DE LA
dd ; p. 381 CHAPITRE I.
Litterature, smé, ivilisation.—Littérature.—Le beau en littérature.--Origine et incoole fluence de la littérature.—Marche du mouvement littéraire.— ubli- Poésie.—Commencement, apogée et décadence des littératures rent; “ nationales.—Avantages de l'étude de la littérature. —Eloquence. quet ; — Les peuples jugés par leurs productions littéraires. —Caractère l; De 4 et tendance de la littérature à notre époque. AVE ; ÿ in | , véns “ La littérature est la plus haute expression du degré de unn ; “civilisation chez un peuple.
..p. 44 Qu'est-ce que la civilisation ? is
…. Qu'est-ce que la littérature ?
… Ilexiste dans une langue des mots qui sont appelés, comme “certains individus dans les sociétés, à jouer un rôle étonnant. Que de bruit, que d'éclat n'ont pas fait les mots progrès et “civilisation ! :
N Ces mots ne sont pourtant pas des similaires, des sons; ils “correspondent à une réalité. Le bon sens nous assure d’ail- “leurs de l'existence de cette réalité. On ne mesure les choses
dc l'ordre moral qu'avec le secours d’une réalité : or, un peuple “est d'autant plus appréciable qu'il est plus civilisé.
en Ye
La civilisation est un fait complexe. Pour bien étudier £e fait il faut en déterminer les divers éléments, les grouper, bn former des classes distinctes.
La civilisation se montre à nous avec deux genres de faits qu'on est convenu d'appeler faits sociaux et faits moraux. Les premiers se rattachent à l'humanité: les institutions chez les peuples, la loi qui règle les rapports des individus entre eux, la gucrre qui protége le droit, l'administration de la chose publique, le culte extérieur envers la Divinité, dépendent de l’ordre social. L'idée chez l'individu, les mœurs, les lois individuelles, les facultés humaines, les sentiments, les passions sont des faits qui se rapportent à l’ordre moral. Ce dernier est en petit ce que l’autre est en grand. De même que la réunion de plusieurs individus forme la société, de même l’ensemble des faits qui se rencontrent dans l'individu forment l'être raisonnable. Ce sont deux sphères qui entrent l’une dans l’autre, qui se forment l’une par l’autre, et qui n'existent pas l’une sans l’autre, Jomposées toutes deux des mêmes éléments primitifs et irréductibles, elles ne sont pas distinctes en nature, mais seulement quant à leur propriété d’expansion. En sorte que, si on se place au centre de la nature humaine, on voit ce qui se passe dans la sphere sociale; si on se place au centre de la sphère sociale, on voit également ce qui se passe dans la sphère morale. Ainsi, la sphère la plus étendue n’est que l’image embellie, développée de l’autre. Qui étudie et analyse les éléments constitutifs de la première, étudie et approfondit aussi les mêmes éléments constitutifs de la seconde,
Entrons done dans le sanctuaire de la conscience. Qu'y trouve-t-on ? cinq classes d'idées représentant l’utile, le juste, le beau, le vrai et le divin; l'utile qui se traduit, au dehors, dans l’ordre social, par l’industrie; le beau, par les arts; le
vrai, par la science; le juste, par les lois; le divin, par la È
religion. Voilà les cinq éléments irréductibles, auxquels se
rattachent toutes autres classes d'idées, que l'analyse dé- Il s'en suit que À
couvre au i nd de la conscience humaine.
las éléments constitutifs de l’ordre social sont empruntés à l'ordre moral et n'en sont que le reflet embelli et agrandi. Souvent ces éléments empiètent les uns sur les autres, les
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faite M uns au profit ou au détriment des autres: c’est ce qui cons Les M titue le désordre.
chez M La civilisation ne peut donc être ailleurs que dans le entre li développement des arts, l'avancement des sciences, le prode la grès industriel, la reconnaissance de l4 divinité, le bon
épen- fonctionnement des lois: voilà la civilisation! En dernière
rs, les M analyse, c'est l'avancement progressif et continu, dans N9 . , , . . / \
ta: les l'ordre social, des idées premières, innées à l’homme et tra- , les
® duites au dehors par l’objet qu'elles représentent; c’est L Ce ai : on a la manifestation extérieure du beau, du vrai, du divin, du mème ) , :
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ociété, | dans M mêmes idées, se propageant et se traduisant dans la société, n re ae + Mes de ‘ n faits, @ tions, en réalités.
deux en fait ; en ac à £ shiont La littérature est la plus haute expression du degré de ivilisation € uple, car la littérature, c'est l’expresautre. civilisati n chez un peu} # ir la litté ture, c'est l’expres difs et sion du beau; le beau, c'est un des attributs de l’ordre
moral ; les éléments de cet ordre constituent la civilisation ; il s'en suit done que la littérature est une des marques qui peuvent déterminer le degré de civilisation dans une société.
