‹ Histoire de la littérature canadienne [microforme]Chapitre 26 sur 52 · Bi de M. P · texte numérisé non relu

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Cet ouvrage offre d’abord un tableau général de l'histoire du Canada avant l’Union, puis vient l’exposé succinct des diverses administrations qui se sont succédées depuis 1841, année où l’Union fut proclamée, jusqu’à 1867, époque de la Confédération. Il a divisé son œuvre en chapitres, qui con. cordent avec les gouverneurs qui administrèrent le Canada, durant cet intervalle.

L'auteur voudra bien me permettre de corriger deux lévères erreurs de date qui, quoique sans importance en ellesmèmes, pourraient peut-être dérouter ceux qui désireraient plus tard faire des recherches sur ces événements. Il pourra, dans les éditions futures, rétablir en quelques mots les faits dont l’époque n’est pas assez clairement indiquée.

10. La rébellion de 1837 ne fut pas suivie d’exécutions capitales, lord Durham ayant libéré tous les prisonniers politiques sauf ceux qui furent déportés aux Bermudes. Ce ne fut que sous Sir John Colborne, après les soulèvements partiels de 1838 que ce gouverneur institua les commissions militaires qui dressèrent au milieu de nous l’échafaud politique.

20. Bien que ce soit vers 1841, à la fin de l'administration de M. Poulett Thompson que le traité dit Ashburton régla plusieurs difficultés entre l'Angleterre et les Etats-Unis, ce fut au commencement de 1839 que la question du territoire en dispute faillit amener une rupture entre les deux pays, les citoyens du Maine ayant alors pris une position menaçgante dans les environs du lac Témiscouata. Quelques établissements canadiens furent cédés aux Etats-Unis pour rétablir la bonne entente.

Je me sens à l'aise en abordant la critique du travail méritoire de M. Turcotte. Je dis méritoire parce que l'auteur s'est donné beaucoup de mal pour recueillir ses matériaux, les assembler et présenter au public une œuvre, je ne dirai pas complète, mais dans tous les cas utile à une certaine “lasse de lecteurs.

En effet, la jeunesse avait besoin d’un livre de ce genre pour se mettre au fait des événements qui se sont passés

depuis les trente ou quarante dernières années, événements qu'elle ne peut apprécier que dans la liasse des journaux. Maintenant elle peut étudier plus facilement l’histoire politique du Canada sous l'Union, histoire si accidentée, si mouvementée, si instructive, si perplexe parfois. Je félicite done M. Turcotte d’avoir entrepris ce travail. La pensée géné. reuse qui a présidé à cette publication ajoute encore au mérite de l'écrivain.

Ce n’est pourtant pas encore une œuvre telle que je la voudrais. Le style est clair, simple, sans prétention, mais il manque d'entrain, de verve, de chaleur, de vivacité, de souplesse, de coloris, et mème de soin et de travail: il est froid et d’une sobriété voisine de l’indigence. Le récit est court, résumé, lucide, mais il manque d’ampleur et d’attraits, Ce n’est pas là toute l’histoire du Canada sous l'Union. C’est peut-être, à demi, l’histoire politique, mais assurément l’his. toire du droit, celle des événements religieux, de la littérature, des progrés matériels et de la marche de ilées n'est pas là. Je n’ai pas rencontré d’aperçus élevés sur les causes qui ont amené les crises ministérielles ni de considérations philosophiques et morales sur le mouvement social. J'y vois tout au plus un résumé fort succinct des travaux parlementaires, puisés dans les journaux de la chambre et la collection des statuts. Sans doute que c’est beaucoup mais l’auteur pouvait davantage. Je regrette ces lacunes qui ébrèchent sa réputation d’historien.

Que dire de l'intégrité du livre, de fl espr it qui anime l’auteur, sa tendance, son système ? Ilélas! pourquoi faut-il que les passions politiques et les préjugés de parti aveuglent les plus belles a Sous des dehors calmes, impartiaux, modérés, M. Turcotte fait l'éloge du parti conservateur. C’est le: pe grand reproche que je lui adresse. Il devait au public de cette province plus d’intégrité, plus d'impartialité qu'il én a montrée. Citerais-je des faits, des extraits de son livre ? Inutile. Tous ceux qui ont lu louvrage disent comme moi. Mais cette tendance se manifeste surtout dans le second volume. C’est à partir de 1855, c'est-

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à-dire depuis l'alliance des prétendus libéraux du Bas-Canada avec les, tories du Haut-Canada, lors de la formation du ministère MeNab-Morin, que son esprit de parti s'accentue davantage. Il excuse constamment les chefs de ce parti et accuse leurs adversaires politiques. Il n’y a pas jusqu’au double shuffle de 1858 qu'il approuve et excuse. Il n’a aucun blime à adresser au gouverneur Head pour sa conduite inconstitutionnelle. $Ses jugements sur les hommes sont marqués au coin de la partialité comme ceux qu'il porte sur leurs actes. Il change d'avis sur leur compte suivant qu’ils s'éloignent ou se rapprochent de ses tendances tories. Allen MeNab, George Brown, J. A. McDonald, etc., sont tour à tour conspués et exaltés,

