‹ Histoire de la littérature espagnole de G. TicknorChapitre 50 sur 65 · SILVIA · texte numérisé non relu

SILVIA

Que yo soy contenta de amor à los dos Puesto que al uno estoy subjectada.

Dans cette églogue, comme dans tous les autres ouvrages de Luis Hurtado, on remarque une grande facilité et une grande légèreté de versification, une pureté et une limpidité de style extraordinaires. Rien de plus remarquable que les strophes où Silvano se plaint de l’amour :

Contente me estaba con mi soledad,

Folgaba en los bosques seguir mi ganado,

Contento se estaba mi hato apartado,

Quilôlo Cupido con su crueldad.

Dexàrasme à scias con mi ceguedad ;

Assi avias, Cupide, de hacerme amador,

Tratàndorae siempre con tanto rigor.

Que nunca me diste un rato vagar.

Y pues no quesiste, Cupido, dolerte

Y meno8preciaste mi debil estado,

Recebe y acoge mi hato y ganado;

Que yo quiero en todo satisfacerte.

Y vos coraçon, que siendo tan fuerte,

Rendistes las armas à Silvia, donzella,

' Es bien procureys de obedecella :

Ella ha mandado que os dedes la muerte.

A solas te queda, cayado, comigo,

Pues solo me has sido leal compaflero ;

niSTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE

Vos, pedernal y va se il y esquero,

Yd vos con Dios, busc&d vuestro abrigo ;

Vos bol gaban que estando comigo.

Librastes un cuerpo de muchas eladas.

En pago que aqueslo muy muchas vegadas Hezistes, fincades aqui sin abrigo.

Vos, buen çurron, que & lanto recado Truxistes mi pobre mantenimienlo.

Pues no es menester vuestro regimiento,

Quedad y dexadme va desamparado ;

Vos, miera que ovistes contino cuydado Sanar mis ovejas, si alguna enfermaba.

Pues poca sellai A mi aprovechaba,

Fincad por el suelo lambien derramado.

Y vos, probrezillo y triste ganado Que fuystes guurdado de aqueste pastor,

Llegado es el liempo cuando con sabor Podeis recrearos en pasto vedado ;

Ya no escuchays su canto acordado Al son de su dulce çampoba de avena,

A do canticando aufria su pena,

Pensando séria su mal remediado.

Quant i Peralvarez de Ayllon, l'auteur de la comédie, nous n’en savons presque rien. Nicolas Antonio le cite deux fois dans sa Bibliothea nova (tom. II, p. 44 et 1 69), mais sans nous tirer d'embarras sur sa patrie, sur l'époque où il florissait. C’est en vain que nous avons eu recours à Caro de Torres, Andrade et aux autres auteurs qui ont écrit l'histoire des ordres militaires; aucun d'eux n'a compris son nom parmi les commandeurs. Ce Peralvarez de Ayllon est peut-être le même que Peralvarez Ayllon dont on trouve des compositions dans le Canrioncro general (Anvers,' 1573, fol. 388-91). S’il en est ainsi, il faut le mettre au nombre des premiers écrivains qui ont cultivé le genre dramatique en Espagne. Sa comédie n'est pas, il est vrai, divisée en actes, comme celles de Torres Naharro; elle a plus de ressemblance avec les autos de Juan de l’Encina, avec les conversations pastorales de Lope de Rueda et d’autres ; elle réunit néanmoins les principales conditions du drame. Nicolas Antonio nous apprend qu’elle s’imprima pour la première fois, à Tolède, en I D5'2 , et les mots seconde édition que porte l’exemplaire que nous avons sous les yeux, nous portent à croire qu'il n’était pas dans l’erreur. Malgré toutes nos recherches, il ne nous a pas été possible de voir cette première édition. Le papier et le caractère de cette seconde édition nous portent à croire qu’il s’écoula un long intervalle entre l’une et l’autre.

Quant à l’éditeur Luis Hurtado, libraire & Tolède, nous en avons déji parlé. Outre le Palmerin de Inglalerra, il traduisit en castillan les Métamorphoses d’Ovide, las Transformaciones de Ovidio ; il composa une llisloria de San Joseph en octaves, œuvre citée par Nicolas Antonio (Tolède, 1598, in-8°) et que nous n’avons pu voir. Il publia en outre les deux comédies Cortès de la muer te et Cortès del casto amor, attribués à Miguel de Carvajal.

Los colloquios satirieos, con un colloquio pistoril y gracioso al cabo de elles, hecho

f>54 HISTOIRE DF. T.A LITTÉRATURE ESPAGNOLE

par Antonio de Torquemada, secrelario del illustrissimo Scnor Don Antonio Alfonso Pimentel, cnnde de Bena vente. Dirigidos al mtey illustre y muy excelen te Scnor Don Alonso Pimentel, primogenilo y sueressor en su casa y eslado, etc. Mondonedo, chez Agustin de Pai, imprimeur, 1553, in-8°, caractères gothiques, de 236 feuillets et 8 de préliminaires.

Ces entretiens sont au nombre de six : I» des dangers corporels du jeu ; 2° des obligations des médecins et des pharmaciens pour l'accomplissement de leurs devoirs ; 3° des excellences et de la perfection de la vie pastorale ; 4“ du désordre dans le boire et le manger; 5“ du désordre dans les vêlements; 6” de l'honneur du monde. Dans la discussion de chacun de ces points, l’auteur se montre plutôt homme du monde que moraliste sévère. Il adoucit le dialogue par des bons mots et des anecdotes ; ce qui uni aux charmes du style, à la pureté de la diction, rend la lecture de l’ouvrage extrêmement agréable et piquante.

A la fin de ces entretiens et formant, pour ainsi dire, une partie distincte du livre, on lit ce qui suit : Colloquio pasloril. en que, se Iralan losamoresde un pastor llamado Torcalo cnn una pastnra llamatta llelissia : el cuat da cuenta délias àotros dos paslores llamadns Filonio y tirisaldo, quexandose del agravio que recibio de su arniga; fol. 152-236. La différence entre ce dialogue et les six précédents, qui ne sont en réalité que des discours didactiques, sous forme de dialogue, c’est qu'il présente les conditions d’une comédie et qu’il finit peut-être par être mis en action. L’argument est fort simple. Les bergers Filonio et Grisaldo commencent par causer des fêtes célébrées dans une localité voisine, à l'occasion des nocesdeSilveida; ils se plaignent de l’injustice faite à leur compagnon Melibée, à qui le juge n'a pas donné la guirlande de fleura, prix de la lutte qu’il méritait, dans leur opinion, mieux que son rival Talemon. Ils en viennent ensuite & parler d’un autre berger Torcato, naguère gai et joyeux et devenu tout à coup triste et mélancolique. Filonio l’a vu, dit-il, tout récemment • faible, pâle, les yeux caves, ayant la figure de la « mort même plutôt que celle d'un homme qui est en vie, » tlaco, amarillo, con « ojos sumidos, mas figura de la misma muerte que de hombre que tiene vida. > Souvent, ajoute-t-il, il l'a importuné de ses questions, et Torcato n’a jamais voulu lui faire connaître la cause de ses maux. Touchés de compassion, les deux bergers se décident à aller k la recherche de Torcato : ils le trouvent dans une vallée, au moment où il se lamentait A haute voix et éclatait en plaintes amères contre une bergère infidèle. Ils s’approchent de lui, et, à force de prières importunes, ils lui persuadent de leur déclarer la cause de scs peines. Alors Torcato leur raconte comment il avait vu Bélisia, dans un combat de taureaux, comment il avait été épris de sa beauté, comment il avait cherché une occasion favorable pour lui déclarer son amour, dans l’espoir d’un sentiment réciproque; comment, après un certain laps de temps, après une absence forcée, afin d’aller chercher de la nourriture pour son troupeau, il avait à son retour trouvé l’amour de Belisia changé en froideur et dédain. 11 leur raconte ensuite un rêve qu'il avait eu : il lui semblait voir la Fortune assise sur un chard’oret d'ivoire, traîné par vingt-quatre licornes. Elle était accompagnée de quatre jeunes personnes; la Raison, la Justice, le Caprice et le libre Arbitre, pauvrement parées que la puissante déesse frappait et maltraitait parfois, en leur mettantson pied sur leur cou. Le geste de la Fortune était tantôt souriant, tantôt elfrayant et terrible. Elle adresse un long raisonnement à Torcato et lui démontre l’injustice de ses plaintes, puisque, étant inconstante et

mobile de sa nature, il ne lui appartient pas de remédier à son mal. Apparaît ensuite la Mort, sur un char noir, traîné par des éléphants. Elle est accompagnée des trois parques inexorables. La Mort lui adresse également des paroles de blême de ce que, n'ayant pas voulu venir lorsqu’il l’invoquait dans son désespoir, il l’avait injuriée en paroles. Un raisonnement semblable lui est tenu par le Temps, assis sur un char de diamants, traîné par six griffons. Enfin se présente la Cruauté, sur un char traîné par douze dragons épouvantables, tenant d’une main une épée nue, et de l’autre conduisant Belisia qui, obéissant aux ordres de sa maîtresse, se jette sur l’amant infortuné : lui ouvre la poitrine, avec son épée, en arrache le cœur; se complaît dans son agonie et se moque de sa douleur.

L’entretien se termine par des vers que chantent les trois bergers réunis, vers prouvant, avec les autres répandus dans toute la composition, que Torquemada n’était pas un poète vulgaire.

CitAP. VII, note 3, page 103. — La première édition des comédies de Lope de Rueda est de 1567 (Valence, chez Joan Mey, place de la Yerba). C’est un petit volume in-8°, imprimé en caractères gothiques, de cinquante feuillets paginés, et un servant de frontispice ou de titre. Ce n’est là toutefois que la première partie, ou plutôt ses deux comédies la Eufémia et la Armelina. Viennent après, avec le même papier et le même caractère, mais avec une pagination différente, las setjundas dos comedias del excellente pocta y représentante Lope de Rueda, etc., c’est-à-dire, les comédies intitulées Los Enganadns et la Medora, cinquante-six feuillets. En tête de la première partie se trouve un sonnet d’Amador de Loaysa < en l’honneur des « comédies de Lope de Rueda » et, en tête de la seconde, un autre, de Timoneda lui-même, sur le même sujet. A la fin de la comédie des Los Enganadns et avant Medora, on lit un sonnet de Francisco de Ledesma sur la mort de l’auteur. La censure de la première partie, confiée à Fr. Juan Blas Navjrro, est du 7 octobre 1566, tandis que celle de la seconde porte la date du 17 octobre ; indice que les deux parties s'imprimèrent séparément.

Quant à la mort de Lope de Rueda, nous devrons nécessairement l’avancer d’une année, puisqu’en 1566, Timoneda, son éditeur, y fait déjà allusion.

Juan de Timoneda introduisit des corrections importantes dans les œuvres de son ami, ce n’est pas douteux. Dans la lettre satisfactoire au prudent lecteur, qui précède les deux premières 'comédies, il s'exprime ainsi : « De las quales (come-

• dias), por este respecto, se han quitado algunas cosas no licitas y mal sonantes,

• que algunos en vida de Lope havran oydo. Por tanto miren que no soy de cul-

• par, que mi buena intencion es la que me salva. > De même dans la lettre qui précède la seconde partie, en énumérant les travaux de son édition, il dit : < El

• primero fué escrevir cada una délias dos vezes, y escreviéndolas (como su autor « no pensasse imprimirlas), por hallar algunos descuydos, ô gracias por mejor « dezir, en poder de simples, negras à lacayos reyterados, tuve necessidad de <t quitar lo que estaba dicho dos vezes en alguna délias, y poner otros en su < lugar. Despues de yrlas à hacer leer al theologo que ténia deputado para que ■ las corrigiesse y pudiessen ser impressas, y por fin y remate el depôsito de mi

• pobre bolsillo. »

Quant au Deleytoso, ouvrage des plus rares, nous en avons un exemplaire sous nos yeux. Voici le titre : El Deteitoso, compendio tlamado El Deleitoso, en el cual se contienen muclios posas graciosus del excellente poeta y yracioso représentante Ijope

55fl HISTOIRE DE LA LITTÉRATCRE ESPAGNOLE

Rueda, por poner en prinripios y entre médias de colloquios y eomedias ; réunis par Joan de Timoneda. Au-dessous se trouve le portrait de Lope de Rueda, gravé sur bois. C’est le même que le portrait qu’on voit 6ur d'autres de ses ouvrages, publiés par Timoneda ; au verso, un sonnet de cet éditeur en l’honneur de l’ouvrage et des acteurs. A la fin on lit dans le Colophon : « Impressos con licencia en la inclyla* a ciudad de Valencia, en casa de Joan Mey. Ano MDLXVII. » C’est un volume in-8° de trente feuillets, sans pagination aucune, imprimés en caractères ordinaires.

