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nos poètes dans l’ordre chronologique qui aitétudié les auteurs classiques et qui se soit débarrassé du mauvais goût engendré par l’école de l’abbé Delisle au X VIITe siècle.) IL n’a peut-être pas toute la vigueur de KFréchette ni la grâce de Lemay, mais il ne manque pas de ces belles qualités, outre qu'il les surpasse tous par l'inspiration, la pompe, l'élévation de la pensée. L'idée est toujours dominante; son vers toujours substantiel., Plein d'enthousiasme, il a des poésies qui le font surnommer le Thirtée du Canada, comme il en a d’autres, dans le genre élégiaque et tendre, qui nesont pas inférieures aux Nuits de Young ou aux strophes touchantes de Millevoye.
“ Le défaut de Cremazie, dit M. Fréchette, était la négligence, Ilne travaillait pas asséz son sujet, De là, des faiblesses, des répétitions, une certaine monotonie dans la forme, une trop grande propension à tourner dans le mème cercle d'idées. Mais quelles images! quelle ampleur destyle, quels coups d'ailes magnifiques! On respire, en le lisant, je ne sais quel parfum de sauvage grandeur. Tantôt sa strophe roule comme un bruit pesant d'artillerie; tantôt elle éclate comme une fanfare de cuivre. Parfois elle gronde comme le vent d'hiver dans les forêts du Nord, et parfois'on croirait entendre les accords majestueux de l'orgue soufflant sous les pilliers des vieilles cathédrales. Il y a des pages qui à elles seules sufliraient pour faire la réputation d’un poëte !”
Un soldat de l'Empire ; sa pièce à la mémoire de M. de Fenouillet; une légende indienne et un poème sur la mer, n’ont jamais été publiés.
PauLz SrevEnNs est le Lafontaine du Canada. C’est à peu. près le seul écrivain qui se soit adonné à l’apologue.
Il naquit en Belgique. Lors de son arrivée en Canada, il prit la rédaction de La Patrie, journal publié à Montréal. I occupa, plus tard, une chaire de littérature au collége de Chambly, En 1860, on le retrouve encore à Montréal rédigeant, en compagnie de MM. Sampé et Sabatier, l’Artiste. Depuis lors, M. P. Stevens est resté précepteur dans la famille De Lery. Les devoirs de sa nouvelle charge l'ont sans doute empêché d'écrire, car nous n’avons rien de lui
depuis 1867.
notre pays. À ménage quelqt à le répéter.
Les fables 120 pages. I ge plait à rec mérite, Jen’ veté incompa la grâce et le simplicité etc pensée dans le phique : elle € des écrits du rellement et s temps, c'est 1 exprimée d'ut Muis les Co ont contribu tion de M. ; naturel, ia gr requiert ce g sans eXCEptIO Ces pages f0 jeunesse et d Elles contril ses et instru L'auteur n’:
réalisé le pré qui est aussi ALFRED ( gon amour qualités de le troisièm écrit quelq de Fronten 1866. Il pr toire du Ca
depuis 1867. C’est une véritable perte pour la littérature de notre pays. Mais espérons que le digne précepteur nous ménage quelque bonne surprise, ainsi que la rumeur se plaît à le répéter.
Les Fables de M. Stevens forment un joli volume in-8 de 120 pages. L'impression de cet ouvrage date de 1857, On se plait à reconnaître que ces apologues ont beaucoup de mérite, Je n'y retrouve pas le naturel charmant et la naïveté incomparable du grand fabuliste Lafontaine, ni mème la grâce et le luxe poétique de Florian, mais j'aime cette simplicité et ce choix précis d'expression qui incrustent la pensée dans le style. L'apologue appartient au genre philosophique : elle est enseignante. C’est encore le principal mérite des écrits du fabuliste canadien. La moralité découle natu.
rellement et sans effort du corps de la fable; la plupart qu temps, c'est une vérité générale, plus où moins piquante, f
exprimée d’une manière vive et courte.
Muis les Contes populaires; Ottawa, 1867, pp. 252, in-80, ont contribué, plus encore que les Fables, à faire la réputa- ‘tion de M. Stevens. Ces contes ont tout le charme, le naturel, ia grâce, l’enjouement, la simplicité et l'abandon que
es requiert ce genre de littérature. Perrault les signerait tous |
es sans exception, parceque tous ils pourraient lui faire honneur, Ces pages fournissent encore une agréable récréation à la CET
le jeunesse et dérident mème parfois l'homme le plus grave. PR: |
r, Elles contribuent dansles campagnes à faire s’ecouler, joyeu- ! ses et instructives, les longues heures de nos veillées d'hiver.
u. L'auteur n'a donc pas entrepris une œuvre inutile, et il a Lo | réalisé le précepte d'Horace: Le parfait littérateur est celui LR |
il qui est aussi utile qu'agréable. |
(l ALFRED GARNEAU semble avoir hérité de son illustre père
e son amour pour les travaux de l'intelligence et ses belles
- qualités de poète. Il a beaucoup aidé son père à préparer
2, le troisième volume de l'Histoire du Canada. I1 a lui-mème
pe écrit quelques pages d'histoire, entr'autres: Les Seigneurs
t de Frontenac. Ce travuil parut dans la Revue Canadienne de
1866, Il prépare actuellement une nouvelle édition de l’His-
toire du C'anada.
Ses pièces de poésie ont été publiées dans les journaux de Montréal et de Québec, principalement dans lo Foyer Canadien. M. Hector Fabre l'appelle ‘un versificateur brillant et un ciseleur habile.” C'est un éloge très flatteur et je le crois mérité. Espérons que M. Garneau, qui n'a pas cessé pour toujours d'écrire, redoublera d'efforts et qu'il rempor tera de nouvelles palmes. Une de ses meilleures productions est intitulée : Le bon pauvre. M. Garneau :t trop avare de ses productions. Tout le monde cependant s'accorde à dire qu'il aurait atteint, surpassé peut-être nos meilleurs versificateurs, s'il eut cultivé le don précieux qu'il a reçu de la nature.
BzaiN DE Sr. AUBIN est né en France et il y a fait ses études. Il est gradué de l'Université de Paris.
Il s'est fait, en Canada, une réputation bien méritée de lit. térateur., Ses compositions poétiques sont pleines de sel et d'esprit. La chanson paraît être son genre favori. Je con. gcille à M. Blain de St. Aubin de réunir dans un recueil la collection éparse de ses œuvres. Il doit cela à son talent et à sa réputation.
Nous avons de lui deux lectures en prose: La guerre, les milices canadiennes ; Le passé, le présent et l'avenir probable de la langue française en Canada. Il a également publié dans la Revue Canadienne un essai sur lu Uttérature canadienne. Le stylo de tous ses écrits est pur et correct.
Louis Joserr CYPRIEN FIsET occupe une place marquante parmi les poètes canadiens. Il naquit à Québec, en 1827. Dès sa jeunesse, alors qu’il n'était qu'étudiant, il montra un goût prononcé pour la littérature. Ses premières compositions dénotent un talent précoce et une riche imagination.
M. Fiset descend d’une des plus anciennes familles cana. diennes. Son père, l'honorable Louis Fiset occupa plusieurs emplois publics, particulièrement celui de juge pour le District de Québec.
Aprés avoir été admis au barreau, il abandonna la pratique de cette profession pour se consacrer entièrement à la littérature. En 1861 il fut nommé Protonotaire pour le Distric
de Québec, ] poésie #’acci remarquer ] délicate, gra ont été publi Montréal, er diennes et L.
années le Jo qui ont le pl à la fondati.
président er À Québec
le pria, en Prince de G éloges flatt
Parmi ses La voix du Mariette, & En 1867, cours de p La Découv rapport du et dans le avec art at l'éclat, un d'un bout :
cieuses qui cision dan:
bien versif sion. Les tion toute soutenue ( Le repr provient € des expre:
(1) Revu
de Québec, poste qu'il occupe encore. Son talent pour la
poésie s’accrut avec les années. Ses compositions se font
remarquer par une imagination féconde, une versification
délicate, gracieuse et élégante, Presque toutes ses poésies
ont été publiées dans les revues littéraires do Québec et de
Montréal, entr'autres, La Ruche Littéraire, les Soirées Cana-
diennes et Le Foyer Canadien. Il rédigea pendant quelques
années le Journal de l'Instruction Publique. Ilest un de ceux
qui ont le plus contribué par leur zèle comme par leurs écrits « à la fondation de l’Institut Canadien de Québec, dont il fut président en 1856.
À Québec, sa réputation littéraire est si bien établie qu'on le pria, en 1860, d'écrire une ode pour saluer l’arrivée du Prince de Galles au Canada. Cette composition mérita les éloges flatteurs qui lui furent adressés par le jeune prince. Parmi ses meilleures compositions lyriques, on cite encore La voix du passé, Méditation, Le poète à la muse, Le vœux de Mariette, &c.
En 1867, M. Fiset obtenait la médaille d'argent, au con. cours de poésie de l’'Univérsité Laval, sur le sujet suivant : La Découverte du Canada. Voici comment s'exprime le
] rapport du jury. “Une grande observation dans les idées | la et dans le style, une heureuse variété de rhythme adopté Le avec art aux différentes parties du sujet, du mouvement, de l'éclat, un véritable souffle lyrique, qui se soutient presque nte d'un bout à l’autre du poème: tant de si belles et de si pré- 27. cieuses qualités ont voilé aux yeux du jury, un peu d’indéun cision dans le plan, queiques lenteurs dans le début, d’ailleurs po- bien versifié, quelques taches dans le style et dans l’exprespn. sion. Les deux premiers chants ont paru mériter une menna. MN tion toute particulière pour la grandeur des idées et la boauté | ITS soutenue de la versification.” (1) le Le reproche le plus grave qu’on peut adresser à M. Fiset provient de l'excès d’une qualité : la délicatesse dans le choix ue des expression etdans le tour de la phrase. Il est si recherché, à- +
(1) Revue Canadienne, vol, IV., 786.
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si délicat, si prudent qu’il devient maniéré. Il est souvent prèt à sacrifier le sens à la rime et le fond à la forme, ce qui faisait dire à Cremazie: ‘“ Fiset s’anime, la rime le mène.”
Espérons qu'un si beau talent contribuera encore à enrichir la littérature de notre pays. (
J'aurai occasion d'apprécier plus tard le talent'äe M. Basize ROUTHIER comme prosateur ; maintenaut j'ai l’intention d'examiner ses titres comme poète.
M. Routhier s’est d’abord fuit connaitre comme versificateur par plusieurs pièces de poésies fugitives qui indiquent un goût prononcé pour le beau. Ses compositions sont éparses dans nos revues littéraires, et il est à désirer que l’auteur, d'ordinaire assez soucieux de ses productions, les réunisse dans un recueil. Cet écrivain a concouru en 1867, et a obtenu la médaille de bronze sur le sujet: La découverte du Canada. Voici ce qu'en pense le secrétaire du jury dans son rapport: ‘“ Le No. 10, qui a pour épigraphe ces paroles de la Genèse: Æyredere de terra tua.….…...et veni in terram qua in monstrabo tibi, faciam que te in gentem magnam, aurait sans doute déterminé les suffrages du jury, si l’auteur eut joint à un sujet bien entendu, à un goût déjà formé, à une versification généralement bonne, à l'entrain de sa pensée, des tableaux plus complèts et plus larges, une plus grande variété de détails poètiques.” (1)
M. Routhier a fait de bons vers, et il en aurait fait d meilleurs encore s’il eut continué à cultiver les muses. Mais je m'aperçois qu'il à échangé la palette du poète pour le burin du prosateur. Je n’ai pas le courage de l'en blâmer. Il connait parfaitement sa langue. Il est pur dans le choix des expressions. [Il manque peut-être de naturel, ce qui n’est pas un léger défaut. Cela provient sans doute de ce qu'il recherche l'effet en se proclamant puriste.
L'écrivain le plus fécond qu’'ait produit jusqu’à ce. jour la muse canadienne est sans contredit LEON PAMPHILE LExay.
