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Histoire de la littérature des Hindous

Autant la philosophie de l'Inde est obscure et vague, souvent même contradictoire, son système politique absurde, son état social primitif et barbare, autant sa littérature est claire, lumineuse et sereine. L'impression qu'elle laisse est bonne à Tàme : après l'avoir étudiée, on se sent meilleur.

Parmi les proverbes indiens, il y en a un qui m'a toujours frappé : De quelque côté, dit-il, que vous incliniez la torche, la tlamme se redresse et monte vers le ciel.

C'est là l'image la plus fidèle de la littérature des Hindous.

De quelque côté que l'on agite et que l'on secoue la pensée, elle se tourne toujours et remonte du côté du ciel, c'est-à-dire vers la beauté morale, vers l'idée clémente, vers la sympathie sans bornes et l'universel amour. Joignez à ces mérites un respect profond de la Divinité, un amour épuré et chaste de la femme, l'idée la plus haute de ce que doivent être les relations des époux, une infinie et réciproque tendresse de tous les membres de la famille les uns pour les autres, un sentiment de la nature si profond que dans toute la littérature antique nous ne trouvons rien qu'on lui puisse comparer, et qu'il faut venir jusqu'à nos jours, troublés par tant de bouleversements, éprouvés par tant de malheurs, pour rencontrer des âmes plus ardentes à se mêler aux vents qui murmu-

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renl , aux (louves qui roulent l'oubli avec leurs ondes, aux nuages qui passent, aux océans qui grondent autour de la terre.

Si, en contemplant les éternels modèles de la beauté littéraire dans les œuvres de la Grèce, on éprouve une admiration pour ainsi dire plastique, jamais on ne goûte, même en lisant ses plus grands poètes, cette émotion touchante que savent faire naître en nous les moindres légendes écloses au milieu des fleurs du lotus, sur les rives du Gange ou du Bralimapoutra. C'est que nulle part on ne sut mieux et plus aimer, non pas l'homme seulement, mais toutes les créatures tombées des mains de Dieu. Le poète indien respecte la fleur comme une sœur de son àme ; il hésite à la cueillir, même pour en parer le sein de sa bien-aimée, et quand déjà sa corolle est flétrie, il arrose encore la plante parce qu'elle a fleuri. Celte profonde sympathie, l'homme l'épanché parfois avec un bonheur et une grâce d'une irrésistible séduction sur les humbles compagnons, sur les modestes serviteurs de sa vie. Nulle part, on n'a exprimé en termes plus magnifiques que dans la poésie hindoue la parenté universelle des êtres, créatures du même Dieu, fils du même père, et la fraternité de la vie entre tout ce qu'il a laissé lomber de ses mains. La douceur et la clémence envers les faibles et les petits semblent mises sous la protection de la loi divine et faire, en quelque sorte, partie de la religion même.

I n poète a su trouver, pour rendre ces nobles idées, une allégorie des plus heureuses. Il nous représente l'ascension vers le ciel d'un héros, qui, d'épreuve en épreuve, franchissant l'une après l'autre les cimes escarpées de l'Himalaya, veut remonter à Dieu.

A chaque étape de la route pénible et longue, il est abandonné par quelqu'un de ceux qui l'ont voulu suivre. Ce sont les parents d'abord, puis les amis ; elle-même l'amante se décourage et s'épuise.

Arrivera-t-il seul aux portes éclatantes du palais d'Indra? Non ! Plus fidèle que l'amitié et plus fort que l'amour, son chien l'a suivi.

Les gardiens du seuil éternel veulent repousser le pauvre animal qui tourne vers son maître la lueur humide de ses grands yeux. L'homme, avec une générosité de reconnaissance qui touche au sublime, refuse le ciel et la vue de Dieu, si on ne laisse point entrer dans le séjour de la félicilé la pauvre créature qui s'est attachée à lui et qui l'aime. 1-es dieux se laissent attendrir ; le chien passe avec l'homme, et le ciel se referme sur ces deux êtres qui restent unis dans l'autre monde, parce qu'ils s'aimèrent dans celui-ci.

Quand les Ai vas, pères des Hindous, quittant les plateaux d.i ïhibet et traversant les vallées de Cachemire, jetèrent les yeux sur leur nouvelle patrie, ils durent éprouver une émotion profonde et une admiration enthousiaste. A mesure qu'ils s'avancèrent davantage vers le Midi, l'aspect de cette nature incomparable, où tout est grandeur, éclat et fécondité,' dut exercer une sorte de fascination sur leurs imaginations rêveuses et contemplatives.

Dès l'origine, par suite de leur organisation et des qualités propres de leur race, ils étaient naturellement portés à l'abstraction métaphysique. C'était une des tendances les plus caractérisées de leur génie d'élever les qualités à l'état d'être et d'en faire des personnifications. Quand ils se trouvèrent au pied de l'Himalaya, sur les bords du Gange, en face de cet océan Indien qui est la plus belle des mers, au sein de ces forêts vierges où la puissance créatrice se manifeste avec une force exubérante, une variété sans bornes, et, pour ainsi dire, un fourmillement intarissable de formes, l'idée de l'activité sans repos et de la vie universelle au sein de la nature, tomba sur eux. Si grande, presque infinie, celte nature s'imposa violemment à leur àmc : elle en altéra les conceptions; elle leur donna ce vertige de l'abîme qui nous prend toujours en face de l'infini ; elle les poussa, ou plutôt les entraîna irrésistiblement vers les séductions du panthéisme, tandis qu'elle imprimait à leurs œuvres poétiques ce cachet de grandeur un peu désordonnée qui nous étonne, tout en les révélant de

i LITTÉRATURE HINDOUE.

cet incomparable éclat qui n'est que le reflet des splendeurs au sein desquelles ils vivaient, et qui nous charme en nous éblouissant.

U>s littératures de l'Inde restèrent longtemps pour l'Europe, et môme pour l'Europe savante, une lettre morte.

Déjà, depuis trois siècles, la Renaissance, passant les mers, avait, de ses belles mains prodigues, répandu sur le monde les feuillets épars des Grecs et des Latins ; déjà les controverses de la Réforme avaient rappelé vers l'hébreu l'attention des églises rivales ; on avait vu l'italien, avec les Valois et les Médicis, l'espagnol, avec Henri IV et Louis XIII, jouir tour à tour d'une faveur aussi brillante qu'éphémère. Les imitations de Voltaire, de Montesquieu et de Condillac, les traductions de Letourneur, de Ducis et de l'abbé Prévost avaient popularisé l'anglais parmi nous; nos luttes avec l'Europe centrale avaient fait de l'allemand une nécessité pour nos armées; des linguistes courageux, hardis pionniers de la science, avaient poussé assez vivement leurs reconnaissances dans le turc, l'arabe et le persan.

Personne ne s'occupait encore du sanscrit.

Ce fut un Anglais, Williams Jones, qui, en fondant vers 1780 la Société asiatique de Calcutta, donna le signal de ces études que tant d'autres après lui devaient poursuivre avec une infatigable ardeur.

Mais le champ est vaste , il ne sera point défriché de sitôt : c est le fonds qui manque le moins; il y a de la place, même pour les ouvriers de la douzième heure.

Malgré les ténèbres qui , longtemps encore , envelopperont la chronologie des Hindous, on peut établir avec quelque certitude que leur plus ancien monument littéraire est la collection des Védas.

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