Les beaux-arts proviennent de cette idée, innée à l’homme, qu'on appelle le Beau. L'éloquence, la poésie, la musique, l'architecture et la peinture sont les dernières formes du beau. Or, la littérature, dans son acception la plus étendue, comprenant la poésie et l’éloquence, la prose et les vers, se trouve largement incluse dans cette dénomination des beaux-arts. De Bonald n’a donc pas complètement tort de regarder la littérature comme l'expression de la société. L'illustre savant dit plus que moins, et sa définition, comme on le dit en logique, n’a pas de différence propre ; mais, il a raison, s’il fait entrer dans le domaine de la littérature les diverses productions de l'esprit qui sont et ne peuvent être que les formes que revêtent, dans la sphère sociale, les idées du juste, du vrai, du divin, du beau et de l’utile. Mais si nous restreignons la littérature à ses justes limites en la fixant au beau, j'avouerai qu'elle ne saurait être seule l'expression de la société ; car, comme nous l'avons vu, la société renferme d’autres éléments
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premiers qui vont de pair avec le beau pour la former. Il n’en est pas moins vrai cependant que la littérature est la plus haute expression du degré de civilisation chez les peuples.
Le beau, dit St. Ambroise, c’est la forme du vrai; le
ai c'est l'ordre; le résultat de l’ordre, c'est l'harmonie: dans les rapports métaphysiques, c’est la vérité; dans les rapports physiques, c’est la beauté.
Remarquons maintenant que le beau dans un ouvrage d'esprit n’est pas tout ce qui plait au premier abord à l'imagination, aux organes du corps, où à certaines dispositions particulières des facultés de l’âme, mais surtout ce qui a droit de plaire à la raison, à la réflexion, tant par sa lumière que par sa justesse. Le père André (1), donne, en peu de mots, l’idée totale du beau dans un ouvrage d'esprit: Que la base en soit toujours la vérité, l’ordre, l'honnète et le
décent; que sur ce fond du beau essentiel, on répandek
selon l'exigence des matières, les images, les sentiments, les mouvements convenables, toutes les grâces du beau naturel;
que l'expression, le tour, le style relèvent encore à l'esprith et à l'oreille ces beautés fondamentales du discours, mais!
avec un art qui ressemble si bien à la nature qu'on le prenne pour elle-même; enfin, que tout cela forme un corps d’ouvrage lié, animé, soutenu et dans lequel il n’y ait aucun horsd'œuvre qui en rompe l'unité:
Denique sit simplex duntaxat et unum.
C'est dans l'unité que réside la forme essentielle du beau |
en tout genre de beauté: Omnis porro pulchritudinis forma unitas est (2). C’est là un des premiers axiômes du bon goût. On doit done reconnaître dans tout ouvrage d'esprit: unité de rapports entre toutes les parties qui le composent; unité de proportion entre le style et la matière qu’on y traite; unité de bienséance entre la personne qui parle les
() Essai sur le Beau, (2) St. Aug.
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choses et le ton qu’elle prend pour les dire, si on veut en faire un tout bien assorti.
Avant de parcourir ce qu'a produit de plus remarquable sous le rapport du beau-idéal la nation canadienne, je ferai quelques considérations générales sur l'origine, l'influence et la degré de perfection atteint par le mouvement littéraire.
Il y a des choses aussi anciennes que l’homme parce qu'elles lui sont inhérentes. Elles suivent la même condition que l'être qui les produit, parceque leur existence est intimement liée avec cet être qui porte en lui-mème Île principe de ces choses.
Voilà pourquoi la littérature est si naturelle à l’homme.
Voilà pourquoi elle à existé à tous les âges, pourquoi elle a présidé à l'enfance de toutes les sociétés, pourquoi elle L'homme, possédant cette idée du beau dans sa conscience, il la transmettra toujours au dehors par des actes.
La littérature fut dès l’origine un souflle d'inspiration, un cri d'admiration.
