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Les Légendes manquent peut-être de liaison entre les diverses parties du récit, mais les peintures gracieuses qu'on y trouve font oublier ce défaut. Les tableaux que l'œil préfère sont la scène d'un intérieur campagnard, le broyage du lin et les pionniers canadiens.
La déportation des Acadiens en 1755, cet acte aussi criminel aux yeux de l'humanité qu'aux yeux de la politique, a déjà servi de thème à beaucoup d'ouvrages d'imagination. Tous les écrivains avouent que cette iniquité de la politique a séparé un grand nombre d'amoureux qui se sont retrouvés que longtemps après. Longfellow s’estenparé de ce sujet et on sait si son Ævangeline a fait sensation non seulement en Amérique, mais même en Europe.
Le roman Jacques et Marie de M. NAPoLEON Bourassa otre des ressemblances de détails avec le poème de Longfellow. Comme dans Ævangeline, il y a une séparation par l'emprisonnement et l'exil en bloc exécuté le 5 septembre 1755; seulement, dans Jacques et Marie, c'est le fiancé qui recherche sa promise, tandis-que dans le poème amérieain c'est l’amante eplorée qui promène sa douleur et sa jeunesse sur tous les fleuves et toutes les terres. De plus, dans le livre de M. Bourassa, le héros retrouve sa fiancée et vit heureux avec elle; dans le poème, au contraire, l'héroïne retrouve son Gabriel expirant dans un hôpital.
Le récit commence à 1749, six ans avant la déportation de nos malheureux compatriotes. Les Acadiens de Grand- Pré, soumis à la couronne anglaise depuis 1711, tâchaient, à force de travail, de ménagements et de résignation, de rendre leur position aussi supportable que possible. Plusieurs familles, ne pouvant cependant pas supporter le joug de l'Angletere, se retirèrent à la Baie de Beau-Bassin, encore sous le sceptre de la France. Au nombre de ces familles se trouvait celle du père Hébert qui comptait parmi ses membres, Jacques, robuste garçon de vingt ans, le héros du livre. Ce ne fut pas sans regrets que Jacques quitta ses amis, ses
relations de famille et la petite Marie, son amie de cœur, sa fiancée, celle qu'il devait épouser l'année suivante, Il promit
\ Le bien de revenir de temps à autre, mais cinq longues années Ne s'écoulèrent avant qu'il put la revoir. Ko
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Cinq années! comme elles parurent longues à Marie, la tral et à quelles épreuves ne fut-elle pas exposée durant ce temps. conse Ses parents, ses amis, le voisinage lui disaient qu’elle atten- rible & dait vainement, qu'elle ne reverrait plus Jacques. Mais elle ter la
attendait patiemment et les laissait dire: un sentiment ins- Mais 1 tinctif lui disait d'espérer, Elle fut cependant soumise à
n pr une rude épreuve. Un jour il arriva à Grand-Pré, avec un .s si détachement de la garnison, un officier nommé George (Gor- de M: don. C'était bien le type du militaire accompli, partait de préside tenue, irréprochable de forme, beau, poli, pas prétentieux, mort amoureux de la justice, plaidant la cause des Acadiens, noble disper: sans orgueil, digne sans forfanterie. Gcorge avait dû faire perso bien des malheureuses sur son chemin, mais il avait passé es par les camps et les villes sans emporter aucun souvenir donné. durable. Il eut été bien surpris si on lui‘eût dit qu’une aca. veau | dienne, une fille des champs, attirerait son attention et ferait de suf battre son cœur des pulsations saccadées de l'amour. Il ne croire l'aurait jamais cru et c’est pourtant ce qui arriva. En voyant cite pa Marie, il en devint amoureux, Hélas! pauvre fille, va-t-elle singuli encourager cette amour naissant? Je demande à nos belles Jacc ‘à citadines si elles résisteraient longtemps à ce regard lan- ae oo goureux et tendre qui s'échappait du lorgnon que le beau ns ; { \ lieutenant braquait négligemment sur ses victimes; si ces Jacque ù épaulettes, ce sabre, ce brillant équipage ne les auraient pas bacs éblouies. Oh! que les Marie d'aujourd'hui sont rares. Oui, Cudie : le souvenir de Jacques fut plus séduisant que tout cela. on . H Enfin, Jacques arrive après cinq années d'absence, juste au Mario fl moment où l'anglais s’efforçait, après la proscription du ÿ Tel . | septembre 1755, de la gagner définitivement à lui. Pendant en
ce temps la famille Hébert a été cruellement éprouvée par la guerre. Les anglais, sous le commandement du capitaine Gordon, frère de George, ont tué les deux frères de Jacques
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et sa mère est morte dans une forêt, dévorée par des loups nidoe à v] LI )e L A: JE | 1 A à : À 11+ 4 ar an Éè SG
cerviers. L'auteur aurait pu, sans nuire à son récit, épargne tout, a
ce luxe de cruauté.
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Le lieutenant Gordon ne se compte pas pour battu en présence de l'extérieur grossier de Jacques ; il dresse un nouveau plan de campagne. Il écrit au père Landry et lui assure la tranquillité et son exemption de la proscription s’il veut consentir à lui accorder la main de sa fille. Un combat terrible s'engage dans l’âme de l’acadienne qui finit par accepter la main de l'anglais afin de sauver les jours de son père. Mais le père refuse ce sacrifice. En mème temps on institue un procès à Jacques Hébert accusé de rébellion. Le conseil de guerre le condamne à être fusillé sur la ferme même de Marie Landry. Le lieutenant Gordon est chargé de présider à l'exécution. Le héros du livre n'échappe à la mort que par l’arrivée subite d’un parti de montagnais qui disperse les exécuteurs. Mais le lecteur, de même que les personnages du roman, sont cependant sous l'impression que Jacques est mort puisque le commandement de tirer a été donné. Ce n’est que’plus loin que Jacques apparait de nouveau’ La vraisemblance’ici n’est pas ménagée. IT est dificile de supposer que les personnages du roman eussent pu le croire mort quand il ne l'était pas: du moins, l’auteur ne cite pas de circonstances capables d'expliquer au lecteur cette singulière coïncidence,
Jacques se trouve de nouveau en présence de Gordon sur le champ de bataille de Ste Foye. Ce combat est bien raconté et parfaitement décrit. (Gordon y perd la vie. Jacques retrouveMarie et arrive juste à temps pour recevoir le dernier soupir du’père Landry. Il les retrouve à la Petite Cadie, là mème où {M. Bourassa est né et où l'idée d'écrire son roman lui est venue. Il va sans dire que Jacques et Marie s'épousèrent et vécurent heureux.
