‹ Histoire de la littérature espagnoleChapitre 26 sur 70 · DORI-STA · texte numérisé non relu

DORI-STA

Bueno es esso ;

i A otro cao con esse huesso!

Ensayad vos de mandarme Quanto yo podré hazer.

Pues os desseo servir ; Siquiera por qu*en provarme Conozcays si mi quercr CoDcierta con mi désir.

DORBSTA.

Si mis ganas fuessen ciertas De quercros yo mandar, Quiça de vuestro hablar Saldrian mcnos oflertas.

Si mirays,

Senora, mal me tratays.

DORESTA.

c'Como puedo maltrataros CoD palabras tou honestas Y pur tan cortesanas manas?

BORKAS.

^Como? ya uo osso hablaros, Que tenéis ciertas respueslas Que lastiman las estraùas.

DORBSTA.

Por mi fé teDgo manzilla

De vcros assi mortal ;

c Morircis de aquese mal ( 1) ?

(1) u Borée. Plulâ Dieu, senora, qu'au moment où je vous ai vue» tous i tant aimé que je vous ai immédiatement aimée vous-même.— Doresta, Tout eda ert bon, adressez- vous h d autres. — Borée. Essayez de me commander tout ce que je pourrai faire, tant je désire vous servir; en mï'prouvant vous reconnaîtrez ti ma volonté répond à mes désirs. — Doresta. Si vous aviez la certitude que j'ai Pen?ie de voui commander, peutélre il sortirait de votre bouche des offres moins grandes. -* Bo* rée. S'étonner ainsi, senora, c'est me maltraiter. — Doresta, Comment puîs-jevout maltraiter, avec des paroles si honnêtes et des manières si fines? — Borée, Gomment.' Je n'ose plus vous parler, vous avez de certaines réponses qui déchirent les eniruilles.

BOBKAS.

Ne séria maravilla,

DORBSTA.

Pues galan,

Ya las (Oman du las dan (i).

BOBRAS.

Por mi fé» que bolgaria Si como otros misyguales Pudiese dar y tomar :

Mas ves, senora mîa/ Que recibo dos mil maies Y ninguno puedo dar.

k)resta continue jusqu'à ce qu'elle arrive à Tavéu complet n'est ni moins blessée ni moins éprise qu'il ne l'est lui-même. 8S les comédies de Naharro ont une versification remarquasa fluidité et son harmonie, eu égard au temps où il les com- ). Presque toutes ont des passages Où règne un dialogue nafacile, en même temps qu'une poésie lyrique des plus ani- Kielques-unes ont trop de licence : deux sont absurdement ées en différentes langues, l'une en quatre et l'autre en six (3),

a. Par ma foi, j*ai pitié de vous voir ainsi mortel : mourrez-vous de ce mal? n n*y aurait rien d*étonnant. — Doresia. Ah! mon galant^onvoufileprend a vous le donne. — Borée, Par ma foi, je serais bien heureaz si, comme mes ) pouvais prendre et donner; mais vous voyez, ma sefion, que je reçois deux IX et que je ne peux pas en causer un. » — Propalladia, édit. de Madrid, 1 573,

ro can con esse huesso, « A autre chien donnez cet os, » e*est un vieux proverbe s avons donné Téquivalent , proverbe qu*on trouve plus d'une fois dans *Mte. Un peu plus bas, il y en a un autre, Ya las taman do las dan, que ODS pu traduire par le proverbe français équivalent, A bon chat bon rai, h la réponse de Borée où les mots dar y tomar sont développés. Par ces prover- ^aharro avait coutume d'introduire fréquemment dans le dialogue, il rendait «ation plus piquante.

a beaucoup d'art dans la versification de Torres Nabarro. VHymenfa, par est écrite en stances de douze vers, dont le onzième est à pi^ gnebrado, n'est a d*un hémistiche. La Jacinta est aussi en stances de douze vers, mais sans I. La Calamita se compose de stances de cinq vers, unies par un hémistiche ; fUh de stances de quatre vers, unies de la même manière. Mais le nombre de I pas le même dans chaque vers : la rime, en outre, n*est pas toujours bonne, l'ensemble offre, malgré tout, une versification harmonieuse, s sa préface au lecteur il s'en défend en partie: il avoue que les mots italiens idans ses Comédies y ont été insérés à cause de l'auditoire italien. Cette raionne pour ce qui concerne l'italien ; mais que dire pour Tasage des autres lan-

et toutes contiennent, dans leur structure et dans leur ton, d'abondantes preuves de la rudesse du siècle qui les a produites. En conséquence de leur peu de respect pour TÉglise, elles furent bien vite interdites en Espagne par Tlnquisition (i\

