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CHAPITRE III

Poesie,

S'il existe une littérature nationale en Amérique—Apathie de la population pour les œuvres d'art, première cause de l'aridité de la muse canadienne —Poëtes Canadiens : —Quesnel—Marmet—Bibaud—Garneau, père— Lenoir —Chauveau — Barthe — Marsais — Bédard — Gerin Lajoie — Hawley—Vining—McGee—Heavysege—Evan MeColl—Sangster--Me- Lachlan— Carroll —Ryan—Ascher —Proctor —Johnson—MceCarroll— Mair—Cremazie— Paul Stevens—Garneau, fils—Blain de St. Aubin— Fiset—Routhier-— Lemay—Labelle— Casgrain—Prudhomme—Sulte— Achille Fréchette—Louis H. Fréchette, etc, —Résumé—La Confédération et la Littérature Canadienne—Marche de la poésie en Canada— Poèmes de longue haleine—Concours de l'Université-Laval—Chagements politiques et réaction littéraire.

Existe-il une littérature nationale en Amérique ? Cette question a attiré l'attention de quelques critiques.

Je n'ai pas l'intention de développer au long cette proposition, ni d'étudier la question sur toutes ses faces. Elle n'of-

fre d'ailleurs aucun résultat pratique.

J'ai défini, au commencement de cet ouvrage, ce que jentendais par littérature : c’est l'expression du degré de À civilisation chez une nation. Prise de ce point de vue, toute production littéraire est une marque pour juger des progrès intellectuels et du degré d'avancement moral. D'un autre | côté, on peut difficilement constater l’existence d’une litté- } rature indigène, sans la rapprocher de l'idiome dans lequel elle est écrite. La langue d’un peuple est bien l'institution la plus frappante qui l'éloigne et le sépare des autres peuples en lui donnant une physionomie propre. La littérature de chaque peuple est déterminée par la langue de chaque peuple. Le sentiment poétique, qui existe chez toutes les nations à des degrés plus ou moins prononcés, se traduit par un caractère et un langage particuliers à la nation. Le gé- | nie de chaque langue s’imprime dans les productions des écrivains qui la parlent, et les littératures diffèrent entre el-

Re

ies comme les idiomes. Outre la physionomie générale, les tendances, les goûts, le caractère des peuples qui s’infiltrent insensiblement dans leur littérature, ces dernières différent encore entre elles par le génie particulier à chaque idiome. On dit: les littératures italienne, espagnole, allemande, française et anglaise, parce que les idiomes italien, espagnol, allemand, français et anglais s'en sont faits les interprètes et comme les véhicules.

Mais peut-on en dire autant de la littérature canadienne ? Existe-il une langue canadienne, ou mexicaine, ou américaine? Ou, si on le veut, une littérature canadienne, mexicaine ou des Etats-Unis ? Dans le sens strict du mot, je ne le crois pas.

Tous les ouvrages écrits en français font partie de la grande famille littéraire de la France. Tous les ouvrages écrits en anglais se greffent à l'arbre littéraire de la Grande-Bretagne, etsi, à Mexico, on écrit en espagnol, eh bien ! les Mexicains ne sauraient se vanter d’une littérature nationale et indigène.

L'Amérique est héritière de l'Europe, et nous sommes comme des enfants en tutelle travaillant pour le compte de la communauté : nous sommes inhabiles et incapables en matière de paternité littéraire. D'ailleurs, tout nous vient de l'autre côté de l'Atlantique. Nous empruntons là nos modèles : Pascal et Racine, Shakespeare et Byron, Cervantes et Vega nous arrivent entre deux ballots de marchandises. C’est l’Europe qui nous trace les règles ; elle reste encore l’arbitre du bon goût, exactement comme une mère enseigne sa petite fille à garnir une poupée. Elle fait la loi parmi nous, modifie les règles du langage, détermine l'harmonie grammaticale, inventorie le dictionnaire, fait la pluie et le beau temps dans l'atmosphère des beaux arts et du bon goût. Nous regimberions à tort. Il faut suivre le cours que trace une loi naturelle, la loi qui lie l’enfant à sa mère, la lignée à ses ascendants, la pensée au cerveau, le lierre à l’ormeau.

Cependant ma prétention n’a rien d’absolu. Je m'explique, L'idiome est bien le trait le plus caractéristique d’entre

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les littératures, c'est vrai; mais ily a des accessoires. Et c’est ici que nous pourrons trouver des accidents littéraires assez prononcés pour créer une originalité. Si nous savons donner à nos productions un tour particulier à notre état de société, si nous les imprégnons d’une odeur locale assez musquée, si nous leur donnons une manière d’être à part, nous les détachons, par là, des sources étrangères et leur imprimons un cours indépendant. Creusez un sillon profond : l'eau ne refusera pas d’en suivre le parcours. Entourez ce sillon de digues puisantes ; mettez à votre disposition l’art hydraulique ; servez-vous de pompes refoulantes : le mince filet d’eau se changera en un ruisseau puissant, Vous parviendrez peut-être à en faire un grand fleuve, Mais pour opérer cette merveille il faut que l’art, l’artifice et le travail vous secondent ; et encore, quoique vous fassiez, vous n’arriverez jamais à ordonner dans le champ de la littérature canadienne, ce vaste et majestueux fleuve dont l4 toute puissance égale la splendeur. Nous ne serons toujours que tributaires à l'océan littéraire européen.

Nous avons chez nous quelques éléments, (éléments bien faibles à la vérité) susceptibles de revêtir un costume original, Ces éléments se trouvent dans l’histoire de notre passé. Nous pouvons dire avec beaucoup de poésie des choses qui nous intéressent énormément et qui peuvent n'être que médiocrement intéressantes aux yeux d’un étranger. La fibre nationale peut remuer à certains récits, certaines légendes : cest quelque chose d’essentiellement canadien, dont les littératures étrangères n’ont pas même l’idée, Ce côté légen-

daire est inhérant à nos souvenirs historiques ; il fait partie de nous. C’est une branche qui ne peut être détachée de l’arbr

historique du Canada sans que le tronc en soit fortemen endommagé. Si ces causes suffisent pour donner à la littér ture une teinte nationale, caractéristique, originale, je m’i cline et désavoue mon scepticisr”* à cet endroit.

Si le mince bagage littéraire du Canada n'est nas une raison pour faire douter de nos dispositions artistiques et un argument pour enlever à notre littérature la palme de l'ori-

ginalité, ilimporte au moins de rechercher les causes de cette faiblesse.

Comment il se fait qu’au Canada la littérature ne reçoit pas une impulsion plus puissante, la raison ne fait mystère pour personne. Elle est banale même. Chaque jour l'écho redit que sur notre continent, le positivisme de la vie pratique tue les meilleures inspirations. Tout ce qui ne reluit pas, tout ce qui ne rapporte pas de bons dividendes, en espèces sonnantes, est négligé. On ne courtise que le productif. Est-ce à tort ou à raison ?....C'est oiseux, je ne veux pas répondre. Mais il faut prendre les choses telles qu'elles sont : primo vivere. Faites que la provenance du publiciste s'écoule facilement ; cotez-la au maximum sur les tablettes du libraire, et vous verrez fleurir autant de bouquets de poésie que de lecteurs. Mais que le plaisir de produireet de payer pour produire est une fantaisie qui passe vite ! C’est drôlement bête que ce jeu-là, etje défie les plus courag ux et les plus illusionnés de tenter d'embrasser, deux fois de suite aux dépens de sa bourse, le spectre de la gloire littéraire.