Tel est le récit de M. Bourassa. Il y a peu d'épisodes, l’action n’est ralentie par aucun événement saillant. Le romancier ne se complait pas à nouer l'intrigue, il préfère butiner ici et là, dans une campagne fleurie, au sein du foyer domestique, dans un taillis ombragé, au murmure des eaux limpides et aux chants des rossignols. L'auteur cstartiste avant tout, artiste et peintre tout à la fois. Le fond de son talent,
c'est la délicatesse, l'amour du détail, du perfectionnement. M patriote il tend à l'idéal et sa plastique n’a rien de commun avec I WE PS 25 matière. Un goût sûr, beaucoup d'esprit, une science pro. ghañtes fonde des sentiments qui germent dans le cœur de l'homme, M port Ce remplacent, chez lui, la grandeur des conceptions, l'ampleur WE 17 La de l'intrigue, les situations dramatiques et l'élévation dans Ouen le langage. Pour raconter une scène et peindre un tableau ee Bi il n’a pas de rival en Canada et même peu de supérieurs en l'habilet Europe. Jamais il ne donne un mauvais coup de pinceau, On s'a Il semble polir et repolir certains détails, il cisèle ces petits de profo joyaux qu'on admire pour leur éclat et leur fini. des par
relation.
L'origine des amours de Jacques et de Marie est racontée avec un rare bonheur. Il en est de même lorsqu'il dépeint les mœurs acadiennes, cette race d'hommes forts, vigoureux, fermes dans le danger, dans l’adversité, dans le devoir. Il s'élève au-dessus du trivial et des lieux communs en décri: rant les campagnes et les beautés champêtres. La partie la plus faible cst le diologue. C’est une qualité aussi rare que précieuse, qui ne s'acquiert que par la pratique. Les person: nages ici font des discours au lieu de causer.
n'a pas variété ç vait pas n'a jama écrire d roman c'est-à-d toute la
Jacques et Marie peut paraître à quelques-uns un roman Î ‘cetres
imparfait. Ilest vrai que l’auteur n'entre pas dans tousls Î L'imou
à développements qui ressortent de son sujet. Les liaisons il est dé or entre les trois parties ne sont pas fidèlement observées, ct beaucou il les événements ne sont pas réunis et liés ensemble de ma Marie, ! nière à en faire un tout bien ordonné. Mais on ne peut Î ‘°"cme L s'empêcher d'admettre que c'est un beau livre pouvant et l'amour Î devant être lu par tout le monde, qui peut passer des mains Ceper | de l’écolier à celles de la jeune fille ; un livre qui fait honneur tage SO f: à notre littérature parce que l'étude, le bon goût, le talent, nicre, 1 (Fa l'esprit y débordent, On y trouve des-pages éloquentes, des devenir | | études de caractères, des sentiments qui font de l'ouvrage un le répèt des mieux faits que nous ayons. ttange:
Jacques et Marie avec Gordon sont les principaux person- couleurs
nages du livre. Autour d'eux il n’y a que des figures sym- La pa
pathiques, à part celle de Butler, le commandement anglais du TOUR
| de la garnison à Grand-Pré. Le père Landry est le type du torique
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patriote acadien ou canadien, Le portrait de Marie n’est pas assez esquissé, j'entends son portrait physique, car ses qualités mora'es ressortent bien de l’ensemble. Sous ce rapport c'est un des plus beaux caractères qu’on puisse imaginer. Le portrait de Jacques est parfaitement dessiné au commencement de la seconde partie. Gordon se soutient assez bien; cependant son rôle était difficile et il a fallu de l'habileté pour le conduire jusqu’à la fin.
On s'aperçoit bien que M. Bourassa n’est pas un romancier de profession ; il n’a pas toutes les ficelles du métier, il y a des parties faibles, des incohérences, non de style mais de relation, d’intrigue, de connection ; la marche de l’action n'a pas toujours cette uniformité, cette unité et à la fois cette variété qui s'appellent le nœud. Je sais. bien que l’auteur n’avait pas l’intention de faire un roman à sensation et qu'il n'a jamais voulu inventer des types absents de la société, ni ecrire des aventures invraisemblables ; il a voulu faire un roman qui fut comme l’image limpide des mœurs acadiennes, cest-à-dire simples, primitives, une histoire qui rappelat toute la bonhomie, la grandeur naïve et antique de nos ancètres. IL ne fait point appel aux passions violentes, L'amour chez lui est un sentiment tendre mais non bouillant; il est dévoué et patient, il sait attendre parce qu'il espère beaucoup, il espère beaucoup parce qu'ilest pur. Voyez Marie, elle est toute là: résignation et grandeur d'âme, dévouement et simplicité de cœur. C’est un être faible mais l'amour la rend forte.
Cependant, je suis d'avis que l’auteur devait varier davantage son récit. C’est un peu, de la première page à la dernière, le même thème et le mème chant. Cette note peut devenir monotone, non pas pour un lecteur canadien, car je le répète la vie canadienne est là toute entière, mais pour un étranger qui ne saurait comprendre tout le charme de ces couleurs locales.
La partie historique est aussi parfaite qu'on peut l'exiger du romancier à qui il est permis de sacrifier l'intégrité historique à la fiction. Sous ce rapport je citerai la peinture
«de l’état du Canada avant la chute de la domination française ‘et la description de la bataille de Ste. Foye qui sont, à mon point de vue, de magnifiques pages.
On sait que M. Bourassa a écrit son roman pour la Revue Canadienne. Ainsi, cette œuvre d'imagination a été écrite au jour le jour, pour remplir un canevas qui ne se laissait pas attendre. De là quelques défauts d'exécution qui ne se seraient pas rencontrés sans cela. La première partie est plus parfaite sous le rapport du style. Il y a dans le prologue surtout des considérations qui révèlent le moraliste. On voitque M. Bourassa est de tous nos écrivains celui qui est le plus susceptible d'arriver à la perfection avec de la pratique.