(1) Revue Canadienne, vol. IV., 785.
Il naquit :
au séminair mais sa san Après avoir t ilselivra tou agé aux Eta recherche d’ gagea comr Cette occupa demeurât lo étudia la thé de santé l’ot ia vie eèciés nommé trad hui M. Lem province de
M. Lema; notre bagag sont très no haleine. C L'œuvre ca] d’'Evangelin
J'avais lt Longfellow douces mélo ces vrais à cette touch de nouveau fellow ; je 1 phile Lema de poésie, € description:
de la doulet sentrments du barde ce:
Evangeli qui n’a peu
Il naquit à Lotbinière en 1837. Il fit de bonnes études : au séminaire de Québec et il se destinait au sacerdoce, mais sa santé délicate l’empêcha de suivre cette vocation. Après avoir tenté pendant quelque temps l'étude aride du droit, ilse livra tout entier à ses goûts littéraires. Après avoir voy- LRU. agé aux Etats-Unis, à peu près comme Jérôme Paturot, à la | recherche d’une position sociale, il revint au Canada et s’engagea comme commis chez un marchand de Sherbrooke. Cette occupation était trop contraire à ses goûts pour qu'il y a demeurât longtemps. Il endossa de nouveau la soutane et | étudia la théologie pendant deux ans à Ottawa. Des raisons | de santé l’obligèrent de nouveau à renoncer pour toujours à ia vic etciésiastique. Il termina ses études légales et fut nommé traducteur à la Chambre des Communes. Aujourd'hui M. Lemay est bibliothécaire du Parlement Local de la a province de Québec.
M. Lemay est un de ceux qui a le plus fait pour grossir notre bagage littéraire. Outre ses pièces détachées qui sont très nombreuses, il a encore écrit trois poëmes de longue | haleine. Commençons d’abord par ses Æssais poétiques. L'œuvre capitale de ce volume est sans contredit la traduction
> d’Evangeline de Longfellow. ‘ i té J'avais lu, il y a déjà quelques années, l’Evangeline de de Longfellow et j'en avais emporté un souvenir agréable. Ces FlA le H douces mélodies caressaient encore mollement mon oreille, is ces vrais accents faisaient battre mon cœur au souvenir de le cette touchante histoire de l’Acadie. Mais je viens de lire Il de nouveau, cette fois dans notre idiome, le poëme de Long- | x fellow ; je me hâte d'ajouter que la traduction de M. Pam- | st phile Lemay n'est pas indigne de l'original. Cette richesse il de poésie, ce luxe d’images et de comparaisons, ces belles descriptions empruntées à la nature, cette haute expression Tr de la douleur humaine, ces notes plaintives et tendres, ces | ÆE sentrments délicats, je retrouve tout cela dans la traduction
du barde canadien.
Evangeline n’est pas un chant secondaire ; c’est un poëme
qui n’a peut-être pas de rival dans le champ de la littérature H
américaine, L'ensemble ne manque pas d’unité, mais le plan pourrait avoir plus d’ampleur; l'intrigue, être plus compliquée. Toutefois, cette charpente simple est recouverte avec une si grande variété de guirlandes, de festons et de treillis, avec une verdure si odorante, que l'esprit captivé par cet étalage enchanteur remarque à peine les défectuosités mini. mes du plan, On n’y trouve pas la mâle et imposante beauté de ces édifices superbes qui étonnent par la grandeur et la masse; c’est au contraire un charmant petit cottage enfoui au fond d’un val, entouré de bosquets en fleurs et dont la toiture perre coquettement une épaisse couche de feuillage. On sent que l’auteur à moulé son œuvre au coin d’un génie inspirateur. L'étincelle poëtique brille à chaque vers. IL y a comme un feu divin qui embrase tous ces beaux sentiments, toutes ces nobles pensées. Les douleurs de père, de mère, d'épouse, d’amante, de citoyen sont peintes et copiées d’après nature. L'auteur est avant tout un grand peintre. Il a étudié la nature dans ce qu’elle a de plus enchanteur et il a sondé tous les replis secrets du cœur humain. Ce petit poëme me rappelle la brillante émeraude qui étincelle de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. J'y retrouve la muse plaintive de Young, les accents prophétiques d'Ossian, les plaintes amères de Tennyson, les accents éloquents de Shakespeare ; des strophes qui ont la richesse et le vernis doré des ballades brumeuses du nord ; la douceur de Lamartine se mêlant aux accents désespérés de Millevoye.
Le poëme se divise en deux parties. La première raconte le bonheur des Acadiens, vivant sur la terre natale au sein des joies pastorales et du bonheur domestique ; la seconde rapporte l’histoire douloureuse de la dispersion de ce peuple infortuné. Le poète commence par une invocation aux vieilles forêts de l'Acadie noyées dans la pénombre et drapées dans leur feuillage sombre, aux sapins résineux et aux cèdres altiers qui jettent à chaque brise une plainte sauvage. Hélas ! qu'est devenu ce peuple brave et hospitalier qui habitait ces bois antiques ? Que sont devenus ces jolis villages avec leur toit de chaume et la petite Eglise avec son
léger dôme ces plages | de tout un Voyez-v coquette, v blonde jeui vent ; cet a ce vieillar Evangeline Evangelinc roucoule 4:
notes amot Elle est l’o gens, mais sur son Cœ plaisirs inn la directior leur avait :
nus grands Un soir était desce irrisant le revenu à l laboureur mandie, E\ entend des le forgero faire le cor Depuis « La mine défaites su et à Beaus de ces ét donné de 1 Pré de se que le roi rébellion les famille:
léger dôme ? Qu’est devenu l’heureux acadien ? Aujourd’hui ces plages sont désertes et l’histoire a enregistré la dispersion de tout un peuple.
Voyez-vous là bas, au fond de ce joli val, cette maison coquette, voyez-vous ce vieillard aux cheveux blancs et cette blonde jeune fille avec son gentil corset et ses cheveux au vent ; cet amas de maisons, c’est le hameau de Grand Pré ;
ce vieillard, c'est Benoit Bellefontaine ; cette jeune fille,
Evangeline. La paix et l’aisance règnent dans leur demeure. Evangeline a dix-sept printemps. Folûtre et gaie, elle roucoule avec les oiseaux du jardin et module avec eux des notes amoureuses que la brise embaumée emporte au loin. Elle est l’orgueil de son père et l'entretien de bien des jeunes gens, mais seul Gabriel, le fils du forgeron, règne en maître sur son cœur. Tous deux, après s'être livrés ensemble aux plaisirs innocents de l’innocente enfance, avaient grandi sous la direction du bon curé, le père Félix. Ce digne ministre leur avait montré à lire et à prier. Tous deux étaient devenus grands e ‘amour remplaça l'amitié.
Un soir d'été, Oh! quel beau soir: la nuit dans le vallon était descendue en silence, l'étoile du soir étincelait encore, irrisant le ciel bleu de ses filandres d'or, le troupeau était revenu à l’étable en flairant les parfums du gazon. Benoit le laboureur est assis au foyer, chantant les refrains de la Normandie. Evangeline’ est occupée à filer. Mais bientôt on entend des pas retentir sur le seuil, c’est Gabriel et son père, le forgeron, puis c’est le vieux notaire Leblanc qui vient faire le contrat de mariage des deux amoureux.
Depuis quelques jours des navires anglais étaient en rade. La mine farouche des matelots et surtout le souvenir des défaites subies par l'Angleterre à Louisbourg, à Port Royal et à Beauséjour rendaient plus suspecte encore la présence de ces étrangers. Effectivement le lendemain, ordre fut donné de la part du roi d'Angleterre aux habitants de Grand Pré de se réunir dans l'Eglise. LA, le commandant annonça que le roi son maitre avait jugé à propos de punir leur rébellion en s'emparant de leurs propriétés et en dispersant les familles sur le continent,
Et ce barbares matelots s'emparent de ces paisibles habitants, les embarquent à bord de leurs navires et les transportent sur les rives du continent. Le père avait été séparé de son épouse et les enfants de leurs parents. En s’éloignant, les Accadiens v'-ent leurs maisons, leur village, devenir la proie des flammes.
Le père d’Evangeline ne put survivre à tous ces malheurs. La voilà seule, orpheline, et Gabriel a été placé sur un autre navire. Ils sont séparés à la veille même de leur union C'est alors que commence l’odyssée douloureuse de l’acadienne, Le souvenir de Gabriel ne la quitte pas un seul instant. Elle interroge tous les cimetières et demande à la terre si elle recouvre son amant. Elle questionne le passant: mais personne ne peut lui répondre. De longs jours s’écoulent, elle espère toujours.
Une petite phalange d’acadiens s'était répandue dans les riches prairies du sud. Evangeline en est informée, elle se résout d’y aller. Elle part accompagnée de ses malheureux compagnons qui eux aussi étaient à la recherche de leurs parents. Ils arrivent à la Louisiane et retrouvent le père de Gabriel, le vieux forgeron. Mais le fils triste et découragé était parti pour les forêts. Nouveau désenchantement pour la pauvre Evangeline. Elle se met sur ses traces. Elle marche, s'enfonce dans les forêts, traverse les tribus indiennes. Mais toutes ses courses sont vaines. Elle ne peut retrouver celui qu'elle cherche avec tant d’ardeur.
Bien des années s'étaient écoulées et des rides étaient venues obscurcir le front autrefois si calme et si pur de la belle acadienne. N'espérant plus rien sur la terre, elle s'était dévouée au service des malades dans un hôpital de pestiférés, à Boston. Un jour on apporte un malade. C’est un homme déjà âgé, la mort est répandue sur tous ses traits : il est sur le point de rendre le dernier soupir. Evangeline le reconnaît ; c'est Gabriel. “Je te retrouve enfin, dit-elle, et nous mourrons ensemble.” Et tous deux se donnèrent le dernier baiser de paix. On accourut, ils étaient morts! La même tombe reçut leurs dépouilles :
Le poëm Héles! auj si gaie et si on voit jou
C'est là détails reh:
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cription cet du Sud. Le ainsi que | Providenc donnent de
Je ne di jai déjà m ment rend rature lui dans notre ment de l:
pas caché grâce pou glisser dai la critique vers, la ri
Les eftor la force d cette facil de M. Le
Héles ! aujourd’hui, ajoute le poëte, sur cette terre autrefois si gaie et si riante, on entend murmurer un étrange idiome, on voit jouer les fils d’un étranger:
ne re
Seulement sur les rocs que le flot vient ronger Et sur les bords déserts du sonore atlantique On voit, de place en place, un paysan rustique. C’est un pauvre acadien dont le plaintif aïeul Ne voulut pas avoir pour sépulcre ou linceul La terre de l'exil, si lourde et si fatale, Et qui revint mourir à sa rive natale.
C'est là le fond du poëme Evangeline. Les beautés de détails rehaussent encore ce sujet si fécond. La description de la maison du père d'Evangeline et la peinture‘de la vie rus- : LEA tique ne le cèdenten rien aux meilleures égloges de Virgile ou de Théocrite. Je citerai encore comme un modèle de description cette partie qui peint si bien la luxuriante végétation du Sud. Le petitépisode de l’indienne à qui on a tué le mari ainsi que l’apologue du père Leblanc, pour prouver que la Providence n’abandonne jamais le faible même ici bas, donnent de nouveaux reliefs au récit, Je ne dirai que peu de chosede la traduction de M. Lemay; x j'ai déjà mentionné qu'elle était bien réussie. Il a parfaitet ment rendu le caractère de l’œuvre et les amis de notre littérature lui doivent des remerciments pour avoir fait passer
D pomme gr
Et tout était fini : la crainte et l'espérance, ti Les fidèles amours et la longue souffrance. | Le poëme se termine par un adieu à la vieille forêt, [1 r
t dans notre langue et sous le ciel du Canada ce beau moruà ment de la littérature des Etats-Unis. Le traducteur ne s’est | e pas caché les difficultés qu'il avait à vaincre et il demande e grâce pour les imperfections qui devaient nécessairement se k t glisser dans une œuvre de ce genre, Ces défauts sont rares et
la critique impartiale se hâte de reconnaitre l'harmonie du e vers, la richesse de la rime et la flexibilité du tour poétique. , Les efforis que l’auteur a faits pour conserver au poëme toute e la force du texte ont dù contribuer énormément à lui donner ! cette facilité et cette flexibilité qui distinguent tous les écrits
de M. Lemay.