Mais le remède à cetétat de chose ?....... Voulez-vous que je vous le dise? c'est bien long, ou plutôt la potion est bien radicale. Bouleversez les dispositions de notre population, donnez-lui le désir de s'instruire, de lire ; améliorez les conditions économiques du pays; mettez des pièces de monnaie dans la bourse de nos cultivateurs, et vous les verrez, ces bonnes gens, ne plus se faire prier pour acheter journaux, revues, livres, voire même ma modeste prose. D'ici-là, je doute du succès,

La poésie est une fleur bien fragile. Ou encore, c'est un arbrisseau qui ne grandit qu'à l’ombre de la protection ; il faut étayer ses faibles rameaux avec des colonnes de pièces d'or ; il faut simuler autour de lui le mouvement et la vie. Si la nation est pauvre, si le commerce languit, si l'industrie est absente, si la population se déplace et émigre, alors vous verrez cette plante divine se faner chaque jour.

Si la sève naturelle vient à mano” s, il faut recourir aux moyens artificiels. C'est pourquoi quelques bons esprits,

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L'idée n’est pas mauvaise, mais cela suffira-t-il ? Maigre pitance à arbre chétif. Qu'importe, ce sera peut-être prolonger une existence éphémère qu’une époque plus heureuse rendra florissante.

La poésie a été cultivée par quelques âmes privilégiées. Ce n'est pas le grand nombre de nos poètes comme leur mérite intrinsèque qui honore la muse canadienne. Dans un pays jeune, la poésie ne peut prendre de profondes racines. Les besoins, les nécessités de la vie détournent forcément nos poètes de la carrière des lettres pour les fixer au réalisme de la vie pratique. Les positions indépendantes sont trop rares ici, et, il est bien restreint le nombre de ceux qui peuvent se livrer exclusivement aux travaux de l'esprit. Or, rien ne désenchante autant le talent et l'imagination comme les nécessités de la vieet le travail qui y obvie,

Jusqu'aujourd’hui l'écrivain n’a pu vivre du travail de sa plume, c’est le secret de notre longue jeunesse littéraire. La poésie a ressemblé à une plante exotique qu un climat défavorable fait dépérir. Nous voyons bien ça et là quelques essais généreux, certains efforts courageux, mais tous ces travaux, de courte haleine pour la plupart, n’ont été le fruit que de quelques jeunes gens précoces qu'un avenir meilleur attendait et qui seraient devenus des maitres dans l’art sous des circonstances plus favorables.

Loin de moi cependant la pensée de diminuer le mérite réel de nos œuvres canadiennes. Mais je déplore comme tout le monde le peu d'encouragement et le peu d'attention que l’on porte aux travaux de l'intelligence. Or, la poésie ne deviendra florissante que par l’encouragement qui sera donné au poète. Il faut payer le fruit de son travail.

Toutefois, en dépit des obstacles, nous possédons des chefsd'œuvre que je veux désigner. Ils sont peu nombreux, à la vérité, mais ils atte .ent un talent véritable et des dispositions certaines.

JosepH QUESNEL naquit à St. Malo le 15 novembre 1749, Après avoir terminé sesétudes, il prit du service à bord d’un navire de guerre, visita Pondichéry et Madagascar, séjourna sur les côtes de la Guinée et du Senégal, puis, après trois années de courses aventureuses, foula de nouveau le sol de sa patrie. Mais ses goûts aventuriers ne le quittaient pas . il repartit bientôt, visita la Guiane française, les Antilles et le Brésil et vint s'établir définitivement en Canada. Il se maria à Montréal et fixa sa résidence à Boucherville, après avoir visité la vallée du Mississipi.

Au milieu de ses courses nombreuses, dans les bois, sur la mer, chez les nations sauvages comme chez les peuples civilisés, exposé au vent des tempêtes et à la dent des loups, à la haine vindicative du peau rouge de l'Amérique et du peau jaune de l'Afrique, Quesnel, co type d’une époque déjà éloignée, cette figure à la fois française et canadienne, qui se dresse, railleuse et narquoise, au seuil même de notre littérature, avait trois compagnons de voyage qui ne l'avaient jamais abandonné: son violon, Boileau et Molière, c'est dire qu'il était né poëte et musicien.

On reconnait la verve de Molière à la lecture de Calas et Colinette, vaudeville joué pour la première fois à Montréal, en 1790. On a encore de lui trois autres pièces dramatiques annotées: Lucas et Cécile, opéra; l’Anglomanie, comédie en vers, non imprimée, et les Républicains francais, comédie en prose, imprimée à Paris. Ajoutons à cela des chanson: nettes, quelques morçeaux de musique sacrée pour l'Eglise paroissiale de Montréal qu'on retrouvent encore au Réper toire de l'orgue, des motets, et un petit traité sur l’art dramatique, écrit en 1805, pou une société d'amateurs de Québec.

Je laisse la parole à un contemporain de Quesnel qui semble l'avoir connu intimement et l'avoir jugé avec impartialité. —“ De temps à autre, depuis la conquête, des hommes nés hors de notre pays, mais parlant notre langue et recommandables par leur éducation, leurs talents naturels, ou leurs connaissances acquises, sont venus résider parmi nous comme

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pour animer et égayer notre société, prêter du relief à ce que nous pouvons peut-être appeler notre littérature et nous donner en quelques sorte des idées nouvelles sur plusieurs sujets, particulièrement durant l’époque de notre isolement. Du nombre de ces hommes devenus Canadiens, par leur résidence dans ce pays, par les liaisons qu'ils y ont contractées ou les arts qu'ils y ont exercés, a été feu M. Quesnel. Homme d'esprit, d'un commerce agréable et d'une heureuse parole, M. Quesnel se faisait de la poésie une récréation sans faire de la versification une espèce de métier; c’est-à-dire sans s'astreindre toujours aux règles que se sont imposées ceux qui aspirent au titre de poétes ou d'habiles versificateurs. On trouve dans ses pièces des licences que l'impression ne souffre pas plus présentement que les fautes d'ortographes ; mais la verve poétique, l'inspiration même, perce presque à chaque vers. M. Quesnel ne s'était pas fait versificateur par l'étude des règles, mais il était né poéte, ou l'était devenu par la simple lecture des beaux modèles. C’est avec sincérité et sans flatteries, suivant nous, qu’un poéte français qui a passé quelques jours en ce pays, a dit ne faisant allusion a une de ses productions poétiques :

Quesnel, le père des amours,

Semblable à son petit bonhomme,

Vit encore et vivra toujours.

Plusieurs de ses pièces nous paraissent en effet dignes de passer à la postérité, du moins, pour ne point exagérer, à la postérité canadienne.”

Les écrits de Quesnel sont contenus dans le premier volume du Répertoire National. Il mourut à Montréal, le 3 juillet 1809, à l’âge de 59 ans et quelques mois.

J. D. MARMET, lieutenant capitaine et adjudant au régiment de Waterville, est venu en Canada en 1813, avec ce régiment. Le nom de Salaberry était devenu l'idéal de l'héroïsme et des grandes actions. Marmet s'empara de ce nom illustre et chanta la Victoire de Chateauguay. Nous devons à cet écrivain plusieurs autres morçeaux de poésie, entr'autres, l'Homme Dieu, La main, L'art indéfinissable, etce.,

mais le poète s’est surpassé dans Chambly. Cette pièce se termine par un magnifique éloge à l’adresse du héros de Chateauguay.