Chap. VU, note 2, page 109. — la tabla de las pasos graciosos, etc., se trouve également à la fin de l'édition princeps des Colloquios. (Valence, Joan Mey, 1567, in-8°.)

Chap. VII, note 1, page lit. — Le Dialogo sobre la invencion de las calças, etc., se trouve aussi à la fin de l’édition princeps des comédies de Lope de Rueda (Valence, Joan Mey, 1567, in-8°). Vu la grande rareté du dit livre del’uneet l’autre édition, nous avons jugé à propos de le reproduire intégralement.

Peralta, lacayo — Fuentes, lacayo.

PERALTA

Sefior | Fuentes, que mudança Haveys hecho en el calçado Cou que andays tan abultado?

FUENTE8

Seflor calças à la usanca.

PERALTA

Pensé quera verdugado.

FUENTES

Pues yo délias no me corro ;

4 Que han de ser como las vuessasî Hermano va no usan dessas

PLRALTA.

Mas 4 que las echais de aforros Que ansi se paran tan liessasf

FUENTES

Desso poco, un sayo viejo,

Y toda una ruyn capa.

Que desto calça no escapa.

PERALTA

Pues si van à mi consejo, Echaran una gualdrapa.

FUENTES

Y aun otros mandan poner Copia de paja y esparto,

Porque les abulten harto.

PERALTA

Essos deben de tener De bestias quiça algun quarto.

FUENTES

Pondrànse qualquiera albaja Portraer calça gallarda.

PERALTA

Cierto, yo no sè qué aguarda, Quien va vestido de paja.

De hacersc alguna albarda.

FUENTES

Otros dan en invencion,

Que reyr me hacen de gana,

Y es que una calça galana, Como si fuesse colchon,

La hazen henchir de lana.

Que temo no se les haga A los que por hermosura Disimulan tal colchura En las nalgas quelque llaga.

Mas no sea matadura.

PERALTA

No : que si ellas tienen peso.

Pues dan rouestra verdadera Que hazen corta en gran manera, Es rauy gentil contrapeso Tràer la boisa ligera.

FUENTES

Pues no sé como ser pueda.

Si cuestan tanto dinero.

Que un rapaz, un escudero, Trayga uua calça de seda Mejor que algun cauallero.

D igitiz ed by Co.Qgl<

PERALTA

Y auu esso me espanta mas.

Que el cau&llero trabaje,

Vestir conforme al linaje

Y que el que lleva detras,

Os ponga duda si es paje.

Al que ba llegado à trobar Calças de tan ruyn talle,

Y no dcbe de quedalle Truge alguno por provar.

Ni suso para inventalle.

FUENTES

Yo se quien va medio enfermo De andar tan justo atado.

Tan enhiesto y estirado.

Que me parece estafermo.

Quando lo veo parado.

PERALTA

Yovme; que no me contenta Este modo de vivir.

FUENTES

j Corao ? i Por que os quereis y r f

PERALTA

Porque no dire à mi renta Tan loco y caro vestir.

FUENTES

Un par os podeis lievar.

Que con poco las hareys ,

Diez de raxa, raso seys.

PERALTA

Tate, tanto han de costar,

Peralta, no las calzeys,

Quard&me Dios del demonio.

FUENTES

I Porque no quereis usallas ?

PERALTA

Porque si he de pagallas.

Que tado mi patrimonio No basta para aforrallas;

Y aun vos, si os dais mal govieruo En esto de andar galano,

Podra ser, Fuentes hermano,

Que por andar al moderno.

Os ture siempre el verano.

G UAP. Vil, note 2, page 1 12. — Ralph Roy s ter Doyster est le titre d'une comédie anglaise, la plus ancienne que Ton connaisse dans cette langue; elle a été composée vers l'annnée 1551; son auteur fut Nicolas Udall, recteur de l'école d’Eton, et plu6 tard de celle de Westminster.

Gammer Gurton's fieedle où l'aiguille de Gainmer Gurton, tel est le titre d’une comédie écrite par l’évêque Still et représentée, à Cambridge, en 1506.

Chap. VIII, note 1, page 120. — En 4768. D. Antonio Armona, corregidor de Madrid, plein de goût pour ce genre de littérature et grand chercheur de papiers et de notices, compila avec le secours des documents existant dans les archives de celte corporation, un ouvrage intéressant qu’il intitula : Memorias cronolôgicas sobre el origen de lu représentation de las comedias de Espaha y par lieu lannentc en Madrid, desde que, por haberse hccha publica esta diversion , empezô à merecer las atcnciones del Gobiemo.

Pellicer ne semble pas en avoir eu connaissance, voilà pourquoi nous en traduisons deux paragraphes sur l'origine des théâtres du Principe et de la Cruz.

« Il résulte d’un certificat donné par le trésorier des hôpitaux que, le 17 octobre 1579, « les delègues de l’Hôpital Geueral, de celui de la Passion et ses agrégés, achetèrent « une maison et un terrain dans la rue de la Croix , où ils établirent le premier corral. « Ensuite les confrères des mêmes hôpitaux achetèrent deux terrains, dans la rue du « Principe, et l'on y établit le second corral : telle est l'origine des deux théâtres du « Principe et de la Cruz. Le licencié Jimenez Ortiz, du Conseil Royal, qui était déjà, eu « 1584, juge protecteur des théâtres et hôpitaux, et ce fut, paraît-il, le premier, par « ordonnance du 15 février de la mémeannee, enjoignit et notifia aux auteurs de corae- « dies de ne s'absenter aucunement de Madrid, ainsi qu'aux autres comiques de leurs « troupes, sous les peines qu'il édicta, eu cas de contravention ou de violation de cet

« ordre, afin d'éviter par là le préjudice qui pourrait être causé aux hôpitaux.

» Tels sont les commencement des deux colysées du dernier tiers du seizième siècle. « Leur propriété, leurs profits appartenaient aux hôpitaux, à l'hôpital général, à celui de « )a Passion, à celui des exposés, à celui des abandonnés. Ils étaient régis par des com - « missaires que nommaient les confréries, chacune le sien, choisis parmi leurs membres « respectifs. Ils devaient veiller tant à l’entretien des corrnles et de leur mobilier qu'à « la bonne perception et au recouvrement de leurs intérêts. Ces commissaires concluaient h les fermages annuels, s’entendaient avec les auteurs des troupes comiques et avec un « musicien guitariste. Il; avait, en outre, un autre commissaire remplissant les fonctions « de receveur-contrôleur, il prenait le compte et le nombre des places de chaque « jour, réglait l'avoir liquide revenant à chaque hôpital, et laissait en réserve un petit s fonds pour les travaux et les réparations les plus nécessaires.

n £n 1608, le licencié Juan de Tejada, du conseil de Sa Majesté, et successeur du ti licencié Jimenez Ortiz au jury protecteur, fut le premier qui dicta des règles de goun vernement et de police pour les corroies, et dès ce moment leurs juges les appelèrent : a théâtres. »

Chap. VIII, note 1, page 128. — Dans le temps qui s’écoule entre Lope de Rueda et l'école dramatique de Valence, à laquelle appartenait lui-méme Lope de Vega, ce véritable fondateur du théâtre national, il se fit de nombreux essais, ignorés de nos critiques, gisant sans examen dans la poussière de nos archives el de nos bibliothèques, et qu’il conviendrait de compulser afin de constituer avec eux l’histoire générale de notre théâtre. Nous voulons faire allusion à ce nombre infini de compositions dramatiques, plus ou moins parfaites, écrites partie en latin partie en castillan, représentées dans les collèges des jésuites ou dans les couvents de religieux, pour célébrer soit l’arrivée d’un évêque, soit l’élection d’un prieur ou d'un abbé, soit la béatification ou la canonisation d’un saint de l’ordre, soit enfin quelque fête solennelle de l’Eglise. Dans le temps où le latin était la langue des cours et des académies, où les savants s’en servaient pour leurs écrits, au point que SigOenza et d’autres écrivains crurent devoir s'excuser d’employer le castillan, il n’est pas étonnant de voir en vogue ce genre de représentations. Comme c'est naturel, l’élément classique y domine, composées qu'elles Eont par des hommes érudits, des maîtres de latin, des professeurs d’humanités. Toutefois, on y observe, de temps en temps, une certaine tendance à se populariser par l'introduction de caractères pris parmi les basses classes de la société, et que les acteurs rendaient en s’exprimant toujours en castillan. Nous parlerons d’abord d’une de ces comédies en deux langues, dont l'auteur est, parait-il, Juan de Valence, originaire de Hoja, prébendier de Malaga. Elle a pour titre : Nineusis, comirdia de dicite ejiulone : elle est composée à l’imitation des comédies de Térencc, et son sujet est la parabole de Lazare et du riche avare. Dans cette pièce, écrite en vers latins, les bouffons Facetus et Tricongius s’expriment en castillan ou dans un latin macaronique, criblé de solécismes. Ainsi au commencement de la scène IV de l'acte III, Tricongius dit : « Est hoc el locum del ensayo? » et Facetus lui répond : « Locum? Essum • seam nombreux tibi. > Ligurinus, le cuisinier, parle en roman, ainsi que les autres personnages subalternes du drame. Les entrées de chaque acte (præcensiones) sont également en vers castillans.

Juan de Valence florissait sous le règne de Charles V : ses œuvres ne sont pas imprimées. Il fut le maître du chanoine D. Bernardo de Aldretc, auteur des •< Antiguedades de Espana y Africa » et des Origines de ta tanga castillana ; d'Alfonso de Torres, de Malaga, d’Antonio de Uojeda et d'autres. Dans le même volume

IIISTOIHE DE LA LlTTKRATLllE ESPAGNOLE

manuscrit, volume qui est, selon toute apparence, le cahier original de ses vers, se trouve son poème Pyrene, dont parle Nicolas Antonio et qui traite De roborr, oufirmitudine qux llexpani el Galli monlibus tantum Pyreneis disiuncti muniunl oppida vicina. Deque Nympha Pyrene, qui r inter ulrosque media eos laudat, ma .r ipsorum dissidiis dolet, ae poslremo eosdem oui pacem oriendam adhorlatur. Le sujet de ce poème, composé sans doute pour célébrer la paix entre l'Espagne et la France, et d’autres poésies latines en l'honneur des Espagnols, morts au combat naval de Lépante, nous font connaître que leur auteur vivait encore en 1571.

Dans la bibliothèque des pires jésuites de Madrid, réunie tout récemment à celle de l’Académie Royale d’Histoire, se trouvent divers volumes manuscrits d’autos, d’entretiens, de farces et de comédies, jouées en diverses circonstances, dans les collèges de la Compagnie de Jésus. La plus grande partie appartiennent au dernier tiers du seizième siècle. Nous insérons ici une liste des plus remarquables, pour l’importance qu’elles peuvent avoir relativement à l'histoire du théâtre national.

Tragxdia Naamani. — Personnages : Naaman, Uxor, Nuucius, Custos, Rex, Gastrimargus, Vagaus, Phœlotinus, Famulus, Elizeus, Giezi, Bulupus, Callitus, Moralidades, Sophia, Nemosine, Aglae. Elle se divise en cinq actes, de quatre scènes chacun au moins; elle est écrite, partie en latin, partie en castillan. Le premier interprète s’adresse au public, dans le premier de ces idiomes; le second prononce une harangue castillane, en prose et en vers; le troisième explique le sujet de la tragédie, en faisant de la morale. 11 y a une conclusion en vers.