Les Æssais poétiques contiennent encore d’autres pièces de poésie; ce sont pour la plupart des descriptions ou des strophes élégiaques. Je citerai, entr'autres, La descente des Iroquois dans l'Ile d'Orléans. Ce chant rappelle de tristes souvenirs historiques qui remontent à 1656. Le sommeil de l'enfant est un petit chef-d'œuvre de fraîcheur et de grâce ; [ronie et prière, Il faut chanter, méritent d’être cités.
M. Lemay a encore attaché son nom à deux autres poëmes couronnés par l’Université Laval : La découverte du Canada et l'Hymne national pour la fête des Canadiens-français. Ces sujets avaient été proposés par l'Université. Voici, d’après le rapport du jury, les raisons qui ont engagé les MM. de l'Université à proposer ce sujet. ‘% La faculté des arts, en choisissant la découverte du Canada pour premier sujet de concours de poésie qu'elle a établi l'an dernier, n’a pas voulu seulement former entre l’origine du concours c! l'origine de notre patrie une sorte de lien poétique ; moins encore a-t-elle voulu arracher à l'oubli un nom qui brillera toujours au frontispice de notre histoire, un de ces hardis navigateurs que le XV et le XVI siècle ont vus promener leurs voiles aventureuses sur des mers lointaines et inconnues, fonder des empires plus vastes que l'Europe et mourir souvent ignorés, après avoir comblé de gloire et de richesses leurs pays et leur souverain. La faculté a vu dans ce sujet un thème fécond d’inspirations poétiques qui, par es circonstances naturelles, et surtout par l'intérêt qui s'attache pour tout homme bien né «1x origines de sa patrie, semblait offrir aux jeunes talents avec une entreprise héroïque, des caractères heureux, une nature riche à peindre, le contraste frappant de mœurs rudes, d’une sauvage simplicité, avec une civilisation sinon parfaite, du moins fort avancée,
‘ La découverte du Canada remonte, en effet, à cette époque pleine de troubles et de grandeur, où des esprits hardis et quelque fois téméraires, épris de l'inconnu et de la nouveauté, tentèrent des voies nouvelles dans les lettres comme dans les sciences, dans la religion comme dans la navigation. ‘ Déjà quelques nations de l'Europe s'étaient partagées le
nouveau m mouvemer chrétien, vers les c planter la des peupla
« Décrir lointaine d sorte de pr ces fleuve briand a c« le cœur en que durent à la vue dc et de ces s cœur pur ( mœurs d’ défiance, le perfide, vo le sujet pr vaste et po merveillet touchante concurren bornes d temps, q longue ca années, ur ressources
Après jury en ar me reste, aitété pr horisons, 1 due dépas pièce de vers, Où
me.
nouveau monde ; seule, la France, semblait étrangère à œ mouvement. Mais Dien avait marqué son heure et le roi très chrétien, François I, envoya un hardi navigateur breton vers les contrées encore inexplorées de l'Amérique, pour y planter la croix et y établir un empire chrétien au milieu des peuplades barbares asservies au joug de leurs manitous.
“ Décrire cette expédition, les hasards d’une navigation lointaine dont les progrès de l’ifdustrie ont fait un jeu, une sorte de promenade agréable ; peindre cette nature grandiose, ces fleuves immenses, ces forêts séculaires que Chateaubriand a célébré dans une prose si poétique ; reproduire par le cœur encore plus que par l'imagination, les sentiments que durent éprouver au milieu des périls d’un long voyage, à la vue de toutes les merveilles qui frappaient leurs regards et de ces spectacles si nouveaux pour eux, des hommes au cœur pur et fortement trempé ; étudier le caractère et les mœurs d'hommes sauvages, leur naïf étonnement, leur défiance, leur susceptibilité native, leur feinte et leur amitié perfide, voilà une partie des richesses que présentait au talent le sujet proposé au concours par la Faculté des Arts ; sujet vaste et poétique, dont les anciens eussent faitune épopée plus merveilleuse que les voyages de l’ingénieux Ulysse, plus touchante que les malheurs du pieux Enée ; mais que les concurrents devaient circonscrire pour demeurer dans les bornes du concours et céder à l’impérieuse nécessité du temps, qui ne lui permettait pas de parcourir une aussi longue carrière, d'entreprendre un voyage qui demande des années, un talent müri par l'étude et l'expérience, toutes les ressources d’un génie grand et sublime.”
Après avoir parlé des autres concurrents, le rapport du jury en arrive à M. Lemay qui obtint la médaille d'or. “11 me reste, dit-il, à parler du seul essai de poésie épique qui aitété présenté au concours. JL’auteur, habitué aux vastes horisons, n'a pas craint d'entreprendre un travail dont l'étendue dépasse les exigences de ce concours. C’est moins une pièce de poésie, qu'un long poème de près de trois milles vers, où le sujet, dans un plan vaste et bien ordonné, se
déroule majestueusement comme les ondes du grand fleuve qui baigne nos rivages. Fidèle à l’épigraphe qu'il a choisie : a solis ortus usque ad ocasun laudabile nomen domini : De l'aurore au couchant le nom du Seigneur est digne de louanges, l’auteur à embrassé dans son ;cadre le ciel, la terre et les enfers. Il monte jusqu'aux cieux, à la suite de l'ange
du Canada, pour y dérober les secrets desseins de l'Eternel: il
descend jusque dans les ‘profondeurs de l'abime pour y suspendre les sinistres complots des démons toujours acharnés à disputer à Dieu ses conquêtes, et entraver ses miséricordieux projets, et la terre est le champ de bataille où se livre ce mystérieux et perpétuel combat du bien et du mal, de la vérité et de l'erreur, de Dieu et du démon. De là cet emploi du merveilleux chrétien qui souvent élève le poème à des hauteurs inconnues des anciens, et ajoute au tableau déjà si riche des horisons lointains qui en augmentent singulièrement l'effet.
‘“ Je ne veux pas mêler à l'appréciation de ce poème de minutieux détails d'analyse. Jedirai seulement que le jury a été heureux de rencontrer parmi les pièces de poésie présentées au concours, un essai de poésie épique où les règles du
| genre sont fidèlement observées, les ressources du sujet habi- : lement mises en œuvres, le style toujours pur et quelquefois \ d’une précision remarquable. Nourri de la lecture des grands
modèles, l’auteur a su les imiter en conservant une large part d'invention et d'originalité. Il manie le style épique avec bonheur, il en connait les secrets, les grands mouvements. Les comparaisons heureuses qui abondent partout ne sont pas une des moindres séductions du poème. A toutes ces qualités, vient se joindre un charmant épisode placé à propos au neuvième chant, comme pour reposer les lecteurs et les matelots des agitations de la tempête qui a dispersé les vaisseaux de Cartier et a poussé la grande Hermine sur une île déserte,
“ Les plus beaux chants de cet essai sons incontestablement le premier, le deuxième, le sixième, et le neuvième chants, où le poète se soutient à une plus grande hauteur. La
chaleur, unc et de la fict rempli, les i plus varié q parfaitemen due, compos manquer de été surpris persuadé qu rer certain donner à d” caractère de multiplier le poème, e pas plus lb “ La der traces d’un d'une longt que cette p jours poète L'hymne magnifique Avant d publiée da a pour titr tracées de versificati petit chef:
M. Fréc Ü M. Lema «M. La assez rare fascinent, un tonner racte ; SO
(1) Louis
chaleur, une sorte d'entraînement, naissent de l'invention et de la fiction, la poésie y est plus facile, le vers mieux rempli, les idées mieux enchainées, le tableau plus coloré et plus varié que dans les autres parties du poème. Le jury a parfaitement compris qu’un poème d’une aussi grande étendue, composé dans un si court espace de temps ne pouvait manquer de fléchir par quelque endroit. Aussi n’a-t-il pas été surpris d’y trouver quelques tâches. IL est demeuré persuadé que l’auteur, si le temps l’eut permis, eut pu resserrer certaines parties de son ouvrage qui languit parfois, donner à d’autres un développement plus complet, tracer le caractère de son héros d'une manière plus nette et plus précise, multiplier les caractères secondaires presque effacés dans le poème, et marcher à travers les données de l’histoire d’un pas plus libre et plus dégagé.
# La dernière partie de l'ouvrage a surtout paru porter des traces d’un travail rapide: on dirait que l’auteur fatigué d'une longue course, aspire au repos. Ce n’est pas cependant que cette partie du poème soit sans mérite : le poète est toujours poète, même quand il parait sommeiller.” (1)
L'hymne national pour la fête des canadiens-français est un magnifique morceau de poésie lyrique.
Avant de terminer, je citerai encore une belle composition publiée dans la Revue Canadienne du mois d'avril 1867. Elle a pour titre: La Débäcle du St. Laurent. Des descriptions tracées de main de maitre, une inspiration soutenue, une versification irréprochable font de cette composition un petit chef-d'œuvre.
M. Fréchette a porté le jugement suivant sur le talent de M. Lemay.
“M. Lemay n’est pas un poète bruyant. On rencon‘r assez rarement chez lui de ces vers qui vous étonnent, vous fascinent, vous enlèvent. Sa strophe ne grondera pas comme un tonnerre loigtain, comme la puissante rumeur d’une cataracte; son hémistiche ne sonnera pas comme une fanfare,
(1) Louis Beaudet, Revue Canadienne, IV. 786.
ne bondira pas comme une fusée d'artifice, Il n’y a pas dans ga phrase de ces hardis éclats de voix, de ces grands coups d'ailes que l’on rencontre si souvent chez Crémazie. Il manquera quelquefois de souflle, d’haleine, d'envergure, si je
puis m'exprimer ainsi. Mais en revanche, son vers est toujours coulant, facile, harmonieux, bien jeté ; sa strophe est simple, moelleuse, agréable, peu hardie, mais bien finie, peu imitative, mais toujours suave. En général, il ne plane pas très-haut; mais il se berce dans une atmosphère fraîche et parfumée. Il ne vous fera pas éprouver de sensation poignante, d'émotion soudaine; mais il vous versera des fleurs à pleines mains, il vous enivrera d’arômes. Ilne vous montrera pas du doigt l’aire d’un oiseau de proie suspendue à la cime d’un roc; mais il écartera le feuillage qui cache le nid mélodieux d’une fauvette. Ce n’est pas le grondement du torrent; c’est le gazouillement d’une fontaine perdue sous les mousses. Ce n'est pas le rugissement du lion; c’est le roucoulement de la colombe. Ce n’est point le vol de l'aigle; ce sont les molles ondulations du cygne. IL faut à Lemay des sujets doux, gracieux, paisibles. [Il aime à fouler les pelouses fleuries, et non pas à gravir les roches escarpées, Le nuif de l’idyle et la simplicité des poèmes champêtres convient mieux, ce me semble, à son talent que les fantastiques allures de la poésie lyrique.”
La cantate est un genre de poésie lyrique généralement peu en usage parmi nous. Nous avons cependant remarqué, depuis quelques années, certains morceaux ‘ans ce genre, indice frappant de l’art parminous. Car, la cantate, d'après J. B. Rousseau, à qui nous devons ce poème, demande quelques traits fabuleux ou historiques d’où l’on puisse tirer des réflexions morales, Suivant cet écrivain, elle doit être une allésorie exacte dont les récits forment le corps et les airs, l'âme et l'application, On le voit, ce poème n’exclutni les pensées nobles, ni la pompe de l'expression, ni l’entrain, mais rejette les écarts et le désordre de r’ode. Elle compte deux genres: le genre noble et le genre gracieux. La musique qui s'allie à la poésie dans ces chants rehaussent
encore le suje drir l'âme, Ainsi, chac une nation, ( une haute ex représentants dans les deux Nousdevot son Altesse Ro Canada (186 Cantate de la paroles sont LABELLE. ] fait par unc d'œil sur l’his est clair et « heureusemen 0 Canada, m me le chant représenté pi cheurs, la Ni le Nouveau-I Le lecteur L'exécution animés ; la Ci final sont sar La Croisa diens par M.
