LES POURANAS
On a donné le nom de Pourànas dans la littérature hindoue à un ensemble de dix-huit ouvrages dont le titre générique se forme du mot Pouràna, que Ton pourrait traduire par celui de légende, et auxquels on ajoute, pour distinguer ces Pourànas les uns des autres, le nom de la divinité dont ils s'occupent plus particulièrement, ou sous l'invocation de laquelle ilssont placés. Quelquefois cette divinité passe pour l'avoir elle-même promulgué. Les dieux de l'Inde sont lettrés.
Les Orientaux ont donné au vaste ensemble des Pourànas, qui ne contiennent pas moins de huiteent mille vers, le nom de fleur majestueuse, et, quand ils en parlent, ils s'expriment avec une exagération qu'ils doivent croire bien capable de nous en donner la plus haute idée.- Quand on changerait, disent-ils, l'Océan en encre et
en pinceaux les herbes du mont Mérou , on ne pourrait parvenir à écrire une seule phrase de ce livre, prise dans un seul sens, dans une seule doctrine, dans une seule section. A plus forte raison ne saurait-on transcrire en entier ce miraculeux ouvrage : ce n'est donc pas la peine d'essayer.
On s'expliquera la prodigieuse étendue de ces livres, si l'on réfléchit qu'ils sont composés en grande partie de litanies, de formules de prières et d'invocations répétées un grand nombre de fois. Ces livres, du reste, ne comprennent pas seulement les principes de la morale: ils renferment encore des fables cosmogoniques, et la description du monde réel et des mondes fantastiques ; des traditions, tantôt allégoriques et tantôt mythologiques, dont aucun regard humain n'a percé les profondeurs.
Quelque compilateur, sous le nom traditionnel de Vyàsa , les a sans doute arrangés vers le onzième siècle ; mais au milieu même de leur désordre , la vétusté des matériaux dout ils se composent se révèle clairement et ils sont des plus importants à connaître pour la religion et l'histoire indiennes.
Voici les noins des principaux Pourànas : Brahma ; Pad ma ou le Lotus; Brahmanda, ou l'œuf de Brahma; Agni, ou le feu, qui prescrit aux princes leurs différents devoirs et le minutieux emploi de leur journée; Wichnou, Brahma-Vévartta, ou les transformations de Brahma; Siva, qui nous entretient du dieu de ce nom, Markandéya , sorte de théogonie qui fait songer à celle d'Hésiode : Bhagavata, ou histoire poétique de Krishna, considéré comme incarnation poétique de Wichnou.
Les Pourànas sont restés jusqu'ici une des parties les moins connues de la littérature des Hindous. Cependant en France , en Allemagne et en Angleterre , la critique commence à explorer cette mine confuse, mais abondante , où elle trouvera non-seulement des renseignements historiques curieux , mais encore une foule d'incidents dont les poêles dramatiques de l'Inde ont su, à toutes les époques, tirer un merveilleux parti.
LITTEIt A1TKK HINDOU K. 13
LES OUPANISCHADS.
Les Oupanischads appartiennent à une époque sociale et littéraire postérieure à celles dont nous nous sommes occupés jusqu'ici. Ils font partie d'un grand système de compositions nommé Aranyakas, ou les traités de la forêt, ainsi nommés, dit-on, parce que c'était dans les bois qu'il fallait les lire. La lecture en était du reste réservée à l'Age mur, qui s'était déjà acquitté des diverses fonctions do la vie, et qui commençait à entrer dans la période du repos et de la méditation. Postérieurs à l'époque brahmanique, les Oupanischads sont surtout curieux par leur tendance philosophique. Tous les systèmes tard venus, qui dans l'Inde se partagèrent les croyances des hommes, voulurent remonter jusqu'aux Oupanischads, comme à une source sacrée. Mais les auteurs de ces livres, plus poêles que philosophes, s'étaient abandonnés à je ne sais quel souffle de jeunesse et de poésie encore présent dans leur œuvre, et qui rejetait bien loin toute idée d'un système exclusif. Ils devaient donc fournir, et , en effet, ilsont fourni desarmes à tous les partis. Ajoutez que le nombre des Oupanischads est presque infini et que l'on ne découvre jamais un manuscrit nouveau, sans trouver en même temps de nouveaux Oupanischads; ils ne contribueront point, j'en ai peur, à éclaircir, de longtemps du moins, les mystères de la pensée primitive de l'Inde. Ces traités sur l'unité de Dieu , sur l'identité de l'esprit humain avec lui, sur l'être ou le non êlre, envisagé par ces grands contemplateurs, qui se complaisent au plus profond des abîmes, rappellent souvent à l'esprit cette railleuse définition du roi de la lumière et de la clarté, de Voltaire: Quand l'orateur commence à ne plus comprendre et que l'auditeur ne comprend plus du tout , cela s'appelle de la métaphysique !