est pas compte ou les inconvénients d’une ressemblance. Plusieurs autres articles de sa composition ont été publiées dans la Revue Canadienne.
Causeur aimable, écrivain élégant et chatié, caractère indépendant, M. Marchand est un de ces hommes qui n’ont point d'ennemis et beaucoup d’admirateurs. (C’est un véritable littérateur, le type du journaliste gentilhomme.
M. ACHINTRE, ancien rédacteur du Pays, publie actuellement un ouvrage attendu depuis quelque temps déjà. Ce volume est intitulé: De l’Aflantique au Pacifique, voyage à l'Ile de Vancouvert et à la Colombie Anglaise, in-4, 400 pages. On s’en fera une idée en lisant l'extrait suivant du prospec- US :
“ La première partie, De l'Atlantique au Pacifique ! comprend la traversée du continent américain, l’aller et le retour d’un océan à l’autre ; avec les mille incidents qui émaillent un aussi long trajet: descriptions des plaines, beautés étranges des solitudes, historique du chemin de fer du Pacifique, séjour du Lac-Salé, le Mormonisme, visite à Brigham Young, excursion dans les Montagnes Rocheuses, scènes pittoresques des Sierras, merveilles de la Californie, San Francisco, le quartier Chinois ete., etc. En outre, comme nos nouvelles
provinces constituent ce qu’on peut appeler le Far- West Canadien, nous avons jugé à propos, vu l'augmentation et l'importance de nos relations avec les Etats et territoires de l'Ouest, de donner sur ceux que nous avons traversés quelques notes concernant leur population, leur, industrie et leurs principales productions.
‘ La seconde partie, Voyage à l'Ile de Vancouvert et à la Colombie Anglaise, l'œuvre essentielle et principale, embrassera avec l’histoire de la Colombie depuis sa découverte, celle des diverses formes d'administration qui s’y sont succédées, sa géographie physique, sa constitution géologique, son climat, ses villes, ses ports, ses productions minérales, forestières, agricoles, ses pêcheries, son commerce et son industrie. On trouvera de plus, les mœurs, les coutumes des Indiens, ainsi que les avantages qu'offre cette province à l’émigration Européenne.
‘ Depuis le port d’Esquimalt, dans le détroit de Fuca, jusqu'à la Baie de Burrard Inlet, dans le Sound ; depuis les fertiles campagnes de Cowichan, de Comez, jusqu'aux plateaux boisés des Cascades Range; de Barclay-Sound à Namaïmo; de l’embouchure de Frazer aux rivières Thompson et Harisson ; à partir de Seymour’s Narrow jusqu'aux mines de Cariboo, situées à six cent milles dans l’intérieur, nous avons personnellement vésité ces localités et observé, de visu, les caractères les plus saillants, recueilli les informations les plus précises.”
Ce livre est dédié à l’'Hon. Hector Langevin. La dédicace est très huileuse pour la plume d’un ancien rédacteur du Pays.
Je ne voudrais pas être désagréable à M. Achintre que je connais à peine et qui, me dit-on, est un charmant homme. Mais je ne saurais l'excuser de ses tagiversations politiques, et de l’inconsistance de ses opinions sur nos hommes publics. En admirant ceux qu'il détestait cordialement autrefois, il donne la mesure de son patriotisme ou de son égoisme, Dans son petit pamphlet intitulé, Dossier parle. amentaire, publié à l'approche des élections de 1871, l’auteur
trouve encore le moyen de faire des compliments à tous les .membres de la Chambre en ébauchant leur portrait. Il nous dépeint tel député comme homme de génie; malheureusement ajoute-t-il avec un grand sérieux, il ne veut pas se donner la peine de l'être. Tel autre pourrait être un foudre d’éloquence, s’il voulait seulement consentir à parler. Ils sont très forts ces jugements là !
M. Achintre écrit avec beaucoup d'esprit. Chez lui la forme vaut mieux que le fond, Au Pays il savait bien faire l’article.