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encore le sujet et contribuent à charmer l'oreille et à attendrir l’âme.
Ainsi, chaque fois que ce genre de poésie se retrouve chez une nation, c’est l'indice certain du sentiment poétique et une haute expression de l’art. En Canada nous avons des représentants de ce genre de poésie et des représentants dans les deux genres de cantate.
Nousdevons d’abord mentionner la Cantate en l'Honneur de son Altesse Royale, le Prince de (ralles, à l’occasion de son voyage au Canada (1860) par Enouarp Sempr. Vient en second lieu la Cantate dela Confédération dédiée à Sir G. E. Cartier dont les paroles sont de M. AcniINrRE, et la musique de J.B. LABELLE. Le morceau est un succès. L'introduction se fait par une prière à l'éternel. Le poète jette un coup d'œil sur l’histoire de la colonie dans le récitatif. Le style est clair et énergique. A la fin de la première partie on a heureusement intercallé une chanson de Sir, @. E. Cartier: 0 Canada, mon pays, mes amours ; la deuxième partie renferme le chant des différentes provinces, Le Bas-Canada est représenté par les laboureurs, le Haut-Canada par les défricheurs, la Nouvelle-Ecosse par les pècheurs et les matelots, le Nouveau-Brunswick par les ouvriers.
Le lecteur aperçoit de suite la magnificence de ce plan. L'exécution en est d’ailleurs parfaite. Les airs sont vifs et animés ; la Canadienne, le serment des provinces, et le chant final sont sans contredit les plus belles parties du chœrr.
La Croisade canadienne (1870), cantate dédiée aux canadiens par M. AzP. BELLEMARE, musique de M. J. B. LABELLE, est inférieure à la cantate de la confédération. On remarque cependant en certains endroits des jets poétiques. Le chœur d'introduction est une prière à l'Eglise et le récitatif est l’histoire de la croisade. La deuxième partie paraît ètre la meilleure de la pièce. Le chant guerrier des Zouaves canadiens et leur salut à la patrie sont d’une poésie très-animée. Dans la troisième partie, la patrie chante le retour des Zouaves.
M. Bellemare était encore un tout jeune homme et son talent de poète n'aurait fait que s’accroitre. On peut exiger plus de
correction, plus de richesse dans la rime, surtout plus de variété dans les couleurs. Une mort prématurée est venue enlever en 1872 le jeune poète à sa famille, à ses amis, et aux lettres canadiennes.
C'est le moment de parler ici de ELzEAR LABELLE et de son beau talent. Spirituel, gai, inconstant, bon compagnon et bon viveur, M. Elzéar Labelle est une de ces riches organisations que la nature a pétri et animé d’un soufle poétique, On croirait que la déesse des beaux arts a touché de son aile cette âme d'artiste qui s’épanche à vous dans les doux entre. tiens du far niente. Ces belles qualités ressembient à un fond inépuisable où l’auteur, trop peu soucieux de sa renommée, ne se hâte pas de puiser. Ami de tout le monde,—j'entends le monde littéraire, élégant et spirituel, —préférant les doux propos de l’amour et les molles caresses du loisir aux âpres jouissances de la gloire, M. Labelle, destiné à se placer an premier rang parmi nos poètes, n’a écrit ses Æimes que pour se débarrasser des sollicitations ennuyeuses de ses amis qui veulent malgré lui en faire un grand homme. Ce volume est actuellement sous presse. Les Æimes contiendront toutes les pièces de poésie que l’auteur a publiées à diférentes époques dans les journaux du temps. On y lira de bons vers et des morceaux de la plus fine gaieté. L'épitre dédiée à Buis et ce morceau intitulé, Dans la chambre de Flavien, rappelleront longtemps, à la jeunesse instruite de notre époque, l'esprit de camaraderie et de bohème littéraire et politique qui animait tous ces grands hommes en herbe, devisant dans la chambre de notre ami Flavien de omnibus rebus et quibusdam aliis.
C’est dans l’Operette Canadienne ou la conversion d'un pécheur que M. E. Labelle a déployé ce talent de verve- spirituelle qui le distingue. C’est étourdissant de calembourg, d'esprit, d’àpropos et de folles gaiétés. Le sel gaulois et parisien où attique est là. Chaque fois que ce morceau désopilant fait partie d’un programme de concert, les organisateurs s’attendent avec droit à une recette abondante et à un auditoire nombreux.
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En véritable artiste qu’il est Elzéar Labelle a dépensé la plus belle partie de sa vie à jeter aux quatre vents du ciel les notes amoureuses de sa poétique rèverie. Incapable de se faire au réalisme de la vie pratique, il est de ceux qui vivent plus par le cœur que par l'intelligence et qui, à force de ne rien faire, oublient ce qu'ils étaient capables de faire, Il avait trop reçu et il n’a pas produit assez.
Je pourrais également citer de lui cette malicieuse épigramme dirigée contre un ancien candidat, intitulée: Æntretien de M. Lanouette avec sa fervme le soir de sa défaite électorale.
M. Arraur CAssEGRAIN s’est d’abord fait connaître comme littérateur par plusieurs écrits publiés dans le Courrier du Canada, en particulier des compte-rendu sur le cours de lectures do l’abbé Ferland sur l'Histoire du Canada et une sério d'articles sur l'éducation universitaire.
Il a publié, conjointement avec M. P. À. Dronwr, un poème humoristique intitulé : La Tauride, qui parut dans la Revue Canadienne de 1864. Une autre de ses pièces de poésie sur le 100ième anniversaire de la bataille de Ste. Foye a été hautement louangé par un poète français, de passage en Canada, M. Sempé. Enfin, nous avons encore de lui, Za Grande Tronciade, poème badin qui, en certains endroits, rappelle le Vert vert de Gresset et le Lutrain de Boileau.
“ Le travail de M. Cassegrain,dit M. C. P. Lemay, n’est pas toutefois sans mérite. Les personnages qu'il nous présente sont assez vraisemblables : ses tableaux ne sont pas dépourvus de couleurs. Cet ouvrage lui servira de marchepied pour atteindre plus haut. M. Cassegrain a une diction assez facile et il serait injuste de ne pas admettre qu’il se rencontre, par endroits, d'assez jolis vers. Maïs pour qu’un poème soit tolérable, il faut que les bons vers ne soient pas l’e: >ption. Emporté par la vapeur, M. Cassegrain ne sembie pas voir les barrières que la prosodie met invariablement sur la voie où s’élancent les poëtes, et il arrive au bout du vers avec tant d’ardeur, que ne pouvant s'arrêter, il enjambe sur le voisin, fort surpris de son audace. Son respect pour la rime ne va pas jusqu'à l’idolâtrie. J'ai rencontré maintes syllables
finales très mécontentes de se voir courbées sous le même joug et forcées de chanter de concert. Pour terminer, je dirai que je ne crois pas que M. Cassegrain soit sorti victorieux do la lutte contre le vieux proverbe : Qui trop embrasse mal étreint.” (1)
Cette critique, un peu trop acerbe peut-être, de la part d’un poëte, ne saurait décourager la muse badine et gaie de M. Cassegrain. Il se doit à la littérature de son pays ; elle attend encore quelque chose de lui.
M. Eusracne PRUDHOMME, notaire à Montréal, a des aptitudes véritables pour la poésie descriptive. La plupart de ses productions ont été publiées dans la Revue Canadienne. Sa pièce intitulée : Mon Village, marque une vivacité prodigieuse de sentiment, L'auteur est doué des plus beaux dons de l’imagination. Ce n’est pas encore un talent mûr, mais l'étude ne fera que développer ce que la nature a déjà si bien commencé.
Mais l’œuvre capitale de M. Prudhomme est son poème : Les martyrs de la foi en Canada, pp. 32, in-8°,. Ce travail a obtenu la méduille d'argent au concours de poésie de 1868, Voici les remarques flatteuses qu'en fait le secrétaire du jury dans son rapport :
“J'arrive enfin au poème qui a déterminé les suffrages du jury et auquel la Faculté des Arts a décerné la médaille d’argent. S'il n'a pas obtenu la palme la plus brillante, l’auteur saura bien la trouver un jour, Déjà nommé honorablement dans ce concour il monte rapidement au sommet de la perfection. Son talent se fortifie ; et bientôt comprenant que le travail et l'étude peuvent seuls donner à la técondité, quelque peu exhubérante de sa pensée, des jets moins multipliés, mais plus forts, des détails plutôt choisis que nombreux, il émondera le feuillage trop abondant de sa poésie. Il sait déjà embrasser un sujet dans toutes ses parties, l'agrandir mème à son gré, se tracer un cadre vaste et régulier, et le remplir si bien avec cette perfection et cette sobriété qui sont d’un
(1) Revue Canadienne, 111, 441.
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(1) Louis Be
art consommé, du moins avec cette abondance qui ne laisse plus que l'embarras du choix.
« Dans un prologue le poëte annonce heureusement son sujet et les divisions de son sujet,
“ Le missionnaire, le soldat, la vierge chrétienne : voilà les sujets que le poëte célèbre dans trois chants ; voilà les martyrs dont il chante le dévouement,
“Le premier chant, avec moins d'éclat dans les images, moins de pureté dans le goût et dans le style, rappelle involontairement la manière de Victor Hugo dans quelques pièces qui signalent ! seconde période de son génie. Ce sont les mêmes énumérations, la mème profusion de détails, lymême anatomie de la pensée. On croit sentir le scalpel du médecin, disséquant à plaisir, je ne dirai pas le cadavre, mais les ailes de la poésie. Rarement le vers s’elance vers les sublimes sommets où plane le génie lyrique, il semble par fois embarrassé dans les plis nombreux de son vêtement et gtrainer péniblement lorsqu'il devrait voler d’un vol libre et hardi dans les régions suprèmes de l'air. Sans doute, le poète, en continuant de bien penser, donnera à son vers une allure plus franche, un vêtement plus brillant, un ton plus élevé et plus soutenu, tout ce qui lui manque encore du côté de l'élégance, de l'harmonie, de la noblesse et de la précision.
“ Ces défauts, ou plutôt ces imperfections, sont moins visibles dan: le second chant ; la variété du rythme donné à là poésie une aisance qu'elle n’a pas dans les grands vers. Cependant, si la muse encore timide, en parcourant sous l'armure des preux, les champs du combat, fait par fois jaillir une étincelle cachée sous la cendre,parfois aussi elle brûle ses ailes au feu mal éteint du canon.” (1)
Dans le troisième chantintitulé: La Vierge de Dieu, l'auteur fait parler l'esprit du siècle et l'esprit du ciel. C’est le plus beau du poème.
M. Prudhomme avait conconru en 1867 sur le sujet: La découverte du Canada ; il a obtenu une mention honorable,
es
(1) Louis Beaudet, Revue Canadienne, V. 676.
Malheureusement le public n’a pu apprécier le mérite de ce poème, attendu qu’il n’a pas été publié. La règle sévère qui donne à l’Université la propriété des manuscrits qui lui sont envoyés et qui en défend l'impression aux concurrents, est, comme on le voit, des plus désavantageuse. Nous laisserons donc la parole au secrétaire du jury chargé de faire rapport.
“ Le No. 3, dans un cadre vaste et bien rempli, a paru au jury renfermer des qualités précieuses. L'auteur à choisi pour épigraphe ces vers d’un de nos poëtes contemporains, dont les lettres canadiennes déplorent l’absence et qui manque à l’ornement de ce concours :
Ils pliaient les genoux en touchant ton rivage ; Puis, au maître du ciel adressant leur hommage, Plantaient un drapeau blanc à rôté d’une croix.