Micuez BiBAup est l’auteur du premier volume de poésie publié en Canada. Ce volume est intitulé: Æpitres et Satyres. Il a vu le jour en 1830, et ouvre la nombreuse série d’ouvrages historiques et de littérature mélangée qui font de M. Bibaud un des noms le plus populaires de notre passé littéraire.

Les poésies de Bibaud ressemblent à sa prose, —c'est dire qu’elles sont imparfaites ; toutefois je dois reconnaître que la prose est encore meilleure que la poésie. Son vers est dur, Il n’a ni la souplesse d’Horace, ni la verve de Juvénal, ni la franchise acerbe de Perse, mais on lui doit d’avoir écrit le premier dans un genre difficile. L'idée est dominante ; l’auteur sacrifie la forme au fond,'ce qui, en poésie, ne se pardonne pas toujours facilement. Ses satyres contre l’avarice, l'envie, la paresse, l'ignorance, sont les meilleurs morçeaux du livre.

Il y a près de 50 ans, un canadien distingué, F, X. GaR- NEAU écrivait ces paroles judicieuses : ‘ Si les premiers pas sont difficiles dans la carrière des lettres et des sciences, si les avantages que procure la culture de l'esprit ne sont pas toujours, dans un pays nouveau, appréciés à une juste valeur par une population trop préoccupée d’un but matériel, il viendra un temps, sans doute, où pleine justice sera rendue a ceux qui auront fait des sacrifices pour la plus belle cause qui puisse occuper l’attention des sociétés.”

L'auteur de l'Histoire du Canada avait pressenti que la postérité serait reconnaissante pour les sacrifices qu'il s’est imposés pour la cause des lettres. Cette justice n’a pas été lente à s’accomplir : Garneau passera à la postérité la tête ornée d’une couronne d’immortelles. Mais je n’ai pas l’intention de faire ici son éloge comme historien ; je veux faire connaître ses lettres de créance comme poète. Ses composi-

tions en vers datent pour la plupart de 1832 à 3. c'est àdire à une époque encore stérile pour natre littérature. Les

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bons versificateurs étaient rares et la muse canadienne ne trouvait d’écho que chez quelques patriotes distingués qui s'adonnèrent à la poésie dans leur jeunesse, mais qui, un grand nombre d’entre eux du moins, jouèrent un rôle plus vaste dans la politique, Ces hommes furent, jusqu'à 1837, les défenseurs véritables des franchises et des libertés nationales de leurs compatriotes Bas-Canadiens, C'était Quesnez, le père des amours et de la gaieté; MARMET, qui salua de sa muse brillante les grands noms qu'avait produit le Canada français ; F. X. GARNEAU, le futur historien national de son pays ; D. B. ViGer, publiciste et orateur qui occupe une large part dans nos annales parlementaires; A.N. Morin, grand et intègre citoyen, l’honneur de la magistrature et une de nos gloires les plus pures; Mionez BrBAup, le premier historien, en date, de son payset dont le nom est mêlé à tous les essais littéraires de cette époque ; IsIboRE BeDARD, d’une

| famille qui a donné à la patrie des serviteurs éprouvés ;

DomiNiQUE MOoNDELET, pendant longtemps juge de la Cour

Supérieure ; N. AUBIN, le spirituel journaliste qui a semé

dans notre champ littéraire plusieurs belles pages ; MELTHENE

| pseudonyme de M. pe VERNE ; PETITCLAIR, PIERRE LAvro-

LETTE, etc. Tels sont nos principaux poëtes avant 1837. Leurs compositions poétiques ne sont, pour la plupart, que de

| petites pièces détachées qui parurent dans les journaux du

temps et qui furent recueillies plus tard par M. Husrox dans le Répertoire National, publié en 1848. Un sentiment est commun à toutes ces poésies: l'amour du pays, une vénération profonde pour la langue de nos ancêtres, pour la foi des

: premiers colons ct pour les institutions qui nous avaient été

garanties par le traité de paix. La nationalité ! quel enthousiasme ce mot n'a-t-il pas créé ; c’est elle qui réchauffe et

| inspire le poëte canadien à cette époque si grosse de dangers

pour notre avenir national ; ce mot puissant, qui peut remuer les masses, n’est pas seulement sur les lèvres de nos troubadours, mais on le voit, on le sent, il se trouve au fond de leur cœur, Certes ! considérés en eux-mêmes, ces petits chants détachés peuvent n’inspirer aucun intérêt à un étranger : la

rime est forcée, le vers est boiteux, l'ampleur, la pompe, l'élévation sont absentes, les règles de l’art souvent mises de côté, le ton estdéclamateur, la période ampoulée. Mais le lecteur canadien, qui examine ces chants au point de vue de la lutte gigantesque entreprise contre les empiètements d’une race étrangère, oublie ces défauts de forme, ces imperfections de style pour s'inspirer de l’idée dominante, du sentiment pur et honnête qui découle de ces strophes. Tous les patriotes d'alors s'étaient donné la main pour lutter avec plus d'énergie et si fort était le sentiment de la patrie pour eux que leurs œuvres de loisir portent ce caractère et cette empreinte qui ont marqué les actes de leur vie publique. Leurs vœux se sont traduits par des chansons populaires que nous répétons encore et que la postérité recueillera avec l'enthousiasme que donne un objet vénéré, rappelant le souvenir des vertus et des sacrifices des ancètres.

Les poésies fugitives de Garneau ne déparent pas les productions de ses contemporains ; au contraire, je crois qu'elles leur sont supérieures, ou à peu d'exception près. J'y trouve un goût classique absent trop souvent chez les autres. Mieux que ses contemporains il connait les règles de l’art. Il serait assez difficile de décider quelles sont ses meilleures compositions ; elles offrent toutes leur genre de beautés, Le père du soldat est un poëme historique d'un grand mérite ; La presse, une composition politico-philosophique remarquable surtout par l'élévation des idées ; Les oiseaux blanes est remplie des sentiments les plus gracieux; Louise est une lésende dans le genre épique; dans les Æxilés on trouve ie plus pur patriotisme. Ze dernier Huron est estimé par l'ILon, J. O0. Chauveau le plus beau poëme écrit en Canada ; Pourquoi désespérer et Au Canada sont des compositions patriotiques qui vivront encore longtemps, Ces essais pourraient suffire pour établir une réputation. En général, les poésies de Garneau respirent les sentiments qui l'ont animé en écrivant l’histoire du Canada. Il sentait le besoin de réhabiliter ses concitoyens aux yeux de l'étranger. Ses poésies, comme son histoire, sont une apothéose et une justifi-

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cation. C’est pourquoi sa pér:ode est mieux découpée, son vers plus chaleureux, sa pensée plus forte, ses convictions plus profondes : il atteint parfois à l'élévation. Je ne vas pas jusqu'à dire qu'il a l'inspiration, ce qui n’est donné qu'aux grands poètes ; or, Garneau n’est qu’un bon prosateur. Ses chants poétiques n’en demeurent pas moins un reflêt très populaire de notre passé.

Le poëte qui représente le mieux la période de temps qui sépare 1837 de 1850 est Joserx LeNoiR. Il naquit à St, Henri, près de Montréal, le 25 septembre 1822, et mourut à Montréal, le 3 avril 1861,

Ses dispositions poétiques se manifestèrent de bonne heure: on cite de lui des vers composés au collége qui ne déparent pas ceux qu'il a écrit à un âge plus avancé, IT fut admis au barreau en 1847, et après quelques années de pratique il fut attaché au département de l'éducation. Il contribua pendant longtemps à la rédaction du Journal de l'Instruction Publique. Un grand nombre de ses poésies sont disparues de nos jours, avec les journaux qui les conteraient ; quelques unes d'elles ont été recueillies dans le Réperton + National et la Ruche Littéraire. 11 est regrettable que la mort ait enlevé à Lenoir le temps d'exécuter une promesse faite depuis longtemps à ses amis : de publier un recueil de ses poésies.