Il se trompe également sur la nature du mouvement opéré en 1854, L'alliance McNab-Morin fut une défection et un sacrifice des principes libéraux légués par Lafontaine et Baldwin. (C’est une tache qui ternira toujours le nom si populaire de l’Hon. Aug. N. Morin. Ce ne sont pas les libé- ‘aux qui ont absorbé les conservateurs comme M. Turcotte le prétend, mais c'est l'élément conservateur ou tory qui a noyé l'élément libéral. Ce sont Sir Allen MeNab et J, A. McDonald, deux tories encroutés de la vieille école, qui furent appelés à dominer dans cette combinaison ministérielle. C'est l'esprit Draper, Sherwood, Badgley, ete., qui va maintenant dominer et influencer J. À. McDonald, G, E. Cartier, E. P. Taché, IHincks, Langevin, Chauveau, etc., jusqu’à notre époque.

L'écrivain insinue donc fausement que ces hommes sont les héritiers des tendances politiques de Lafontaine-Baldwin. Leurs actes d’ailleurs n’ont rien de commun avec le senti. ment libéral. {ls ne connaissent de réformes que ce que l'opposition leur a arraché. Le seul et véritable parti libéral qui a survécu aux défections de 1855, et que l’auteur appelle parti démocrate, parti annextionniste etc., est indignement ligé. Il l’accuse d’avoir voulu introduire dans notre législation les idées républicuines, comme si c'était là quelque chose de très déshonorant! Il le condamne également parce qu'il

x proné certaines réformes, jugég@bonnes de nos jours puisque le parti conservateur les escamote au parti libéral afin de se maintenir au pouvoir,

La partialité de l’auteur va jusqu’à excuser ses chefs de s'être opposés aux écoles séparées dans le Haut-Canada, A l'entendre, l'opposition du parti libéral fut factieuse, injuste, absorbant le temps des sessions, mettant des entraves aux projets du gouvernement. Voilà une jolie façon d'entendre le système représentatif et les franchises constitutionnelles! Vous ètéf injuste, partial, imprudent, mauvais citoyen si vous n’appuyez pas le gouvernement. J'avais toujours cru qu'une loyale opposition complétait le gouvernement constitutionnel et participait même de son essence. Mais M. Turcotte n'entend pas de cette oreille là. Que ne ditil pas encore ? Il accuse M. Dorion pour n'avoir pas voulu sacrifier ses principes et ses opinions en échange d’un portefeuille, lors de la formation du ministère MacDonald-Cartier en 1857. M. Sicotte avait été dépèché par M. Cartier en cette occasion pour le faire consentir à accepter le portefeuille de secrétaire provincial. 1I1 déclina l'honneur, ajoute M. Turcotte ; il refusa un compromis honorable afin de ne pas sacrifier ses principes, ni ses opinions.” À la page suivante, Pauteur ajoute: “Cette conduite lui fit tort ainsi qu'à son parti, elle iui fit perdre l'occasion de monter au pouvoir.” Ainsi, suivant M. Turcotte, arriver au pouvoir, c'est tout; celui-là est bien inhabile qui laisse perdre l'occasion de siéger dans le cabinet ? Le titre de ministre vaut mieux que celui d’honnète homme? M. Turcotte appelle cela un compromis honorable. Les consciences tories seules ont cette élasticité, Hélas! les tentatives du parti n'ont que trop réussi à éloigner nos amis du devoir en plaçant dans l’administration de 1857 des libéraux comme MM. Sicotte et Belleau qui ont sacrifié leur passé pour un portefeuille. Après cela il n'est pas étonnant de voir M.

. Turcotte excuser l'alliance de M. Cartier avec M. Brown en 1864, et tant d’autres concessions de princip:s, aux prix desquelles son parti s’est maintenu au pouvoir.

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L'auteur ne parait pas avoir beaucoup étudié les questions constitutionnelles. Dans un ouvrage de ce genre ces points de droit ont toujours une importance majeure. C'est une lacune considérable qui pourra disparaitre dans une seconde édition.

M. Turcotte est encore l’auteur d’une Histoire de l'Isle d'Orléans, in-12, pp. 64, publiée à Québec en 1867. Cette brochure renferme de nombreux renseignements sur cette terre si féconde en faits historiques. Cet auteur doit publier prochainement une série de biographies sur nos hommes politiques; nous avons déjà celles de MM. Caron et Cartier. Ces biographies sont remplies de faits mais pauvres de style. L'auteur se doit à lui-même et au publie de surveiller la forme en la rendant digne du fond.