L'homme sort des mains du créateur; il s'éveille en
existera toujours.
présence de son Dieu; il est ravi et extasié à la vue de cet être si supérieur à ses facultés. Il aperçoit cette nature grandiose, créée pour son usage, pour charmer ses loisirs et Aiors, sentant toute la reconnaissance qui doit l’animer à l'égard de son créateur, il s'empresse,
satisfaire ses goûts.
dans la faiblesse et l'incapacité où il se trouve, de lui offrir ce qu'il possède; il chante les bienfaits de son Dieu parce qu'il le reconnait comme le seul objet capable de le rendre heureux, et le seul digne d’être aimé; il s'agenouille: la première prière de l’homme sur la terre tombe des lèvres du premier homme: c’est le prélude de l’éloquence. L'harmonie des merveilles de la nature, cette grande variété de spectacles enchanteurs, tous assujettis aux lois de l'unité, donnent naissance à des chants de louange, aux élans de son âme, et, l'énivrement de la joie qu'il ressent lui fait prononcer avec enthousiasme et dans un saint délire
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, , ; sent des mots harmonieux et cadencés: c’est le prélude de la 4 pue" | , à re ae poésie. nn 57° avec les
La poésie, c’est l'expression spontanée de l’enthousiasme # Mais si fais s
et de l’exaltation ‘le la pensée humaine, inspirée par un À x soufile divin : mens divinior. | ples, il « La poésie, ” dit Lamartine, “est l’incarnation de ce que & Dee: l'homme a de plus intime dans le cœur, de plus divin k Hd Len dans la pensée, de ce que la nature visible a de plus magni- ss fique dans les images, de plus mélodieux dans les sons, | ! de. Elle est à la fois sentiment et sensation, esprit et ma- # hs dit tière : la prose s'adresse à l’idée; la poésie à l'idée et à la
; 4 D de NT viennentsensation à la fois. 51 Not + leur géni
‘ Le souftle de la poésie,” dit Fleury, “transforme et élève M tout ce qu’il touche. Par elle, le sentiment vulgaire devient 4 sublime, la nature s’idéalise. Le vent n’est plus un simple B déplacement de l'air, c'est une puissance mystérieuse qui L soulève les vagues et féconde les fleurs. Les champs, les bois, la nature entière ont, par elle, des voix mystérieuses les sentiments doux ou amers, la pudeur ou la haine, l'amour ou la vengeance trouvent chez elle un langage concis et, tour à tour, délicat ou terrible, qui va remuer l’âme en ses replis secrets. Tous les sentiments, toutes les vagues impres- # sions, toutes les inspirations et les idées qui flottent dans l'espace, la poésie s’en empare; elle prend ce qu’il y a de plus éthéré dans les rèves des hommes pour en composer son miel. Elle ne dédaigne mème pas le côté mesquin et ridicule des événements, mais elle le dépouille de ce qu’il y a de plus grossier et d’individuel ; elle l'exagère en l’idéalisant, et elle en fait la poésie comique qui s'égaye des travers et se
apparitio peuple n La con ports soci lettres, l’ ractères détermin ples. C’ exercée L nations b mème, si mands et fluencé, € en se cré les cause institutic leurs loi:
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complait à mesurer la distance entre ce qui est et ce qui devrait être.”
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L'homme est le mème partout, étant régi par les mêmes ges peu] lois et possédant les mêmes facultés. Ce qui est naturel pour un peuple l’est également pour un autre. La littérature en offre une preuve.
Chaque peuple possède ses chef d'œuvres en beautés littéraires. Dans chaque nation il s’est trouvé des hommes qui,
gombres peuples ple ron races di
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littés qui,
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représentant les idées de leurs concitoyens, ont formé un genre de littérature propre aux goûts du peuple, et en rapport avec les habitudes, les mœurs et le caractère des habitants.
Mais si Dieu a donné, de la sorte, le génie à tous les peuples, il faut ajouter que tous ne l’ont pas possédé au même degré. Leurs créations littéraires diffèrent, tantôt quant à la forme, tantôt quant aux idées. L'histoire nous montre avec orgueil, chez certains peuples, une longue liste de noms illustres.
Moins favorisés, d’autres pays ne peuvent s’honorer que d’une littérature bien inférieure. A peine quelques hommes viennent-ils, à de rares intervalles, illuminer, des rayons de leur génie, des siècles de ténèbres et de barbarie. Ces rares apparitions prouvent cependant que le génie littéraire d’un peuple ne peut que s’affaiblir et non disparaître éntièrement.