Je ne saurais mieux terminer qu'en citant le jugement d'ensemble que porte sur ce roman M. Hector Fabre, dans une belle page publiée dans la Revue Canadienne de 1866 :
é Le style de M. Bourassa, dit-il, est charmant. C’est un heureux mélange de sincérité dans le sentiment, d'originalité ‘ou d’entrain dans l’idée, de grâce et de vivacité dans l’expression. On n'écrit pas plus naturellement. Aucun effort, point de prétention. L'écrivain laisse la plume aussitôt qu'il cesse de sentir, ou s’il continue, c’est à son corps défendant. Il faut qu’il soit de belle humeur pour écrire des choses gaies, ou ému pour écrire des choses émouvantes ; nulle feinte n’altère son idée, ne masque son sentiment. Bien difiérent de ces auteurs qui s'émeuvent qu’une fois la plume à la main et pour qui une phrase en amène une autre, Ne leur demandez pas ce qu’ils vont écrire; ils ne vous le diront que lorsqu'ils l’auront écrit.
‘“ Le style pur, charmant, est chez M. Bourassa un don de nature, une grâce d'écrivain; il ne s’est point laborieusement formé, il s’est modèle naturellement sur la pensée de l'écrivain. Son imagination est douce, ample et riche; elle embrasse aisément les larges horizons, m. s, mème en son vol le plus puissant, elle ne perd pas de vue la réalité, le coin de terre d’où elle s’est élevée dans les airs, le détail famillier
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Le drame national se déroule dans toute sa grandeur et sa variété sous les yeux du spectateur; en avant et jusqu’au sein des masses populaires groupéflans le fond de la scène éclatent librement les incidents caractéristiques de la vie réelle. L'artiste excelle à la fois dans la fresque et dans le tableau de génie.
“ L'esprit déborde en tout ce qu'écrit M. Bourassa; les personnages cependant,ne causent pas toujours aussi bien que l’auteur ; ils forcent parfois le ton. Ils se corrigeront de ce défaut lorsqu'ilg les aura fait un peu plus sortir dans le monde de la fiction. Son esprit est gai; il ne plaisante pas sans rire comme les sceptiques. Il y a de la bonhomie dans l'allure de ses traits, mème les plus piquants, et un grain de sympathies dans ses malices. C’est en soupirant qu'il aborde son sujet, et l’occasion aidant il tourne vite au senti-
ment, à l'émotion.
“Je suis convaincu qu'on ne saurait lire les écrits de M. Bourassa sans estimer l’homme de cœur à l’égal de l’homme de talent. Ils’y révèle, pour ainsi dire, à chaque page et dans chaque élan : c'est se trahir noblement,
“En résumé, il a fallu pour écrire Jacques et Marie plus d'imagination, de style, de verve et d'esprit qu'on en trouve dans aucun autre ouvrage canadien. Le premier combat livré par l’auteur sur ce terrain, qui n’est pas le sien et d’où son art favori le rappelle, n’a pas été sans doute une victoire complète; mais l’homme de talent en est sorti avec tous ls honneurs de la lutte, sinon avec tous les bénéfices du SuCCÈS. ?”
Outre Jacques et Marie nous avons encore de M. Bourassa Naples et ses environs, charmant récit où se reflètent toutes ks grâces du style et toute la finesse d’un esprit cultivé. Le Carnaval à Rome est spirituellement écrit; c'est une petite chronique pleine d’entrain de gaieté, folle comme un masque d'arlequin. Les Causeries artistiques annoncent chez l’auteur une grande connaissance de Part; sa critique est ironique et timable ; son talent de description, gracieux et solide. L'artiste pénètre toujours l'écrivain.
M. Bourassa s’est surtout livré à cette partie si attrayante
des beaux arts qu'on appelle la peinture; c'est là que ses 6 goûts le portent. Il a entrepris des travaux gigantesques ME dans cette branche et plusieurs de ces toiles peuvent passer a] pour des modèles parmi nous, Son grand tableau : l’Apo- Je théose de Christophe Colomb, a été exposé à l'exhibition a internationale de Paris. Fe On peut encore citer comme chef-d'œuvre les peintures va à fresques de la chapelle de l’Asile Nazareth, qui ont pris foui deux années de sa vie, vol Hélas! il est bien pénible d'avouer qu’en Canada la posi- a tion de l’artiste soit encore plus difficile que celle de l'écri- rét vain. Quoiqu'il en soit, M. Bourassa, qui n’est encore qu'un sit jeune homme, a déjà atteint, par les belles qualités et les mili talents brillants qu’il a reçus de la nature, le premier rang chèr parmi nos célébrités littéraires et artistiques. Bedi Une imagination vive et ardente, un cœur plein de beaux allai sentiments, de la gaiété, du laisser aller, quelque chose de voya français dans le caractère, c'evaleresque et romanesque, tel pays m'apparaîit M. Fauoner DE Sr. Maurice. Ces qualités agre aimables se retrouvent dans ses écrits. J’ad'nire la facilité de chan sa diction ; il n’a pas d'égal sous ce rapport dans la littérature coup canadienne. Ce n’est pas qu'il ait produit un grand nombre tage Ÿ d'ouvrages; non, un certain dédain de la gloire et puis, disonÿ M: fl le, un amour prononcé pour le far niente, l'ont toujours empèché je dir | d'être prodigue de ses œuvres. C’est un malheur, je Le dis rien sincèrement, pour la littérature de notre pays. Son style se ni lé serait formé par le travail et par l'exercice ; il a du reste dans ! presque toutes les qualités qui conviennent aux romanciers : trava imagination féconde, enthousiasme, feu, entrain, style facile Le le et éloquent. Je connais des lecteurs qui le préfèrent de mexi | beaucoup à Marmette et je ne vagpas Far les taxer de préta: mauvais goût. Son style est moins travaillé : il coule de Mexie source ; je le répète, ce qui le distingue surtout c’est sa bril- sont } lante et féconde flexibilité, Il peut réussir dans plusieurs Les genres s’il veut s’en donner la peine. Il émaille ses écrits do Les l
citations, on sent un homme qui connait parfaitement son l'aiqui
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le beaux hose de que, tel qualités cilité de térature nombre S, disonÿ km pèché e le dis style se u reste nciers :
le facile rent de axer de oule de sa brilblusieurs écrits de Lent son
métier, qui a lu tous les littérateurs de toutes les littératures étrangères. On m'objectera peut être qu'il aime un peu trop à faire montre de ses connaissances bibliographiques ; je le sais, je l’admets et ne chicane pas mon lecteur pour si peu. M. Faucher s'en corrigera et tout sera dit: n'en parlons plus.
