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mières mythologies, les constitutions des anciens rois de Rome, étaient écrites en vers. Quand le poëte eut chauté ses vers, il les récita; l’'éloquence prit, dès lors, une forme plus sensible.
Belle, gentille, joyeuse, parfois grave ct solennelle, l'éloquence des premiers âges se ressent de la poésie et n’en est que limitation. Peu à peu, elle forma des genres à elle seule. Elle comprit le role important qu’elle était appelée à jouer parmi les humains. En devenant le premier des arts elle remplit la terre de son nom. Mais l'éloquence ouvre ses trésors à un nombre si restreint de mortels que la poésie semble primer sur elle. Cela prouve que les poëtes sont plus communs que les orateurs. Je suis done loin d'admettre la maxime de Cicéron: nascuntur poet®, fiunt oratores.
L'art ajoute beaucoup à l’orateur, mais il lui faut, surtout, une qualité indispensable: l'inspiration. Or cette inspiration, ce feu sacré vient de la nature.
On ne peut se lasser d'admirer les effets que produit l’éloquence tous les jours. On la voit derrière tous les théâtres. La chaire s'en sert pour démontrer les grandes vérités qu’elle enseigne; le barreau la met au profit del’accusé, de la veuve et de l'orphelin; on l’emploie dans les séances académiques pour gawner un succès; le guerrier veut-il enthousiasmer ses soldats et s'assurer de la victoire, l’éloquence viendra à son secours, Veut-on commander aux masses, apaiser la colère des peuples, implorer leur pitié, la tribune se dresse, un homme y monte. Il est calme au mieu de la tempête. On le fixe du regard : il fait signe de la main. Le bruit s’apaise peu à peu; à peine quelques chuchotements. Il parle: le silence règne. D'abord, la voix de l’orateur est douce et plaintive: il relève les esprits, les accorde. Quoique sous l'empire des passions, l’orateuŸles cache. Il est calme dans son début, Pas un mot ne le trahit. Peu à peu, il entre dans son sujet, fait passer les sentiments qu’il éprouve dans l'âme de son auditeur et, finalement, le fait abonder dans son sens. Alors, il en jouit; sa voix devient plus éclatante, Il frémit, et l'auditoire frémit. Il pleure, et la multitude éclate
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en sanglots. Il menace du regard et de la main, et l'assemblée menace du regard et de lu main : l'auditoire est fasciné, le triomphe est complet,
Y'est surtout à la tribune que l’éloquence semble manifester, avec plus de succès, la puissance invisible qui la distingue.
“ La tribune,” dit Berryer, ‘est le champ de bataille des intelligences. Il n’y en a point de plus grand, ni de plus noble, L'éloquence politique ou parlementaire comprend, en effet, les discours que les hommes, appelés à gouverner l'état, prononcent sur les affaires publiques. C’est celle dont l'influence parait la plus importante et la plus glorieuse, On la voit dominer les grandes assemblées, présider aux délibérations du peuple, éclairer les conseils du sénat; elle règle ls finances; elle fait la paix et la guerre; elle décide .du sort des nations ; elle juge les empires ; c’est elle qui fuit les lois et qui proclame les doctrines sur lesquelles s'affermissent les sociétés humaines. Elle tonne contre les lâches qui trafiquent du sang et de la misère des hommes: elle défend la patrie ; elle venge l'humanité. Mais cette éloquence, par un triste privilége, a le pouvoir de détruire les choses qu'elle vient d'élever. Elle brise et consacre la tyrannie ; elle fonde des cités et disperse des empires; elle éclaire les peuples et corrompt les sociétés. Don bienfaiteur et fléau terrible de la Divinité, elle se joue des vérités et des mensonges; elle tonne contre les impiétés de la terre, elle fait voler en éclat les autels sacrés: faire le bien, tel est son objet ; faire le mal, tel est souvent son eftet.”
Ce hardi coup de pinceau suffit pour démontrer la force de ce levier puissant, qui remue les masses en les faisant passer des convulsions du désespoir aux sentiments exagérés d'une gaieté folle.