Qu'elles aient été représentées en Italie avant d'être imprimées (2), qu'elles aient aussi circulé avant que l'auteur lui-môme ait pu les donner à la presse (3), et qu'elles aient ainsi, jusqu'à un certain point, «•chappé à son contrôle, c'est ce que nous savons, et l'auteur lui-même est notre autorité. C'est lui qui nous apprend aussi qu'un grand nombre d'ecclésiastiques assistaient aux représentations, au moins, d'une d'entre elles (4). Cependant il n'est pas probable que ces comédies aient été jouées, excepté à la manière des églogues de Juan de TEncina et des autos de Gil Vicente, c'est-à-dire, devant un petit

gués qu'il emploie? Dans Vlntroyto à la Sera/tiia, il en plaisante lui-même quand il dit aux spectateurs :

Mas aueis desttr alerta Por sentir los penonajes Que taablan cuatro leogoajes Ilasta acabar su rehierta.

No salen de cuenta cierta Por latin e italiano Castellano y ?aleiiciano Que ninguno desconderta.

D'où Ton peut conclure que ses comédies furent débitées devant un petit nmnbre de personnes seulement, capables de comprendre les divers idiomes qu'elles oontflaaiort, ^'ariété qui les leur faisait trouver plus amusantes.

(1) Il est très-singulier, toutefois, qu'un passage de la Jacinta sur le pape et le da^ de Rome n'ait pas été biffé de l'édition de 1573, fol. 256 b., passage qui prouve le caprice et la négligence de l'Inquisition en pareille matière. L'Index de iee7, p. 114» défend seulement VAquilana.

(2) La question de savoir si les comédies de Naharro ont été jouées ou noa en Italie a été discutée avec beaucoup d'aigreur entre Lampillas (Emayo^ Madrid, 17S9» in-40, tom. VI, pp. 160-167) et Signorelli [Storia dei Teatri, Naples, 1813, in*8*y tom. VI, pp. 171, etc. ), par suite d'une proposition hasardée de Nasarre dans son prologue aux comédies de Cervantes (Madrid, 1749, in-â"). Je copierai une phrase originale de Naharro lui-même, phrase qui a échappé aux deux prétendants, et dans laquelle l'auteur explique qu'il a employé des mots italiens dans ses comédies, euégaid au lieu et aux personnes a qui on les lisait : « Aviendo respecto al iugar y à las personas â quien se recUaron. » Ni Lampillas ni Signorelli ne savaient que la première édition de la Propaladia avait été probablement imprimée en Italie, ni qu'une desprs* miéres éditions y avait étô certainement imprimée.

(3) las mas destas obrillas ya andaron fïiera de mi obediencia y voluniad, « la plo* part de ces petits ouvrages circulèrent sans mon consentement et ma volonté.»

(4) Au commencement de la Trofea,

nombre de personnes dans le palais de quelque grand (1), à Naples, )u peut-être à Rome. Elles ne produisirent probablement pas un jrand effet d'abord sur la condition du drame, tel qu'il était alors léveloppc en Espagne. Leur influence se fit sentir plus tard et par la 3resse. Trois éditions se publièrent, seulement à Séville, à partir de 1520, dans l'espace de vingt-cinq ans. Ce furent des éditions incomplètes, c'est vrai, la dernière fut même expurgée, mais, telles qu'elles étaient, elles donnaient un spécimen d'une composition dramatique très-supérieure à tout ce qui s'était produit jusqu'alors dans la Péninsule.

Quoique des hommes tels que Juan de l'Encina, Gil Vicente et Bartolome de Torres Naharro aient porté leur esprit sur la composition dramatique, ils ne semblent pas avoir eu l'idée de fonder un théâtre national populaire. Il nous faut pour cela tourner nos regards sur l'époque suivante, puisque, à la fin du règne de Ferdinand et d'Isabelle, il n'existe aucune trace d'un pareil théâtre en Espagne.

(1) Je sais parfaitement que, dans un passage important du chroniqueur Mendez Silva, que j'ai déjà cité, il est dit, en faisant allusion aux premières représentations théâtrales: « En l'année 1492» les compagnies commencèrent, en CasUUe, à représentei publiquement des comédies de Jean de TEucina. » Mais le mot publiquement ne signifie pas ici devant le public, mais seulement devant un petit nombre de personnes qui composaient Tauditoire. Ainsi que le prouvent les mots suivants du même auteur: Festefando con ellas à D. Fadrique de Toledo, Enriquez, Almiranle de CastUla y à D. iHigo lopez de Mendozû^ segtmdo duque del Infantado. Les représentations dans les salles et les chapelles de ces grandes maisons étaient par conséquent appelées représentations publiques.

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