De Québec à Mexico, tel est le titre du premier écrit de longue haleine que cet auteur a livré au public canadien. Ce feuilleton parut dans la Revue Canadienne de 1866 et 1867 (vols IIT et IV). C’est le récit d’un voyage de l’auteur s’en allant, à sa sortie du collége, la tête pleine de projets, le cœur rempli d'émotions et d'espérance, la démarche lfrto et guerrière, prendre du service dans les rangs de l’armée de Maximilien et du corps expéditionaire français, désireux de marcher sur les traces de nos ancêtres, ces valeureux soldats, Beau dévouement ! plus admirable peut-être que la cause qu’il allait servir. Quoi qu'il en soit, M. Faucher raconte son voyage, ce qu'il a vu, ce qu’il a entendu. Ildécrit parfois : paysages, monuments, villes, campagnes, sierras, tableaux agrestes et paysages naturels passent sous vos yeux avec enchantement et rapidité. C'est bien. On voit ailleurs beaucoup de ces narrations de voyages, elles ont rarement l’avantage d’intéresser.
Mais je rechercherais en vain une étude profonde, savante, je dirai même instructive, des choses que l’auteur décrit : rien ou peu sur les institutions, peu ou point sur les mœurs ; ni l'étude des causes de la révolution, ni le progrès des idées dans l'Amérique du Sud, enfin la partie philosophique du travail est absente, fait défaut. Et c'était la partie majeure. Le lecteur reste aussi ignorant qu'il était sur la question mexicaine, Les romans de Gustave Aiïmard, quoique ne se prétant pas à ch côté savant que l’auteur de Québec à Mexico pouvait, lui, développer dans une étude de voyages, sont plus intéressants sous ce rapport.
Les nouvelles ou récits de courte haleine de M. Faucher : Les larmes du Christ, Les blessures de la vie, et La femme à
l'aiguille, entr'autres, sont admirables. Le style est chatié
tout en restant abondant; les plus beaux sentiments qui peuvent germer dans le cœur de l’homme s’échappent de la plume de l’auteur. Ils sont vrais, c’est pourquoi ils font pleurer quelque fois les yeux les plus rebelles.
Mais le plus beau présent que M. Faucher a fait jusqu'ici à la littérature de son pays est sans contredit ses brillantes légendes canadiennes qui ont fait les délices des lecteurs de l'Opinion Publique.
M. Faucher a eu une excellente idée en s#£sayant dans la légende. Je déclare de suite que ses Contes et Récits: À Za Brunante, sont le meilleur écrit de toutes ses œuvres littéraires. Je retrouve là tout le talent du narrateur, du causeur aimable et expansif, du conteur fantasque et superstitieux. Cesrécits me remettent en mémoire les Contes fantastiques d'Hoffman, il y a une note plaintive et originale, un accent national et patriotique qui intéresse. En les lisant on pense malgré soi au passé, à ses coutumes, à ses mœurs,
-à ses habitants, à ses histoires de revenants, de feu-follet, de
jongleur, de lutin, de loup-garou et de chasse-galerie, L’auteur a très bien réussi dans ce genre et il a contribué pour sa bonne part à imprimer à notre littérature son sçeau d’originalité.
Ce travail, que l’auteur a dédié à M. Provencher, contient les récits suivants: Le Baiser d'une morte, Beile aux cheveux blonds, Le père Michel, Le feu des Roussi, Le fantôme de la Roche, Mon ami Jean, L'amiral du Bouillard, Madeleine Bouvart, Tous ces contes se valent, à peu d’exceptions près ; il y adu travail, de la grâce et de l’entrain. On voit que l’auteur aime la phrase, ce qui n’est pas toujours un défaut, surtout quand on sait bien l’arrondir et lui donner des proportions savantes. Les récits légendaires de M. Faucher se rapprochent assez de Forestiers et Voyageurs, du Dr. Taché, du moins quant au thème. Mais si le premier a une phrase plus couiante, un style plus chatié, l’autre a certainement la poésie de la légende canadienne ; du moins, le sentiment qui anime ses récits paraissent plus canadiens et partant plus originaux. M. Faucher tient surtout à montrer l'éclat de son talent et la
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richesse de son pinceau, il ne saurait avoir toute la simplicité, la naïveté et la grâce que requiert le récit légendaire. Sa plume est plus exercée à peindre un chateau qu'une chaumière, le tintamarre des villes que la vie paisible des campagnards ; elle travestit souvent les vrais sentiments du paysan, elle met dans la bouche du laboureur des paroles de savants, et Chasseur, ce pauvre garçon qui n’a jamais eu l’occasion de suivre des lecons de musique, exécute dans sa vielle bicoque les morceaux les plus difficiles du répertoire de Mozart.
Ses peintures de mœurs ne sont pas tout à fait exactes, parce qu’elles sont superfaites, exagérées, Le Dr. Taché nous montre la vie canadienne et peint les usages d'une époque déjà éloignée, avec plus de simplicité, de naturel et de vraisemblance.
Les deux meilleurs récits du volume sont, dans mon opinion, La belle aux cheveux blonds et le Fantôme de la roche. Le premier surtout est une belle et touchante histoire.
M. Faucher de St. Maurice va publier prochainement ses ‘“ Œuvres complètes.” Il a l'intention de ré-imprimer nonseulement ce qui a paru, mais de donner un nouvel attrait à cette publication en y donnant place à bon nombre de travaux inédits. ;
La Revue Canadienne de 1871-72 a publié un roman de M. CuarLes DeGuiss. Ce roman a ensuite été publié isolément, formant un volume de 140 pages in 8vo. Il est intitulé : Hélika, mémoire d'un vieux maître d'école.
Ce roman, écrit avec une grande simplicité de style et d’intrigues, fait partie de la collection des romans de mœurs canadiennes. Ce n’est pas exactement une exquisse de mœurs canadiennes, ce qui est fort difficile à trouver, en dépit des efforts louables de nos romanciers pour atteindre ce but et malgré leurs prétentions à cet égard ; maïs c’est un roman honnête, comme il yen a une profusion dans la littérature du jour ; ni très bien, ni très mal, restant entre le zist et le zest; où l’auteur fait son possible pour plaire et intéresser sans atteindre toujours cette fin; dont les qualités l’empor-
tent cependant sur les défectuosités de style, de goût, de plan, d'exécution.