Histoire des grandes familles du Canada ou Apercu sur le Chevalier Benoist et quelques familles contemporaines pp. 548, in 8vo ; tel est le titre d’un ouvrage publié à Montréal et généralement attribué à L’ABBE DANIEL, du Séminaire de St. Sulpice. Ce livre peut être considéré comme un monument élevé à notre gloire en ce qu’il retrace la vaillance, l'héroisme et le dévouement de ces grandes familles. On y trouve une foule de détails, de faits, d'aventures, d'incidents plus ou moins importants, la plupart inédits et qui ont été communiqués à l’auteur par les descendants de ‘ces grandes familles,” qui ont noms de Longueil, de Beaujeu, de St. Ours, Martel, d'Eschambeault, de Montigny, Duchesnay, d’Ailleboust, Guy, de Vaudreuil, Baby, de Boucherville, de Salaberry, ete. La notice du chevalier Benoist, qui vivait en Canada en 1740, n'oftre d’intérèt qu'aux membres de cette famille. Il en est autrement pour les autres biographies qui sont plus intimement liées à l'histoire du pays. Chaque notice biographique est accompagné des portraits des principaux membres de la famille. Nous y trouvons les portraits du chevalier Benoist, Jacques Cartier, de Montcalm, Beauharnois, Mgr. Laval, Mgr. Plessis, Mgr. Lartique, le juge Vallière, Etienne Parent, le jauge Caron, G. E. Cartier, J. O. Chauveau, etc., avec un fac-simile des principaux hommes qui ont} figuré sous la

domination française et depuis la cession du Canada à l'Angleterre, En un mot, c’est un livre deluxe destiné à orner les salons et les bibliothèques.

On pourrait désirer plus d'ordre et de méthode, moins de confusion dans la disposition des matières, une pagination plus régulière. On regrette surtout cet esprit systématique qui tend à faire graviter autour de la figure du Chevalier Benoist, personnage obscur de notre histoire, ceux qui ont illustré notre passé, A part ces défauts de forme le livre se recommande par un style simple et correct, C’est après ‘out une œuvre essentiellement nationale. ‘ Car, comme le dit M. de Bellefeuille (1), ce n’est pas tout d'avoir une histoire sérieuse et régulière du Canada. Elle peut suffire au besoin d'apprendre les grands événements et l’enchainement des faits, au désir de s'intruire du passé de sa patrie; mais l'homme à encore d’autre besoins et d’autres désirs, moins no” bles si vous voulez, moins élevés ; mais qui pour tout cela, ne sont point blâmables. On aime à faire une connaissance plus intime avec les héros, avec les hommes qui ont laissé un grand nom derrière eux, une trace profonde dans les idées ou les faits de leur époque. On cherche à les voir comme dans l'intimité de la famille ; on aime à faire connaissance avec leur physionomie, contempler de près ces traits vénérés et en étudiant la figure qui est le miroir de l’âme, essayer de deviner les grandes pensées et de pénétrer dans le carac-

des personnages qui ont fait la gloire de leur peys. On at tout connaître chez eux, leur vie, leur traits, jusqu'à teur signature, laquelle, prétend-on, révèle quelque fois les dispositions de homme, Il y a peut-être là une idée mesquine, une vaine curiosité, qui expose à bien des desenchantements et à de pénibles déceptions; car, quel est le personnago qui peut supporter sans rappetiser un examen aussi minutieux ; souvent ceux qui de loin nous ont paru des héros, Vus de près, redeviennent des hommes, avec nos défauts, nos travers, et jusqu’à nos ridicules.” JAMES MACPHERSON LEMOINE, un des auteurs les plus

(1) Revue Canadienne V. 398.

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féconds qu'ait produit le Canada, naquit à Québec en 1825, Fitde bonnes études au séminaire de cette ville. $e fit admettre à l'étude du droit et pratiqua la profession d'avocat pendant quelques années. Fut pendant quelque temps collecteur du Revenu à Québec. A fourni à la presse un grand nombre d'écrits sur l’histoire naturelle et politique du pays. et d’autres essais également écrits en anglais eten français. Un de ceux qui a le plus fait pour la découverte et la publication des manuscrits relatifs à l'histoire ancienne du pays A régulièrement contribué à la rédaction de la Revue Canadienne, des Soirées Canadiennes, du Foyer Canadien, du Saturday Reader, ete. Un littérateur dans le sens strict du mot; écrivant avec facilité dans les deux langues.

On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Qu'il me suffise de les indiquer pour le moment, Les écrits de M. Lemoine se rapportent à différents sujets; mais son étude favorite est l'histoire du Canada et il a tant fait dans ce sens que je ne saurais le ranger ailleurs que parmi nos historiens, Même dans ses travaux légers il n'oublie point le côté historique de son sujet et ses écrits sont autant détudes de mœurs d'esquisses historiques. Tantôt c'est l'histoire d’un monument, la description d’un endroit célèbre dans nos annales; tantôt ce sont des données archéologiques fort savantes sur les origines canadiennes.

Les principaux ouvrages de M. Lemoine sont :

1. Votes on land and sea Birds observed around Quebec: Con. Vut. 1859.

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