‹ Histoire de la littérature canadienne [microforme]Chapitre 22 sur 52 · CS · texte numérisé non relu

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(1) Revu

de lire que d'écrire, selon l'expression de Talleyrand ; l'un n’est qu’un plaisir sans fatigue, l’autre demande un effort qui coûte à la nature; et cet eftort est plus pénible encore dans un pays comme le nôtre, où le plus souvent on est obligé de prendre sur ses loisirs le temps que l’on consacre à la culture des lettres.

“ I1 faut donc stimuler l'écrivain. Mais quels seront les

mobiles assez puissants pour éveiller où rappeler à eux.

mêmes des talents qui s’ignorent ou s'oublient ? Il n'en est pas d'autre que l'intérêt et la gloire. La gloire peut suffire, mais du moins faut-il la donner assez grande, assez belle pour qu'elle puisse tenter et satisfaire une légitime ambition.

# C’est dans cette pensée que nos compatriotes d’origine britannique fondaient en 1864, un concours annuel de littérature anglaise à l'Université McGill. Il était réservé à l'Université Laval de réaliser pour nous cette heureuse idée.” (1)

Ces paroles rendent toute ma pensée. L'Université Laval a contribué pour sa bonne part à créer le bon goût littéraire. Les concours se sont succédés et ils ont produit, sinom nos meilleures compositions poétiques, du moins ils ontdonné à nos poètes uneoccasion des’essayer dans les grands genres et sur de vastes sujets. Ils n’embrassent encore qu’une branche des lettres, mais il est facile de prévoir qu’on offrira des primes pour la prose, et que la poésie tendra la main à ses sœurs, l'éloquence et l’histoire.

Les compositions adressées au jury nommé par la Faculté des Arts de l’Université Laval pour l'examen des pièces ont été, à chaque concours, très nombreuses. Les concurrents n'ont pas fait défaut. Les différents rapports du jury constatent un grard nombre de concurrents, ce qui promet beau coup en faveur de la fécondité de nos poètes. Nul doute que ces écrits préparés avec soin méritent les honneurs de l’impression. Malheureusement, à part les quelques poèmes couronnés, les autres compositions n’ont pas été livrées à La

(1) Revue Canadienne. IV pp 773.

publicité. Je sais qu’en certains endroits on a réclamé contre l'Université Laval qui, dans les règles du concours, s’est réservée la propriété exclusive des manuscrits adressés au jury. (1) Cette disposition est certainement désavantageuse

“en ce qu'elle prive l’auteur du fruit de son travail et le public

du plaisir de juger lui-mème, par la comparaison des essais, Je mérite particulier à chaque littérateur. (2)

Les concours ouverts par l'Université Laval ont commencé ‘en 1867. Le sujet proposé était la Découverte du Canada,

Æhème fécond d'inspirations poétiques. Douze pièces de poésie | |

ont été présentées à ce concours. M. LEemAY obtint la médaille d'or, M. Fiser la médaille d'argent, M. Roururer la médaille

“de bronze et M. PRUD'HOMME la mention honorable, L'année

guivante eut lieu le second concours de poésie française. Le sujet qui fut proposé se lit comme suit : Les martys de la fo

‘au Canada. M. PruD'HOMME obtint la médaille d'argent,

Il fut le seul poète couronné à ce concours. Le rapport du jury en explique la raison. ‘ Quelque travaux, il est vrai, ar un mélange de beautés et de défauts, n’ont pas paru au jury mériter une distinction.” Cependant il faut constater

‘qu'il y avait des poËmes qui ‘“ n'étaient pas sans mérite.”

Dans tous les cas il y avait choix, et par conséquent on a trouvé, à bon droit, arbitraire, cette façon d'entendre les chances d’un concours. On vous refuse la médaille d'argent parceque vous n'avez pas d'adversaires assez puissants et on vous refuse la médaille de bronze ou la mention honorable parceque votre poésie pèche en certains endroits. Que m'eussiez-vous cueilli du coup tous les lauriers de l'Hélicon! On conçoit que l’Université Laval a grandement nui au succès de ses concours qui manquent d’ailleurs de se renouveler annuellement comme par le passé.

Le troisième concours, ouvert en 1868, avait pour sujet:

mme

(1) Art. V. l.utes les pièces envoyées deviendront la propriété de la Faculté des Arts.

(2) La Faculté des Arts a réclamé ce droit après la publication, dans la Revue Canadienne, d’une pièce de poésie de M. A. Fréchette, Les martyrs de la foi en Canada. Vide : Rev. Can. V. 810.

Hymne nati obtint la m Je pourr:

juin 1873 gaire de la quette. 1 talents litté dignement pour la cire sur la déce CHETTE et avant peu, En prése d'entreteni haits arden vois pour | croire que répète, nou un nouvel conditions que toute qui à man hommes d tères, ce s L'homme pourquoi Ï

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Hymne national pour la fête des canadiens-français. M. LEmAy obtint la médaille d’or.

Je pourrais bien ajouter à cela la belle fête littéraire du 17 juin 1873 donnée à l'occasion du deuxcentième anniversaire de la découverte du Missisipi par Joliet et le Père Marquette. L'université Laval a réuni ce jour là l'élite des talents littéraires de la ville de Québec pour chômer plus dignement cette date mémorable. Une cantate fut composée pour la circonstance par MM. Lemay et Fiser et des poésies sur la découverte du Mississipi furent lues par MM. FREcuETTE et ROUTIER. Ces compositions seront publiées avant peu, nous en avons du moins la promesse. ‘

En présence du travail accompli, on ne saurait s'empècher d'entretenir les plus belles espérances et de formuler des souhaits ardents pour le succès des lettres canadiennes. J’entrevois pour l'avenir littéraire du pays de beaux jours et j'ose croire que cette espérance et ce désir se réaliseront. Je le répète, nous ne sommes peut-être pas éloignés du temps où un nouvel état de choses politique, parvenant à changer les conditions économiques du pays, devra entraîner à sa remorque toute une révolution dans le mouvement littéraire. Ce qui a manqué parmi nous, ce ne sont pas les écrivains, ni les hommes de talent, ni les riches natures, ni les beaux caractères, ce sont les capitaux, ou autrement l’encouragement, L'homme de lettres n’a pu vivre du travail de sa plume, c'est pourquoi il a rejeté Join derrière lui sa plume et son pinceau pour se faire maçon. Mais à mesure que les positions indépendantes se formeront, que l’aisance sociale renaîtra, que l'éducation pénétrera dans les diverses classes de la société, dès lors les poètes salueront ce nouvel aurore qui leur apportera, avec la gloire, la récompense matérielle de leur travail.

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