O. CRemazi.
‘“ Le sujet dans ce travail, peut-être un peu morcelé dans les vingt quatre chants qui le composent, a été touché dans toutes ses parties, souvent avec bonheur, toujours avec cette variété qui plait et soutient l'attention. Le style imagé, coloré, d'une hardiesse quelque peu téméreire, descend quelquefois dans les régions voisines de la prose et semble accuser encore un peu d'indécision dans le goût, quelque inexpérience de la langue et de l'harmonie. Ces légers défauts disparaissent presque complètement dans les chants intitulés : La voix de l'Agouhanna, La voix du Chasseur, La voix du Pécheur, La voix d'une jeune Indienne, que le jury a jugé la partie la plus recommandable du poème, et aui prouvent que l’auteur avec un peu plus de soin de l’htrmonie, une diction plus pure et une distinction peu soutenue, pourra prétendre, dans un prochain concourt, à un rang plus distingué.” (1)
M. BENJAMIN SULTE est un des meilleurs représentants de la poésie en Canada. Un critique, le Rév. M. Dawson, l'appelle à cause de son nom et de son âge, le Benjamin de la famille de nos poëtes Canadiens.
(1) Louis Beaudet, Revue Canadienne. Vol. 8.
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(1) Le Con (2) Emm. B
I1 naquit à Trois-Rivières en 1841, et se livra de bonne heure aux travaux intellectuels. La ville de Trois- Rivières lui doit la fondation de l'Institut littéraire dont il fut le premier président. Il a beaucoup contribué à relever le niveau littéraire de son pays. En 1866, il fat nommé rédacteur du journal Le Canada et en 1867, membre correspondant du cercle artistique et littéraire de Bruxelle, Doué d’une nature sympathique, d’un caractère franc et ouvert, d’un talent aimable, d'une conversation enjouée, “on dirait, à le voir, qu’il n’a jamais connu la tristesse, qu'une fée joyeuse lui a servi de guide à travers le monde et a éloigné de lui l’amertume que d'ordinaire il faut boire sur le chemin de la vie. Son front de poëte a l'air vierge de tout souci et sa lèvre ronde est toujours ouverte pour moduler des chants d'amour ou de gaité.”” (1)
M. B. Sulte a publié un grand nombre de poésies dont la plupart se retrouvent dans la Revue Canadienne, l'Echo du Cabinet de Lecture, Le Foyer Canadien, les Soirées Canadiennes et le Journal de l'Instruction Publique. Ces pièces détachéos ont pris une forme tangible dans le recueil intitulé : Les Laurentiennes. C’est là que le critique trouve le plus pur miel que distille la plume du poëte trifluvien. Le livre est dédié à l'Hon. P.J.0.Chauveau; la dédicace n’est pas la partie la plus faible du livre. L'auteur sait prendre tous les tons en traitant tous les sujets. Le livre ne contient pas de pièces de longue haleine,mais il renferme grand nombre de poésies pleines de fraicheur,de grâce, d'humour et parfois d'élévation. Les premières pages sont inférieures aux dernières ; le poète s'est corrigé lui-même avec le temps. La chanson de l'Exilé exhale des sentiments vrais ; c’est le patriotisme le plus pur qui l’a dictée, le refrain fera verser des larmes à tous ceux que la nécessité ou l'illusion ont éloigné de la patrie. C’est à propos de ce chant qu’un poète canadien s'estécrié : “Anch'io sou Pittore! Ce garçon là est décidément poète ou les mots n'ont plus de sens.” (2)
(1) Le Constitutionnel, Fev., 1870.
(2) Emm. Blain de St. Aubin. Journal de Québec, Nov. 1869,
Comme poésie fugitive, la Belle Meunière est, à mon sens, la meilleure pièce-du recueil. Sur /: Rivière a des strophes charmantes, c’est du Béranger. La vieille chanson me rappelle les antiques ballades de la chevaleresque Espagne ou les légendes dorées des brumeuses contrées du Nord ; toute la Bretagne est là, naïve et croyante, rèveuse et champètre, Pompeux dans les Fils du St. Laurent, le poète pleure dans Le Tombeau du Marin.
Le style de Sulte se rapproche plus de la chanson que de l’élégie ou de la tragédie. On s’apperçoit que ses instincts ou ses études l’ont porté plus vers Béranger, Pierre Dupont et Désaugiers que vers Hugo, Lamartine ou Auguste Barbier. Par fois cependant on croit saisir comme une strophe de Musset qui rase d’une aile légère quelques pages amoureuses des Laurentiennes.
Mais le sentiment qui domine dans le livre, qui perce à chaque page, qui se trouve dans chaque strophe : c’est l'amour de la patrie. C’est pourquoi ses poésies sont essentiellement canadiennes. ÆEntendez-vous la voix du missionnaire prèchant la parole de Dieu aux peuplades indiennes ; entendez-vous la cognée du bûcheron faisant la guerre à la forêt; woyez-vous ce peuple de hardis colons ouvrant le sein de la terre pour y jeter la semence féconde ; entendez-vous le clapottement des flots du Saint Laurent et voyez-vous, là-bas, cette barque coquettement perchée sur la crète des vagues, aux voiles blanches comme la corolle du lis, c'est la nacelle du pêcheur ; cet écho que la nuit vous apporte, c'est la chanson sonore du rude nautonnier ; cette suave odeur, elle s’exhale de cette meule de foin, richesse du vendangeur ; cette fumée qui se déroule en spirale au-dessus de votre tête, c’est l’âtre de cette agreste chaumière que vous voyez là-bas, suspendue au sommet de la colline comme un nid de vautour dans l’angle d’un rocher ; ct ces bruits de tambour, ces clameurs retentissantes, ce cri de guerre qui s'échappe désespéré et sinistre de ces braves poitrines, c’est... horreur ! c’est le dernier effort de la patrie succombant sur le rocher de Québec et sur les plaines
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d'Abraham ! Ah ! lisez tout cela, et votre âme se retrempera au feu du patriotisme et de l'amour national. Il y a là une ébauche de notre histoire ; c’est la poésie de notre passé : c'est pourquoi l’auteur vivra.
‘“ Sulte chante, dit M. Routhier, le Canada et ses beautés, ses droits et ses devoirs, ses douleurs et ses espérances. Il évoque le passé et en célèbre toutes les gloires ; il rappelle le présent et en traduit les leçons ; il s’élance vers l'avenir et flatte nos rèves d’or. C’est un hymne qui se répète, et dont les échos vont sur tous les sentiers réveiller le patriotisme endormi.” (1)
J'admire le naturel, la facilité et la simplicité à la fois élégante et gracieuse de Sulte ; mais je cherche en vain l’enthousiasme et l'élévation : je trouve à la place la gaieté et le bon sens. Iln’a ni la vigueur lyrique de Fréchette ni la douceur ineffable de Lemay, ni même l’onction patriotique de Crémazie, mais en revanche, sa poésie est plus pétillante, sa phrase plus claire et plus égale, son esprit plus franchement gaulois. L’ode sera toujours son domaine favori ; la chanson, la meilleure expression de son talent; l'idyle, le plus beau bouquet de son jardin littéraire : sa muse aime à voltiger de fleur en fleur, elle butine en folâtrant, elle se déplairait à revètir les longues envergures qui conviennent aux grands genres, à l'épopée ou à la tragédie.
M. Sulte semble abandonner depuis quelque temps la poésie pour la prose. S'il réussit en poésie je crois que son talent de prosateur est encore plus sérieux, c’est pourquoi je l'encourage dans cette voie là. Il laissera dans ce champ une réputation plus durable.
Les écrits en prose de M. l'abbé H. R. CAsGRAIN ont, aux yeux du critique, plus de mérite et d'importance que ses poésies. Cet auteur est poète, mais il l’est plus en prose qu'en vers. Les Miettes Poétiques sont un petit recueil de vers dont il a fait une édition intime. Le Manoir et Le portrait de mon Père en sont les meilleures pièces. On y trouve des
(1) Les Causeries du Dimanche, p. 241.
strophes réellement belles. Ze Canotier est plus estimé que Le Coureur des bois et que l'épitre À ma sœur. On a encore de lui une traduction en vers du poème de Byron, Le Ch. teau de Chillon.
Nous n'avons que quelques poésies de M. AcHILLE FkRe- CHETTE, frère de Louis H. Fréchette. Mais ces essais suffi. sent pour prouver le talent de l’auteur des Martyrs de la Foi en Canada. Le sujet de ce poème avait, comme on le sait, été proposé par l’Université Laval pour un de ses concours, M. Fréchette le traita avec beaucoup de talent, On remarque le mouvement, l’entrain de la véritable poésie. Ce poème porte pour épigraphe ces mots du Génie du Christianisme : “Mais aussi quels hommes que les Brebœuf, les Lalemant, les Jogues, qui réchauffaient de leur sang les sillons glacés de la Nouvelle-France.”
Le talent de M. Fréchette s'affermira davantage par l’étude. Cet essai l’a cependant placé d’un seul bond au rang de nos meilleurs versificateurs.
Il ne reste plus, pour clore cette liste déjà longue, qu'à parler du plus grand poète lyrique qu’ait produit le Canada, Louis HONORE FRECHETTE.
M. Fréchette naquit à Lévis, en 1839. Il fit de bonnes études au Séminaire de Québec, au collége Ste. Anne, et au Séminaire de Nicolet. En 1864 il fut admis à la pratique de la profession d’avocat. Ses premières poésies lyriques datent de 1864. C’est de cette époque qu'il contribua pour une bonne part à la collaboration de nos revues littéraires : Les Soirées Canadiennes, Le Foyer Canadien, La Revue Canadienne, L'Opinion Publique. En 1861, il fut appelé à la rédaction du Journal de Québec et en 1865 il fonda Le Journal de Lévis. De 1866 à 1870 il demeura à Chicago où il s’occupa activement de politique et de journalisme, Depuis son retour au Canada nous le voyons lutter dans le comté de Lévis contre sos adversaires politiques. Deux fois battu, le poète qui semble assez 8e faire à la vie pratique et qui d’ailleurs a tous les talents de l’homme d'état, reparaîtra de nouveau sur la scène aux prochaines élections. C’est pour lui une question de temps : il arrivera.
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Le premie Mes Loisirs.
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(1) Causerie
M. Fréchette a dramatisé l’histoire de Félix Poutré, ou l'Echappé de la potence, épisode de la Révolution Canadienne de 1838. Tout le monde a lu ce petit drame ou du moins a assisté à une de ses représentations, soit à Montréal, soit à Québec. C’est plein de verve et d'esprit,
Le premier volume de poésie de M. Fréchette est intitulé Mes Loisirs. Il a été publié à Québec en 1863. pp. 204, in-8®,
J'emprunte à M. Basile Routhier, (1) la critique qu’il a faite de ce volume, Cette critique est un peu outrée, un peu acerbe.
Ceux qui chercheraient dans Mes Loisirs, un enseignement quelconque, ou la démonstration d’une grande idée, ne seraient pas satisfaits, et n’arriveraient pas à la fin du volume. Ce sont des poésies sans suite, sans lien naturel, jaillies spontanément et sans effort de l'imagination du poète dans les diverses circonstances où il s’est trouvé placé. Ce sont des descriptions où le poète se fait peintre, et prodigue ses couleurs avec une richesse merveilleuse ; des narrations où le contenu n’intéresse pas toujours, malgré son inépuisable fécondité ; des confidences qui n’ont que l'apparence de l’intimité, et qui laissent totalement dans l'ombre tous les mystérieux replis du cœur humain que les poètes ont mission d'éclairer.
“Ce sont des odes au vol parfois majestueux, quelquefois sublimes, le plus souvent pleins de grâce et d'harmonie, où les grandes images remplacent les idées absentes, et où l’on 8’aperçoit que la rime a souvent précédé la pensée. Ce sont des chansons, des romances, dans le genre tout à fait moderne, c’est-à-dire, dont la musique peut être belle, mais dont la poésie, sauf quelques rares exceptions, n’a pas d'autre qualité qu'une certaine plénitude sonore qui remplit toujours l'oreille mais qui n’atteint pas jusqu’au cœur.