M. Josxpx Royar, né en 1837, fut admis avocat en 1864 : rédigea successivement la Minerve, l'Ordre et le Nouveau- Monde. Il fut un des fondateurs de la Revue Canadienne et un de ses collaborateurs assidus. On a de lui: Le Traité de Réciprocité, 1864, pp. 15; Vie politique de Sir L. 1. Lafontaine 1864, pp 40 ; Considérations sur les nombreux changements constitutionnels de l'Amérique Britannique du Nord, 1865 pp. 388 ; L'Aqueduc de Montréal 1865, pp. 20; Considérations sur les nouveaux changements constitutionnels de V Amérique Britannigne du Nord, L’Annexion, 1866, pp. 27; Notes par un Nicolétain, 1866, pp. 12; La colonisation en 1866, pp. 11; Le sacrifice et l'égoïsme, 1867, pp. 8; Le Goût-Théorie, 1867, pp. 8.
Son style est clair, naturel, simple.
M. Royal occupe dans le gouvernement de Manitoba un rang marquant. Il contribue à la rédaction du Métis.
M. J. A.N. ProvencHER (1843) a été longtemps rédacteur en chef de la Minerve. Il fut un des fondateurs de la Æevue Canadienne dans laquelle on trouve plusieurs bons écrits qui sont de sa plume. On cite particulièrement : Crédit foncier, (1864), Territoire du Nord-Ouest (1864), Recensement agricol du Bas-Canada (1864), Etudes Américaines (1866).
M. Provencher est un de nos plus vigoureux polémistes. La connaissance profonde qu’il a de la politique américaine et européenne en fait un publiciste compétent et fort acrédité auprès de son parti, pour lequel il a rendu des services signalés.
M. OzropHas BEAUSOLEIL, autrefois rédacteur de l’Ordre»
aujourd’hui du Nouveau-Monde et du Négociant Canadien, a publié une petite brochure remplie d'idées pratiques et dé faits intéressants pour le Canada, La Réforme du Tarif Canadien. L'auteur, partisan dévoué de la protection de nos manufactures, est un écrivain de mérite et un travailleur infatiguable qui a fait sa marque dans le champ du journalisme. Ses éerits ont une portée pratique qui indique un talent solide. En matière d'économie politique, c’est une de nos meilleures plumes ; c’est un homme en mesure de rendre des services à son pays. Voilà un compliment flatteur pour M. Beausoleil, mais il le mérite et je le lui donne.
M. ARTHUR DANSEREAU, de la Minerve, a longtemps rédigé ce journal avant d’en devenir le co-propriétaire. Cet avancement est sans doute dû à son esprit d'entreprise et à ses qualités comme écrivain politique.
M. Dansereau n’a rien publié en volume, si on en excepte
sa brochure sur les Annales du Collége de l'Assomption, où l’auteur à fait un bon cours d’études. Mais ces Annales ont perdu de leur actualité et elles n'offrent pas d’ailleurs un grand intérêt historique. Nous sommes certainement en droit d'exiger davantage de la part de M. Dansereau qui donne trop à la politique active et pas assez aux lettres canadiennes.
M. Ezzear GERIN a contribué à la rédaction de la Minerve, du Journal de Québec et du Canada. Il fonda le Constitutionnel, journal puplié à Trois-Rivières, en 1868. Ses Lettres à la Minerve, pendant qu’il voyageait en Europe, ainsi que les Chroniques publiées dans la Revue Canadienne,sontattrayantes. Il écrit avec une grande pureté de style. Comme prosateur, il se place à côté de nos meilleurs publicistes canadiens. Son talent est solide, il écrit en homme sérieux, et ne dédaigne pas les ornements, mais il ne sacrifie jamais la clarté à l'abondance. Personne peut-être ne se sert avec autant d’habileté de la transition, Il lie tous es écrits avec un art qu'on ne retrouve que chez les grands maîtres.
M. Gérin a été attaché à la rédaction du Journal de Paris, lors de son dernier séjour en France.
Entre autres écrits il a publié un historique de la Gazette de Québec (1869) pp. 65, et Relations commerciales entre les Etats-Unis et le Canada (1866), Notes sur le St. Maurice, publiées en 1871, formant un joli pamphlet.