Hélika, le héros du livre, est d'abord un jeune homme aux passions violentes, au cœur chaud, à la tête légère, au caractère impérieux. Il sort du collége, le cœur plein d'espérance, la tête pleine de projets. L'amour l’empoigne. Sa dulcinée ne répond point à cet amour chevaleresque : elle brule pour un autre et l'épouse, Désespoir du fougeux amoureux, Il pâlit de dépit, couve une noire mélancolie, médite une vengeance éclatante. Il fuit le foyer paternel, se refugie dans les bois, se naturalise avec une tribu sauvage (la scène se passe sous la domination française), s'initie aux mœurs indiennes, prend de l'influence dans la bourgade, s’en fait proclamer le chef. Le voilà tatoué de la tête aux pieds, méconnaissable. Le moral est également transformé ; il a toute la ruse et la méchanceté sauvage de l’homme des bois. Il ourdit une trame infâme pour se venger de la préférence de Marguerite, la dame de ses pensées. Elle vit heureuse sur une ferme coquette, non loin d’un charmant village, avec un bon mari et sa jolie petite fille, Angeline, âgée de trois années, Il voit ce bonheur domestique, ces douces jouissances de la famille. Et lui dans quel état se trouve t-il ?.… A l'aspect de ces joies, suaves comme l'arôme des champs, pures comme l frand air de la campagne, douce comme la brise printannfère, il éprouve la rage de satan contemplant nos premiers parents avant de perpétrer son crime. Illui faut détruire ce bonheur. Il snuffre de tout le plaisir qu’ils éprouvent. Il enlève l'enfant de Marguerite, l'amène avec lui dans les bois. Mille cruautés, mille souffrances viennent abrever Angeline. Elle gran iit au milieu des sombres forêts, pâle et étiolée comme la fleur des bois qui croît à l'ombre des grands arbres, privée des baisers du soleil et des caresses du zéphir; c’est un arbrisseau que les vents du caprice et du courroux viennent agiter violemment et menacent de déraciner chaque jour. Et la douleur du père, de la mère |... elle se conçoit. Le père meurt ; la mère suit peu à près son époux au tombeau. Hélika, auteu: de ce double meurtre, se
nue 4 noir lure 4 peut de ce l'épis Intrig mun andre fictio
, de aux r'ACnce, inée pour : Il une fugie scène œurs n fait pieds, sila
y bois.
rence areuse ;, AVEC e trois jouistil Pc amps, nme la mplant Il lui e qu'ils e avec ennent s forêts, l'ombre aresses e et du le déralisses rès 80n rtre, 8e
réjouit, une partie de sa vengeance est accomplie. Reste encore Angeline, Il prodigue les mauvais traitements, Un jour, il abaisse sur elle son bras vigoureux pour la frapper, mais, Ô surprise ! un spectre se présente à lui, qui le regarde avec des yeux de feu; c’est l'ombre de Marguerite: elle protège sa fille. Hélika, s'évanouit de frayeur, prend une grande maladie. Le remord, enfin, parle à l'âme endurcie d'Hélika. Longtemps il combat, il cède enfin. Le repentir s'empare de lui; ce n’est plus le même homme : il est aussi bon qu'il a été méchant. Angeline se marie à un jeune indien. Cet homme, la crême des maris, meurt sur l’échafaud, à Trois-Rivières, injustement accusé de meurtre. Douleur d'Angeline. Sa mort, Elle laisse une petite fille, Adéla. Tout l’amour d’Helika se
reporte sur cette frêle tige à peine âgée de trois ans. Il lui
donne une éducation choisie. Vieux et cassé, Hélika s'éteint
paisiblement avouant toutes ses fautes, et léguant le manus-
crit contenant l’histoire de ses crimes. Ce manuscrit est entre
les mains d'un vieux maître d'école qui, un jour de fête, lit à
ses anciens camarades de collége cette histoire à la fois simple et touchante.
Et Adéla ?.....Ne dites rien, son histoire, parait-il est longue. Elle fera l’objet d’un autre volume.
Ainsi, nous avons encore à l'horizon un nouveau roman du Dr. Deguise. Ce n'est pas un mauvais présage. Cette Nouvelle en expectative sera probablement intitulée Adéla, du nom de l'héroïne; j'ai bien hâte de savoir ce qu’elle est devenue avec sa taille svelte et dégagée, son épaule ronde, son œil noir et humide, sa lèvre rose, ces joues carminées, sa chevelure d'ébène et ses seize printemps.
La manière de M. Deguise est fort simple, trop simple peut être. Leplan n’a pas l'ampleur désirable. Les écrits de ce genre ne se soutiennent en intérêt, qu’en autant que l'épisode coudoie à chaque page l'incident. Je n'aime pas les intrigues invraisemblables, ce qui est un défaut trop commun chez les romanciers de l’école de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas, mais le genre romantique, se nourrissant de fictions, offre un champ ouvert à l'imagination. Il s’agit de
faire naître du sujet une multiplicité d’événeinents vraisemblables, mais variés, cie répétés, qui mettent dans des y : situations intéressantes, gravés, perplexes, lex personnages du drame. C’est une qualité rare chez les romanciers cana- | diens parce qu'elle s'acquiert surtout par l'habitude du méticr. 1 M. Deguise est encore à ses débuts ; je reste convaincu que I son prochain volume prètera moins à la critique sous ce { rapport. F Un roman bien écrit est celui qui, à une morale saine, 8 Er Ad VE offre un ensemble de faits et d'incidents plaisants et intéres- RER er se | “ri je Le sants ; qui, à l’unité du plan joint la diversité des détails, la (or peinture exacte des mœurs et une empreinte vive et frappante , : | R sa du caractère des personnages; qui rappeile l'attention du lec- | teur sur plusieurs points à la fois, également intéressants ; de e i cot où brille constamment la figure colossalé du héros, autour ai qui
duquel tourne la marche du récit; à tout cela joignez la : forme ou le style convenable qui, là plus que partout ailleurs, a besoin d’être flexible, tantôt grave et digne suivant les situations, folâtre et animé en certain cas, riche et fleuri lorsqu'il s'agit de descriptions, clair et simple dans la narration. En outre, je n'approuve pas la marche suivie par M. Deguise. Il met dans la bouche d’un autre le récit qui devrait se passer sous les yeux du lecteur; c’est le manuscrit du vieux maitre d'école qui fait le roman. Cette lecture n'est pas aussi éaouvante pour le lecteur. C'est d’ailleurs un mode usé que celui-là ; ce n’est plus dans le goût du jour, c’est rococo, comme diraient les blasés de la bohème littéraire de Paris. Le roman, à notre époque, se rapproche du drame. Il en a l'allure, le mouvement et l’action. Le romancier met ‘À son récit sous les yeux du lecteur ; celui-ci voit les acteurs agir chacun dans leur rôle respectif : il dévore les chapitres
avec l’avidité d’un habitué de théâtre qui prévoit les change-
ments de scènes et de décors. T’entraînement, la passion,
l'émotion s'emparent de vous. Vous croyez assister à une
première représentation. Il y a vie et mouvement. Peste
1 soient de ces récits pâles et langoureux se trainant dans la monotonie et les longueurs, et qui vous obligent à fermer
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l'œil avant d’avoir tourné le deuxième feuillet. L'auteur perd son temps comme le lecteur, et il frappe à la porte du critique pour recevoir une mauvaise note.