“L’expr?ssion est toujours riche, le vers est presque toujours beau, la période est bien arondie, et enchassée dans une
(1) Causeries du Dimanche, 218.
ponctuation soignée. C'est joli, c’est brillant, c'est mélodieux ; mais le lecteur, tout en se laissant bercer par cette harmonie,
S'étonne du plaisir qu'il prend à ne rien voir !
“Le génie poétique s’y révèle à chaque page ; mais ce génie n’est pas mûr ot n’a pas été suffisamment nourri. L’autour a cru qu'il était suffisant d’être né poète ; il s’est trompé. Il lui fallait étudier avant de produire, amasser des richesses avant d'être prodigue.
“ L'intelligence humaine, si belle qu’elle soit, a toujours besoin de culture ; c’est un terroir plus ou moins fertile, mais encore faut-il y déposer une semence, si l’on veut qu'il produise de bons fruits. Autrement une végétation parfois luxuriante, mais inutile ou dangereuse, s’y développe librement ou en épuise la sève. Ce qui manque donc à l’auteur de Mes Loisirs, c'est la matürité, et l’on peut appliquer à son œuvre ce vieil axiome de droit: ‘ La forme emporte le fond.
“ Maïs hâtons-nous de le dire, à côté de ces faiblesses, il y a des (ours de force étonnants et des pages admirables. Le poète s'élève et se soutient quelquefois à une grande hauteur, et les chants qui s'échappent de sa lyre sont d’une rare beauté.”
Comme on le voit, M. Routhier reproche deux défauts à la poésie de M. Fréchette : l'absence d'idées et le manque d'’étude. Et d’abord, il faut remarquer que Mes Loisirs sont une collection de pièces détachées, de petits poèmes, des compositions de courte haleine.
Il était assez difficile, ce me semble, de développer quelques grands thèmes ou d’alambiquer quelques fameux systèmes dans ces petits chants lyriques. L'auteur aurait méconnu le genre s’il en avait agi ainsi. M. Routhier veutil dire que ces petits poèmes détachés les uns des autres sont vides d’idées et de sens. ‘ Cette prétention est évidemment insoutenable, car enfin le poète dit quelque chose ; ce qu'il dit peut se lire, se disséquer, s’analyser. Ce n’est pas
roide, ni sec, ni sérieux comme de la prose, mais la forme
sapplique at là le mérite familier aux che, il n’est Je crois qu’ ger à l'étude du moins CAF est celle des comme lui qi imagination N'eut-il étud rois de la po pour former Je reconnais de école du 1 trent pas et « qu'on me pr Victor Hugo caractériser jlies pages, ( pureté qui fo hâtives qui n a de la chal richesse : la formo, pleind Fréchette fatteurs ; L Tribune Lyri “Ce qui son extensio fanté ses pl vitalité, not d’une vigue un cœur fra soyez assur Chambéry Jean Jacqu
s'applique au sujet et c’est beaucoup. Je découvre plutôt à le mérite du poète qui donne à: sa pensée un costume familier aux grands versificateurs. Quant à l’autre reproche, il n’est pas mérité non plus d’une manière absolue, Je crois qu’il est faux de dire que Fréchette est étranger à l’étude des classiques. C’est un talent sinon mûr encore, du moins capable de produire de beaux fruits. Sa manière est celle des grands maitres, et à l’âge de Fréchette on écrit comme lui qu'après avoir enrichi sa mémoire et fortifié son « imagination qu'à l’aide des chefs-d’œuvre des bons poètes. N'eut-il étudié que Musset, Lamartine et Hugo, ces trois rois de la poésie au XIXe siècle, que ce serait suffisant pour former des aptitudes aussi naturelles que les siennes. Je reconnais bion que notre poète n’appartient pas à la grande école du XVIIe siècle, du moins ses poésies ne le démontrent pas et elles se rapprochent plus de notre temps. Mais qu'on me prouve qu'il a tort d'être un brillant disciple de > Victor Hugo. Mes Loisirs ont donc tout le mérite qui peut caractériser des pièces de poésie de ce genre. Il y a de jlies pages, des vers d'une harmonie, d’une richesse et d’une pureté qui font oublier la faiblesse de quelques compositions hâtives qui marquèrent les premiers débuts de l’auteur. Il y a de la chaleur et de l’enthousiasme, de l'ampleur et de la richesse : la grande partie de ces poésies sont parfaites de formo, pleines de beaux sentiments et d’idées nobles.
“e Fréchette reçut de partout les encouragements les plus Fi flatteurs ; Lamartine et Victor Hugo l’applaudirent et la Tribune Lyrique de Paris écrivit ce qui suit : de “Ce qui fait la grandeur de la littérature française, c'est rs son extension, cause de sa diversité. Paris seul n’a pas enait fanté ses plus illustres représentants. Idiôme exhubérant de dt. vitalité, notre langue produit à sos extrémités des œuvres à d'une vigueur que son centre ne dénicrait pas. Partout où de un cœur français bat, partout où une âme française pense, ne soyez assuré qu'une plume tendre ou énergique surgira.‘ A Chambéry n’a-t-il pas produit les deux de Maistre ? Genève,
Jean Jacques Rousseau ? Constantinople, André Chénier ?
L'Isle Bourbon, Parny ? Aussi, est-ce sans étonnement que nous voyons aujourd’hui le Canada, cette France nouvelle, restée si française malgré la domination étrangère, donner le jour à des écrivains dignes en tous points de sa glorieuse métropole |
“Je n’en choisirai qu’un entre cent, parce qu'il est jeune, tout à fait supérieur, et que son beau génie mérite de faire jaillir sur sa mère-patrie un rayon de gloire. Louis H. Fréchette, né à Québec, au milieu des forêts vierges du Nouveau Monde, bercé par cette vigoureuse nature que la folie de l'homme n’a pas encore épuisée, fait vibrer avec une puissance qu’il semble emprunter aux grands bois et aux incommensurables savanes de son pays, cette belle langue de Louis XIV qui a conservé là-bas, sur un sol nouveau, toute sa majesté rajeunie de la fécondité d’une terre qui vient de jaillir à peine des flancs de l'Océan.”
Après avoir cité L’ Iroquoise, le journal français ajoute :
‘“ Nous aurions pu citer vingt pièces de vers aussi belles, aussi énergiques, aussi purement écrites que celle-ci : nous l'avons préférée, parce qu’elle jette quelque jour sur les mœurs sauvages de ces fiers enfants de l'Amérique du Nord.”
Parmi les principales pièces de ce recueil, je citerai : Hommage au Chevalier Falardeau, Le Premier de l'an 1861, Alleluia, l'Envoi, La Charité, Le Héros de 1760 et L’Iroquoise. J’admettrai maintenant que Mes Loisirs sont l’œuvre le plus médiocre des travaux de Fréchette. La plupart de ces poésies ont été écrites il y a déjà longtemps, mais cos imperfections disparaîtront dans la seconde édition qui est actuellement sous presse.
Les précieuses qualités de M. Fréchette se sont manifestées d’une manière éclatante dans La voix d'un Erilé. Ces poésies marquent la seconde phase de son talent. Après avoir lutté pendant longtemps contre les abus de l’administration, contre les préjugés de ses concitoyens et les jalousies d’une certaine presse, vaincu enfin dans cette grande lutte, Fréchette crut devoir se retirer du champ de bataille et, nouvel
Achille, retraiter à l’Exil Hermitage de Chicago. Mais il
emportait de cette lu les agitati tes misère:
pouvait cc soulevait & ses illusiot qu'il avai paroles d’ tendres n farouche lui mainte adversair( vous mor Le poè de son pa et l’humb dignitair( pour des de taille.
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toujcurs brève, tr raremen se à l’au la voix € qu’ils ét sont les d'indign colère p veuse ul rapluie profond vères, C
non ?.
de cons
emportait avec lui, dans son âme de poète, tous les souvenirs do cette lutte et toutes les péripéties affreuses de ce drame où les agitations de la politique, les ennuis du journalisme et tes misères de la profession trouvaient place. Le poète ne pouvait contenir plus longtemps le flot d’indignation qui soulevait sa poitrine. Aigriet mécontent, pleurant de rage ses illusions brisées, il saisit son luth, cet instrument puissant qu’il avait déposé un moment pour servir son pays. Les paroles d'amour se glacent dans sa bouche, les sentiments tendres n’ont plus d’écho dans son âme, et sous son ongle farouche on ne sent plus frémir que des cordes d’airain, A lui maintenant le fouet de la vengeance ! Arrière implacables adversaires, il va vous appliquer le fer rouge à l'épaule et vous mordre jusqu’au sang |
Le poète passe en revue toute la cohorte des adversaires de son parti politique. Il flagelle du même coup le ministre et l’humble employé public, le chercheur de places et le haut dignitaire. Il les inonde de tout le mépris qu'il professe pour des scélérats. Il n'épargne personne, il frappe d’estoc et de taille. La bouche pleine de fiel et de sarcasme, il fait une razzia complète de cette camarilla de politiques qui s’intitulent conservateurs. Sans doute que l'expression n’est pas toujcurs châtiée, polie, modérée; sans doute que la parole est brève, tranchante, animée, passionnée, sombre : mais elle est rarement injuste. C’est pourtant le reproche que l’on adresse à l’auteur de La voix d'un Exilé. On a appelé ces chants la voix du désespoir, de la trahison, de la calomnie, pendant qu'ils étaient l'expression même du patriotisme couroucé. Où sont les grandes haines contenues, où sont les sentiments d'indignation qui s’adoucissent en paroles mielleuses ? La colère parle-t-elle deux langages ? tient-elle dans sa main nerveuse une rose ou une épine, un hochet ou une badine, un parapluie ou une épée ? Cette expression sauvage, ces sentiments profonds de courroux, ces strophes énergiques, ces ïambes sévères, ceux à qui ils étaient adressés, les méritaient-ils, oui ou non ?... Ce n’est pas la question à décider. Il me suffit de constater, comme critique, que la poésie s'inspire et se
nourrit de toutes les passions qui naissent dans le cœur humain, Il y a de saintes colères, de nobles indignations ! D'ailleurs la satyre politique forme un genre à part. Elle admet les écarts de la diatribe etunce crudité de langage qui permet à la muse de bondir, de se cabrer, de prendre le mord aux dents pour distribuer des ruades et des éclaboussures à ceux qui lui barrent le chemin, Les Châtiments de Victor Hugo ont fait l'admiration mème de ses adversaires.
La voix d'un Erxilé forme une brochure in-8, de dix-huit pages et se divise en trois partier intitulées : Première, deuæième et troisième année, Ces trois parties se ressemblent assez par la forme et par l’idée : les dernières ne sont que la continuation de la première. Mais à côté de ces invectives 8e trouvent des strophes du plus touchant Iyrisme. (C’est un souvenir de la patrie absente, une larme qui vient mouiller la prunelle du poëte et qui adoucit l’amertume de sa voix, une pensée qui rappelle les joies de l'enfance et les émotions domestiques, une idée qui fait pleurer l’exilé, qui fortifie le penseur et qui donne l'espoir au patriote.
Mais :
O ruisseau gazouillant, à brises parfumées, Accords éoliens vibrant dans les ramées, Soupirs mélodieux, sons suaves et doux, Trémolos qui montez des frais nids de fauvettes, Voluptueux accords qui bercez les poètes, Chants et murmures, taisez-vous !