Auto de la opeja prrdida. — Interlocuteurs : Cuslodio, Crislobal, Pedro, Miguel; tous bergers. Il y a en outre un personnage allégorique, appelé Apétilo, disputant la brebis à Cuslodio qui la défend ; mais à la lin il est vaincu. Cet auto est différent de celui que Juan de Timoneda composa sur le même sujet.

Auto del Santisimo Sacramento. — Interlocuteurs : Trois Indiens, Brésil, Japon, et Mexique qui entrent en chantant; la Foi et trois bergers; Cuslodio, Cortès et Consuelo.

Triumphus Circuncisionis. — Interlocuteurs ; Torbio, Hemando, galant; Ontoria et Mercader, letrados; un étudiant et son maître.

Tragxdia Jezabelis. — Interlocuteurs : Relias, Achabus, six prophètes, un homme du peuple, appelé Jacob; Joseph, Hircanus, Nuncius, puer, Angélus, Nuboth, Jezabel, un gouverneur, un alguacil, Tharuar, Noeini, Gehu et soldats. Cinq actes.

Tragxdia patrie familias de Vinra. — Interlocuteurs : Esaias, Anas, Caifas, Siraéon, Ruben, un géant, un pigmée, un philosophe profane, Jérémie, des ouvriers, saint Jean-Baptiste, un alcalde. Cinq actes.

Auto de la Gallofa, sobre la parabolade la Crna. — Personnages : l’Amour, la Jalousie, deux serviteurs, un père orgueilleux, un avare, un luxurieux, des pauvres, un boiteux, un manchot, un aveugle, un sourd. En castillan.

Comxdia quæ inscribitur Margarita. Elle se représenta devant un évêque de Salamanque, mais on ne dit pas qui c’était.

Trqjicomadia Nabolis Camielitidis. — Interlocuteurs : David, Abiathar, Poliphagus, Palemon, Thyrsis, Battus, Despotismus, Nuncius, Cornes, Nabal, Gamidus, Joabus, milites, famuli. Elle est écrite partie eu latin, partie en castillan. Elle commence par la romance suivante :

MO

Triste estaba Abigail,

Llena de angustia y cuidadu, Cuando le vinieron cartas De Davied e! esforçado.

Que la pidé por mujer Por estar délia pagado.

Las bodas se celebraron Cou plazer maa que doblado.

Mayon era el alegria Que Tuera el dolor passado.

Los paslores se alegraron De Nabal el lazerado,

Viendo la dichosa suerte Del seüur cou que au topado, Comedîdo y liberal Y cou todos bien hablado.

Egloga de Filis y la iglesia Srgnriana, représentée devant Don Andréa Pacheco, évêque de Ségovie, en 1588. — Interlocuteurs : Spiritus superbiæ, Plutus, divitiarium deus, Cupide, Emoporus, Metrodorus, mercatores, Idomeneus, Marcellus, Fabius adolescentes: le licencié Eugenio Orellana, Teophilas, cantor unus, pastor cum agno et aliis pastoribus, puer albus et niger, paslores Geranius, Damon, Sylvanus, Amartana. En latin et en castillan.

Parabula Samaritani. — Interlocuteurs : Morguto, Maluco, Jorgino, un pécheur, un lévite, un Samaritain, un aubergiste. Tous les personnages , excepté deux, s’expriment en castillan.

Actio que inscribilur Xepntiana. Etait présent à sa représentation D. Alvaro de Mendoça, évêque d’Avila, en l'année 1572. Interlocuteurs : Gomelius, Ventura, Ponolus, un official et sa 611e, Horacio Bonesi, Melcndez et un bachelier.

Tragxtlia quæ inscribilur Vicrntina. Elle a sa prxfalia jocularis ou loa dans laquelle paraissent Solelran, Mendoça, Cancaya et D. Lope. Le sujet de la tragédie est le martyre des saintes vierges Sabina el Christeta. Le lieu de la scène Avila del Rey; les interlocuteurs : Christiana Nobilitas, Veritas, Furor, Gentilitas, Dacianus, Vincenlius, Amor, Testidorus, Mopsus, Menalcas, Palemon, satellites. Dasippus, Sabina, Christelas, Viclæus, Dictæus. Philachus, chœur de Juifs. Cinq actes de cinq scènes chacun. La tragédie finit par une exhortation & l’assistance.

Aclio pueritia. — Interlocuteurs : Nepos, Asotus, Juventus, Orthophilus, Scciphus, senex ; Hierothis, puer ; Fervor, Sucordia, Timor.

Actio q use inscribilur Examen Sacrum, églogue. — Interlocuteurs : Leucos, Eusebia, Daphnis, Cuidado, Scrupulus et Manios. Elle est suivie d’un intermède, entremes ou aclin intercalaris , où apparaissaient Enero, un escribano, Mengo et Congosto. En castillan.

Tragsedia quæ inscribilur Rrgnum L Ici, représentée au collège de Ségovie, en f année 1574.

Cnmedia del triunfo de la fortuna. — Interlocuteurs : Salisio, la Vérité, le Mensonge, la Désillusion, la Fortune, des Sauvages, le Monde, deux rois, six hallebardiersou soldats, deux pages, la Vanité, autres deux pages. L’auteur de cette comédie fut Tomas de Villacastin, jésuite, auteur de divers ouvrages dont on trouve le titre dans Nicolas Antonio.

Comedia del ni» ïo constante ou Historia de Chichacate et Cnicalera.

Dialogo de la gloriosa y bienarenlurada rirgen y martyr Santa Cecilia y San Tiburciu y Vabriano, glorieux martyrs, suivi de l’auto de la Virtud.

Coloquio del primer esludianle y mayorasgo Irocado entre el P. Salas (4 José Antonio Gonzalez?) y el beato Luys Conzaga de la Compania de Jésus. — Personnages : La Marquise, Rodolphe, D. Francisco, Peroto et domestiques, D. Ferrante, la

Chasteté, le Mépris, un roi d’armes, le duc de Mantoue, un secrétaire, Aurélia, le Christ, l'Obéissance. En roman, et divisé en trois journées.

Cologuio de la escoldstica Iriunfanle y la nueva Babylonia, par le P. Salas.

El Sotdado esludianle, ou la nina del P. Gonzaga.

El coloquio de la estrella del mar, 1575.

El casamiento dos vcces y hrrmosura de Baquet, auto sacramental.

La comedia de los dos Juanes, S. Juan Evangelisla y San Juan Bautisla, 1586.

Auto de Mardoclieo, représentée dans la gratido Canarie, en 1576.

Tragxdia qux inscribitur Jeptx.

Cotnedia Uamada l'aria forluna de Oloseo. — Interlocuteurs : Oloséo, roi ; Sévère, un vieillard ; Iberio, un jeune homme ; Alisco, Amphriso, Justo, Marcelo, Fulgencio, Lelio, Celio, Ortelio, Henado, le Mensonge, la Gloire mondaine, la Musique, deux étudiants, Lucinde et Vitelius; deux pages, Arsenio et Lucinde. En roman.

Desposorio espiritual de la iglesia mexieana y el paslor Pedro, églogue représenté, le jour de la consécration de Tévéque de Mexico, I). Pedro de Moya Contreras, le 5 décembre 1574. — Interlocuteurs : l’Eglise Mexicaine, la Foi? l’Espérance, la Charité, la Grâce, bergères; Pedro, Prudente, Justino, Modesto, bergers; un bouffon, divers chanteurs. En roman. L’auteur est Juan Perez Ramirez, prêtre.

Colloquio, représenté & Séville devant l’Hlme, cardinal O. Rodrigo de Castro, lorsqu’on le nomma protecteur de l’Annonciate, en 1587. Personnages : Palacio, Rusticidad, Moïse, un ange, un jeune homme, la Prophétie, deux bergers. 11 est divisé en deux actes de cinq scènes chacun.

Dialoyo de preslanlissima scientiarum elligenda, composée par le P. Juan de Pineda et le P. Andres Rodriguez, i Grenade. — Interlocuteurs : Polilogo, Dubilancio, Juliano, Sophista, Sabio, Logiteo, Apollo, Marco, Teodoro. En trois actes, et à la fin un entr'acte ou intermède, où figurent Palermo, Villafuerte, Lazarillo.

Dialoyo composé i Grenade, par le P. Andrès Rodriguez, De metodo studendi. — Interlocuteurs: Solercio, Fantaslico, Jocundo, Falacio, Fidelio, Decurio, Delator Didascalo, Infausto et un villageois. 11 y a en outre un prologue entre Colmenares, Penalosa, Villalobos et Ojeda ; un entr'acte entre Infausto, Jocundo, Bernabé et uh villageois. Ce dialogue est en trois actes.

Dialoyo Itecho en Stvilla por el P. Francisco Jimenez, à la renida del padre ri.iilador à las cscuelas. — Interlocuteurs : Deux jeunes gens pour le prologue, F.I Engaùo, Studiosus adolescens, Desiodosus, Honestus labor ; Decurio, un alguacil, Cupido, Honor, Gaudium, Somnus, Apollo, Maseloqueda, un cuisinier. En trois actes.

Triunfo del Sabio. — Personnages : Sabio, Fuerte, Soberbio, Engaùo, Fantasma, Ignorancia, Injusticia, Verdad, Justicia, Desengaùo. Trois actes et un intermède. ■

Comédie allégorique : La Bacliilleria engani. Interlocuteurs : Jupiter (l’Entendement); l’allas (la Sagesse); Muse (le Baccalauréat); Aragne (l’Oisiveté); Anfrisio, serviteur de Jupiter; D. Luis, un étudiant; D. Fernando, un étudiant; D. Félix, un soldat; Blitizi, serviteur de D. Luis; Mosquete, serviteur de D. Félix.

LITTÉHATCKK tSTACXOLÏ 11 — 66

Les pièces dramatiques dont nous venons de donner les titres, et beaucoup d'autres que nous pourrions citer, ne se recommandent en général ni par leur invention, ni par leur mérite. Si nous les avons mentionnées, c'est uniquement parce que nous croyons que toute histoire de l'art dramatique, en Espagne, sera incomplète si on ne les apprécie comme elles le méritent, et elles et d'autres compositions analogues. Presque toutes appartiennent, à peu d’exceptions près, au genre classique, modifié, il est vrai, suivant le temps et les circonstances, par l’introduction de l'élément populaire. Le genre classique s'y conserve toutefois avec ténacité et pendant longtemps, malgré sa disparition totale, par des auteurs à qui l'étude des humanités, le maniement des classiques fait naturellement regarder, avec un certain mépriB, tout ce qui n'était pas calqué sur les modèles de l'antiquité. Depuis longtemps Lope de Vega avait popularisé la comédie, lui avait prescrit de nouvelles règles, et l’avait en tout assujettie aux caprices du public, véritable juge en ces matières ; et cependant dans les collèges des jésuites, dans certain coin obscur de la Péninsule, il se représentait un grand nombre de drames, mélange informe des anciens autos et de la comédie allégorique, écrits pour un auditoire éclairé, se complaisant i entendre sur la scène la langue du Latium. Ce sont là les considérations qni nous ont porté à indiquer l'existence de ces compositions dramatiques.

Chap. IX, page 130. — Nous n’avons pas Voulu introduire dans le texte de ce ce chapitre les modifications que les traducteurs espagnols y ont apportées par suite de la publication de documents inédits sur les persécutions de F. Luis de Léon. Ne voulant pas non plus priver le lecteur de la connaissance de détails si intéressants nous les traduisons dans cette note.

< Le crédit de F. Luis de Léon et les honneurs qu’il accumula, lui gagnèrent un grand nombre d’ennemis, qui trouvèrent facilement le moyen de l'inquiéter et de troubler son repos. Les principaux d'entre eux étaient les frères dominicains de Salamanque, avec lesquels il eut continuellement, c'est notoire, de vives discussions, aux conférences tenues dans les cours de l’Université. C’étaient tous des rivaux qu'il avait vaincus, dans les concours publics, pour les fonctions qu'il avait obtenues et qui ne pouvaient, par conséquent, lui pardonner ses triomphes. A de tels adversaires, il suffit d’une occasion favorable pour l’attaque : le premier prétexte dont ils s’emparèrent fut une traduction faite par Luis de Léon des Cantiques de Salomon, en langue castillane, cantiques qu’il considérait comme une composition bucolique. A ce grief, on vint ajouter que, dans les conférences qu’il faisait dans sa chaire, il avait dit que la traduction de la Vulgate était susceptible de correction. Finalement on estima que, tandis qu’il inclinait vers les idées nouvelles et dangereuses, par allusion au luthéranisme, d’autre part ou remarquait en lui une certaine tendance à interpréter judaïquement les Écritures : on lui imputait aussi d'avoir du sang juif dans les veines ! accusation grave et délicate aux yeux des Espagnols, qui se sont toujours estimés vieux chrétiens, sans le moindre mélange d'hérésie (1).