Je n'ai pas l'intention de citer toutes les poésies de Lenoir : elles sont trop nombreuses et elles offrent toutes leur genre de beauté. Dansle ÆZuwron mourant, il nous montre le sauvage sous un autre jour, et la description des “ grands bois ” est un chef-d'œuvre de hardiesse et de génie, La fête du Peuple sera toujours lue avec plaisir, parceque l’auteur a bien rendu l'expression du sentiment qui anime les enfants de la patrie en ce jour mémorable. Dans Le génie des forêts on voit se dresser, menaçant et terrible, cet esprit qui animait les peaux rouges dans leurs luttes sanglantes contre nos pères. Le poëte a emprunté la lyre enchanteresse de Lamartine pour chanter Graziella, cette charmante élégie digne du ciel d'Italie, La richesse des images et la vivacité des tons ne sont égalées que par l'harmonie du vers dans Dayelle, cette fan

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taisie orientale qu'on dirait écrite sous le ciel parfumé de

l'Orient, Le roi des Aulnes est une charmante ballade imitée de l'allemand de Gœthe. La mère Souliotte ne le cède pas en beautés à Dayelle : il y a là des flots d'harmonie, Voici le sujet de cette touchante élégie. C'était au temps du célèbre Ali de Tebelen, pacha de Janina, L'armée Turque avait envahi les défilés des montagnes de Souli, Son approche avait contraint un ga..l nombre de femmes de ce pays de se réfugier sur un pic élevé. La, on dit qu’elles se prirent à chanter des chants de fête, et qu'une fois l’ennemi en vue, elles se précipitèrent, elles et leurs enfants, du sommet du rocher, pour éviter de devenir les esclaves des Ottomans,

Lenoir a une imagination brillante. Son vers est harmonieux et en certains endroits l'inspiration vivifie sa poësie et la rapproche des meilleurs morçeaux des grands maître. Il tient plus de Lamartine que de Hugo ; il a plus de grâce et de charme que d'énergie et de hardiesse ; il peint mieux los passions douces que les passions violentes, C’est avant tout uu poëte chatié et coulant.

Après Lenoir, la critique aime à citer le nom de l’honorable P. J. O. Caauveau. Il brille à la tête des poëtes secondaires qui apparurent durant cette décade (1840-1850 ) Chauveau débuta dans le monde littéraire par des essais poétiques. Devenu plus tard romancier, homme d'état, ministre, nous aurons occasion de létudier de plus près ; car la poësie n’a été pour lui qu’un passe-temps, et j'en suis convaincu, le titre sur lequel il compte le moins pour arriver à la postérité. La plupart de ses poésies furent publiées dans Le Canadien et recueillies plus tard dans Ze Répertoire National. On trouve encore des essais de sa verve dans Ze Castor, Le Fantasque, La Revue Canadienne, Le Journal de L'Instruction Publique, et les Soirées Canadiennes. Ses occupa. tions comme homme public ne l'ont pas empêché de vouer un culte particulier aux muses. Ses principales pièces en vers sont: À Albion, l’Insurrection, Adieu à Sir John Colborne, l'Union des Canadas. Les joies naïves passent pour sa meilleure pièce de poésie, ‘c’est, dit l'abbé Casgrain (1) une

(1) Critique littéraire, Opinion publique, vol, III, 397

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fraiche composition, qui exprime une pensée enfantine en vers simples et naturels, avec des sentiments délicats et touchants. En résumé, nous croyons que M. Chauveau n'a pas méconnu son talent en se livrant de préférence à la prose. Il aurait pu devenir avec le temps et l'étude un versificateur ingénieux, très habile même: mais son astre en naissant ne l’a pas fait poète.”

C'est encore à cet époque que remontent les poésies de J. G. BARTHE, auteur du Canada reconquis par la France ; on les trouve pour la plupart dans le Répertoire Nüational. Il n’a n'a ni la pureté classique de Lenoir, ni le goût étudié de Chauveau, ni l'enthousiasme de Garneau, mais il a de l’imagination: Les règles de la versification sont trop souvent mises de côté et l’idée se noie dans un déluge de mots. Je voudrais trouver l'accent poétique, je n'aperçois que le clinquant littéraire. Plusieurs de ses poésis se rapportent aux évènements politiques d'alors; l’auteur appertenait à cette phalange de jeunes patriotes qui, avides de liberté, soupiraient dans l’attente de jours meilleurs. Les poésies de M. Barthe ne se démentent pas: elles sont toutes l'interprète d’un sentiment national ou patriotique. |

Autour de ces astres principaux tournaient plusieurs planètes; c'étaient F. M. DÉROME, poète en vogue à cette époque ; RÉAL ANGERS, S. SOULARD, ROMUALD CHERRIER, CHARLES Daousr, P. GARNOT, P. G. Huor, J. T. LoRANGER, Cus. LEVESQUE, CHARLES LABERGE, et quelques autres. Ces noms nous conduisent jusqu’à 1850.

La première pièee de poésie que j'ai lue, de ma vie, portait la signature de À. Mansais. C'était vers 1855, et c’est à peine si, à cette époque, je savais bégayer un article de journal. Quoique jeune la passion des journaux s'était emparée de moi et je lisais avec avidité, dans une campagne reculée, le soir au coin du feu, les produits que nous apportait chaque jour la malle de Montréal. Or, à cette époque, Marsais faisait les délices du lecteur canadien, bon enfant et mauvais juge en matière littéraire. Son recueil de Æomances et Chansons venait de paraître et provoquait partout un

mirage capable d'éblouir les moins crédules, L'auteur remplissait des colonnes de journaux et de sa magique baguette de poëte il créait avec une fécondité étonnante des improvisations aussi variées de genres que de sujets.

Mais son règne est antérieur à 1850, J’invite les amateurs à feuilleter les liasses de journaux de 1840 à 1850 ; ils retrouveront, ensevelis sous la poussière de l'oubli, les chants lyriques de Marsais, Il est le roi de la poésie durant cette décade, sinon pour la pureté, la fraicheur et l'éclat de sa versification, mais pour la profusion de ses essais et la variété de ses créations. Depuis lors, le vièux chantre que tout le monde à connu et qui promène aujourd’hui un regard fier autour de lui, proteste contre cet engouement littéraire saluant de nouveaux dieux, Sa voix est devenue moins retentissante à mesure que le désert s’est fait autour de lui et sa muse reste muette pour enregistrer un énergique protet contre le vulgaire acharnement de ces nouveaux Prométhées qui, sans pudeur ot sans vergogne, sont apparus juste à temps pour lui dérober un encens acquis par de douloureux efforts d'imagination,