Oui, vous tous, objets tendres et chéris qui rappelez la patrie et qui pouvez un momentédétourner le sentiment du poète, changer sa haine en pitié, sa douleur en une mélancolie douce, sa voix puissante en plaintes stériles, taisez-vous ! Le poète a passé l’époque des illusions, cette douceur ne va plus à son âme froissée : il a besoin de s’énivrer de toute la colère qu’il ressent contre ceux qui ont fait les malheurs de la patrie. Il faut rugir avant de pleurer. ‘“ Plusieurs fois, dit M. Routhier, j'ai relu ces vers, jamais sans attendrissoment, Ils versent dans l’âme une douce mélancoiïie et remettent sous les yeux les plus chères images du passé. Il semble qu'une larme a tombé sur chacune de ces strophes et qu’elles
ont jailli d C'est ici qu l'aime et l' c'est grand, « Pour la ainsi, et qi emprunte, style échat peuple ets les plus re dien est un Quant à lu flageller le Ainsi, d’ dans La v timents tr de l’exilé,
Ainsi, C pas la pre rime n’es!
aussi poé Routhier.
Monsieur étrangère rait été p petits 80
ont jailli du cœur comme les pleurs jaillissent des yeux. C’est ici que je reconnais le vrai poète et c’est ainsi que je l'aime et l'admire. C’est simple, c'est habile, c'est touchant, c'est grand, c’est triste, mais c’est résigné |
“ Pour la gloire du poète, je voudrais qu'il écrivit toujours ainsi, et qu'il laissât à Victor Hugo le style irrité qu'il lui emprunte, mais lg poûte s’indigne et s’enflamme, ot dans un style échaufté, il deverse l’injure et le mépris sur notre peuple et sur ses chofs. À ses yeux nos hommes politiques les plus remarquables sont des brigands, et le peuple canadien est un pauvre imbécile qui se laisse traîner dans la fange. Quant à lui, il est le vengeur farouche suscité par Dieu pour flageller les coupables.”
Ainsi, d’après M. Routhier, il y a deux parties distinctes dans La voix d'un Exilé ; l'une qui s’épanche à vous en sentiments tristes au souvenir de la patrie et sur les malheurs de l’exilé, l’autre qui s’exhale ainsi :
Moi, j'ai rempli ma tâche et ma main s’est lassée. Presque seul contre tous, la manche retroussée, J'ai cn.vaché ces gueux de notre honte “pris ; Et, bousculant du pied cette meute hurlante,
J'ai, farouche vengeur, à leur face insolente, Craché les flots de mon mépris !
Infructueux efforts! Châtiments inutiles !
Sur leurs fronts aplatis comme ceux des reptiles, Mon bras a buriné le nom de Jeur forfait ;
Je les ai secoué comme l'or : une épave ;
Et j'ai, tout ruisselant des éclats de leur boue, Cloué ces monstres au gibet !
Ainsi, d'après M. Routhier, cette seconde partie ne vaut pas la première. Pourquoi ? La forme fait-elle défaut ? La rime n'est-elle pas aussi riche, le vers aussi plein, la tournure aussi poétique ? C’est évidemment l'idée qui déplait à M: Routhier. Pourquoi ? Probablement parce qu'il plait à Monsieur le critique d'entretenir des opinions politiques étrangères à celles de M. Fréchette. Je conçois qu'il aurait été plus agréable à M. Routhier et à ses amis d’être aux petits soins avec M. Fréchette ; mais du moment que le
poète s’indigne contre un état de choses ; que cette indignation ne dépasse pas d'ailleurs les bornes du naturel et du bon goût, il ne reste plus, pour le juger d’après les saines notions de l’esthétique, qu’a examiner si son vers est riche, harmonieux, noble, si sa pensée est digne, son accent vrai, Or, la versification se soutient d’un bout du poème à l’autre : toutes ces strophes se valent, ou à peu près, soit qu'elles retracent un sentiment tendre,soit qu’elles exhalent une plainte amére. Je crois qu’il serait difficile, à tout critique impartial, de juger Fréchette autrement et j'en appelle à tous ceux qui ne vealent pas voir à l’aide des lunettes de notre politique.
M. Fréchette avait composé, durant son séjour à Chicago, un poème—ZLes diancées de l'Outaouais, un opéra en cinq actes et une comédie : tout a été consumé dans le grand feu de Chicago, pendant que Fréchette était en Canada.
En résumé, Fréchette est le plus grand poète que nous ayons, j'entends celui qui a le plus reçu de la nature. L'art et l'étude ne feront qu’accroître encore cette facilité étonnante. En cultivant son talent il deviendra sans égal.
© Lemay a plus de douceur et de souplesse; varcequ'il a YA] P » I q
travaillé et vingt fois remis sur le métier son vers et sa pensée. Crémazie a plus d’élévation et de dignité, parcequ'il a plus vieilli, Mais Fréchette a plus de chaleur, plus d’onction, plus d'enthousiasme, plus d'imagination, eb autant d'inspiration. | C’est encore un jeune homme et du premier coup il s’est élevé bien haut, Aujourd’hui, dans la poésie lyrique il a plus de rivaux que d’égaux : il est le primus inter pares. ) Crémazie a des élans qui vous transportent et des accents qui vous étonnent ; il domine par la hardiesse de sa pensée et une succession d'images frappantes. Son inspiration est puissante,si je puis m'exprimer ainsi : elle s’alimente à un feu qui brule plutôt qu’il n'éclaire{ C'est le grondement de la foudre, les éclairs de la tempête, le sourd mugissement de la vague en furie} C’est un génie sauvage mais puissant, qui se rapproche plus de Dante que de Pétraque, plus de Shakespeare que de Pope. (C'est un autre Salvator Rosa :
il lui faut de la mon C’est to la vie cha coule des Sa poésie vallée, im campagn pensée,ce il soupire euses vo d'une mu le Lamar
. l'entrain
ou plutôt dresse m préfère F La pon pent dans que rien :
et de cou Sa poésie dans les] de l’arc-é tement t tandis qu passions Victor E haine, la leurs dis mélange drit : sa tantôt il tout ce € retremp bohème, plein de
il lui faut la sauvage grandeur de la nature, les rocs escarpés de la montagne ; il ne connait pas la plaine.
C’est tout le contraire pour Lemay. Peintre admirable de la vie champêtre et de la nature douce et paisible, il roucoule des airs mélodieux et suaves sur un chalumeau agreste. Sa poésie est paisible et calme comme le ruisseau de la vallée, imagée commeles coteaux en fleurs, riante comme les campagnes au mois de mai. Il n’a pas cette hardiesse de pensée,ces images frappantes qu’on rencontre dans Crémazie : il soupire constamment et ses plaintes suaves et harmonieuses vous chatouillent l'oreille comme les sons expirants d'une musique dans le lointain. C’est le poète du sentiment, le Lamartine du Canada, le roi de l’idyle. Il ne connait pas
. l'entrain de Fréchette, ni sa chaleur ; il est moins passionné
ou plutôt il ne cultive que les passions douces. Il est la tendresse même, La femme aime mieux Lemay, l’homme préfère Fréchette et Crémazie.
La pompe et l'éclat, l'enthousiasme et la chaleur vous frappent dans Fréchette. La prosodie est parfaite. Il ne manque rien au vers ; il est coupé, harmonieux, plein d’emphase et de couleurs brillantes : il saute aux yeux tant il éblouit. Sa poésie ressemble à un feu d'artifice où les fusées lancent dans l’espace des feux de mille couleurs. Toutes les nuances de l’arc-én-ciel sont là. C’est encore un riche diamant artistement travaillé, dont le vif éclat embrouille la vue. Mais tandis que Lemay vous parle sentiment, Fréchette remue les passions fortes du cœur humain.) C’est bien là le fouet de
Victor Hugo qui vous torture en tous sens. La colère, la. haine, la vengeance, l'amour de la patrie, il broie ces cou-
leurs disparates sur sa riche palette et il en obtient un mélange dont seul il a le secret. Tantôt il pleure et s’attendrit : sa voix est triste et plaintive, elle caresse et gazouille ; tantôt il éclate et menace : c’est alors l'ouragan qui déracine tout ce qu'il rencontre sur son passage, Parfois sa pensée se retrempe dans un souvenir d'enfance, une scène de la vie de bohème, alors il redevient aimable et gai, charmant, naturel, plein de grâce et de naïveté. Moins profond que Crémazie,
RE
il est plus souple et plus varié: fl n’a pas encore atteint l'élévation de l’auteur du poème des Morts, mais avec les années et par l'étude et la méditation il surpassera tous ses rivaux.
Mapame Cusxin@ a contribué à la rédaction du Litterary Garland et du Snow Drop; elle a laissé un poème dramatique intitulé : Esther.
Le Rev. H. FAULKRNER DARNELL, (1831,) est connu par ses poésies originales, Songs of the Way publiées en 1862.
Levi ApAM, (1832,) avocat, de St. George d’'Henryville, a laissé des poésies comiques contenues dans le Xépertoire National, et signées JEAN BAPTISTE.
MADAME H. BayLey a fourni au Museum (1832-34), des contes, des morceaux de poésie et des mélanges littéraires.
Le Rev. J. A. Ricuey a contribué par ses nombreux écrits à la rédaction du Ladies Repository, du Waverly, (Boston), du Transcript et du New-Era, (Montréal), du Sun, du Church et du Record, (Halifax). Il a laissé un volume de poésie, Poems, Montréal, 1857, 12mo.. |
Jon BREAKENRIDGE, Avocat de la Province Ontario, a publié un volume de poésie de 330 pages intitulé: The Crusades and others poems. Ses poésies sont distinctives, il y règne un esprit martial et chevaleresque convenable au sujet. Un des plus beaux morceaux qui soient sortis de la plume de ce poète est intitulé : Napoleon Bonaparte and the French Revolution.
Le Rev. Gro. JomAsApHAT Mounrais, fils du premier Evèque protestant de Québec, mourut en 1863. Il est remarquable par ses nmbreux écrits en prose. Songs of the Wilderness, being a collection of poems, est an volume de compositions classiques qu’il publia à Londres, en 1846.
AuausrA BALDwYx a écrit dans le Zitterary Garland et le Family Herald plusieurs pièces de poésie qu’elle a ensuite réuni en volume (1859).
Ajoutons à tous ces noms Miss MARY-ANN Mclver, d'Ottawa, M. Lerr, Mur. ELEONOR LEPRoHON, qui a laissé, outre ses romans, quelques pièces de poésie dignes de sa réputa-
tion ; MR poésies Ca plume Ta bien con] Acacia ; | auteur di others poei admiré p« connue €r Rev. Wu Quebec M du Collég die de M Outre ] nous pour la muse gens det point dé littéraire nouveaux servé, J leurs ont toute cho tenté bie:
aura SUP] succès S0 le péril 4 vainqueu et S'épro nes poèt pour le « d'éviter ciers ; S yeux; n à l’origi composi longtem
tion ; MR. DEWART, connu surtout par ses Sélections de poésies canadiennes ; M. GAME, plutot connu par son nom de plume THE LORNE FARMER ; Miss HARRIET ANNIE WILKINS, bien connue par ses poëémes : The Holy Branch et The Acacia ; Le Rev. J. REA, Wicriam Kirgy, Apam Kipp, auteur du livre de poésie intitulé: The Huron Chief and others poems, Montréal, 1830, pp. 216, in 8° ; F. G. LANIGaN, admiré pour ses ballades canadiennes ; Mrs. Mopte également connue en Angleterre et en Amérique ; DANIEL Carpy, LE Rev. WizziAM McDoneLL, Jon F. McDonezr, éditeur du Québec Morning Chronicle, et L’AgBe Denis, ancien directeur du Collége de Montréal, auteur de la description de l’incendie de Montréal, (1852).