La constitution des états, le règne des souverains, les rapports sociaux, la protection et l’encouragement donnés aux lettres, l'opinion publique, les mœurs, les coutumes, les caractères distinctifs des sociétés sont autant de causes qui déterminent le degré d'avancement intellectuel chez les peuples. C’est ce qui explique la royauté intellectuelle qu'ont exercée les Grecs et les Romains, au milieu de nombreuses nations barbares qui n'ont rien produit en littérature. De même, si les Français, les Italiens, les Espagnols, les Allemands et les Anglais ont tenu le sceptre du génie et ont influencé, de leur souffle inspiré, les autres contrées de l'Europe, en se créant une littérature indigène, il faut en rechercher les causes dans le caractère patriotique et national de leurs institutions, à la perfection de leur langue, à la sagesse de leurs lois, au développement spontané et rapide d’une civilisation créatrice et toujours progressive.
Si, d’un autre côté, nous jetons un regard sur les nombreuses peuplades qui habitèrent, il y a quelques siècles, les sombres forèts de l'Amérique; si nous ouvrons l'histoire des peuples barbares qui devinrent tour à tour la proie du peuple romain; si nous fouillons les annales historiques des races du Nord qui envahirent le dernier des quatre grands
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empires, nous ne découvrirons rien qui constate l'existence d’une œuvre littéraire. Cependant, la plupart de ces hommes, comme tous les enfants de la forêt, étaient doués d’une imagination ardente, d’une âme quelquefois élevée, de sentiments souvent nobles et distingués. Ce n’était pas, non plus, l’absence complète de sujets ou de tableaux qui manquaient à leur imagination. L'immensité des mers qu’ils parcouraient en tous sens, le calme des forèts avec leurs beautés grandioses et leurs sites pittoresques, l'enthousiasme qui régnait dans chaque peuplade à l'approche d'une guerre, l’exaltation que faisait naître l'espoir d’un prochain triomphe, les cérémonies d'un culte extérieur à la fois simple et original, la pompe et l’'apparât avec lesquels on chômait ceux que l’on appelait les martyrs du devoir, les héros de la patrie, les demi-dieux de la contrée; la faveur, le respect ct l'aristocratie qui entouraient toujours ceux que le sort désignait pour chefs dans une entreprise, —tous ces divers sujets pouvaient être des causes de succès, devenir les thèmes variés de leurs chants et créer, chez eux, une littérature nationale. Mais ce progrès était impossible.
Chez une population rare, disséminée, sans rapports sociaux, sans commerce industriel et intellectuel, la poésie ne peut germer ni produire de fruits.
Muis le besoin d’un rapprochement social se fait-il sentir ? aussitôt le contact opère des merveilles: la vaillance militaire se ranime, le goût devient plus délicat, l'esprit moins rare et l’âme plus sensible. Le langage s'épure en se réglant, et la manière de dire les choses prend une forme plus consistante, plus durable. L'époque des croisades en est une preuve.
La marche de l'esprit humain, une des plus capricieuses, est, en même temps, remplie de grands enseignements. Cette pensée, cette lumière, ce fiat lux, naît tout à coup dans l'Inde, la Chaldée, la Chine et l’Asie Mineure; illumine les grands empires des Babyloniens, des Assyriens, des Phéniciens et des Egyptiens; apparaît dans la Grèce, avec le brillant siècle de Périclès ; se transporte à Alexandrie, qui s'illustre par sa fameuse école; s’érige, de là, dans le forum
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romain, avec le siècle d'Auguste; se perd, dans l'Occident, au VIle siècle pour s'envoler à Constantinople; brille chez les Orientaux jusqu'à la Renaissance italienne; puis, s’étouffant définitivement en Orient, éclate chez toutes les nations de l'Europe: au XIVe siècle, en italie, au XVIe, siècle, en Espagne, au XVIIe siècle, en Angleterre et en France, au XVIIIe siècle, en Allemagne; et, s'affaiblissant en Europe, en quelques endroits, court illuminer l'Amérique au XIXe siècle. [1 semble, à cette marche invariablement vacillante de la pensée humaine appliquée à la civilisation, que le Créateur, disposant de tout avec nombre, poids et mesure, a, dans les immuables décrets de sa pensée, disposé qu'avec prudence et modération du quantum des lumières, au-delà duquel les compréhensions de l’homme doivent s'arrêter. Peut-être aussi, cette marche des faits, en rappelant à l’homme que dans l’histoire des peuples, comme dans celle des individus, il y a des moments de croissance morale et intellectuelle, succédés par des époques de ténèbres et d'ignorance, a-t-elle été, dans l'intention de Dieu, de lui rappeler son impuissance, son incapacité et la faiblesse de sa raison. Qui ignore que | lacivilisation la plus avancée touche à la barbarie par certains } points: les Romains, sous les Césars, n’avaient-ils pas leurs | circles et leurs esclaves ? Qui n'a pas remarqué que les atrocités ont été d'autant plus raffinées qu’elles prirent naissance à une période plus éclairée: témoins, ce perfectionnement dans les engins de destruction et ces sanglantes guerres qui ontarrosé de sang le sol de l’Europe depuis le commencement de notre siècle ?