Marsais n’est pas un poéte dans le sens propre et large du mot: il n’a ni l'inspiration qui immortalise, ni l'élévation qui soutient; c'est peut-être un poétereau. Ila de la fécondité et de l'imagination; ce n’est pas même un bon versificateur : la prosodie l’accuse de maints attentats contre ses règles sévères. Mais il est certainement un type dans notre histoire littéraire. Voilà pourquoi je n’hésite pas à le placer ici, au plus grand étonnement peut-être de ses voisins. Cette place, il la mérite, non pas je le repète à cause de son talent de poéte: je le juge crès médiocre; mais j'invoque en sa faveur une fécondité qui ne s’est jamais démentie, une verve restée jeune sous une couronne de cheveux blancs. Je compare les chants de Marsais à ces meubles antiques, vestige d’une époque’éloignée, grosse de souvenirs, que les antiquaires placent dans leur salon pour faire contraste avec une fashion plus moderne. HE

La poésie, pour Marsais, semble avoir été un besoin de:

son existence rimer, qui à dorés, le piéd se concentre C'est sa pros c'est aussi ] comme de la et n'était la besoin, cet h Je ne citer S'il réussit e Il est le char wnes et nos je désire salt poëte chêtif gloire et à l en sa faveur les ans, l'éch une époque Il manqu j'omettais de son nationale Québec en 1 écrit dans la Canadien, jou propriétaire.

législative.

d'entreprend fut enterré d ‘“ À son guère pu qu allait se disa revivre dan qu'un jeune Isidore vivr celle de Ro Bédard a ls

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son existence, C’est un homme qui ne parle jamais sans rimer, qui a fait de ! rime le petit sanctuaire de ses rèves dorés, le piédestal de son ambition et une retraite paisible où se concentre les douces émotions d'une conscience satisfaite, C'est sa prose à lui, sa maniére de causer, de rire, de pleurer ; c'est aussi peu harmonieux que de la prose et c’est obseur comme de la poésie, Ses défauts pésent plus que ses qualités et n'était la manie de se croire poëte, et le sentiment de ce besoin, cet homme n'aurait jamais écrit en vers.

Je ne citerai rien de Mursais, toutes ses poésies se valent, S'il réussit en quelque chose, c’est dans le genre descriptif, Il est le chantre des localités. Il a décrit-nos belles campagnes et nos panoramas agrestes. Mais avant de le quitter, je désire saluer le déclin de ce citoyen respectable et de ce poéte chêtif qui a survécu, comme Corneille, à sa propre gloire et à l'indifférence de ses contemporains. J’enregistre en sa faveur un mérite réel: celui de s'être fait, à travers les ans, l'écho du sentiment poétique du peuple canadien à une époque stérile en grands littérateurs,

Il manquerait à ce travail un nom bien populaire si jomettais de parler de [sipore B£paARp, l’auteur de la chanson nationale: Sol canadien, terre chérie. Bédard naquit à Québec en 1806 et mourut à Paris en 1832. Il a beaucoup écrit dans la presse cannadienne, particulièrement dans Le Canadien, journal ‘ont son père, l'Hon. Pierre Bédard, était propriétaire. En 1850 il fut élu membre pour l’assemblée législative. Il siéga à peine une session, sa santé l’obligeant d'entreprendre le voyage d'Europe: Il n’en revint point et fut enterré dans le cimetière Montmartre.

‘“ À son départ du pays, dit Etienne Parent, il n'avait guère pu que faire concevoir les plus belles espérances. On allait se disant que les principales qualités du père allaient revivre dans le fils, et cela seul faisait le plus bel éloge qu'un jeune homme put mériter. Cependant la mémoire de Isidore vivra aussi longtemps, dans 1? Nouvelle-France, que celle de Rouget de l’Isle dans la vieille France. Le jeune Bédard a laissé quelques couplets qui ont eu le mérite de

pute

l'emporter, dans la faveur publique, sur tous nos autres chants patriotiques, très nombreux pourtant et l’œuvre des talents les plus distingués parmi notre jeunesse lettrée. Ce n’est pas que la partie littéraire de ces couplets ne prête un peu à la critique, et que sous ce rapport ils ne soient inférieurs à quelques unes de nos chansons patriotiques ; mais, Bédard, mieux qu'aucun de ses concurrents, malgré la négligence du style, sait trouver le chemin des cœurs et faire vibrer la fibre nationale. C’est , il est vrai, ce qui fait le poëte, le reste est du versificateur. Avec le temps sans doute, notre jeune poëte aurait apporté plus de soins et de goût a ses compositions.”

Le plus beau titre de M. A. GERIN-LAJoIE à la littérature canadienne est sans contredit son Jean Rivard. J'en parlerai plus loin. Ce prosateur distingué s’est occupé de poésie dans sa jeunesse.

Gérin-Lajoie est né à Yamachiche le 4 août 1823. Ilfit de brillantes études au collége de Nicolet et fut admis au Barreau en 18:8. Dans l'intervalle, de 1845 à 1847, il rédigea la Minerve avec beaucoup de talent et d’aptitudes, En 1852

: | il fut nommé traducteur à l'assemblée législative et plus tard "fa bibliothécaire du Parlement fédéral.

Il fut un des collaborateurs les plus aimésaux Soirées Canadiennes, au Foyer Canadien ete. Son Catéchisme politique, ou Eléments du droit public et constitutionnel du Canada, mis à la portée du peuple, fut publié à Montréal en 1851.

Le talent poétique de Gérin-Tajoie se retrouve dans tous ses écrits en prose ; c’estun véritable artiste dans l’art d'écrire, Doué d’une brillante imagination, d’une âme sensible, de sentiments nobles et élevés, c'est encore un citoyen honorable, un beau caractère et un écrivain supérieur.

Parmi les compositions poétiques de Gérin-Lajoie, on cite Le jeune Latour, tragédie en trois actes. Cette pièce a été

composée au collége de Nicolet et représentée aux exercices littéraires de cette institution, en 1844. Le sujet est historique etj'emprunte à ? Histoire du Canada de Bibaud la partie historique qui en fait le fond. Pendant que les anglais se rendaient

maîtres de Dieppe, les ( Gaspésie, et Cap de Sable dans l’Acadi à Londres, ] en secondes promis au g du poste où lui donna de avec Sa nou Arrivé à | seul trouve:

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maîtres de Québec et du Canada, le capitaine Daniel, de | | Dieppe, les chassait au port aux Baleino$, sur les côtes de la Gaspésie, et un jeune officier nommé Latour leur résistait au Cap de Sable, le seul poste à peu près, qui restait aux français dans l’Acadie. Le père de ce jeune’officier, qui s'était trouvé à Londres, pendant le siége de Lafochelle, et y avait épousé en secondes noces, une des filles d'honneur de la Reine, avait promis au gouvernement anglais de le mettre en possession du poste où commandait son fils, et sur cette promesse, on lui donna deux vaisseaux de guerre, sur lesquels il s'embarqua | \ avec sa nouvelle épouse. | Ë Arrivé à la vue du Cap de Sable, il se fit débarquer, et alla “ seul trouver son fils, à qui il fit un exposé magnifique du “ crédit dont il jouissait à la cour d'Angleterre, et des avan- || N tages qu'il avait lieu de s’en promettre. Il ajouta qu'il ne ® tenaitqu'à luide s'en procurer d'aussi considérables ; qu'il lui “ apportait l’ordre du Bain, et qu’il avait pouvoir de le confirmer dans son gouvernement, s’il voulait se déclarer pour | sa Majesté Britannique. La surprise du jeune commandant fut extrème : il dit à son père qu’il s'était trompé, s’il l'avait cru capable de trahir son pays ; qu'il faisait beaucoup de cas de l'honneur que le roi d'Angleterre voulait lui faire, mais qu'il ne l’achèterait pas au prix d’une trahison ; que le monarque qu'il servait était assez puissant pour le récompenser de ses services ; et qu'en tout cas, sa fidélité lui tiendrait lieu de récompense.