Outre les poètes contemporains que nous avons déjà cités, nous pouvons encore mentionner quelques noms qui honorent la muse canadienne. Ce sont pour la plupart des jeunes gens de talent et d'avenir qui, je l’espère, ne se laisseront point décourager par les ronces du chemin. La profession littéraire est bien ingrate, mais je conseille l'espérance à ces nouveaux-nés des muses. Un avenir meilleur leur est réservé, Je les engage à suivre le chemin que des devanciers leurs ont si noblement tracé. En littérature, comme en toute chose, on arrive au sommet de la gloire qu'après avoir tenté bien des efforts. Celui-là sera l’heureux vainqueur qui aura supporté le poids du jour et les fatigues de la lutte, Les succès sont généralement en rapport avec les sacrifices. Plus le péril a été grand et plus la gloire qui orne le front du vainqueur est éclatante. En vieillissant, le talent se mürit et s'éprouve. Si j'avais un dernier avis à donner à nos jeunes poètes, ce serait celui-ci: en écrivant vous travaillez pour le compte ét le crédit de votre pays ; efforcez-vous d'éviter les défauts dans lesquels ont pu tomber vos devanciers ; suivez-les dans la voie qui les a rendu grands à vos yeux; ne méprisez pas les sujets canadiens ; ambitionnez à l'originalité, évitez l’imitation et essayez-vous dans les compositions de longue haleine. Travaillez plutôt pendant longtemps un sujet favori, mais donnez à vos poésies un corps
et une pensée. La poésie fugitive a fait son temps parmi nous. Débarrassez-vous des lieux communs et si vous savez donner à vos ailes la force qui vient de l'étude des règles et de la méditation du beau, vous planerez en maîtres dans un atmosphère qui vous donnera avec la gloire,cette monnaie du poète, la considération, ce besoin du citoyen.
Parmi ceux qui s’essaient aujourd’hui dans nos revues je citerai MM. CHARLES OUIMET, J. A. Poisson, W. CHIPMAN, À. GLOBENSKI, E. TREMBLAY, 2. MAYRAND et L. M. DARvrAU.
Je termine ici cette liste de nos poètes. C’est, on le voit, une mine riche et féconde. Je n'ai fait qu'entrouvrir ces trésors de beautés, laissant au lecteur le soin d’en constater avec plus de loisir les richesses, Je n'ai pas voulu citer aucun extrait, car je prétends que c’est une façon peu pratique de faire connaître un écrivain. Quel livre n’a pas ses endroits faibles et ses pages parfaites ? D'ailleurs, il m'aurait fallu consacrer à cet usage plusieurs pages que je réserve à une autre fin. Les productions canadiennes sont à la portée de tous, on les trouve dans toutes les bibliothèques. Il me suffisait donc d'indiquer, par le titre, les endroits les mieux notés et les plus estimés.
Je n’ai pas la prétention de croire que cette revue de nos'
œuvres poétiques est complète. J'ai dû nécessairement oublier quelques noms et je crains même que certains articles de choix n'aient pas été portés à cet inventaire. Mais je me flatte au moins d’avoir mis en regard ceux qu’une réputation légitimement acquise a porté au faite de notre Parnasse littéraire. Je n'ai point innové ; au contraire, j'ai généralement suivi dans mes huntbles et modestes jugements la tradition. Je constate qu'il existe entre elle et moi un accord assez parfait. Jo n'ai fait que sanctionner un jugement porté d’avance par la bonne opinion littéraire et j'ai salué comme bons poètes tous ceux qui, parmi nous, sont reconnus comme tels. Cette condescendance n’a pas été cependant jusqu'à sacrifier la vérité à la flatterie, le bon goût à l’uniformité et je me suis efforcé avant tout de m'inspirer aux véritables sources de l'esthétique.
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La critique est une science nouvelle parmi nous. A part quelques articles bibliographiques publiés dans les Journaux et les Revues, faits plutôt dans le dessein d'accuser réception de l'ouvrage que dans un but d'examen, il n'existe pas encore une véritable tribune d’où parte les enseignements d’une critique indépendante, sobre, modérée et impartiale. Hélas ! que de fois on a sacrifié la vérité qui est toujours dure à dire, au charmant plaisir de flatter les hommes et leurs œuvres ! Rien de dangereux comme ces vilaing petits coups de pinceaux qui vous drapent un écrivain des vains oripaux de la gloriole. Outre qu'ils ont poureffet de lancer devant le public le nom d’un homme avec une note frelatée, ils gâtent encore le bon goût et détruisent les véritables notions de l'esthétique. Le critique est un juge sévère qui pose en censeur au milieu de ses concitoyens ; c’est une tâche hardie qui rapporte plus de déboire, de haine, d'envie, de jalousie que d'honneur et de profits réels.
Le lecteur à pu sans doute remarquer dans la liste des poètes dont je n’ai fait, pour ainsi dire, que citer les noms, certains écrivains dont la vie et les travaux se rattachent à l'histoire littéraire du Haut-Canada. En effet, je n'ai pas voulu passer ces noms sous silence, puisqu'ils honorent si hautement la littérature Anglo-Canadienne. La Confédération Canadienne reliant ensemble les membres autrefois épars de ce grand corps qu'on appelle aujourd’hui la Puissance du Canada, j'ai dû rendre complètes mes notions sur la littérature Anglo-Canadienne en dépassant les limites de la Pro. vince de Québec, D'ailleurs, appelés comme nous le sommes, à ne former qu'un seul et même peuple, à cimenter cette union par tous les liens qui sont en notre pouvoir, la Province de Québec ne saurait rester étrangère aux provinces-sœurs en matières littéraires, Il importe autant que nous soyons connus dans chaque état particulier, qu'il importe à ces états d'être bien appréciés chez nous. Depuis
1867, nous ne formons qu'un seul grand corps vivant de la mème vie constitutionnelle, jouissant des mèmes droits civiques, astrant aux mêmes devoirs sociaux. Sur notre dra- K
peau national nous ne lisons plus qu'un seul mot: CANADA, C'est pourquoi, en dedans des limites qui sont assignées par les changements constitutionnels de 1867, nous n'avons qu’une même littérature.
Cependant, on comprendra que je me suis surtout attaché aux écrivains de la Province de Québec,
Il ne m'appartenait pas de feuilleter l’histoire littéraire de la Nouvelle-Ecosse ou du Nouveau-Brunswick avant 1867 ; et, comme depuis cette date, il n’a pu se produire dans ces provinces qu'un nombre limité décrits dignes de figurer dans ce livre, j'ai laissé de côté les provinces-maritimes pour ne m'occuper que de lanôtre. Si j'ai suiviune marche différente par rapportaux poètes ontariens, c’est qu'ils se font toujours l'expression du sentiment national et qu’il convenait d’extraire de leurs écrits des résumés capables de donner une haute idée de notre littérature nationale.
La nature des relations politiques qui existaient entre le Haut et le Bas-Canada avant la Confédération explique encore la présence des poëtes ontariens dans ce recueil, Mais on ne saurait à l'avenir s'écarter de cette règle : la littérature canadienne comprend, depuis l'époque de la Confédération, les productions littéraires des différentes provinces qui font partie du pacte fédéral. |
La marche de la poésie parmi nous est facile à suivre. D'abord timide et puérile, elle ne se manifeste que par quelques essais de courte haleine qui ne sont, pour la plupart, que l'expression d’un sentiment gai et jovial de la part de nos ancêtres; ce sont des chants, grossiers de forme, mais où brille en certains endroits l'étincelle du génie poétique ; des chansons que nos pères rimaient à un festin de table; des épigrammes, des odes, des satyres où dominent le gros bon sens et parfois même des mots d'esprit dits en des vers médiocres : QUESNEL et BiBAuD sont les meilleurs représensentants de cette époque primitive. La muse canadienne en vieillissant, en se fortitiant, s’adonna à de nouveaux genres. Or s’essaya dans la poésie lyrique; ce. sont des chants patriotiques où dominent le sentiment national et
l'histoire de parlements NEAU s’est à mesure q grandissem sciences, le jardiniers « en général places dans écrivains d la variété d CREMAZIE € nous ayon SULTE, Jusqu'à été que de tenter la pc avec talen ces COMpPO:
vent les a] haute port nous AavoI sérieuse, € tiques du de cette part le po Canada, l d'un Exil Prudhom tée étend rature.
Je dois r'ont dû spécial :
Laval,
Je Jais dans une de ces cd
l'histoire de la lutte que nos pères eurent à soutenir dans les parlements pour revendiquer nos franchises politiques : GAR4, NEAU s’est fait l'interprète de cette seconde période. Puis, à mesure que l’éducation se répandit parmi nous, avec l'as. grandissement de la population et la culture des arts et deg sciences, le champ de la poésie fut cultivé par de nouveaux jardiniers qui s’essayèrent dans l’élégie et la poésie lyrique en général: LENOIR et CHAUVEAU occupent les premières places dans cette troisième période. De 1850 à 1860, plusieurs écrivains de talent apparurent à la fois et s'illustrèrent par la variété de leurs chantset l’eclat de leur talent, entr'autres: Cremazie et Fiser. De 1860 à 1870 les meilleures pages que nous ayons ont été écrites par FRECHETTE, LEMAY et SULTE. F.
Jusqu'à l’époque actuelle, nos productions poétiques n’ont été que de petits ballons d'essai lancés dans le public pour tenter la popularité. C’étaient de petites pièces, souvent écriteg avec talent, portant l'emprunte du génie poétique, mais de ces compositions de longue haleine, de ces travaux qui éprou: vent les aptitudes en mettant à contribution des sujets d’une haute portée, nous n’en avions pas. Depuis quelques années, nous avons pu jouir de quelques travaux d’une portée plug sérieuse, et encore, en faisant l'inventaire des richesses poétiques du Canada, le critique ne peut citer parmi les créations de cette sorte que fort peu d'écrits remarquables. A part le poème de Trois Morts de Crémazie, La découverte du Canada, l Hymne Nationale et l'Evangeline de Lemay, La voiæ d'un Exilé de Fréchette, Les Martyrs de la foi en Canada de Prudhomme, je ne vois pas d’autres compositions d’une por, tée étendue, capables de donner une haute idée de notre litté. rature, Je dois faire remarquer que plusieurs de ces compositions n'ont dû le jour qu'à la faveur d’un encouragement tout spécial : je veux parler des concours de poésie à l'Université Laval, Je laisse la parole au Rev. M. A. NANTEL qui explique, dans une page bien pensée, l’origine et l'influence favorable de ces concours.
“ Les vingt années qui viennent de s'écouler nous ont donné les prémices d’unelittérature nationale. Cedoitèêtre pour us un sujet de joie etde légitime orgueil ; car, quelles que aient les destinées de la race française en Amérique, qu’elle sit pour mission, ainsi qu'on l’a écrit, de diriger le mouvement général des idées, ou qu’elle demeure sans influence, isolée et comme perdue au milieu des autres races, toujours ü sera glorieux pour nous, Canadiens, de n'avoir pas laissé dégénérer, sur les bords du St. Laurent, ce noble esprit frangais que l'histoire nous jrésente, voué, dès l’origine, au culte de la poésie et de l'éloquence.
“ D'ailleurs la création d’une littérature nationale répondait à un besoin de notre société. Séparés de la France à une époque où la France elle-même se séparait de Dieu, nous avons grandi loin d'elle et sans passer par ses révolutions, en suivant les lois de développement que la providence nous avait marquées, en gardant les vues, les traditions, l'esprit de foi et les vertus sociales de nos pères. La France qui à gerdu ces biens, ne peut donc nous fournir tout l'élément de motre vie intellectuelle. Il nous faut aussi une littérature propre, qui soit l'expression de nos idées etde nos mœurs, et qui puisse à son tour réagir sur elles. Aujourd’hui que tout le monde sait lire et veut lire, on voit de suite quelle peut être la force d’une telle littérature pour défendre le peuple ganadien contre l'influence des idées nouvelles, et pour lui conserver son caractère primitif de simplicité et de gran. deur.
“ Mais bien des obstacles s'opposent aux progrès des lettres en Canada; et le moindre n’est pas, sans doute, cette
répugnance que l’on éprouve généralement pour le travail
sérieux de l'écrivain. On lit beaucoup parmi nous, mais on é&rit le moins possible ; sauf, une vocation spéciale et bien rare; il n’y a guère que le devoir ou le besoin impérieux qui puisse déterminer à prendre la plume. Il résulte de là qu'une foule de talents se perdent ignorés, ou du moins no vont jamais jusqu'au bout d'eux-mêmes. La cause du mal et facile à savoir: c’est qu'il est plus précieux et plus doux
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