M. Deguise corrigera ces défauts. Son style est meilleur que l'invention du plan; la forme vaut mieux que la char pente. Je l’engage à persévérer.
Quel thème pour les romanciers que la dispersion des Acadiens, chassés du sol des ancêtres par le fanatisme anglais en 1755. M. Bourassa a puisé dans ce drame émouvant le sujet de son livre, Jacques et Marie ; l'Evangeline de Longfellow retrace les malheurs de ce touchant épisode, ; c'est aussi là que M. Deguise a puisé la partie historique de sa légende canadienne : Le Cap au Diable.
Elle vivait heureuse la famille St. Aubin lorsque tout à coup éclata dans le ciel pur des acadiens le coup de foudre qui les dispersa aux quatre coins du globe : M. St. Aubin d'un côté, sa femme de l’autre et leur enfant, la petite Hermine, sur une troisième plage. Une tempête affreuse avait encore contribué à les éloigner les uns des autres. Tous trois, vivant isolément, croyaient les autres membres de la famille morts depuis longtemps. Mais la providence les rassembla, et quel bonheur quand on se retrouve ! Tel est le fond de cette petite nouvelle publiée en 1863, in-8vo. pp.32. Le style estun peu engourdi, surchargé. L'auteur n'avait pas encore la facilité, ni surtout le flexibilité qu'il a déployées dans les publications qui suivirent. La partie historique de cette légende est empruntée en grande partie au livre estimé de M. Rameau, Acadiens et Canadiens.
Josepn MARMETTE n'était connu que par la publication de Charles et Eva dans la Revue Canadienne, récit assez pâle et écrit avec un style d'écolier, lorsque parut en 1870: François de Blainville; Scènes de la vie canadienne au XVIIIe siècle, in-8 pp. 299.
François de Blainville est un roman historique. Nous sommes à 1690. Sir W. Phips remonte le St. Laurent et vient placer la bouche de ses canons en face du fort de Québec. Frontenac arrive de Trois-Rivières et de Montréal, où
il a organisé la défense de ces places. François Lemoyne de Blainville, le héros du livre, après avoir soupé au Château de St. Louis avecle gouverneur, se rend chez son ami intime, Louis d’Orsy et sa fiancée, Marie Louise d'Orsy. Le père était mort de la main d’un corsaire anglais. Et pendant que Louise habitait Boston elle avait dit à un jeune officier anglais qui lui faisait la cour: “Jamais! La fille des barons d’Orsy ne peut être la femme d’un homme dont les compatriotes ont tué mon père! ” Hasting avait juré de se venger de ce refus. Ce moment est arrivé : il fait partie de l’armée navale de Phips.
L'aubergiste Boisdon avait autrefois favorisé la fuite de l’indien Dent-de-Loup, fait prisonnier à Québec. L'indien .vait conservé de la rancune aux français pour cette détention et méditait une vengeance. Hasting et lui comptaient sur Boisdon, âme cupide et basse, pour exécuter leur infâme dessein.
Le commandant anglais somme la ville de se rendre. Frontenac refuse et le bombardement commence. Les événements se précipitent et le sombre nuage grossit au-dessus de la tête de Marie-Louise et de son fiancé. Elle reçoit une lettre de Hasting, qui veut la revoir. Grâce à la complicité de Boisdon, il entre dans la ville, accompagné de Dent-de-Loup, avec le projet d'enlever la jeune fille. Blainville arrive juste à temps pour la sauver. Ici les incidents se succèdent avec rapidité, la scène est animée et l'intérêt va croissant. Hasting finit par échapper aux balles des soldats et aux entraves de Bras-de-fer, espèce de géant canadien. Dent-de-Loup s'échappe avec beaucoup de difficultés, lui aussi. L'histoire de cette nuit est bien racontée, les événements sont liés ensemble et naissent les uns des autres; c’est la partie la plus dramatique du livre. Par la suite, l’action se ralentit un peu. Boisdon, accusé de trahison, est emprisonné. Hasting et Dent-de-Loup ourdissent de nouveaux projets, muis le premier est tué à la bataille de la Canardière par Blainville. Louis D'orsy est frappé d'une balle empoisonnée par Dent-de- Loup qui est terrassé d’un coup de crosse de fusil par Bras-
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de-fer. Marie Louise fait vœu de se faire religieuse pour sauver les jours de son frère. À peine a-t-elle fait ce sacrifice qu’on apporte des plantes qui rendent la vie au malade, L’amiral Phips abandonne la’rade. Jubilation des français. Le lendemain, Marie Louise entrait à l'Hôtel-Dieu. Pour oublier son malheur, de Blainville veut se livrer à toutes les émotions de la guerre. Il retourne à Montréal et organise une expédition contre un parti d'iroquois. L’hiver se passe à guerroyer. À la veille de la bataille décisive il reçoit, quel bonheur! une lettre de Louis D'orsy qui le mande à Québec, Mgr. de St. Valier s'opposant à l'entrée en religion de Marie parce qu’elle était fiancée à Blainville. Mais il est trop tard pour reculer; il s’élance le premier à l'assaut. Dent-de-Loup, caché dans la cave de la maison, décharge sur lui son mousquet. Le feu est mis à la maison et les iroquois brûlent jusqu’au dernier. De Blainville, blessé mortellement, agonise en donnant, nouveau Bayard, son âme à Dieu et son cœur à sa Dame.