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Jus À Le père, qui ne s'était pas attendu à une pareille réponse,

ire. DN retourna aussitôt à son bord. Il écrivit le lendemain à son

de É fils, dans les termes les plus pressants et les plus tendres ;

n0- DM mais sa lettre ne produisit aucun effet. Enfin, il lui fit dire | “ qu'ilétait en état d'emporter par la force ce qu’il ne pouvait |

ite BN obtenir par ses prières ; que quand il aurait débarqué ses

êté BN troupes, il ne serait plus temps pour lui de se repentir d'avoir |

ces BA rejeté les avantages qu'il lui offrait, et qu’il lui conseillait, |

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ri. Ces menaces furent aussi inutiles que l'avaient été les

nt BN sollicitations et les prières. Latour, le père, en voulut venir

à l'exécution : on attaqua le fort, mais le jeune officier se défendit si bien qu'au bout de deux jours, le commandant anglais qui n'avait pas compté sur la moindre résistance, et qui avait déjà perdu plusieurs soldats, ne jugea pas à propos de s’opiniâtrer d’avantago à ce siège. Il le déclara à Latour, père, qui se trouva fort embarrassé: comment en effet retourner en Angleterre, et s’exposer au ressentiment d’une Cour qu'il avait trompé, Quant à son pays natal, il ne pouvait songer à y entrer, après l'avoir voulu trahir. Il ne lui restait d'autre parti à prendre que de recourir à la générosité de son fils : il le pria de souffrir qu'il demeura auprès de lui; ce qui fut accordé.

Tel est le sujet de la tragédie, Comme on le voit, le fond se prête àde grands développements. L'auteur pouvait mettre en jeu des passions diverses, l'amour de la patrie, l’attachement filial, le - ntiment du devoir, le remords du traître, etc.

On reconnait l’œuvre d'un jeune homme dans la tragédie du jeune Latour. Il y a des beautés de détails, beaucoup mème ; mais la charpente du drame ne semble pas assise sur des bases solides. Le plan n’a ni l'ampleur, ni les dimensions des grandes tragédies de Corneille ou de Racine, de Schiller ou de Goëthe. L'auteur n’a pas donné assez d'extension à son thème. Les scènes ne sont pas assez variées et les tableaux sont trop uniformes. Peut-être que, voulant écrire une tragédie pour les exercices littéraires du collége, l’auteur a dû modifier son plan à la scène. Quoiqu'il en soit, il y a l'indice certain d’un talent précoce.

En 1845, Gérin-Lajoie publia une magnifique pièce de poésie, intitulée: Salut aux exilé, dans laquelle il acclame le retour des exiiés de 37. On lui doit un autre chant bien populaire: Le Canadien errant. C'est encore une composition de collége. Un jour, ditun de ses biographes, durant le grand silence de l’étade, il entendit gronder le canon de Saint- Denis et de Saint-Eustache; les cris lointains de la révolution de 1837 parvenaient jusqu'à son oreille. Les victimes de l’échafaud pendaient à la corde fatale ; et 1l vit passer sur le fleuve les déportés canadiens qu'on trainait enchaînés sur la

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terre d’exil. Alors il détacha sa lyre suspendue aux grands pins de Nicolet, et il chanta, en pleurant, cette naïve ballade, si émue, si touchante, dans sa simplicité,qu’elle est devenue la plus populaire de nos chansons canadiennes, puisque Laæ Claire Fontaine est d’origine française,

Un Canadien errant, etc,

Partout où il y a des Canadiens errants (hélas! on les compte par demi-million !) la ballade du poète nicolétain retentit et rappelle aux exilés la patrie perdue. On l’a entendue fredonner dans les rues de Paris, et elle a réveillé les échos des Montagnes Rocheuses, Est-il un coin de l'Amérique du Nord où elle n’a pas été chantée ?

Par un singulier caprice de poëte, cette romance n’est composée que de rimes masculines, comme la traduction de la mélodie de Thomas Moore par M. Réal Anger.

La cloche tinte au vieux clocher, etc.

On trouve dans le vol. IT. du Répertoire National, la tragédie de Latour et l’épitre aux exilés.

WiLLiAM Firz HAWLEY naquit en 1804 et mourut à Laprairie en 1855. Cet écrivain montra beaucoup d'activité à rassembler des matériaux pour servir à une histoire du Canada qu’il se proposait de publier, 11 dut abandonner ce dessein, parceque le feu détruisit un grand nombre de documents manuscrits qu'il avait acquis avecdifficulté, Il a aussi contribué à la rédaction de quelques journaux,

Nous avons de lui deux poëmes intitulés : Quebec, The Harp, and other Poems, Montréal 1829 pp. 172, in-8vo ; The unknown or hays of the forest do. 1831, in-12, Le premier contient des poésies descriptives qui lui valurent une médaille honoraire de la Société pour l’encouragement des arts et des sciences, de Québec, Nous trouvons dans le second une description parfaite du St. Maurice et de ses rives ainsi qu'une descrintion de la chute Shawenegan.

PAMELA S. VINING appartient à la littérature canadienne, quoique la plupart de ses écrits aient été publiés dans les journaux et les revues des Etats-Unis. Elle enseigna pon-

dant longtemps à l'institut littéraire de Woodstock, P. O. Sos premiers essais parurent dans le Zätterary Miscellany, Détroit. Elle écrivit pendant longtemps sous le nom de plume de Emizia et collabora assidûment au U. S. Magazine et à l’'Emerson's Putnam's Magazine. C’est dans le Great Republic monthly que parurent ses poëmes humoristiques, Uncle Sam's fourth of July oration, ete. Le Canadian Tllus trated News de Hamilton a publié un grand nombre de ses poésies tant sacrées que profanes. La plupart de ses productions ont été écrites en Canada et se rapportent à des sujets canadiens. Elles sont marquées au coin du talent et du goût poétique. Sa versification est correcte et sa rime harmonieuse. On cite surtout son poëme : Under the snow pour la profondeur et la tendresse des sentiments, l'élévation des pensées, la rectitude du style et la richesse exquise du rhythme. Je citerai encore The Earth's complaint et cet autre, Canada : deux poésies d’une grande beauté.

La plupart des poésies de P. Vining portent l'empreinte d’un sentiment mélancolique. Elle s'élève rarement au style héroïque et ses productions, tout en portant la marque de son talent, ne peuvent être comparées aux travaux de nos grands poètes.

THomas D’Arcy MoGgEe que nous étudirons plus tard comme historien et comme orateur est encore un poète de mérite. Il a laissé dans le champde la littérature canadienne des traces ineffacables et ses écrits remplissent à eux seuls plusieurs rayons d’une bibliothèque.

11 naquit en Irlande le 13 Avril 1827, et mourut assassiné, à Ottawa, en 1867. Partout où il s’est trouvé, soit en Irlande, soit aux Etats-Unis, soit au Canada, il a occupé une place dominante. Sa réputation comme poëte n’est pas aussi grande que sa renommée comme homme d’Etat et comme publiciste. Toutefois, il est facile de reconnaître, dans tous les écrits de McGee, l'artiste se prêtant à tous les caprices de l'écrivain : il est poëte sur le husting, en présence du peuple, en chambre d’assemblée et jusque dans la prose qu'il rédige à la hâte pour le journal. Son histoire d'Irlande

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n’est qu’une épopée populaire et poëtique de la OZ4 country. Il avait reçu de la nature le sentiment du beau, et chacune de ses créations porte cette empreinte.

