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1861, Elles se composent de trois récits légendaires: Ze Tableau de la Rivière-Ouelle, Les Pionniners et La Jongleuse. Ce sont d'intéressants récits d'aventures arrivés dans les premières années de la colonie, écrits dans un style coloré et élégant. Dans la première légende l’auteur décrit le tableau agreste et enchanteur, et les poétiques beautés qui ornent la rive sud du St Laurent; dans les deux autres, il raconte les scènes dramatiques qui prirent naissance avec les origines de la colonie ; les trris forment: un grou e plein de charme ct de poésie dont la valeur, dit ur de ses biographes, sera toujours bien appréciée par ceux qui connaissent nos belles paroisses de la rive sud du $t. Laurent, au-dessus de Québec. Elevé dans un de ces sites grandioses, au soin d’une famille chrétienne et d’une société distinguée, M. l'abbé Casgrain a gardé un touchant souvenir et des belles scènes champêtres et des récits émouvants qui ont amusé son enfance, Un voyage en Europe, qu'il fit plus tard, comme il le raconte dans mme sorte de prologue à sa dernière légende, lui a révélé à lui-même toute la valeur littéraire de ses souvenirs et l’a engagé à les écrire. Ce sont là d’heureuses circonstances, tout au profit de notre littérature qui s'est enrichie par là d’un bien aimable volume.
La Jongleuse, une vieille histoire du passé, comme l’auteur l'appelle, retrace un de ces actes d'atrocité si familiers-aux sauvages de l'Amérique, contre les missionnaires. L'auteur peint sous des couleurs très-poétiques ce caractère fanatique particulier à l’indien. La légende s'appuie et se soutient d'un fait historique que l’abbé Casgrain a fait ressortir au milieu d’une foule de détails féeriques. Une large part du récit est consacrée au merveilleux, à la superstition, à l’hallucination, aux esprits, aux revenants; le tout est enveloppé de cette teinte diaprée et gazeuse qui rappelle les chants d'Ossian et les vagues rêveries de l'Orient. Avec un incontestable talent l’a teur des Légendes Canadiennes retrace les joies de l'enfance, les plaisirs et les souvenirs de la vieillesse, ies mœurs canadiennes, la gravité silencieuse de nos forêts, les coutumes indiennes et les habitudes des anciens colons.
Ce livre se rattache plus auroman qu'à l’histoire ; c’est avant toutet surtoutune œuvre d'imaginationetd’'exhubérance littéraire, Dès son apparition, l’auteur fut acclamé le Châteaubriand du Canada. En effet, il y déploie une imagination si vive, si colorée, si enthousiaste qu'on croirait lire les émouvants et somptueux épisodes de Æéné et Athala.
On ne peut s'empêcher d'admettre, malgré ce qu'en ont pu dire certains critiques malveillants, que les Légendes contiennent de fort belles pages. Le style est ciselé avec un artinfini. Je sais bien que la pompe et l'éclat nuissent parfois à la clarté de la phrase et à la précision de l’idée, que les figures de la rhétorique jouent un rôle au détriment de la simplicité et du naturel. Un style simple est toujours charmant et surtout, en certains genres, il est d’une indispensable nécessité. Mais c’est aussi une belle qualité qu'écrire en style fleuri et imagé. Et ce talent ressort davantage lorsqu'il s'agit d’une œuvre d'imagination, Conçoit-on une légende avec des dehors roides, froids, sévères, avec une forme sèche et aride? Voyez Fénélon dans son Télémaque, comme ilse sert de toutes les figures de la rhétorique, de tous les tours poétiques! Son sujet, cependant, se prétait moins que les légendes au pinceau du coloriste. Je suis bien prèt à avouer que ce livre de M. Casgrain est la moins parfaite de ses productions. Mais cela se conçoit facilement, l’auteur en était à son début; et, ce premier essai honore un talent si précoce, une imagination si impressionable. Mais que dans le but de critiquer et d'accuser systématiquement des Zoïles malveillants et billieux entassent des citations et des extraits, qu'on souligne des mots et qu'on fasse ressortir les défectuosités du style et certains vices d'expression, la critique consciencieuse et honnète ne s’y laissera pas surprendre. Elle portera un jugement plus modéré et partant plus impartial. Le beau talent de M. Casgrain est intact; il est susceptible de perfectionnement, ce qui est le fait de l'être humain, mais , des Légendes vivront d’abord parce qu'elles plaisent à l'ima- | gination, au cœur, à l'âme, ensuite parce qu'elles ont inauguré un genre qui a contribué, plus qu'aucun autre, à former le fonds d'originalité de notre littérature,
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