Je reconnais de suite que l’auteur a fort bien touché son récit; les incidents ne font point défaut, l’action se soutient, et de la première page à la dernière l'intérêt se maintient, allant en augmentant jusque vers la fin du siége de Québec et diminuant par la suite. Le dialogue est vif, animé ; il dramatise le récit, excite la curiosité du lecteur et donne un nouveau charme au livre. C’est, je crois, de tous nos romanciers, celui qui a le mieux réuss't dans le dialogue, et c’est beaucoup, car c’est une partie importante dans ce genre de littérature. N'y réussit pas qui veut. François de Blainville se prête facilement au théâtre et ce récit peut servir de thème à un drame magnifique.
Outre cela, ce roman offre encore de l'intérêt au point de vue historique. On y retrouve le vieux Québec, tel qu'il existait cent ans avant la cession; vous le voyez tel que les cartes de l’époque vous le montrent; avec ses roches grises, ses maisons en bois, ses ruelles tortueuses, sa résidence du gouverneur, ses édifices religieux et sa garnison.
Le style n’est pas encore parfait; il y a des imperfections,
des longueurs, des faiblesses qui disparaitront avec le temps et qui ne paraîtront point dans les autres ouvrages de l’auteur. Ses couleurs sont un peu chargées, il fait un abus du langage figuré. Les caractères sont, en général, assez bien dessinés, ils se soutiennent; plusieurs d’entre eux même, sont copiés d’après nature: Boisdon et Bras-de-fer sont de ceux-là, et Dent-de-Loup donne une idée exacte de la férocité indienne.
L'Intendant Bigot, autre roman publié par M. Marmette, est le pendant de François de Blainville. L'auteur a voulu, cette fois, illustrer l'époque de la conquète. Les malversations, les intrigues et la trahison de Bigot sont mises à nues. Mais Bigot n’est pas le personnage le plus important du livre, c'est Raoul de Beaulac qui mérite cet honneur. Berthe de Rochebrune, sa fiancée, et plus tard sa femme, vient en second lieu. L'auteur aurait pu, peut-être, consacrer une plus large part à ces deux types. Scurnois est le portrait vivant du vallet complaisant, mais cupide, qui ne se gène pas de puiser largement dans la garderobe et le coffre-fort du maitre. Mme Pean est une autre Pompadour au petit pied qui exerce un grand empire sur Bigot. Lavigueur est le type du brave canadien, loyal, honnête, brave comme l'épée de son capitaine.
Lo roman se dénoue par la cession du pays à l'Angleterre, le mariage de Raoul avec Blanche, et la fin tragique de l'Intendant Bigot.
Sous le rapport du style les défauts que nous avons observés dans François de Blainville se retrouvent ici. M. Marmette devrait se mettre en garde contre l’enflure et l’exagération. Il vise trop au style imagé et il est trop prodigue de l’épithète, ce qui rend sa phrase aussi lourde que sonore, son idée aussi nuagouse que diffuse. Mais le dialogue est vif et animé, ce qui, je le répète, est une des belles qualités du romancier canadien. La topographie des lieux est bien réusssie. L'auteur a parfaitement saisi le genre moderne, L'histoire est bien agencée, bien imaginée, remplie d’intrigues et de scènes émouvantes et dramatiques. Le lecteur ne s'ennuie pas.
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Somme toute, l’Zntendant Bigot est un progrès sur François de Blainville. Espérons que celui qui suivra, car l’auteur paraît infatiguable, rencontrera l’approbation unanime. Si j'avais un conseil à donner à l’auteur je lui dirais: n’abandonnez pas les sujets canadiens ; vous avez commencé par là, finissez par là. Vos œuvres d'imagination bénéficieront de tout l’attrait qui se rattache à l’histoire du Canada.
L'Opinien Publique publie actueilement un nouveau roman de M. Marmette, intitulé : Le Chevalier de Mornac.
M. N. LeGenpre publie dans l’Album de la Minerve un roman de longue haleine qui promet d'être fort intéressant. Je ne puis pas naturellement porter un jugement sur ce travail, attendu q1"l n’est pas encore terminé ; mais le peu que jen ai lu me «5 bien augurer pour le reste. M. Legendre a u" ‘alent solide et ses aptitudes sont variées. Je l’engage à persévérer dans la littérature, sa place y est certainement marquée. Son style est coulant et sa phrase ne manque ni de souplesse, ni d'un certain apparât qui n'exclut pas pourtant la clarté du récit. Sa méthode me parait un peu simple et il ne fait pas naître l'intrigue de l'intrigue elle-même. Il glisse sur les événements et ne sait pas causer. Mais je m'arrête ici. J’ai peur d’avoir trop dit: j'avais promis de ne pas juger le roman de M. Legendre: Sabre et Scalpel. Nous avons dans tous les cas un beau roman en vue, L'auteur est une précieuse acquisition pour la littérature canadienne.
Les femmes qui se sont livrées aux travaux intellectuels, parmi nous, forment une rare exception. À peine, dans toute la liste de nos écrivains, rencontre-t-on quatre ou cinq noms féminins. A la tète de cesexceptions se place Madame Leprohon; elle laisse plusieurs ouvrages qui dénotent de la facilité ; elle est même parvenue à se former un genre à elle ; elle a son style et elle réussit fort bien dans les petites esquisses de mœurs canadiennes. Ses connaissances littéraires sont variées ; on sent un écrivain au courant de toutes les productions modernes.
Madamoiselle CHAGNON marche sur les traces de Madame Leprohon. Elle a peu écrit, mais le peu que nous avons de
sa plume suffit pour indiquer un véritable talent littéraire. Les fiancés d'outre tombe ne sont, sans doute, qu’un ballon d’esgai destiné à courtiser l'opinion publique. Aussi la critique sera-t-elle facile, coulante, je dirai galante, à son égard? Je ne prétends pas ranger cette petite nouvelle au nombre de nos grands romans ; c'est une esquisse assez pâle, un dessin peu varié, où les couleurs ne rehaussent pas assez l’ensemble des traits, un tableau chétif pris dans notre grand et magnifique passé ; c’est plutôt un petit croquis esquissé à la hâte, une aquarelle champêtre quel’imagination folâtre et rêveuse de l’auteur à caressé du bout de son aile. Mademoiselle Chagnon peut faire beaucoup mieux ; son petit roman permet de l’espérer. Son style est châtié, il coule de source; il y a Jà l’étoffe d'un nouvelliste. Avec de la pratique et l'habitude d'écrire, car c’est en forgeant qu’on devient forgeron, —elle mettra plus d'intérêt dans son récit, fortifiera l'intrigue, donnera du mouvement au tableau, élargira le plan, fournira de nouveaux décors à la scène, aux caractères plus de relief, aux passions plus d'intensité.