Son volume de poésies est intitulé : Canadian Ballads and Occasional verses ; 1858 pp. 124, in-80. Ces chants sont dédiés à la jeunesse canadienne comme les premiers fruits de l’auteur envers sa patrie nouvelle. On trouve dans ce livre des sentiments profonds, beaucoup de conviction, de l’imagination et de la chaleur. La politique a nécessairement entraîné McGee sur une autre voie et l’a empêché de produire de nouveaux essais de poësie. Si un malheur inattendu ne fut venu enle,er au Canada cet homme encore dans la force de l'âge, je serais porté à conclure avec ces paroles d'Horace :

.…....... More, ubi publicas Res ordinaris, grande munus Cecropio repetes cothurno.

Un des écrivains les plus féconds comme un des plus recommandables de la littérature anglo-canadienne est CHARLES HEAvVYSEGE. Ce poëte naquit à Liverpool et vint s'établir en Canada en 1853. Il est demeuré depuis à Montréal ot fut pendant quelques années attaché à la rédaction du Witness.

Heavysege avait reçu de la nature tous les dons qui peuvent orner l'esprit d’un poëte : imagination féconde, mémoire excellente, sensibilité, enthousiasme. Il n'eut qu’à cultiver ces qualités précieuses. Il s’est inspiré à deux sources inépuisables, la bible et Shakespeare. C’est là qu'il trouve ses modèles, son inspiration, les beautés et les figures de toutes sortes avec lesquelles il parsème ses chants. Son poème Saw, grand drame en trois purties, parut pour la première fois à Montréal en 1857. pp. 315 in-8o. C'est indubitablement, dit la North British Review, le poème le plus remarquable écrit en dehors de l'Angleterre, Saul se divise en trois parties et chacune d’elle se subdivise en cinq actes formant un volume de plus de 10,000 vers. C’est le sujet le plus vaste qui puisse ètre imaginé pour un drame, et il a été traité avec une grande puissance poétique et un grand déploiement de connaissances

naturelles. On voit que l’auteur connait deux choses : la bible et la nature.

Count Filipo, or the unequal marriage est un drame en cinq actes, publié en 1860, pp. 153. Cette composition quoiqu'inférieure à la précédente ne laisse pas de contenir de grandes beautés. L'auteur a des aptitudes marquées par le drame. Jephtha’s Daughter, 1865, pp. 9,4, in-12, autre drame remarquable, développe avec un grand art les sentiments les plus naturel$ du cœur humain. Nous avons encore de cette plume féconde une nouvelle intitu'‘e : The advocate, publiée en 1865, Enfin en 1868, le Dominion monthly publiait un nouveau drame de Heavysege intitulé Jezebel,

Il est impossible de juger ce poète éminent dans un espace restreint. Il faudrait citer les parties les plus importantes de ses œuvres, les mettre sous les yeux du lecteur, le bercer aux chants mélodieux de cette poésie délicieuse. Cet écrivain unit la fécondité à l'inspiration, IT à reçu de la nature le don de la poésie, Ses travaux le placent parmi les plus grands bardes de la littérature anglo-canadienne.

Depuis les jours glorieux de McLachlan, MeLeod et Mc- Donald, aucun écrivain n'a autant honoré la muse gaëlique que Evan MoCozz. Ce poète, que le Canada réclame, naquit en Ecosse en 1808. On l'appelait dans son pays le Ménestrel de la montagne. Al occupe une place importante dans l'ouvrage de MacKenzie, Beruties of Gaelic poetry, and lives of the Highland Bards, Glasgow, 1841. En 1837 il devint un des collaborateurs du Gaëlie Magazine.

Son premier volume de poésie, À collection of poems and songs in Gaëlic purut en 1831: Cet essai lui assura une place importance parmi les bardes de son pays. On le proclama sans rival et ce fut un véritable concert d'admiration. Ode to Loch Duich est inimitable : toute la terre natale, la vicille Ecosse est là, avec ses montagnes, ses vallons, son ciel gris, ses bardes antiques, sa poésie sauvage, ses types de

montagnards, ses airs nationaux. Il publia un second volume en 1846, T'he mountain minstrel, or Poems and songs in ÆEnghsh. L'accueil fut encore plus favorable. En 1850 il

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La poésie de McColl est le résultat d'un esprit fortement impressionné par les beautés de la nature, la grandeur sauvage des scènes pittoresques au milieu desquelles sa jeunesse s'est écoulée. Il avait reçu üe la nature le génie de la poésie. Il agrandit, embellit, illumine tout ce qu’il touche. Son luth est puissant et les accords de sa lyÿre sont retentissants comme le sifflement de la bise s'engouffrant dans les crevasses des montagnes de son pays. Son rhythme n’a pas toute la douceur désirable, mais cette rudesse mème ne nuit pas au luxe d'images et de figures qui parsème sa poésie. On trouve dans quelqu’unes de ses mélodies l'expression de sentiments tendres et délicats. Partout l'auteur voit la nature à travers un prisme admirable qui réflète sur sa riche imagination des mirages aux mille couleurs,

CHARLES SANGSTER € t regardé par un grand nombre de ses compatriotes comme je poëte national du Canada. En effet, canadien par 1: ssiice, par l'éducation, par sentiment autant que par :. 1ature et l’esprit de ses publications, il mérite, auprès du critique, une mention toute spéciale,

[ naquit à Point Frederick, près Kingston, en 1822, Après avoir longtemps servi dans l’armée navale, stationaire sur les - rands lacs du Haut Canada, il entra à la rédaction du Ce. rier et plus tard du Whiget du Daily Witness de Kingston.

Il s'était inspiré, pendant son séjour sur les rives des grands lacs, des beautés sauvages et grandioses de lAmérique. Doué d’une âme sensible et aimante, il voua de bonne heure un culte sincère aux beautés de la nature qu'il a chantées dans toutes ses poésies. Jeune encore il faisait des vers pour l'amusement de ses camarades, En vieillissant, son talent se mûrit, son style se châtia et il acquit cette pureté et cette facilité qui le distinguent. II devint le collaborateur favori du ZLitterary Garland, du Barker's Magazine, 4e l’Anglo Ame-

rican, du Saturday Review, et du British American Magazine.

Be

Le premier volume de poésies publié par Sangster est intitulé The St Lawrence and the Saguenay, and other poems. Il ne porte pas ce caractère artistique et classique qu’on rencontre dans ses autres ouvrages, particulièrement son Hesperus and other poems, and Lyrics, en deux volumes. Son talent prend chaque jour plus d’ampleur et de force. The Happy Harvesters est un charmant petit poëme qui rappelle les bucoliques et mème quelques passages des géorgiques de Virgile, L'ode à r'automne mérite surtout l'attention des amateurs de bonne poésie. Song for the fall et The Soldiers of the plough parlent au cœur des populations rurales.

‘Malc.im, ‘Colin, ‘Margery, ‘The Wine of song, ‘ The Plaïas of Abraham, The Death of Wolfe, * Brock, ‘ The Song for Cauada, ‘la be a Fairy King, ‘The Rapid, * Young Again, and ‘ The Comet, the snows song for Canada, sont des poëmes d’une grande beauté.