C'est un fait bien constaté que la poésie préside au berçeau de tous les peuples, y germe, grandit avec eux, de même qu'elle s'affaiblit avec leurdécadence. “Il n’a pas été donné aux choses humaines, a dit un écrivain remarquable, de s’arrèter à un point fixe. Lorsqu’elles sont parvenues à leur plus haute perfection, ne pouvant plus s'élever, elles descen-
dent et, par là même raison, quand elles sont descendues à leur } plus bas période, quand le désordre est arrivé à ses derniers excès, elles remontent bientôt vers un état meilleur et
vont ainsi du bien au mal et du mal au bien” (C'est M aussi la marche de la littérature. Suivant la marche de la à civilisation, elle grandit avec les peuples pour décroitre avec 8 eux. Le temps où florissaient à Athènes et à Rome les M Belles-Lettres, fut à juste titre appelé l’âge d’or de ces peuples, Car dans ces heureux temps, les sciences et l’industrie, la gloire, # les honneurs et les lois ont marché de pair avec les beaux-arts.
Et il en est ainsi pour les diverses littératures européennes. #8
La France a brillé d’un éclat très vif sous le règne de
Louis-le-Grand. T’Italie n’a eu qu'une grande époque litté- M raire, qu'une seule Renaissance. L'Espagne n’a jamais été F si florissante que sous les règnes des trois Philippe. En Angle-
terre, la reine Anne vit la littérature arriver à son apogée, K de concert avec l’industrie nationale. T’Allemagne et les M autres nations du Nord, plus tardives dans leurs développe ments et leur consolidation, brillèrent d'un éclat inattendu au XVIIIe et au commencement du XIXe siècle.
Ceci nous amène à remarquer trois époques distinctes dans M
l'histoire littéraire de chaque peuple: les commencements, l'apogée et le déclin de sa carrière.
Comme toute chose créée, la littérature naît, grandit et dé-!
croit. C’est là le grand acte de tous les jours, l’histoire de #
tous les êtres.
Rude et grossière dans les premiers âges, sacrifiant la forme au fond, la première période se sent de l'ignorance et de la !
barbarie du temps où elle prend naissance. Cependant, malgré #M
sa rudesse et son âpreté, on ne peut s'empêcher d'admirer M les efforts qu'elle fait pour prendre des proportions plus larges. Les conceptions sont rares, à la vérité, mais elles ont le | double mérite de la spontanéité et de l'originalité. Les traditions nationales se transmettent par des chants enthousiastes, religieux et patriotiques. Les écrits admirables de | Moïse et lesinspirations sublimes de David, chezles Hébreux, les œuvres d'Homère, d'Alcée et de Terpandre chez les Grecs, les premières créations dramatiques chez les Romains, le ! moyen-âge pour la France et les autres littératures europé-
ennes sont des époques et des œuvres remarquables, parce Si
qu'elles naissant elle pre avec la gavouret ment s’a comme !
et dela rence én grandit relle, in pour s’'él riants, € essor.