M. Ernest GAGNON, naquit à la Rivière du Loup (en haut). Ses goûts le portèrent de bonne heure à la musique qu’il étudia à Joliette, à Québec et à Montréal. Il est l’organiste de la Cathédrale de Québec depuis 1864. C’est à l’heure qu’il est un de nos meilleurs artistes. Son nom réveille de nombreux souvenirs; il nous rappelle ces vieilles chansons qui divertissaient nos pères au milieu de leurs pénibles travaux, dans leurs misères comme dans leurs rares loisirs.
M. Gagnon à réuni dans un même volume cette vieille
poésie de nos ancêtres ; il l’a annotée sur des airs connus etil en à fait, Les Chansons Populaires du Canada, 1865, pp. 376 in-8, livre très précieux pour nous. “Par cette compilation, dit M. Fabre, l’auteur a rendu à notre pays un immense service, car nos chansons forment peut-être encore à l'heure qu'il est le plus clair de notre gloire, aux yeux de l’étranser.’ Cet ouvrage a été publié par les directeurs du Foyer Canadien en livraisons qui ont été stéréotypées par l’imprimeur, et c’est sur ces fontes stéréotypées que la nouvelle édition à été imprimée,
Il appartenait à un musicien distingué comme M. Gagnon d'entreprendre une œuvre comme la publication notée des chansons du peuple. Il s’est fait chanter par un grand nombre de personnes les vieux refrains, les mélodies, les chants des voyageurs, les couplets bacchiques et amoureux, tout ce qu’il a pu recueillir des chansons populaires, et il a soigneusement consigné le tout, airs et paroles, dans un ouvrage qui restera.
C’est une bonne chose que de fixer à jamais ces naïves et quelquefois suaves compositions, car si plusieurs d’entr’elles survivent à leurs auteurs, bon nombre d’autres se corrompent et se perdent bientôt.
M. Gagnon à, pour plusieurs chansons, noté les airs en
double, suivant les variantes qu'il a pu entendre. Presque toutes sont accompagnées d’une note historique ou scienti. fique sur leur origine, leurs auteurs, leurs airs, leur ressemblance avec des chansons populaires en France, etc. Puis le volume se termine par une sérieuse étude de l'échelle des sons, du rhythme, de la mélodie et de l’harmonie dans les chants du peuple canadien.
L'auteur a noté un peu plus de cent chansons: pour les:
noter toutes, il faudrait dix volumes.
Le peuple, dit M. Gagnon, chante peu de chansons grivoises. ‘“ Dans tout le cours de mes recherches, je n’ai guère rencontré que deux chansons vraiment immorales.” C’est là un beau compliment à la moralité du peuple.
M. Gagnon a publié plusieurs articles dans le Courrier du Canada, qu'il a rédigé pendant quelque temps, entr'autres : . La Musique chez les Sauvages du Canada; Etude sur Verdi, et Causerie Artistique.
Les publications musicales de M. Gagnon sont connues de tous nos salons canadiens. Je ne citerai que l’Ave Maria, Staconi, L'incarnation de la Jongleuse, Souvenir de Vénise, le Chant des Voltigeurs.
M. Oscar Dunw, autrefois du Courrier de St. Hyacinthe, aujourd’hui rédacteur de la Minerve, a publié’deux brochures intitulées : L/Union des Catholiques et La Langue Française. Ces deux opuscules sont fort bien écrits. Le style est clair, net, précis. L'expression est juste. La phrase a de l'ampleur sans emphase. Ces qualités se font remarquer dans la plupart des articles éditoriaux de M. Dunn. “
Je ne lui reproche qu’une chose, c’est d'aimer trop peutêtre le far niente, car le public attend davantage de sa plume habile. J'espère qu’il voudra bien se réconcilier avec notre littérature nationale et lui faire un petit bout de cour. Bon cœur et galant homme avant tout, M. Dunn devrait l’embrasser de suite sur les deux joues et dire au public (stupéfait sans doute de voir la littérature canadienne avec des joues) : soit! Je vais écrire un livre et que tout cela finisse.