Ce qui frappe le plus dans la poésie de Sangster, c’est le naturel et la simplicité de son talent: ilécrit comme un autre parle, sans prétention, sans affectation surtout, Peintre de la nature il revêt, pour parler de ce grand tout ordonné, les couleurs brillantes mais simples de l'imagination, Il n’a qu'une voix, qu'un sentiment, pour chanter les beautés qui l'entourent; mais cette voix, ce sentiment, c’est la puissance mème : il est grand comme son sujet. C’est le chantre du St, Laurent, de ses beautés reveraines, de ses îles magnifiques, de ses panoramas superbes. A ce titre la littérature nationale lui doit des égards. Son poëme sur le St Laurent et le Saguenay est écrit en stances de Spencer, ce qui est une difficulté qu'on ne surmonte pas toujours. Sa poésie est éminemment nationale ; d’abord parcequ'elle est descriptive des licux enchanteurs de notre patrie, ensuite parcequ'on y trouve cette sève patriotique qui nourrit les meilleures inspirations, les soutient et leur assure l’immortalité. Sangster restera longtemps notre meilleur barde dans le champ de la littérature descriptive. La variété de ses écrits sur des thèmes canadiens et l'originalité de sa poésie éloigne de lui un grand nombre derivaux. Il ne saurait être mis en comparai-

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son qu'avec Alexandre MeLachlan qui reçut lui aussi une âme profondément sympathique aux beautés de la nature, Tous deux sont doués d’une originalité qui neles quitte jamais. Sous le rapport de l'élégance, de la puissance descriptive, et des succès qu'il a atteint en traitant les sujets canadiens, Sangster n’a certainement pas de supérieur dans ce pays; mais dans l'appréciation subtile des caractères, dans le déploiement des passions et pour l'étude du cœur humain, MeLachlan est sans rival, Comment il se fait que ces deux écrivains soient si peu connus parmi nos compatriotes, c'est une chose qui ne peut s'expliquer que par l'apathie du publie pour les œuvres d'art. Ils sont à Ia littérature anglo-canadienne ce que sont Lemay et Sulte à la littérature franco-canadienne,

ALEXANDER MCLACHLAN naquit en Ecosse, en 1820. Il vint se fixer en Canada en 1840, Depuis cette époque, il s’est livré avec ardeur aux travaux littéraires. Sa poésie était également estimée à l'étranger et la preuve, c'est qu'il obtint le prix offert par le Vorkman de Glasgow pour le meilleur chant national écossais. Ce prix était ouvert à la compétition de l’univers entier. Le Workman annonça le triomphe du poète canadien en ces termes: “Nous avons reçu un grand nombre de poëmes des Colonies Anglaises, et nous éprouvons un grand plaisir en accordant le prix à Alexander McLachlan, pour sa chanson nationale : Halls of Holly-rood. Le patriotisme et le talent de l’auteur sont un orgueil pour sa terre natale et une belle acquisition pour sa terre adoptive.”

En 1863, il fut nommé par le gouvernement agent d'immigration en Europe. Outre un grand nombre de pièces détachées, nous avons de lui :

Poems, chiefly in the Scottish dialect, Toronto, 1856 in-12 ; Lyrics and Misceliuncous Poems, do 1858, in-12; T'he Emigrant and other poems, do 1861, pp. 286, in-12. Parmi ses poésies lyriques on cite surtout : Old Hannah, The Grert Old Hills, Ode on the death of the Poet Tannahill, etc.

Le nom de MeLachlan mérite de figurer à côté des plus grands versificateurs de l’Europe -contemporaine. C'est un

de ces hommes qui par leurs talents, leurs aptitudes et leurs goûts apportent une mise considérable au capital de la pensée humaine, Il n'a pas encore, en Ecosse du moins, la réputation de grand poëte et d'homme supérieur de Burns, mais l’époque n'est peut-être pas éloignée où ilsera placé par ses compatriotes à côté des plus grands bardes qui ont honoré la muse écossaise, et c’est avec un orgueil légitime que le Canada pourra cor.templer un des sièns franchissant, avec autant de dignité et de gloire, les degrés qui conduisent an sommet du Parnasse. Comme Burns, le poète canadien appartient à la classe des agriculteurs, comme son maitre ou plutôt son rival, il à puisé dans la nature, ce grand livre de poésie, les beautés qui ornent ses chants.

Carozz Ryan naquit à Toronto en 1840. IT servit comme volontaire pendant la guerre de Sébastopool. Il rédige muintenant le Volunteer Review d'Ottawa.

I publia son premier volume de poésie en 1857, à son retour de la Crimée, où il avait servi dans un contingent ture. Jet ouvrage est intitulé: Oscar and other Poems, Hamilton, in-12. Oscar raconte la vie aventureuse en Orient, les dr mes guerriers dont il avait été le témoin, n'oubliant jamais de jeter vers sa patrie un regard attendri par les souvenirs. # Lorsque les Songs of a Wanderer parurent à Ottawa, en 1867, dit M. Sulte, le poète complétait neuf années de service dans le 100e régiment, dit du Prince de Galles. Il reve nait encore une fois au pays avec un portefeuille richement chargé de poésies nées dans les champs de manœuvres en Angleterre, dans ses promenades à travers l'Espagne, dans los chemins de ronde de l'Ile de Malte, et enfin partout où le pied distrait du penseur avait cru fouler les sentiers de J'Hélicon. Voilà l'origine du livre qu’il a donné en dernier lieu aux admirateurs des beaux vers et des nobles aspirations, aussi bien qu'aux canadiens attachés à leur patrie par les liens du cœur et “e l'esprit.

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de ne pas être appréciés à leur valeur, mais, à chaque page, une scène qui nous est familière, un cri échappé du cœur d'un enfant du pays, nous porte à admirer cette nouvelle imagiuation d'un barde canadien, chantant les héros de la chevæ lerie, peignant avec feu un tableau de mœurs européennes, où frappant au coin d’un vers mélodieux une description de la Méditerrannée. Malte, le sol aux légendes, Malte, ia fière, {a fleur du monde, comme l'appellent une trentaine de nations qui lui jettent. en passant un salut en échange d’un souvenir, Malte parait avoir surtont inspiré le poëte dans ses heures de fantaisie. Il fant lire son livre, les beaux endroits y abondent ; l’on sent courir la vie dans les pièces de longue haleine, tandis que l’art du ciseleur se retrouve dans les moindres couplets.

“ Plusieurs truits de l’histoire du Canada lui ont fourni des inspirations heureuses ; il en a profité de manière à attirer sur ce point etles lecteurs et la critique. C'est bien, en effet, à titre de poëte canadien qu'il devrait être jugé, car pour nous, la principale gloire consiste à manifester sa foi nationale et à fournir un élément à la croyance patriotique. Le reste n’est que secondaire. Anglais comme Français, nous cherchons de suite dans une œuvre, quelle qu’elle soit, la pensée du citoyen renvoyant le texte à l'examen des détails ou à la porte des agréments purs etsimples. Un travail littéraire parfaitement ordonné et rédigé avec soin ne reçoit la vie qu’à condition de répondre à ce sentiment.

“ (Grâce à l'étude plus qu'ordinaire que M. Ryan a faite de l'histoire du Canada, il a pu éviter l'écueil. L'épreuve est mainterant terminée. Les Songs of a Wonderer sont allées rejoindre ies délicieuses productions de Charles Sangster, d'Isidore Ascher, et de plusieurs autres dont la renommée protège la littérature du Faut-Canada.” (1)

La littérature canadienne revendique comme un des siens IstDORE G. ASCHER. Il naquit à Glasgow, Ecosse, en 1855. À l'âge de huit ans, il vint en Canada avec ses parents, y fit

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(1) Revue Canadienne, vol. V., 949.

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