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Mais I entre ces rente des ge fait t chose, on
dans ses euse et r en rappo tion de p et les set succès p Si nou:
que les € Les som difiérenc Ses tabl bres, pl idées, be raisonne encore Tr tres gre
C'est M che de la M tre avec l Rome les s peuples, la gloire, & aux-arts. M Jpéennes. Me
qu'elles rappellent les efforts constants d’une littérature naissante mais pleine d'espérance et de vitalité. Dorénavant, elle prendra des proportions plus gigantesques. Marchant avec la civilisation, elle va désormais produire des fruits savoureux, s'élever bien haut, planer en maîtresse, et finalement s’affaiblir, en certains genres du moins, En littérature,
Es
comme ailleurs, les propensions et les facultés du jeune âge et de la vieillesse s'exercent différemment. Aussi, quelle difiérence énorme entre les commencements d'une littérature qui grandit et sa fin qui disparait. Le première est vive, naturelle, impétueuse; on admire les nobles efforts qu'elle fait pour s'élever: comparaisons hardies, images neuves, tableaux riants, elle ne dédaigne rien qui pourrait lui servir dans sn non | essor. Si elleest imparfaite dans sa forme, il faut en deman- | der la raison à des causes extérieures, à la rudesse du langage,
règne de que litté- | mais été in Angle- & | apogée, | ne et les M +veloppenattendu
à l'ignorance et à la barbarie du temps.
Mais la plus saillante distinction que l’on puisse établir entre ces deux époques, est, sans doute, l'interprétation diftérente des sentiments religieux et nationaux dont la littérature se fait touiours l'écho. En poésie, comme en toute autre chose, on croit avant de douter. Voilà pourquoi la littérature, dans ses commencements, est toujours profondément religieuse et nationale. La nécessité pour l’homme de se mettre en rapport avec la divinité par des chants de louange et d'action de grâce, l'amour qu'inspirent les institutions nationales et les sentiments patriotiques sont des causes infaillibles de succès pour uné littérature qui débute.
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s larges, «: : 1e “ue : er é SI nous considérons la littérature à son déclin, nous voyons ont le . x Mu Le Pan que les conceptions de l'imagination ne sont pas les mêmes. es tra- | se ; | | RC NE it . M Les sombres couleurs philosophiques viennent s'unir à lPinnthousi-
difiérence religieuse et souvent à un goût co: ‘mpu et faux.
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Ses tableaux sont surchargés, plus mélancoliquement sombres, plus languissants. On y rencontre bien de grandes
ébreux,
{ s Grecs, ains, le curopés, parce
idées, beaucoup de variété, des conceptions profondes, des
raisonnements substils, mais rien de naïf, peu de naturel, encore moins de simplicité. Depuis la Renaissance des lettres grecques et latines, c’est-à-dire depuis le commencement
de l'époque du bel âge dela littérature européenne, bien des changements se sont opérés Les phases les plus glorieuses ont été parcourues. Mais, depuis le siècle dernier, la littérature, au lieu de continuer à décroître, a pris une tendance nouvelle, si l'on en juge du moins par la multiplicité des productions et l'accueil qui leur est fuit.
Car la poésie ne peut mourir. Langue instinctive et mystérieuse, dit Fleury, elle continuera à faire l'amour des âmes sensibles, la consolation des âmes souffrantes, le lien sympathique entre la terre etle ciel. Elle pourra se renouvelleret briser ses vieux moules comme elle l'a déjà fait de quelqu'un, elle devra suivre les progrès des mœurs, des sentiments et des idées; mais de même qu'on la vit à genoux, au début des choses, porter à Dieu la prière émue de l'humanité, de mème on la verra pousser le dernier cri de douleur sur les débris du monde quand Dieu le brisera.”
Epurer le goût, former le cœur, polir l'esprit, orner la mémoire, développer l'intelligence, agrandir la sphère des idées, apprendre à parler agréablement, à bien écrire et à penser juste: tels sont, en peu de mots, le but et l'avantage de l'étude de la littérature. Ce n’est pas tout : elle prète son secours aux sciences abstraites ; elle en rend les principes plus clairs et les vérités plus sensibles. Elle sait piésenter les choses les plus communes sous des dehors qui plaisent et flattent. Servante dévouée de l'imagination, elle se prète à tous ses caprices, donne un tour approprié aux sujets que l’on traite.
Le savant doit être en mème temps homme de lettres. Il ne suffit pas de concevoir, il faut exécuter. HKt comment le faire si la littérature ne vient à son aide avec sa précision et sa clarté. Rien doncde plus convenable et de plus utile à l'homme. |
La poésie, chez tous les peuples, a formulé la première l'admiration, la volonté, les désirs et le besoin d'expansion du cœur de l’homme. C’est ce que l'histoire delalittérature nous découvre, Les cantiques et les hymnes de louange, adressés au Dieu d'Abraham, chez les Hébreux; la lyre d'Orphée et les oracles sibyllins, chez les Grecs; les inscriptions, les pre-