J'ai bien aimé le langage figuré qu’elle met dans la bouche de ses personnages indiens ; c’est le langage de la nature: il est aussi riche, aussi imagé, aussi grandiose que la nature vierge et champètre du nouveau monde. Les fiancés d'outre tombe sont un récitoù l'intrigue est presque nulle, mais où le bon côté retrace la férocité du peau-rouge, le dévouement du missionnaire de la Nouvelle-France, la précocité de la naïve enfance de l’indienne, la valeur guerrière de l’homme blanc: c'est historique, c’est national, c’est même patriotique. Je prédis un succès pour la seconde nouvelle qu'il plaira à l’auteur livrer au public.
Nous devons à la plume de Madame ISABELLA CAMBELL, de Québec, une charmante Nouvelle intitulée The Inner Life, Rough and smooth, or Ho! for the Australian Gold Diggings (1865); à ABENEZER ÜLEMO (1831-1860), T'he life and adventures of Simon Seek ; or Canada in all shapes (1858), Canadian Homes, or the mystery solved, légende qui a été traduite en français par M. E,. I, Chevalier ; à J. N. Duquer, Le véri-
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Brillants écrivains que nos romanciers,litté: eursde mérite, tour à tour gais et aimables, graves et solennels, conteurs à la fois naïfs et émouvants, qui laissent errer leur imagination vagabonde dans les riantes régions de notre histoire et qui ornent des riches couleurs de leur palette le frontispice du temple de la littérature canadienne. Eux aussi «: : droit à cette louange que le critique consciencieux sait à ":erner à propos. Ils ont contribué, pour une bonne part, à donner aux lettres canadiennes le fonds d'originalité qu’elles peuvent revendiquer. Travailleurs honorables, ils ont écrit à une époque difficile, sans espoir de rénumération pécuniaire, cultivant l’art pour l’art lui-même.
On le voit, on le sent, ils appartiennent tous à la même école et le sentiment qui les a formésd'abord et qui les a guidésensuite leur est commun à tous. Leur manière est la même, ou à fort peu d'exception près. Si l’on excepte De. Boncherville, et Marmette qui marche sur les traces de ce dernier, ils se complaisent dans les beautés de détails, loin du tracas et des incidents tragiques. Leurs récits se ressemblent par la simplicité et le naturel, développant, de préférence, des passions douces aux passions violentes. Ils butinent de fleur en fleur et de pré en pré, comme Bourassa et Gérin-Lajoie. Le bonheur domestique et champêtre est pour eux la plus haute expression du bonheur sur la terre, Nil'éclat des cours, ni le tumulte des villes, ni la pompe des grands n'attirent leurs regards. Le thème de leur composi. tion est canadien : il reflète l’image limpide de la vie canadienne, Jean Rivard ne désire rien tant que la prospérité de son village et les joies de la famille ; Charles Guérin borne son ambition à la mairie de son canton après avoir ambitionné, dans sa jeunesse, la toge de d'Aguesseau ; Jacques et Marie s’en vont planter leur tente dans la petite Cadie, où le bonheur domestique peut seul éloigner d'eux le souvenir des malheurs de la dispersion.
Le talent de Bourassa, de Gérin-Lajoie et de Chauveau se ressemble, et je ne sais à qui donner la palme. Le premier à certainement reçu davantagede la nature ; nul n’a sa délicatesse et son goût exquis et, n'étaient certaines faiblesses de liaison entre les différentes parties du livre, je ne lui connaitrais pas de rivaux. Gérin-Lajoie se soutient mieux, et comme Bourassa, il a, à un haut degré,le sentiment des beautés de la nature. Tous deux sont artistes et poètes. Sans être brillante et pompeuse leur proge à tout le charme d’un chant de rossignol au printemps, d’une fleur des champs su milieu des ronces: J’admire l’exquise délicatesse de l’un et le naturel charmant de l’autre. Ils sont pour la prose ce qu'est Lemay pour la poésie: des amants passionnés de la nature champètre et des douces joies de la vie domestique. Ils modulent leurs pensées sur un instrument rustique qui soupire des accords éoliens au gré de leurs désirs. Chauveau est plus brillant, mais moins naturel :il est plus littérateur au’artiste: Il pose. Sa phrase est polie et travaiilée. Il doit un peu sa réputation au fait d’avoir ouvert ia liste de nos romanciers et d’être, pour ainsi dire, le père de l’école nouvelliste. Le talent de Madame Leprohon la rapproche assez de ces trois écrivains. Elle recherche, elle aussi, les scènes de la vie domestique et les épisodes de la vie canadienne.
Mais lorsqu'il s’agit de s’éiever au-dessus du roman de mœurs, de dramatiser un récit, de le varier par l'intrigue, les incidents, les aventures chevaleresques et les situations difficiles, je n’hésite pas à acclamer DeBoucherville, C’est suivant moi, de tous nos écrivains, celui qui se rapproche le plus de l’idée du genre, qui en embrasse le mieux l’ensemble et les détails. Il intéresse : ce mot rend toute ma pensée et fait tout son éloge. Sous le rapport de la conception du plan et de l’exécution du récit, il n’a pas de rivaux. Marmette peut l’imiter, mais ne l’égale pas. Mais l’autenr de l'Intendant Bigot a une belle qualité, celle de puiser dans l'histoire du Canada le sujet de ses romans. Faucher de St. Maurice finira peut être par arriver jusqu’à DeBoucherville, s'il vev' s’en donner la peine. J’admire la flexibilité de son
hauveau premier a sa délilesses de » lui condieux, et s beautés Sans être ’un chant su milieu : le natuce qu'est la nature Ils moduupire des 1 est plus iuartiste un peu sa “nanciers iste. Le > ces trois de la vie
roman de intrigue, situations le, C’est proche le semble et pensée et eption du ax, Marauteur de
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talent et les ressources de sa beiïle imagination. Supérieur à eux tous pour la richesse du coloris, l’abbé Casgrain semble préférer les écrits historiques aux pures inventions de la fiction. Je n’ai pas le courage de le déconseiller. Conteur aimable et peintre de mœurs, DeGaspé a dans sa spécialité de causeur une supériorité assurée, L’esquisse de mœurs compte un interprète sûr et parfait dans la personne de Taché. Mieux’que personne il a saisi le côté essentiellement canadien de la vie sociale en Canada. Ses écrits sont imprégnés de cette odeur locale qui sent le terroir canadien à cent lieues de distance.