‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 47 sur 90 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA PEINTURE DANS LE ROMAN. — HERZEN : A QUI LA FAUTE ? — GONTCHAROF : UNE HISTOIRE ORDI- NAIRE. — SOLLOHOUB : LE TARANTASS.

Nous avons eu déjà l'occasion de parler de Herzen. À Moscou, dans les cercles formés par la jeunesse ardente et studieuse, il s'était fait remarquer par son esprit, soQ talent et la variété de son instruction. Nous avons dit quelques mots de son influence sur les opinions de Biélinsky. Herzen débuta dans la carrière littéraire par un opuscule intitulé : Le dilettantisme dans la science où il se montra fervent partisan de Hegel. Cet opuscule fut suivi des Lettres sur F étude de la nature dans lesquelles il prouve que l'antagonisme de la science et de la philosophie diminue de plus en plus. Son œuvre principale est une nouvelle qui a pour titre : A qui la faute? et qu'il publia sous le pseudonyme àHscander^. Nous trouvons dans ce roman, à côté de Tinfluence de Hegel, des philosophes et des romanciers français du dix-huitième siècle, une tendance à imiter ïOniéguine de Pouchkine.

I , licmder^ mot persan qui veut dire Alexandre.

Dimilri Kroutzifersky, fils d'un pauvre médecin, est un jeune homme timide, doux, modeste et laborieux. Il entre comme précepteur dans la maison du général Négrof. Ce dernier est le prototype des généraux en retraite et vivant dans leurs terres, tels qu'on les voyait encore avant Fémancipation. Il a quelque analogie avec le portrait du général Bétristchef de Gogol. D'une forte corpulence et haut en couleur, il était impitoyable pour ceux qui venaient troubler sa digestion. Tous les matins, après avoir pris le thé, il avait l'habitude de laver la tête à son intendant. Gela se passait invariablement de la manière suivante. Pendant que le général fumait en se promenant dans la salle, l'intendant paraissait à la porte, son rapport à la main. Le général n'y faisait aucune attention, et continuait à marcher d'un air grave. Parfois, il s'approchait de la fenêtre, et y restait longtemps, le front soucieux, le regard fixe; il lui arrivait môme de pousser de profonds soupirs. On pouvait croire qu'il repassait dans son esprit de grands projets, de profonds souvenirs; en réalité, il ne songeait absolument à rien. Lorsqu'il avait fini de fumer sa pipe, il s'approchait de son intendant, lui prenait son rapport, et sans le lire, commençait à le traiter de coquin. « G'est fini, lui disait-il, ma patience est à bout, je vais te renvoyer à la basse-cour et faire ton fils soldat. — Vous êtes lout puissant. Excellence, »> répondait Tintendant trop habitué à ces scènes pour s'en émouvoir.

Sa femme, beaucoup plus jeune que lui, était une personne sentimentale et romanesque. Elle avait poussé l'abnégation et Tesprit de sacrifice jusqu'à recueillir chez elle une jeune fille, Loubenka, fruit

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