M. D. H. Senrcaz (1832-1868) est un des fondateurs de la
Revue Canadienne. Il était bien connu du public lettré dans lequel ïl s'était fait une réputation par ses travaux que la maladie vint interrompre trop tôt.
Il a publié successivement dans la Revue Canadienne et ailleurs : Etudes Historiques et Bibliographiques sur Pothier (1858) ; Introduction à un cours d'Histoire de droit (1864) ; Histoire de la Coutume de Paris en Canada (1864) ; l'Encychque et la Brochure de Mgr. Dupanloup (1865) ; Quelques mots sur l'album de F. Jehin Prume (1865); M. F. Jehin Prume; Nanette ; Poésie du droit primitif.
La qualité de ses écrits était surtout une grande correction de langage et un vif amour de la vérité D'un caractère indépendant, M. Sénécal était néanmoins d’un commerce plein de charme et de politesse.
M. ARTHUR HaRvey (1834), à laissé plusieurs écrits de statistique. Ses principaux ouvrages sont: On the’ appearence or Decline of Malarious Disease in the Valley of the Lower Grand River (1859); The Grain Trade: The Reciprocity Treaty (1865) pp. 29; Year Book and Almanac of British North America, pp 163. Cette dernière publication, qui paraît annuellement, est la meilleure source d’information que l’on puisse désirer. On y rencontre des statistiques sur tous les sujets. C’est un régulier Multum in Parvo.
Il me faudrait plus d'espace que ce court résumé m’en laisse pour parler ici dignement de tous les écrivains et journalistes canadiens. Qu'il me suffise de mentionner leurs noms. La plupart sont des jeunes gens qui ne font que débuter dans la carrière littéraire. Plus tard, lorsqu'ils auront produit davantage, la postérité recueillera avec reconnaissance leur nom avec leurs œuvres.
Parmi les journalistes de l’époque actuelle, qui n’ont pas été mentionnés plus haut, je citerai MM. LuctEN TURCOTTE, et G. ©. LANGELIER, du Canadien ; McLoap, autrefois du Journal des Trois-Rivières ; ADor.pre OUIMET, du Franc- Parleur ; DEcELLES, de la Minerve ; Mousseau, de l’Opinion Publique; Avr. DESJARDINS, de l'Ordre ; LETENDRE, du Courrier de Rimouski; Ar. LUSIGNAN, du Pays; FONTAINE,
de la Gazette de St. Hyacinthe ; G. DesiLEr, du Journal des Trois-Rivières ; TARTE et MARTEL, de la Gazette de Joliette ; Barnter et DEMERS, du Courrier de St. Hyacinthe ; RENAULT, du Courrier du Canada ; MArareu et DeBLoïrs, du Richelieu ; LEvVASSEUR, de l’Evénement ; BARTHE, de la Gazette de Sorel ; BRosseAU, du Messager de Sorel; M. Lanoror, de l’Union Nationale, etc; MonPerir, et À. CHAUVEAU, du Journal de l'Instruction Publique; GELINAS, autrefois de la Minerve et chroniqueur sous le pseudonyme de CARLE-TOM; BELANGER, du Pionnier de Sherbrooke ; MAssoN, de l'£spérance ; VALLÉE, de l’ÆZcho de la Session ; Brossorr, de l’Æcho de Beauharnois ; : MoConvizzr, de l'Industrie, etc.
Maintenant, avant de terminer, un mot de notre littérature mélangée.
La littérature canadienne n’a eu, pendant longtemps, que la publication périodique pour seul écho. Dans toute littérature qui débute, il se fait sentir un besoin de rapprochement et d'union qui facilite la création des essais littéraires, L'union est toujours la penacée suprême de la faiblesse. Longtemps le petit nombre des lecteurs ne permit pas au littérateur canadien de compter sur le remboursement des fonds avancés pour la publication de son livre, fut-il d’ailleurs le mieux écrit de tous les livres. Pendant longtemps nous avons été quelque peu comme en Suède, où le publiciste ne compte guère que sur deux cents lecteurs.