La première dénonciation cftt accusation portée contre lui, eut lieu à Salamanque,

(1) Documentas ineditas, tom. X, pp. 6, 12, li), 140-147, 210, 207, 449-4G7.

IIISTUIHE DK I.A LITTÉIUTUHE ESPAGNOLE &ii3

devant les commissaires du Saint Office, le 17 décembre 1571. Durant longtemps toutes les diligences se pratiquèrent, suivant les règles mystérieuses et sombres de ce tribunal, et dans le secret le plus profond. Pendant l’instruction du procès, on entendit près de vingt témoins, dont les déclarations se consignèrent par écrit : on donna en même temps des commissions rogatoires pour en entendre d’autres, à Grenade, à Valladolid, Murcie, Carthagène, Arévalo et Tolède ; toutes les démarches indiquaient qu'on cherchait à donner au procès, par son mystère, son uniformité et l’attention qu’on y apportait, le caractère d’une vaste conspiration ourdie contre une personne dont on jugeait l’instruction et les opinions dangereuses (1).

Enfin le voile se déchire ; le 6 mars 1572, Léon fut cité devant le tribunal de Salamanque, et accusé d’avoir traduit en langue vulgaire le Cantique des Cantiques. On passait sous silence les autres chefs pour les produire suivant qu’on le jugerait convenable. Sa réponse, qui d’après ce mode de procédure recevait la dénomination technique mais injuste de « confession • fut claire, noble et explicite. 11 déclara, sans hésiter un instant, qu'en efTet il avait fait la traduction dont on l’accusait ; mais qu’il l'avait faite pour une religieuse à laquelle il l’avait lui-même remise, et qu’il était ensuite venu la reprendre lui-même en personne ; que cependant et sans qu'il le sut un frère lai, qui prenait soin de sa cellule, en avait tiré une copie ; et que de cette manière sa traduction s’était répandue et publiée; qu'il avait fait en vain toutes les recherches les plus minutieuses pour recouvrer les différentes copies manuscrites qui couraient et empêcher leur circulation; qu’enfin le mauvais état de sa santé l’avait jusqu’alors empêché de finir un autre travail qu'il avait commencé, c’est-à-dire, une traduction latine du même livre, dont les notes et éclaircissements montreraient ses véritables opinions, au point de ne laisser aucun doute sur son accord avec les doctrines de l'Eglise. 11 confessa en même temps qu’il se soumettait humblement et sans condition aucune à l'autorité du Saint Office, et il déclara son ferme propos de professer, d'aimer et de défendre toujours les doctrines et les dogmes de la foi catholique (2).

La cause ainsi entendue, s’il n'y avait eu d’autre motif que le motif déjà cité et . manifesté, on aurait probablement sursis, et on n'en aurait plus parlé, mais les choses ne se passèrent pas ainsi. Ses ennemis personnels, sans le moindre scrupule de conscience, répandirent le bruit que ses études bibliques et celles de son ami Arias Montano pouvaient être dangereuses pour l'Église. Ce dernier grief fit poursuivre la procédure avec plus de vigueur. L’affaire fut portée au tribunal de Valladolid; le 27 mars 1572, Fr. Luis de Léon fut arrêté, incarcéré dans les prisons secrètes de l'Inquisition de la dite ville, où on le priva pendant longtemps même de l’usage d'un couteau de table, où on ne lui fournit ni une feuille do papier, ni un livre qu’avec l'autorisation formelle des juges chargés de son procès. On accumula contre lui de nouvelles accusations, constamment répandues par ses

(1) Documentas ineditos, tom. X, pp. 26, 31, 74, 78, 81, 92. — Les choses en arrivèrent au point qu’on demanda des déclarations jusque dans la ville de Cuzco au Pérou, ville où était parvenue, à ce qu'il parait, une copie manuscrite de sa version du Cantique des cantiques (p. 505).

(2) Ib. ‘

persécuteurs; mais toutes étaient si vagues, reposaient sur de si faibles fonde* ments que les crimes qu’on lui imputait se réduisirent enfin à la traduction dont nous avons parlé plus haut et à ses paroles sur la Vulgut*\

Fr. Luis de Léon réfuta avec clarté, simplicité et franchise toutes les accusa* tions dressées contre lui. Plus de cinquante fois, il fut appelé devant le tribunal, et les différentes défenses qu’il prononça dans ces occasions, défenses qui existent encore, écrites toutes de sa main, remplissent plus de cent feuilles dans un langage pur et correct. Elles ne se distinguent pas moins par la richesse d'éloquence, qui règne généralement dans tous ses écrits, que par la finesse extraordinaire, que par l’esprit dont il avait alors besoin pour détruire les calomnies de ses ennemis acharnés (I). Enfin, après avoir épuisé toutes les ressources de la sagacité cléricale, infructueusement dépensées pendant cinq ans, pour briser son âme aussi douce et aussi tranquille que ferme et inébranlable, les sept juges prononcèrent l’arrêt délinitif le 98 septembre 1576. Quatre votèrent pour qu’il fût soumis à la question de la torture, afin de tirer au clair scs intentions sur les points mis en avant dans l’accusation et la défense; mais pour que, vu l'état de santé du prisonnier, la torture fût modérée « moderado el tormento » et qu’avec les données obtenues par ce moyen, on continuât l’instruction du procès. Deux opinèrent pour qu’il fût blâmé dans la salle du tribunal, pour avoir, en des temps pareils, eu l’audace de soulever des questions pouvant susciter des dangers et des scandales; pour qu’il déclarât ensuite, en présence de ('Université réunie en assemblée complète, que certaines des propositions répandues dans ses écrits étaient douteuses et malsonnantcs, et que dorénavant on lui interdit l’exercice de ses fonctions. Un seul réclama le droit de manifester son opinion par écrit; mais on n’a jamais pu savoir s’il le lit ou non, ni quel fut son sentiment sur un sujet sj délicat.

Tous ses juges, même ceux qui penchaient le moins pour la douceur, durent être persuadés par le langage et l’aspect du prisonnier, par le peu de solidité des preuves alléguées contre lui, qu’en aucune manière et en aucun temps il n'avait abandonné la foi, ni les croyances de l’Église romaine. Et cependant les plus doux proposaient pour châtiment le plus léger, la dégradation et le déshonneur d’un religieux savant, vertueux et modeste; les plus durs se décidaient pour un acte d'horrible cruauté, dont une personne aussi faible et aussi valétudinaire n’aurait assurément pas pu supporter les effets. Le tribunal de la Suprême Inquisition, résidant à Madrid, consulté en ce cas, procéda avec sa froideur accoutumée et 6a prudence impassible, dans l’arrêt définitif. H ne tint aucun compte de la sentence de Valladolid qu’il considéra comme non avenue. Le 7 décembre 1576, il déclara solennellement que l’accusé Fr. Luis de Léon était absous de l’instance du jugement « absuelto de la instancia dcl juicio t> ; l’engageant dans l’avenir à la circon-

(1} Dans toutes les affaires du Saint Oftice on communiquait à l'accusé les déclarations . des témoins, mais non leurs noms. Fr. Luis de Leon lisait celles de ses ennemis, el par leur caractère et leur ton, il calculait quels pouvaient en être les auteurs. C'est ainsi qu’il les nomma simultanément et les traita purlois avec la sévérité que méritaient leur fausseté et leur injustice. Dans tout le procès il montra la candeur de son âme, la simplicité de son cœur, son intelligence éclairée et sa fermeté singulière. ( Documentas , tom. X, pp. 317, 326, 357, 368-371, 423, 495, etc.)

niSTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE

spection eu de telles matières; lui marquant le temps, le lieu et la manière de les traiter, même avec la modération et la réserve nécessaires pour éviter le scandale, et ne pas donner prise aux erreurs : décrétant en outre la suppression de sa traduction du Cantique t les Cantiques en langue vulgaire. Cette sentence fut communiquée à l’intéressé dans la Tonne ordinaire, puis il Tut mis en liberté, avec les avis accoutumés de ne conserver ni haine, ni mauvaise volonté contre aucune des personnes qu'il soupçonnerait avoir Tait des déclarations contre lui, de garder le silence le plus complet, sur tout ce qui était relatif à sou procès, sous peine d’excommunication et des autres châtiments qui deviendraient nécessaires. F. Luis de Léon jura de remplir ponctuellement toutes ces conditions, et il faut croire qu'il tint parole (I).

Tel fut le dénouement de ce procès singulier, dent les détails curieux, détails démontrant la sagacité, la constance et la faiblesse des scrupules de l’Inquisition dans ses procédures, alors même qu'il ne s'agissait que d’une simple vérification; la cruauté avec laquelle elle châtiait les hommes les plus distingués et les plus religieux, sur le soupçon le plus vague qu'ils se laissaient aller à la tendance de discuter des questions capables de troubler le moins possible les croyances et la foi des Espagnols, de réveiller des doutes ou des opinions pouvant mettre en danger l’empire absolu de 1’ËgIise sur les consciences et même sur les relations sociales et domestiques. La loyauté même et la franchise avec laquelle un homme, comme F. Luis de Léon courbe sa tête devant le sombre et féroce tribunal, en présence duquel il est appelé, dont il reconnaît sincèrement et humblement la juste autorité, aux résolutions duquel il se soumet complètement, est une douloureuse preuve de l’état de prostration et d’abattement auquel étaient alors réduits les hommes les plus illustres et les plus instruits : triste présage de la dégradation et de la décadence de l’esprit national, brisé et opprimé par le despotisme religieux.

Chapitre XI, page 167.— Durant son séjour àValladolid, et en même temps qu’il préparait pour la presse, sa première partie du Quichotte , Cervantès composait un autre livre qui lui est attribué avec quelque fondement. C’est une description fort détaillée des fêtes données, à Valladolid, à l’occasion de la naissance de Philippe IV. L’ouvrage a pour titre : lielacion de lo sucredido en la ciudad de Valladolid desde el punto del felicissimo nacimiento del principe D. Felipe Dominico Victor, nuestro seftor, hanta que sc acabaron las demostraliones de alegria que por èl se hicieron; Valladolid, chez Juan Godines de Millis, 1005, in-4° de 50 feuillets. Ecrit avec une certaine négligence, cet ouvrage offre parfois des traits caractéristiques, et certaines formes d’expression particulières au célèbre auteur du Quichotte.

Chap. Xll, note 1, page 189. — Avant tous les auteurs mentionnés dans ce chapitre, comme ayant blâmé la lecture des livres de chevalerie, nous avons le témoignage de Gonzalo Fernandez de Oviedo. Ce dernier, bien qu’il eût contribué

fl) Docùmen/os, tom. X, pp. R51-S57, La sentence du Conseil de la Suprême Inquisition portait seulement les quatre paraphes des ministres de ce grand et précieux irihunal, où le secrétaire signait uniquement de ses noms et prénoms.

lui-même à leur propagation, en traduisant et peut-être en inventant le Libro del

esforzado caballero Claribalte, ne laisse pas de s’exprimer ainsi qu’il suit dans ses

Quinquagenas.

Santo consejo séria Que dexaseo de leer Y tamhien de se vender Esos libros de Amadis.

