DESCRIPTION D'UNE FEMME
a lue belle femme sans mari est comme une nuit sans lune... Quand Uscha eut douze ans, l'éclat de sa beauté effaça celui de la lune ; la noirceur de ses cheveux surpassa l'obscurité de la nuit ; ses belles boucles rendirent, de jalousie, droit comme un bâton le noir serpent entortillé ; la courbure de ses sourcils brûla d'envie l'arc ; le daim et la bergeronnette se retirèrent en voyant la grandeur et la vivacité de ses yeux ; la fleur de sésame se fana à cause de lu beauté de son nez ; la rougeur de ses lèvres était plus remarquable que celle du fruit nommé bimba ; le cœur de la grenade se déchira en apercevant les rangées régulières de ses dents; la rose se sécha en voyant ses joues lisses ; à cause de la rondeur de son cou, la colombe tordit le sien par envie; en voyant la forme gracieuse de son sein, le bouton du lotus se plongea dans l'étang par jalousie ; la finesse de sa taille, qui surpassait celle du lion, le fit cacher dans la forêt ; le poli de ses jambes fit avaler du camphre au bananier à la tige unie ; la belle couleur jaune de son corps l'emporta sur celle de l'or et de la fleur nommée champa. »
11 y a loin de celte mièvrerie, de cette fausse élégance, de celle recherche souvent puérile, à la simplicité grandiose des hymnes védiques, à la mâle beauté du Mahabharalta, à l'abondance épique du Ràmàyana et à la majesté des grands drames encore nourris des reliefs de celle poésie primitive. Nous ne nous y sommes pas trompé, et le mérité de ces derniers auteurs ne nous a point fait illusion ; mais nous avons voulu que l'on pût suivre le développement tout entier du génie littéraire des Hindous pendant plus de trente-cinq siècles, qui font une partie notable de la vie de l'humanité, la plus importante sansdoule. Ces études ne seront peut-être point sans intérêt pour une époque à laquelle rien ne semble devoir rester étranger, et qui pousse si vigoureusement ses investigations dans tous les sens. Il y a longtemps que nous vivons les yeux fix»'s sur les modèles de l'antiquité grecque et latine, et loin de moi la pensée de ne le point trouver bon. Je sais que les Latins et les Grecs resteront éternellement les maîtres de la forme ; je sais que notre étroite parenté morale avec eux nous rendra celte forme plus accessible qu'à toute autre race. Mais le monde entier n'est pas dans Rome et dans Athènes, il y a encore des idées autre part, et c'est pour nous une méditation féconde celle qui nous permel de contempler dans son radieux ensemble l'œuvre de ces hommes d'une science profonde, d'une intelligence élevée, d'une inspiration pure, d'une imagination brillante, dont l'àme a nourri de sa pensée, pendant près de quatre mille ans, l'àme de deux cents millions d'hommes.