Les ouvrages d'utilité pratique et publique ont pu être édités à la faveur d'allocations du gouvernement, mais rarement, avant ces vingt dernières années, avons-nous constaté l'apparition d’un livre lancé dans le public par l'initiative individuelle. Sous ces circonstances le mode plus rationel était la publication périodique, revues, magasins, ete. Ces publications pouvaient toujours compter, sinon des bénéfices capables d’indemniser convenablement les collabo-
rateurs, du moins sur une recette assez ronde. Je crois que cette expression de la littérature des peuples jeunes s’est manifestée dans plusieurs contrées, chez nos voisins comme en Europe.
Le côté avantageux des mélanges littéraires est d'offrir à
l'appétit du lecteur des mets variés, épicés et apprêtés selon le goût et l'art des divers collaborateurs. Ce sont, pour la plupart, des articles de courte haleine, des essais variés, et dont l'actualité du sujet fait le plus grand mérite.
Le goût littéraire s'est donc transmis, depuis un demisiècle, dans ces quelques pages, refuge sacré d’un art antique. Nos pères qui n'étaient pas des hommes de lettres, ne laissaient pas cependant de travailler à un héritage littéraire qu'ils avaient l'intention de léguer à leurs descendants. Cette succession, toute pauvre qu'elleest, a été recueillie par nous sans bénéfice d'inventaire. A part les quelques jJournaux anglaiset français qui entretenaient nos ancêtres d'il 4 à cinquante ans des choses de la politique, ilscharmaient leurs loisirs à rimer, le soir, au coin du feu, des vers médiocres qui faisaient les délices des lecteurs de La Gazette Littéraire; L’Abeille Canadienne, La Bibliothèque Canadienne, Le Fantas” que, Le Ménestrel, L'Album de la Revue, etc.
D'autres publications ont remplacé œes dernières, et aujourd'hui on en compte un grand nombre destinées à se faire l'écho, non-seulement du goût poétique, mais des progrès de la législation, de la médecine, de l'histoire et de toute les sciences en général.
C'est dans les revues que la plupart de nos écrivains ont commencé à former leur style. C’estlà qu’on trouve l'indice des bons talents, appelés jeunes encore à contribuer à la rédaction de ces revues. La jeunesse, toujours folle des vaines fumées de la gloire, se prépare avec soin à entrer dans ce temple fermé au grand nombre. Elle peut donc s'y former, fortifier son talent en l’appliquant d’abord à des essais, et ensuite, à mesure que l’épaule peut soulever un fardeau plus lourd, écrire des ouvrages d’une porté plus durable,
Je n'hésite pas à donner à nos revues littéraires tout le mérite et l'importance qu’elles ont pris, surtout depuis ces dernières années. Mais nos mélanges se ressentent du malaise général qui atrophie l'atmosphère littéraire du Canada: le manque d'encouragement. Au milieu d'essais
“HR” al
PPDRES Pre Me LT
médiocres, d’une portée nulle, d'aucune utililé pratique, c’est à peine si vous trouverez quelques pages qui indiquent un talent mûr.
Les jeunes gens une fois qu’ils ont obtenu le droit de cité dans une revue, l’abandonnent juste au moment où l’éclat de leur mérite pourrait lui donner plus d'importance. On se sert de ces publications comme d’une école, pour y faire un stage, se former, conquérir une palme, attacher son nom à la liste des littérateurs de son pays, puis son chapeau à la main, la plume à l'oreille et un sourire à la fois dédaigneux et amer sur les lèvres, on fait une courte révérence au public,
Hélas ! eux aussi s’en vont désenchantés, Cette bohème, tout à l'heure si fougueuse, si ardente pour produire, s’est faite vieille au premier souffle de la vie pratique ; elle a perdu l'illusion littéraire comme cette épave que le flot laisse surnager un moment pour la jeter avec plus de complaisance dans l’abîme Que nos revues soient assez prospères pour payer une collaboration choisie, elles seront alimentées du plus pur miel. Ce qui manque ce n'est pas l'écrivain, c’est l'argent : durus est hic sermo !