Puis il ajoute : « Ha cresçido el libro de Amadis tanto y en tanta mariera, que es « un linage el que de èl en libros vanos ha procedido, mas copioso aun que el de • Iob Rojas, y ha cresçido tanto, que tiene ya hijos y nietos, y tanta multitud de « fabulas extrahas que parcee que las mentiras e fabulas griegas van pasando à

■ Espana, y asi van cresçiendo como espuma, et quanto mas cresçe menos valor

■ tienen taies ficciones, aunque no para los libreros é empresores ; porque antes - les compran esos desparates é se los pagan , que no los libros auténticos é

« provechosos. •

Chap. XIV, n oie I , page 231. — Monsieur le marquis de Pidal, dans un article inséré au tome XI de la Hevista de Madrid, page 384, sur l’intéressante question de savoir si • Tomé de Burguillos et Lope de Vega sont une même personne • propose quelques doutes A cet égard, et prouve par deux textes, l'un manuscrit et l’autre imprimé, l’existence d’un poète nommé Tomé de Burguillos, contemporain de Lope de Vega.

Chap. XV, note 2, page 247. — Il existe, dans les bibliothèques publiques et particulières, un grand nombre de comédies de l'écriture même de Lope de Vega. Quelques unes d’entre elles n’ont jamais été imprimées, telles que le Brasil restituait), composition en mémoire de la recouvrance de celte colonie, en 1625, manuscrit que nous avons vu avec d’autres, il y a quelques années à Londres, chez un amateur plein de goût pour la littérature espagnole, ün en conserve aussi trois volumes au Musée Britannique ; lors de la dernière exposition générale de l’Industrie à Londres, ils ont été exposés avec le Caneionero de hurlas, exemplaire unique; avec la Duetrina cristiana du P. Cordoba, éditée A Mexico, en 1544, in-4°, livre considéré, par erreur, comme la première impression faite en Amérique ; avec le célèbre volume de Tirant lo Blanch, et plusieurs autres de nos perles littéraires qu’on y estime si haut. Les dits volumes de Lope de Vega, portant respectivement les numéros10329, et Egerton 547,548, contiennent les comédies suivantes, autographes : Las bizarrias de Belisa, terminée A Madrid le 24 mai 1634; Lo que ha de ser, le 2 septembre 1624 ; //ai/ verdades que en amor, le 12 novembre 1625, avec l’approbation de Vargas Machuca, du 4 février 1626 : Sin serre Ut no h a y am or, du 18 juillet 1626, avec l'approbation de Vargas Machuca, du 11 août de la même année, et le permis d’imprimer de Joan de Salinas. Dans une note de Lope lui-même, le public est prévenu que le rèle de Celio sera rempli par l'acteur Tapia : La competencia en los nobles, le 16 novembre 1625 ; Argel finyiilo, sans date ; El yugo de Christo, auto sacramentel.

Dans la bibliothèque de l’Exme S», duc d’Osuna, il se conserve plusieurs de ces comédies; les Sres Baranda y SalvA en ont déjà publié ta liste dans le premier volume de la Caleccion île documentas ineditos. M. le marquis de Pidal en possède

une intitulée : La encomienda mal guardada, du 19 avril 1610, et représentée sous le titre de : La huma guarda. D. Salustiano Oiôzaga en possède trois : La prueba de los amigos, Tolède, le 12 septembre 1604; Carlos V en Franeia, Tolède, le 20 novembre 1604, et la Balalla del honor, Madrid, le 18 avril 1608; enfin D. AgustinDuran, de Madrid, et D. Angel Iznardi, de Cordoue, en possèdent plusieurs autres dont les titres nous sont inconnus. II serait à désirer qu'en publiant l’édition du théâtre de Lope, préparée par D. Manuel Ribadeneyra, éditeur, i qui les lettres espagnoles doivent tant pour sa Bibliotrca de aulores espar) oies, la meilleure et la plus considérable de toutes celles qui se sont publiées jusqu'à ce jour, ont eut sous les yeux ces comédies et plusieurs autres de ce célèbre poète. En effet, ses œuvres imprimées sont d’ordinaire remplies de fautes que la négligence des copistes et des imprimeurs y a laissées.

Chap. XV, page 249. — A ce que dit notre auteur sur la Coleceion de comedias de Lape, composée de vingt-huit volumes, nous ajouterons l’indication des exemplaires que nous avons vus; car elle est rare, mais pas si rare qu’on le croit généralement. Il y en a deux, à Madrid; l’uneàla Bibliothèque Nationale, l’autre à la bibliothèque de l’Université : en outre D. Agustin Duran, littérateur distingué, en possède une autre. A Londres, nous en avons vu trois; l’une au musée 'Britannique, l’autre, chez lord Holland, et la troisième, chez sir John Labouchère. Dernièrement, il s'en est vendu un exemplaire en Allemagne ; il avait appartenu à la bibliothèque du célèbre Tieck. On nous assure qu’il en existe aussi un exemplaire à la bibliothèque Impériale de Paris. Nous avons entendu parler d'un autre appartenant à D. Vicente Salvà, à Valence. L'exemplaire de l’Académie Royale Espagnole est incomplet.

Chap. XV, noie 2, page 252. — D. Francisco de Vanccs Càndamo, dans sa défense des représentations scéniques intitulées : Tlieatro de los tlicatros de los pastulos y présentes siglos : historia cscenica griega, romana y castellana, ouvrage écrit pour défendre les comédies, et dont nous avons l’original sous les yeux, attribue l’invention de ces comédies à D. Diego de Enciso. • C’est lui, dit-il, qui

• commença celles qu’on nomme de capa y espada : il fut suivi ensuite par

• D. Pedro Rosete, D. Francisco de Rojas, D. Pedro Caldcron de la Barca, et par

• les plus modernes, D. Antonio de Solis et D. Agustin de Salazar, tous dignes

• des plus grands éloges. >

Chap. XV, nolei page 255. — Philippe IV eut des troupes de comédiens à lui, ne donnant des représentations que dans son palais et dans les résidences royales. Le marquis d'Heliclie fut le premier qui lit tracer, dans le colysée du Buen Retira , les changements de scène, les fausses machines et les apparences théâtrales. Plus tard, quand l’almirantc de Castille fut grand majordome, on en vint, dit D. Francisco de Vances Candamo, dans le livre déjà cité, à un tel point de magnificence « que le regard se pâme au théâtre, en voyant comme l’art usurpe tout l’empire « de la nature, parce que les lumières convexes, les lignes parallèles, servant le < pinceau qui s’empare de ses meilleures couleurs, elles savent donner de. la con- « cavité à la surface plane d’une toile, et rapprochent les distances les plus gran- « des avec une propriété merveilleuse. Jamais n’a été si loin l’appareil scénique,

• ni l’harmonieuse beauté de la musique. »

MS

Chap. XVII, note 3, page 279. — Nous avons vu plusieurs éditions de ce livre faites pendant le seizième siècle ; l’une A Burgos, 1537, in-8°, caractères gothiques, par Juan de Junta; elle est généralement réunie i VHistoria del comte Ferran Gonzales et A celle de Lus strie infantes de Lara, qui parurent, la même année, chez le même imprimeur; l'autre, A Saragosse, chez Juana Milian, veuve de .Pedro Hardoyn, du 15 mai 1540, in-4°, caractères gothiques; une troisième, A Séville, sans date, paraissant aussi ancienne sinon plus que les deux premières. Il s’en est imprimé, en outre, une infinité dans le dix-huitième siècle et dans le siècle actuel. Ce livre a été aussi recherché et aussi lu par le peuple qu’ont pu l’étre la Historia de Carlo-magno y tir sus doce pares, celle de Uliveros de Caslilla y Artus de A tgarbe : celle de Hoberto et diablu, celle des llazanas de tternardo del Carpio.e t tant d’autres qui constituent encore aujourd’hui le grand fonds de la littérature populaire.

Il existe, toutefois, un livre en langue arabe fort peu connu, ressemblant tellement au notre par sa structure et sa forme, qu’il faut, selon nous, lui assigner une même origine. 11 a pour titre : Quittât chariot Tudur, gua ma cana min liadilsilui maà-l-munaehem, gua-l-dalem gua-n-nadham fi hadlirati Harun Fr-llaiid, c’est-à-dire : « Histoire de la jeune Théodore et de ce qui lui arriva avec un astro- < loguc, un uléma et un poète, A la cour d'Haroun al Raschid. s En voici le sujet : Un opulent négociant et droguiste, de Bagdad, acheta une esclave toute jeune et, l’éleva avec un soin tout particulier. Il lui enseigna non-seulement les travaux et les soins particuliers A son sexe, mais encore les sciences les plus abstraites et les plus occultes. Les dispositions de la jeune fille étaient telles, ses progrès furent si grands qu’elle arriva, en peu de temps, au dernier degré de perfection et de sagesse. Avec le temps, le négociant, qui professait pour son esclave et pupille l’amour le plus tendre, se vit réduit A la misère, par suite de' spéculations aventureuses qui lui enlevèrent d'un seul coup toutes les richesses. Dans cet embarras, il se décida, mais non sans avoir auparavant consulté son esclave même, ses amis et ses parents les plus proches, A l'offrir au Calife, et A subvenir A ses besoins, avec le prix qu'il lui en donnerait. A cette fin, il la revêtit de ses plus beaux atours, l’orna de ses plus riches joyaux, sollicita une audience et se présenta avec elle A la cour du Calife. Là il exposa le motif qui l’amenait, les diverses qualités qui ornaient son esclave , les sciences qu’elle possédait, et finit par demander dix mille deniers d’or. Le Calife, à la vue de Théodore, fut vivement épris de sa beauté; toutefois, il trouva exorbitant le prix que le marchand en demandait : il proposa de la soumettre A un examen rigoureux, offrit de payer les dix mille doubles demandés, si elle réussissait dans ses épreuves, et dans le cas contraire d’en donner seulement mille, prix qui lui paraissait juste et raisonnable. Le marchand accepta sa proposition. Haroun al Raschid fit venir en sa présence un célèbre docteur, appelé Ibrahim (le roman espagnol l'appelle Abraham le Troubadour) le plus grand savant de ses royaumes, et deux autres personnages, l'un grand théologien et moraliste, l’autre philosophe, et passé maître dans les sept arts libéraux. Tous les trois furent vaincus par la savante jeune fille, dans la dispute ou lutte ouverte, en présence du Calite et de sa cour. D'où il résulta finalement que le Calife paya non-seulement les dix mille doubles demandées, mais par un de ces traits de détachement généreux que les écrivains arabes se plaisent tant à lui attribuer, il renonça A l'esclave et en fit don u négociant.

Comme on le voit, le sujet est le même que dans la nouvelle espagnole, sans

autre différence que la substitution d'un marchand chrétien des contrées de la Hongrie, ce qui est par là même assez invraisemblable, au marchand de Bagdad; que de placer la scène à Tunis; de changer Haroun al Raschid en Miramolin Almanzor, personnage figurant si souvent dans nos légendes et nos vieilles chroniques; que de substituer enfin tout naturellement aux questions de métaphysique et de théologie musulmane, des questions analogues, tirées de la religion et du dogme chrétien. Tout le reste, tout ce qui touche particulièrement à la science des astres, à la médecine, à l'histoire naturelle, à la botanique suit, dans le conte castillan, le même ordre.que dans la légende arabe; le plus souvent les questions et les développements sont les mêmes : de sorte que les deux récits ne permettent pas de douter qu’ils n'appartiennent, l'un et l’autre, à une commune origine.

La ressemblance et la presque identité des deux productions ainsi établies, il nous reste à rechercher laquelle des deux fut écrite la première et donna naissance à l’autre, si c’est la version arabe ou la version latine. Nous disons la latine, parce que si on ne la trouve pas, que nous sachions, sous cette forme, il est à présumer qu'elle la revêtit, et que la version castillane ne se donna que plus tard, sous le règne de Charles-Quint, comme semble l’indiquer la mention de Tunis, ville peu connue de nos Espagnols, avant les temps de cet empereur, ainsi que d'autres détails de langue et de style qu'il serait trop long d’énumérer. Que l’ouvrage se soit composé pendant le moyen-âge, c’est ce que prouvent et la rance et vieille érudition qui’s’y trouve répandue, érudition en tout conforme aux connaissances de ces temps, ainsi que leB noms des douze signes du zodiaque, exprimés en latin.

