LA CONFIANCE EN DIEU
« J'ai plongé mon cœur dans l'océan de l'amour, et j'ai mis ma confiance dans le Tout-Puissant.
m LITTÉRATURE HINDOUE.
« Lorsque le Créateur prononça ces mots : « J'ai mis en l'homme « mon souffle! » à l'instant môme il me fit sortir du néant.
« La splendeur de Dieu entoure mon âme comme le halo environne le disque de la lune.
« Les soupirs enflammés que je pousse dans ma tristesse montent jusqu'au ciel, et semblent augmenter l'éclat du trône de Dieu.
« Ce que tu vois, ô mon fils, n'est pas la voie lactée ; c'est la peau de daim où doivent se reposer les fakirs.
« Cette lumière spirituelle qui nous éclaire est véritablement admirable ; elle s'identifie avec tous les hommes, et elle en est néanmoins distincte.
« 0 éehanson! je veux prendre de ta main la coupe du vin de la contemplation, et m'abreuverde cette précieuse liqueur.
« Mon existence est accessible à l'humanité, a dit Dieu ; si tu me cherches, tu me trouveras. Telles sont les paroles par lesquelles il a montré la voie que je dois suivre.
« Quant à moi, Sulaïmân, je ne ferai connaître la peine de mon cœur qu'à un homme de Dieu qui s'unira d'affection avec moi ! »
Cette dernière idée n'est-elle point chrétienne?
Voici maintenant, pour changer de ton, une petite chanson d'amour :
« Cet Alexandre, qui possédait l'empire le plus vaste qui fut jamais et les plus grandes richesses, a quitté le monde les mains vides.
« En me souvenant de tes boucles d'ébène, mes pleurs brillent sur mes joues.
« Tous rient de moi en vovant l'altération de ma couleur. 0 ma bien-aimée! c'est ton amour qui a changé mon visage en un champ de safran.
« Des gouttes de sueur tombent des boucles de tes cheveux. On les prendrait pour des étoiles qui brillent dans l'obscurité de la nuit! »
A travers quelques fautes de goût on sent, dans la pièce suivante, un accent plus profond ; je l'appellerais volontiers i
l'amoi;r vrai.
« Si je suis venu auprès de toi, c'est pour t'offrir ma vie en sacrifice. C'est parce que je suis affame de tes charmes que je me soumets à dévorer tes injures.
« Cette belle idole, après m'avoir assassiné, a dit à ses compagnes : L'infidèle est encore en vie, il pourra servir dans une pagode !
« La certitude a bloqué le château de feu de l'amour ; mais si une flamme s'en échappe, elle suffira au papillon pour se brûler.
« Le seuil de la porte de mon amie est préférable au trône du roi. Pour moi l'ombre de son mur est préférable à celle du huma.
« Fallait-il me charger de chaînes dans la saison du printemps, quand j'ai des roses dans mes mains et des épines aux pieds?...
« Après avoir été repoussé, j'ai pu goûter la douceur de l'union ; et toutefois le trouble auquel j'étais en proie était pour moi préférable à ce repos.
« Depuis le jour où j'ai pu contempler mon amie, mon cœur a été anéanti.
u Le printemps est venu ; que dois-je faire, ô jardinier? dis-moi la vérité. Mon nid pourra-t-il rester dans le jardin? dis-moi la vérité.
« Des millions de personnes versent autour de toi des larmes abondantes. 0 charmant jeune homme ! de quel jardin es-tu le gracieux cyprès? dis-moi la vérité.
« 0 Yaquin, toi qui passes les nuits à faire entendre des plaintes et à soulager l'infortune, de quel homme traité avec injustice as-tu appris à pousser ces cris et ces gémissements? dis-moi la vérité.
« Mon cœur qui, par l'effet de tes yeux, semble avoir quitté la
place qu'il occupait dans mon corps, palpite violemment ; ainsi se brise la fiole qui tombe d'une niche.
« Comment celui à qui Dieu a départi la vue ne mettrait-il pas du surma pour la conserver? Est-ce que le mont Sinaï ne fut pas réduit en poussière, et ne devint-il pas ainsi du surma, en voyant l'éclat de la majesté divine?
« Yaquin est mort au matin dévoré par sou malheureux amour. Que ferait à sa blessure un emplâtre de camphre?
« Cet esclavage inutile me rendra-t-il libre? cette maladie me laissera-t-elle à la fin, lorsqu'elle aura pris ma vie ?
« Mais que ferai-je? Le désespoir m'entraîne et me conduit dans la rue de ma bien-aimée !
« Moi qui ne pouvais pas me passer d'un confident de mes peines, j'ai éprouvé dans ces derniers temps le chagrin du cœur daus l'isolement.
« Puis-je me flatter d'avoir aujourd'hui la connaissance de l'art d'aimer, moi qui ne sais que pleurer et gémir.
a Yaquin, en disant adieu à celle qui l'a charmé, serrera-t-il encore une fois contre sa poitrine aux rudes poils ce sein poli comme le miroir? »
L'odelette suivante fut inspirée par un Européen à une Sapho de l'Himalaya.
« L'homme blanc est allé aux montagnes de neige, et de leurs sommets il a vu le Gange couler vers les plaines fécondes.
« Ne travaillons pas davantage ; les tiges vertes du riz s'élèvent rapidement, espoir certain d'une riche moisson.
« Ce sont les hommes blancs qui attirent après eux l'abondance. Doux est leur sourire : les femmes qu'ils aiment sont loin, bien loin du côté du soleil couchant.
« Que leur sourire ne s'adresse-t-il à nous? les travaux des champs ne nous fatigueraient plus.
<■ Ils sont heureux, leurs serviteurs ne doivent-ils pas l'être aussi ?
« Leurs tentes sont déployées, leurs feux sont allumés ; ils reposeront cette nuit dans la vallée.
« L'heure du travail est passée; empressons-nous auprès du blond voyageur, et que nos chants l'engagent à demeurer parmi
nous. »
Encore une pièce pour finir ! Celle-ci, que je ne cite point comme un modèle de goût, mais parce qu'elle donne une idée assez juste de la rhétorique orientale et de la forme ampoulée de certains poètes de l'Inde, a pour titre :