Le caractère d’un peuple se peint toujours dans sa poésie. C'est là qu’il faut chercher la nature des sentiments qui ont dominé à chaque époque. Ainsi, l’histoire de la littérature nous montre l'Inde avec sa poésie matérialiste, vague et diffuse comme les idées philosophiques qui ont germé dans la patrie de Confucius, C’est le contraire qui domine en
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Grèce, Tout y est joie, gaieté, ivresse des sens. Quel rulte ne sait-on pas rendre à l'esprit! Grave et sévère à Rome, la muse latine l'emporte sur la lyre archaïque par son unité, L'élégance et la pureté de la phrase dominent à Athènes, la concision et la clarté distinguent la poésie des Romains, Ello est croyante au moyen-âge, où elle emprunte une force sauvage et inculte. Dante descend avec elle dans les enfers, et Pétrarque, porté sur ses ailes, escalade la hauteur des cieux, Religieuse, fière et patriotique en Espagne, elle est imagée, majestueuse et pleine de sentiments d'honneur. La poésie anglaise a de la grandeur mais elle est froide et réaliste, Beaucoup de variété, beaucoup d'excentricité.
Le XVIIe siècle, en France, vit naître une littérature classique incomparable. Grave dans les commencements, gra-
“ cieuse dans le moyen-îige, elle devint satyrique, frondeuse,
libertine, légère et comique dans les derniers siècles. La poésie allemande est mystique. On y rencontre ce goût rèveur de l'allemand pour la nature. De nos jours, elle est devenue savante. Folâtre et pleine d'images en Italie, on
«ent qu'elle a été favorisée d’un soleil tout méridional, En
Amérique, elle porte ce caractère juvénil mais déjà pratique,
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quelles elle a pris naissance.
De nos jours, la littérature personnifie des systèmes particuliers de philosophie : en Angleterre, c’est l’individualisme ; en France , le scepticisme ; en Allemagne, le panthéisme.
La littérature européenne, à notre époque, n’est pas toujours ce qu’elle devrait être : elle pourrait être plus croyante, plus idéaliste; elle prend des licences dans la forme et s'inspire d'idées nouvelles, étranges, trop radicales peut-être. Je ne suis pas de ceux qui voudraient le réveil des idées sombres du moyen-âge ; je veux que le livre se“ se l'écho des principes démocratiques, mais de cette uemocratie honnête, chrétienne, laborieuse, capable d’inspirer la confiance avec la stabilité. Il faut également éviter la licence: la permission de tout dire a fait naître l’idée de tout démolir. C’est pourquoi les écoles se sont succédées les unes aux autres avec une
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rapidité inouïe; l'amour du nouveau s’estemparé des hommes, le vertige a fait place à la réflexion, et au nom de la raison, on a invoqué des théories que la raison elle-mème condamne. Mais je crois au réveil des littératures nationales de l'Europe. Sans doute que la loi de croissance et de décroissance, dont j'ai indiqué la marche, se fait sentir en thèse générale ; mais il ne faut pas appliquer cette loi au mouvement général de la littérature, qui suit journellement et pas à pas, la marche de la civilisation, Or, il est absurde de supposer que nous reculons ; le monde intellectuel travaille, marche, apprend, approfondit, analyse, pense, agit, raisonne; il écrase tous ceux qui tentent d'enrayer sa marche; il ne va pas de mal en pis. Dieu n’a pas voulu qu'il en fut ainsi, Il a fait l’homme faillible, mais il l’a rendu perfectible. Je pense que nous n'avons que fort peu à envier aux époques passées, I n’est pas un seul travailleur intelligent qui veuille échanger la part de bien qu'il a faite dans notre siècle à celle qu'il aurait été appelé à faire avant les temps modernes, C’est une manie malhonnète et injuste que de rougir de son siècle. En littérature, notre siècle a été, à peu près, ce qu'il devait être quant à la marche générale des idées, l’enseignement du
goût, le culte des choses pratiques et la profusion des
lumières dans les différentes classes de la société.
Le caractère du XIXe siècle, dit M. Artaud (1), doit être de tout faire marcher à Ja fois sans rien exclure: il doit accueillir en même temps les applications pratiques avec xs spéculations de la philosophie, les résultats positifs de l'industrie avec le goût de l'idéal dans la poésie et dans les arts.
(1) Etudes critiques de Littérature.
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