Suivant Nicolas Antonio, c’est un certain Alphonse qui passe pour être l’auteur du livre. Mais cet auteur ne nous dit rien sur cet écrivain, et l’on ignore jusqu'à la simple circonstance de savoir si Alphonse fut son nom ou son prénom On ne sait pas non plus à quel royaume il appartient; en effet, l'érudit Latassa le place bien au nombre des écrivains aragonais, vers l’année 1500, mais il ne dit pas sur quels fondements il se base pour le faire, ne donne d’autres indications sur son œuvre que le jvetit nombre de celles qu’il a trouvées dans Nicolas Antonio, et il avoue modestement qu’il n’a jamais vu ce livre. (Bibliot. Antig., de escrit. arag., tom. Il, p. 134) Aucune des éditions que nous avons vues ne porte le nom d’auteur, par conséquent il faut croire ou que cet intelligent bibliographe en a vu une qui le portait, ou qu'il n’avait connu l’ouvrage qu’en manuscrit. C’est à celte dernière opinion que nous engage à nous ranger le caractère vague avec lequel il le cite , en l’appelant prosaicum poema, et le défaut d’indication de l’imprimeur, du lieu et de l’année de la publication.

Ces considérations nous enhardissent à proposer une conjecture qui n’est pas. selon nous, tout à fait dénuée de sens. Au commencement du douzième siècle, florissaità Huesca, un Juif nommé Rabbi Moseh : il abjura le judaïsme, à l’âge de quarante-quatre ans, changea son nom en celui de Pedro, auquel il ajouta le patonymique d'Alphonse , parce que son parrain avait été le roi d’Aragon, D. Alphonse le Batailleur, appelé aussi l’Empereur, et non comme le dit par erreur Rodriguez de Castro. (Bib(. esp., tom. I, pag. 19,) et comme le répète par inadvertance l). José Amador de los Rios (Kstudins sobre lus jndios, pag. '245. ) D. Aphonse VI de Léon et premier de Castille. Ce Pedr o Alfonso écrivit, entre autres traités pour réfuter la religion qu’il venait d’abjurer et la religion mahométane, une œuvre

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE fort remarquable, peu connue parmi nous, et dont on a fait deux éditions. (Voyez tom. I, pag. 68, note 3). L’ouvrage est intitulé : Proverbioruirl , t eu cleri- * ealis disciplina libri 1res ; ce n’est pas, ainsi que plusieurs l'ont cru, un traité de sciences et de philosophie, mais un livre divertissant, comme il y en avait tant dans le moyen-âge, plein de contes et d'apologues. Le mot dericus n'avait pas alors la signification qu'on lui a donnée plus tard ; par clrrico, en vieux castillan rlergo et erego, en français clcrq, on entendait un homme de lettres, un letrado, un homme instruit, sens que donne souvent à ce mot l'auteur du Libro de Alejandro. Un grand nombre des contes de Pedro Alfonso sont traduits de l’arabe, langue dans laquelle il était très-versé. Plus tard, l'infant D. Juan Manoel,en reproduisait plusieurs dans son Comte Lucanor, en même temps que d’autres, extraits aussi de livres arabes : argument de plus contre ceux qui prétendent que la littérature populaire des Arabes espagnols n’influa d’aucune manière sur la nôtre. 11 n’y aurait rien d'extraordinaire que l'original arabe de l’Uistoria de la doncclUi Théodor tombant entre les mains d’ Alfonso, il ne l’ait traduite en latin, en l'altérant, et que plus tard l’œuvre latine n’ait été traduite en castillan, avec des variantes encore plus grandes. A cela nous devons ajouter que le conte arabe a toutes les formes et le style particulier à ce genre d'ouvrages populaires, et que, dans l'exemplaire que nous en possédons, le livre est attribué à Abu Bcquer Al-warâc, célèbre écrivain du second siècle de l’egire, et auteur d’autres contes et d’autres traités du même style; circonstance écartant jusqu’au soupçon que l’ouvrage pouvait avoir été premièrement écrit en latin, et qu’il avait été ensuite traduit en castillan.

Chap. XVII, note. 3, page 300. — Voyez sur cet auteur dramatique ce que nous avons déjà dit dans les notes du premier volume, page. 597 Les détails sur Lucas Fernandez auraient plus convenablement figuré dans le chapitre qui traite des origines de notre théâtre entre Juan del Enzina et Bartolomé de Torres Naharro.

Chap. XVIII, noie 1, page 306. — Rien n’est plus curieux que la manière dont le capitaine Andrès Rey de Artieda, ridiculise l.ope et les auteurs dramatiques de son école, dans une de ses épitres adressées au marquis de Cuellar. en disant :

A el calor del grand seAor de Delo Se levantan del polvo poetillas Coo tanta habilidad, que es un consuelo.

Y es una de sus grandes maraviilas

Ver como una comedia escribe un triste Que ayer saeô Minerva de mantilles.

Mas como en viento su invenciou consiste.

En ocho dlas y en menos espaeio,

Conforme es su caudal la adoras y viste.

f O quàn at vivo nos compara Oracio Con los sueAos freneticos de enfermo Quanto escribe eu su triste cartapacio.

Caleras vi una vez ir pore! yermo Y correr seis cavallos por la posta, lieade el canal de Chipre hasta Palermo.

Poner dentro de Vizcaya à Famagoata,

Junto de las Alpes A la Persia j Media,

Y Alemania pintar large y angosta :

Corao estas cosas représenta Heredia,

A pedimiento de nn amigo suyo.

Que en sets horas comporte una comedia.

C’est de cette manière déguisée que Lope et les poètes dramatiques de son école sont attaqués par Cristobal de Mesa dans ses Rimas ; par Manuel de Villegas, dans ses Erolicas ; par Cristobal Suarez de Figueroa, dans le Pasajero, et par Antonio Lopez de Vega, dans son Perfecto sertor, dialogo secundo de las tétras.

Chap. XVIII, note I, page 313. — Monsieur le marquis de Pidal possède un volume de lettres originales de Lope au duc de Sesa, son protecteur; reste sans doute de la nombreuse collection, existant à une autre époque dans les archives de cette maison. Leur importance n’est pas aussi grande qu’on pourrait le croire, elle l’est assez cependant pour nous faire désirer leur publication. C’est )& que Lope donne au duc le nom de Lucinde.

Chap. XVIII, note 1, page 315. — Un fait digne de remarque, c’est qu’au milieu d’une popularité méritée, Lope ait eu à souffrir aussi les traits de l’envie. En 1617, un certain Pedro TorresRamila, maître de grammaire latine à l'Université d’Alcalà. publia, sous le litre de Spongia, une amère critique de quelques œuvres de Lope, II y fut répondu plus tard, sous le pseudonyme de Julio Columbario, par un écrivain natif et habitant de Madrid, du nom de Francisco Lopez de Arguilar, dans un livre intitulé : Exsposlulatio sjnmgix à Petrç Turriano Hamila nuper evulgalx. Pro Lupo à Vega Carpio, Poetaruin Hispanix Principe : auetore Julio Columbario B, M, D, L, P. Item Oneiropasgnion et varia illuslrium virorum Poemata ; in laudem eiusdem Lupi a Vega V. C, Tricassibus (Troyes en Champagne) sumptibus Pétri Chevillât. Anno MDCXVI1I, cum privilegio Regis: in-4“,62 feuillets et 16 de préliminaires. Ce traité est suivi d’un autre, avec ce titre : Magislri Alphonsi Sanctii. V. eruditissimi, et Sacrx Lingux in Complutensi Aratlemia professons publiai Primarii Appendix ad exspostulationem spongix , huit feuillets sans aucun foliotage. C'est un livre rare et peu connu, dont parlent, mais fort imparfaitement, Nicolas Antonio (Bibl. Nov., tom. II, 243), et Alvarez Baena ( Hijos de Madrid, tom. II, pag. 186). Ce dernier ajoute qu'il se publia en Espagne, sans en indiquer l'année, et puis, en France, enl613. L’édition que nous avons sous les yeux et que nous avons décrite ci-dessus, quoique précédée du permis d'imprimer, Extrait du privilège du Roi, concédé i Pierre Chevillot, libraire de Troyes, porte tous les indices d’avoir été faite en Espagne. L'ouvrage de Torres Ramila, que nous n’avons pu voir malgré nos recherches les plus actives, se publia sous le pseudonyme de Trepus Ruitanus Lamira, et s’imprima, parait-il, à Paris; en elTet, au nombre des poésies latines contre son auteur, contenues dans l'Exspostulatio. on en trouve une, au verso du feùillet 39, avec ce titre : In eundem, de stribiliginibus Parisiit abstersis, et pageilis emendatiis ibidem excusais.

La critique des écrits de Lope dut être sanglante : les passages qu’en publia pour sa réfutation, le même Francisco Lopez de Aguilar, nous font voir que l 'Arcadia, la Dragontea, la Angélica, la Jérusalem, et tout son théâtre en géné-

rai, furent le but des colères du pédagogue. Dans un de ces morceaux, il s’exprime ainsi : Cum ille landem non solum anima lui invisendi , sed expanendi ob oculos Sclu darum merces et a tanta viro valdè aliénas quippé non putidas , haud arte politas, nul/a constant 1 judicii structura compositas, nec ut tu mente laborares bile absit ; absit, sed ut prudenter admonitus , ex ris deculeres fuliginem, puinice cequares tubercules, et adamussim Gnmmatices perpendiculus corrigendas, committere non gravarere. Dans un aulre passage, il s’annonce lui-même comme acerrimus notée propugnator quâ inurit Hispaniam didacissimuspoelarum, quod immerentem laudet immodicè.

Lopez de Aguilar ne fut pas non plus manchot , dans sa réponse à Torres Ftamila. Vers la fin de 1617, il publia, à Madrid, un mémoire, que nous avons vu, sous le pseudonyme de Franciscus Antididascalus, sons formes de conclusions pour une thèse qu’il devait soutenir, dans une certaine académie littéraire de la capitale sur la question suivante : Utrum Petrus de Torres grammaticus sit censnidus, cum nec latine nec grammalicè sciât. Il en publia aussi un second du même style, adressé an père maître Fr. Hortensio Paravicino. Dans l’ouvrage présent, Aguilar épuisa non-seulement les ressources de son esprit contre l'audacieux écrivain qui osait s’attaquer ainsi à l’idole nationale, mais il appela à son aide plusieurs de ses amis, tous admirateurs de Lope et qui , dans plusieurs pièces de poésie latine, ridiculisèrent l’infortuné Ramila, avec une virulence et un emportement dont il y a , fort heureusement , peu d’exemples dans la critique littéraire de notre patrie. Voyez la pièce intitulée : Humiliée Tutnidi atque infelicis grammatici Tumulus, pag. 42. La dissertation d’Alfonso Sanchez, sur le même sujet, est plus digue , et témoigne de connaissances plus grandes en esthétique et en littérature générale.

Montalban parle d'Aguilar dans son Indice de los ingenios de Madrid, et Raena, dans ses Hijosdc Madrid, tom. Il, pag. 186. Ce dernier écrivain place sa naissance en 1634, mais c’est une erreur pour 1584 ou 1594.

Chap. XIX, note 1 , page 325. — Dans le Cancionero général de Hernando del Castillo, comme dans ceux de Lope de Estuniga, de Juan Fernandez de Ixar et d'autres encore inédits (voyez nos notes au tom. 1" de cette traduction, pag. 56 et suivantes) se trouvent fort souvent des poésies d'un auteur appelé Fernando de la Torre, qui florissait du temps du roi D. Juan II, et qui fut grand ami de l’évêque de Burgos, D. Alonso de Carthagène. Parmi les manuscrits de l'Académie royale d'Histoire, collection Salazar, Miscelanéas, num. 44, se trouve une lettre de ce Fernando de la Torre à un de ses amis. Il lui fait part de la mort de l’évêque de Burgos, D. Alonso de Carthagène, cause, dit-il, de' ce qu’il n’a pas rempli sa commission, à l’égard de D. Pedro de Carthagène a pour avoir, comme c’était na- « turel, ressenti une profonde tristesse et une vive peine d’une perle aussi grande « par la mort du très-magnifique et très-angélique seigneur l’évêque de Burgos,

• son frère. • Plus loin il ajoute : « Quoiqu'il n’ait pas laissé de grandes richesses c à ses parents, puisqu'il les dépensait en une infinité d’œuvres pieuses et dans

• son magnifique état, il les laissa bien établis dans cette villfe, et avec de nom-

• breux parenls, amis et serviteurs; et comme ils sont, grâces à notre Seigneur,

• hommes en toutes choses, ainsi que vous le savez, et surtout dans les armes

• qu'ils ont pour office. >

Nous avons donné cette légère indication sur un poète, Fernando de la Torre,

distinct du bachelier La Torre Alfonso, auteur de la Vision deleitable, non parce que nous croyons que le fait puisse avancer le moins du monde une question si obscure et si débattue, mais parce que les auteurs qui attribuent les poésies publiées par Quevedo, à un poète du quinzième siècle, paraissent ignorer qu'il en a existé un aulre, du nom de Fernando de la Torre. En outre, il n'y a pas le moindre doute que si Quevedoa trouvé réellement les dites poésies et lésa données à la presse, il n’ait du y faire des corrections fort importantes : le style n’est plus en effet celuj du quinzième siècle, et le tour des pensées n’est pas non plus celui des poètes dont les oeuvres se trouvent dans les Cancioneros.

Ciiap. XIX, note 1, page 333. — Ce n’est pas une entreprise facile de juger Quevedo. Pour les uns, c’est l’emblème de la plaisanterie et de la joie; pour les autres, c’est un penseur profond, un philosophe éminent. Rien n’est plus impossible que de déterminer avee certitude le caractère général de ses écrits. Qui en effet, après avoir lu un chapitre de son Gran Tacafio, de la Visita de los chiites , ou scs Carias del cabalkro de la Tenaza, pourra s’imaginer que l'auteur de ces peintures faciles, légères, pleines de grâce, peut l’ètre également de la Vida de Marco Ilruto, et d’autres écrits de morale et de philosophie? Quels points de contact peut-il y avoir entre ses romances burlesques et ses letrillas, faisant jaillir de toutes parts le sel comique et la plaisanterie fine, et ses odes, ses sonnets, ses autres poésies (>û régnent la pompe, la gravité, l’intonation la plus élevée? Si à ces contradictions apparentes, résultat naturel d’un génie créateur, sachant s'accommoder à toutes les situations et à tous les genres, on rattache sa vie agitée et turbulente, l'injuste persécution dont il fut victime, le peu de détails qui nous restent de lui, et surtout le langage obscur de plusieurs de ses compositions, on comprendra facilement combien est ardue la tâche déjuger un écrivain, doué de semblables qualités et qui a de tels mérites. Dans le Gran Tacano, il se propose de peindre la vie picaresque, et il le fait avec tant d’art et tant de supériorité que plusieurs de ses tableaux sont parfaits ; que le chapitre où il raconte les événements de l’hôtellerie de Cercedilla peut se comparer à de nombreux chapitres du Quichotte. Dans la Fortuna con Seso, il se montre profond moraliste, en même temps qu'homme d’état; il suffit de lire la peinture qu'il y fait des intérêts opposés, des vues ambitieuses des principaux souverains de l’Europe, pour le qualifier d’éminent politique, d'homme connaissant à fond l’histoire, la civilisation, les mœurs et les ressources de chacune de ces nations. Dans le prologue à la Culta Latiniparla, il trace à grands traits l'origine et la formation de la langue castillane, il fait preuve d’une érudition peu commune en son temps, et d'une grande connaissance des langues savantes. Il n’excite pas moins d’admiration dans ses poésies où il parcourt, pour ainsi dire, toutes les cordes de la lyre, avec la même grâce et le même bonheur. Parfois il intéresse, il enchante, toujours presque il divertit et amuse.

Quevedo a été considéré par quelques personnes comme un écrivain satirique, constamment occupé à verser le ridicule sur les vices de son époque, sur l'immoralité d’une cour corrompue, et à se venger des outrages faits à sa personne et à sa réputation. Selon nous, il faut donner à ses mordantes satires une origine plus noble et plus élevée. En lançant ses traits contre un orgueilleux favori, arbitre, pour ainsi dire, des destinées de la monarchie, Quevedo se proposa de dénoncer au public ses excès, ses folies ; de le renverser du sommet où il s’était

placé. Il fut le journaliste de l’opposition dans son temps où il n'y avait pas de journaux; où il n’était pas facile de traiter certaines matières autrement que par mémoires présentés au Roi, par papiers imprimés circulant clandestinement, ou bien par des poésies dans lesquelles, habilement et d’une main déguisée, on obtenait l’objet de ses désirs. C’est là ce que fit Quevedo, en déclarant immédiatement une guerre ouverte à tous ses adversaires, en s'adressant à toutes les ressources que lui offraient son génie et sa verve mordante. En agissant ainsi, il ne fut pas seulement stimulé, nous ne pouvons le croire, par l’unique désir de venger d’anciens outrages; nous croyons, au contraire, que ce qui eut une part assez grande dans sa conduite, ce fut le sentiment des maux qui menaçaient sa patrie, la conviction intime qu'elle marchait à pas de géant à la prostration, et vers la ruine à laquelle elle fut réduite plug tard, sous le règne de Charles II.

On regrette de ne pas avoir une bonne vie de Quevedo, une édition complète et correcte de ses œuvres, où séparant ce qui lui appartient de ce qu’on lui attribue, on analyse complètement ce qui reste, où l'on trouve réunies toutes les productions de son génie. Heureusement que ce désir, commun à tous les amis des lettres, va être satisfait, grâce aux efforts, aux veilles et aux connaissances profondes d’un écrivain distingué. Avant peu, le public jouira d'une édition complète des œuvres de D. Francisco Gomez de Quevedo A'illegas, dans la Biblioteca de autores espanoles du Sr Ribadeneyra.

Chap. XXI, note 3, page 373. — D. Juan Antonio de Vers y Zuiiiga, dans son Panegirico por la poésia, ouvrage rare et curieux, donne le sonnet suivant, comme étant de Philippe IV :

Es la muerte un efeto poderoso.

Firme su procéder mal estendido ;

Amada de Mitriades vencido,

Temida de Pompeyo victorioso ;

Es la muerte un antidoto dudoso Al veneno del misero reudido.

Que de propias desdichas sacudido,

Libra en eterno suetto su reposo.

Puerto doude la nave, combatida De la safia del mar contrario y iuerte,

Piensa tener propicia la acogida.

Es un bien no estimado de tal suerte,

Que todo le que vale nuestra vida Es porque tiene nccessaria muerte.

Dans la bibliothèque provinciale de Cadix, nous dit notre ami D. Adolfo de Castro, se conserve une autre composition poétique de ce monarque, entièrement écrite avec des titres de comédies.

Chap. XXII, note 4, page 386. — U faut ajouter à cette liste des œuvres de D. Pedro Caldéron de la Barca le Discurso métrieo-ascitico sobre la inscripcion Psalle, et Sile, que eslà grabada en la verja del choro de la Santa iglesia de Totedo, éditée en 1741 , par D. Antonio Fernandez de Acevedo, et une Elegia en

la muerte del infante Don Carlos, dédiée à l’Infant Cardenal , et commençant

ainsi :

; Oh ! rompayael silencio el dolor mio,

Y en làgrimas y quejas desatado,

A) mar corra y al vienlo, que bien llo Del mar hoy y del viento mi cuidado ;

Pues patrimonio sou del mar y el vieuto A uu liempo le gemido y lo llorado.

Cette dernière pièce, de cent douze tercets des plus beaux, s’imprima in-4», sans indication de lieu, ni d’année d’impression. Malgré l’assertion de VeraTassis, les Lâgrimas que vierte una aima arrepentida s’imprimèrent aussi à part; puisque nous avons sous les yeux une édition qui se dit la troisième, donnée à Madrid par Antonio Muiioz del Valle, 1771, in-4°. On a aussi de lui d'autres poésies détachées qui se trouvent dans des collections de l'époque : on peut citer entre autres les magnifiques redondillas, que le libraire Alfay inséra dans ses Poesias varias de varios inrjenios. Sarragosse, 1057, in-4», adressées d unos ojos. On a aussi de lui un sonnet louangeux dans lés Elogios épicos que publia, en 1673, D. Lope Bustamentc Cuevas y Zuniga, in-4°, à Madrid.

Chap. XXII, note 3, page 380. — Ce que dit l'auteur dans la dernière partie de cette note sur une édition des comédies de Caldéron a qui commença de te publier à Madrid, en 1846, et qui probablement ne se terminera pas • mérite une rectification. Ticknor fait évidemment allusion à la collection de cet auteur, publiée par Rivadeneyra et annotée par D. Juan Eugenio Hartzenbusch. Or, il y a déjà trois volumes d’imprimés, et nous n'avons aucune raison de craindre que le quatrième et dernier ne le soit pas bientôt. Alors nous aurons l’édition la plus correcte, la plus complète et la meilleure de toutes celles que nous connaissons.

Chap. XXII, note 1, page 396. — Un des écrivains qui prirent avec le plus d’ardeur la défense des représentations scéniques, ce fut D. Francisco Bances Candamo, auteur dramatique assez renommé, et dont nous parlerons plus tard. Dans un de ses ouvrages intitulé : Theatro de los theatros de los pasados y présentes siglos; Historia essinica griega, romana y castellana, ouvrage inédit et original que nous avons en nos mains, il se montre champion ardent du théâtre, et il réfute par d'abondantes raisons les arguments du P. Camargo et d’autyes qui écrivirent contre les comédies. Dans sa préface, il dit qu’il se croyait appelé par vocation et par devoir À défendre le théâtre, puisque S. M. avait daigné dernièrement le nommer, par décret royal, l’unique écrivain de ses royales fêtes. Aussi remplit-il son rôle d'une manière complète, en réfutant, une par une, tes assertions du savant jésuite ; il adoucit en même temps sa narration par des anecdotes relatives à l’état du théâtre de son temps, et à des détails sur le théâtre ancien. Pour donner une idée de sa manière de traiter la question, nous allons traduire ici le passage du chapitre où il compare les représentations mimiques des grecs avec les représentations analogues alors usitées en Espagne.

Ce même genre de spectacle, mais sans ces turpitudes qui, dans l'antiquité rendirent l’applaudissement coupable et le rire abominable, est présentement en usage en Espagne. En beaucoup d’endroita du royaume de Tolède, nous voyous aujourd’hui, dans

:m HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE

les fêtes les plus solennelles, s'exécuter ces danses mimiques, à la candeur de leurs compatriotes, qui en appellent histoire toute la composition. Et comme nous le dirons en son lieu, notre rude et primitive comédie castillane n'est véritablement pas sans une grande ressemblance avec les premiers jeux scéniques de Rome, jeux si innocents dont parle Tile-Live. D'abord on écrivait, dans un roman négligé, sous forme de narration, Tévenement, ancien ou moderne, qu'on voulait représenter. Ce roman, un musicien le chante à haute et intelligible voix, de sorte que l'auditoire le comprenne; puis il nomme les personnages introduits sur la scène, habillés avec la plus grande propriété possible, et portant un masque, à la mauière des anciens histrions. Ils ne représentent ni n'articulent aucune parole, mais leurs mouvements et leurs gestes , que la mauvaise expression de leurs rudes artifices rend ridicules, dans la sincérité de leur rhétorique naturelle, signifient tout ce que chante le musicien, et chaque personnage lait le mouvement qui le concerne dans le fait qui se chante. Leurs mouvements n’ont rien de déshonnête, ni de vil, comme ceux des anciens mimes; parce qu'ils n'iudtent pas comme eux des personnes viles, ni «les actions légères. Loin de la. et ce qu’il y a de plus louable, c'est qu'ils introduisent, dans leurs histoires, des faits et des personnages héroïques; et ce qu’il y a de plus gracieux, c'est de voir ces rustres revêtir une majesté qu'ils ne connaissent pas, et rendre les actious les plus extravagantes telles qu'elles se présentent. Il y a quelques jours, sur la demande d’un cahaliero d'une localité d'Esquivias, d'un esprit fin et piquAnt, j’ai écrit une de ces compositions qu’ils appellent histoires, assez vivement excite du curieux appétit de la voir. J’ai choisi par hasard le secours de Vienne, et la bataille rangée remportée par la Sainte Ligue ; c'est un des plus grands événements que les esprits les plus curieux ont lus dans les histoires et les annales du monde. De ma vie je n'ai passé ut* moment plus agréable, je n'ai vu de joie plus bruyante, ni de rire s'épancher plus naturellement de Pâme , à l'aspect de S. M. l’empereur, du roi de Pologne, du Scipion hongrois, le grand Charles de Lorraine, muettement représentés par ces grossiers acteurs, si défigurés dans la propriété des costumes qu’ils s'efforcaient de représenter, et si mutilés dans les actions par lesquelles ils voulaient les reproduire. Mais lorsque je vis sortir le grand viairqui fuyait, le sultan donnant des signes d’une extrême douleur, et enjoignant de le pendre, l'ensemble des Maures mal vêtus et exécutant cet ordre, l’excès de la joie me fit de la peine, parce que le rire fut dangereux, tant dans sa durée que dans sa violence. J'avoue qu’il n’y aurait pas eu «le sainete d’un goût plus agréable, ni mieux vu de tous les spectateurs, joué par ces hommes, s’il n'avait pas couru le risque d’avoir été compose d’avance. Quand on cherche le rire on rencontre parfois l'admiration, l’as de grâce qui charme autant étudiée que naturelle. Les choses mal executees ne sont risibles qù'aulant que les acteurs les trouvent bien faites; l'erreur etudiee sera science, niais non grâce.

Nous avons aussi une expression vivante des anciens mimes, dans les danses de malassins usitées aujourd'hui en Espagne. Elles y sont si recentes qu’elles y ont été importées par les*compaguies d'acteurs espagnols qu’emmena en France pour son amusement et comme doux souvenir de sa patrie bien aimée. la reine si chrétienne, Marie- Therèse d’Autriche, glorieuse infante d'Espagne. Les Français les avaient reçues des Italiens, grands maîtres en gestes et mouvements, chez lesquels se distingua, plus que les autres, un acteur qui, dans les troupes, comme on les appelle en France, du roi Louis XIV, faisait le bouffon. C'était un Italien de nation, et il avait nom Scar&mouche. Ces acteurs d'aujourd'hui ne font pas non plus de mouvements déshonnêtes, mais ils les font les plus risibles passible. Ils tachent de se rencontrer deux, de nuit, feignant d’avoir peur l'un de l’autre, puis ils se rejoignent. Comme pour se détromper, ils se font des caresses, se reconnaissent, dansent ensemble, se fâchent de nouveau, se battent avec des epées de bois.se donnent des coups, au son de la musique, s'étonnent plaisamment d'une vessie gouflee, apparaissant par hasard au milieu d'eux; ils s'en approchent, s'en eloignent, y sautent dessûs, la crèvent, se croient morts au bruit qu’elle fait en eclataut. Et aussi de suite d’autres inventions de ce genre, deux à deux, quatre à quatre

et plus, comme ils veulent; traduisant par la danse et les gestes une action qui fait rire, mais qui n*ofTre rien de vil.

Ces mimes finirent par obtenir une telle faveur qu’ils formèrent une espèce d'introduction légère pour entamer la plaisanterie qu’ils imitaient, comme nous l’avons fait, nous aussi, avec les matassins. Mais favorisés à l'excès par le rire du peuple, ils sortirent des entr’actes de la tragédie et de la comédie, où ils occupaient la place de nos intermèdes, formèrent des compagnies à part, eurent leurs poèmes, et ils parvinrent à un art tel qu’ils eurent aussi leurs affiches, et que les poètes, qui devaient être joués, osèrent y faire mettre leurs noms. Les mimes de la Grèce, lorsqu'ils commencèrent, dès l'origine, à seconder les gestes de la voix, dit Francisco de Caecales, dans ses Tablas poeticas, représentaient une espèce de comédie ancienne en prose, pour servir d’introduction plaisante. Ce genre do représentation nous est aussi resté , dans certains jeux, usités en Andalousie, dont je vais donner ici la forme, pour les comparer avec les anciens, dans le siècle présent, faire voir que le monde a toujours été le même, et qu’il y a peu d'inventions, quelque nouvelles qu’elles paraissent, qui ne se présentent plutôt à la mémoire des hommes qu’à leurs discours. Dans les différentes localités du royaume de Séville, quand les jeunes gens et les jeunes filles se réunissent, dans leurs loisirs, ils se livrent à diverses espèces de jeux qui leur servent pour déclarer rustiquement leurs passions, sous la métaphore qu’ils représentent : l’amour rend en effet les plus grossiers, ingénieux pour s’expliquer sous la forme qu’ils peuvent le faire. Tels sont le soldat, l’anneau, le prieur et d’autres plus heureux qu'ils ne devaient l’étre, comme le jeu du palillo et de l'aljiler , que connaît celui qui les sait, et qu'il vaut mieux que ne les connaisse pas, celui qui ne les sait pas. Après avoir épuisé ces jeux, les jeunes gens les plus habiles, pour passer une partie des nuits, représentent en prose des espèces d’intermèdes. Ils confèrent d’abord entre eux et celui qui sait le jeu dit À chacun ce qu'il doit faire. Plusieurs de ces contes, ainsi dialogues, ont leur genre d’invention qui ne manque pas d’un certain charme. Je raconterai avec les expressions les plus décentes possible, un de ces jeux que j’ai vu à Ossuna : je l’ai choisi pour le comparer avec les mimes antiques dont parle Scaliger, nous apprennant que les sujets étaient d’ordinaire, cher les Lacédémoniens, le vol de fruits et d'autres objets semblables. Dan» le jeu dont je parle, on faisait donc apparaître un étudiant dévoré par la faim et qui rencontrait une vigne sur sa route ; il y entrait et se félicitait de la trouver sans personne ; il se répandait en éloges sur le raisin, genre de fruit servant a la fois d’aliment et de boisson. Il en mangeait avec avidité, et donnait à son visage le caractère le plus inquiet et le plus famélique. A ce moment, survenait le gardien de la vigne, armé de son arquebuse, fort en colère, et voulant le tuer. Le pauvre étudiant s’humiliait et exprimait la peur avec toutes les plus grandes simagrees qu’il pouvait inventer, mais le garde inexorable n’écoutait aucune supplication et exigeait l'argent des raisins manges. L’étudiant s'excusait sur sa pauvreté et sur l’impossibilité de lui donner satisfaction ; le garde de lui dire que, puisqu’il ne pouvait les payer, il ne devait pas les emporter, après les avoir ainsi mangés, et qu’il cherchât à les rendre, serait-ce par une colique, qu’il aurait ainsi accompli son devoir. L'étudiant se disculpait sur ce qu’il n'était pas préparé à cet effet, mais l'arquebuse le menaçant, il était obligé de feindre la honteuse action de restituer les raisin», et l'auditoire de voir son rire provoqué par les mouvement» de crainte et d’effort. Le garde alors était tout fier, mais compatissant aussi à la situation de l’étndiant, il entamait avec lui une conversation. L’étudiant, avec l’humilité et la soumission la pins grande, lui demandait une prise de tabac, et tout à fait rendu en la prenant, il embrassait le garde, lui enlevait son escopette. Faisant alors l’un les mêmes gestes impératifs, et l'autre, les tnêmes gestes timides que son adversaire avait faits auparavant, il l’obligeait de manger les raisins que l'étudiant avait laissés. L’invention est peu propre, c’est contre ma nature que je l’ai rapportée, pour faire voir jusqu'à quel degré ces jeux ressemblent aux premiers mimes de l’antiquité; en effet la prose est leur langue, leurs sujets font rire, ils imitent le laid. Ce n’est pas sur ce point seulement qu’ils ont voulu imiter les obscènes LITTÉRATURE ESPAGNOLE II — 37

représentations antiques , mais encore par l’in décence abominable, dans laquelle se plaît, en ces jeux, la malicieuse simplicité de ces campagnards. J’ai vu aussi un autre de ces grossiers intermèdes, où l’on introduisait une femme que l’on supposait être la femme d’un sculpteur. On frappait de grands coups à sa porte et un homme entrait pour chercher son mari. La femme répondait qu’il n’était pas chez lui; l’homme disait qu'il était sacristain d’un village voisin, qu’un des saints placé sur le rétable s’etait cassé une jambe, qu’il l’apportait pour que son mari la lui remit, et qu’il serait ainsi forcé de le lui laisser chez lui. Là-dessus, il appelait ses compagnons pour entrer le saint avec le plus grand soin, conformément aux ordres de la maîtresse de la maison. Sur les mains jointes de ces quatre vigoureux jeunes gens était porté un cinquième debout, droit et imnàobile, comme une statue, recouvert d’un drap de lit de la tête aux pieds; ils le lui avaient mis, disaieut-ils, contre la poussière du chemin. Ils recommandaient le plus grand soin pour le saint, et le plus bref délai, pour la réparation; ils le laissaient là, et sacnstaiu et faux porteurs s’en allaient. La femme, poussée par sa curiosité naturelle, voulait voir la statue et ce qui lui manquait, elle enlevait le drap de lit et laissait alors le deshonnéte jeune homme tout nu, exposé aux yeux des jeunes filles et des femmes de toute condition, qui applaudissaient avec un rire des plus inconvenants. C’était la certainement un spectacle aussi obscène, aussi abominable et aussi sacrilège on partie que tout ce que nous pouvons rencontrer dans la hideuse barbarie des païen».

Chap. XXV, noie \ , page 450.— L’avis de l'Index expurgatoire de 1790, qui figure aussi dans d’autres index précédents, relatif au fait que Fernando de Zarate est le môme quMnfonto Enriquez Gomez , mérite d’ôtre pris en considération, parce que l’Inquisition ne se trompait pas d’ordinaire sur des faits de ce genre. Il n’y a rien d’extraordinaire à ce que l’écrivain juif, désirant voir ses comédies se répandre et se jouer en Espagne, et soupçonnant qu’il ne pourrait y réussir si les inquisiteurs venaient à se douter qu’elles étaient de lui, n’ail, en conséquence, pris un nom supposé. Quant à Fernando de Zarate, auteur dramatique, nous n’eu savons rien. 11 y eut bien un écrivain de ce nom, religieux augustin et maître en théologie à l’Université d’Ossuna, cité par Nicolas Antonio et par Alvarez Baena ( Hijos de Madrid , toni. 11, p. 38), or non-seulement il n’écrivit aucune comédie, mais il tlorissait bien longtemps avant Enriquez Gomez.

Chap. XXVI, note 3, page 477.— Philippe IV fut très passionné pour la danse. Juan de Esquivel, dans un livre intitulé : Discursos sobre cl arte del danzado, Séville, Juan Gomez de Blas, 1642, in-12, dit de lui : « El Iley nuestro serior à « cuya obediencia se postran los dilatados terminus del mundo , aprendiô « este arte, y quando le obra, es con la mayor eminencia, gala y sazon que puede « percibir la imaginacion mas atenta. » (fol. 5). C’est un livre curieux et assez rare, où sont écrites les diverses manières de danser à la cour, usitées à cette époque. On y cite des maîtres célèbres dans cet art, tel que Antonio de Almcnda, habitant de Madrid, qui fut maître de danse de Philippe IV ; José Rodriguez Tirade, qui tenait école à Séville; Antonio de Burgos, Juan de Pastrana et d’autres. Au verso du folio 30, il dit que : « Jacara, rastro, zarabanda y tarraga son una misma cosa. » L’auteur parle toujours avec dédain des belles danses populaires qu’il appelle dunzas , indigne d’ôtre apprises par des caballeros et des gens de cour. Au chapitre xii, folio 44, verso, il s’exprime ainsi : « Todos los maestros aborrecen à « los de las danzas de cascabel, y con mucha razon porque es muy distinta à la de • quenta y de muy inferior lugar, y ansi ningun maestro de reputacion y con

oscuela abierla, se lia hallado jamas en semejantes chapandacas y si alguno lo ha hecho, no liabrâ sidotenicndo cscuela, ni Ilegado à noticiadesus discipulos, porque el que lo supiese rehusarà serlo de alli adelante , porque la danza de cascabel es para gente que puede salir à dançar por las calles, y à estas dansas llama par gracejo Francisco Ramos, la tarasca del dia de Dios, etc. »

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