‹ Histoire de la littérature espagnoleChapitre 27 sur 70 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Littérature provençale en Espagne. — I^ Provence. — Les Bourguignons. -*- OrigÎM de la langue et delà littérature provençales. — Barcelone. — Dialecte catalan. — L'Aragon. — - Poètes troubadours en Catalogne et en Aragon. — Guerre des Albigeois. — Pierre II d*Aragon. — Jacques le Conquérant et sa Chronique. — Ramoi Muntaner et sa Chronique. — Décadence de la poésie en Provence et décadence de la poésie provençale en Espagne.

I^ littérature provençale apparaît, en Espagne, aussi promptement que les autres genres de la littérature castillane dont nous nous sommes exclusivement occupés jusqu'ici. Son introduction étaîl toute naturelle ; et, comme elle est intimement liée à l'histoire de la puissance politique en Provence et en Espagne, il nous faut l'expliquer en même temps, ne serait-ce que pour rendre compte de sa prédominance sur le quart de la Péninsule, où elle a prévalu, durant trois siècles, et de son immense influence sur le reste du pays, tant à cette époque qu'à une époque postérieure.

La Provence, ou, en d'autres termes, cette partie du midi de la France qui s'étend de l'Italie à l'Espagne, et qui a primitivement reçu son nom à cause de la considération dont elle jouissait, comme la première et la plus importante province de Rome, la Provence eut une singulière fortune, durant la dernière partie du moyen âge : eUe fut exempte de beaucoup de troubles qui agitèrent ces temps de confusion (1). Tant que dura le grand mouvement des nations du Nord, la Provence ne fut tourmentée que par les Visigoths, qui passèrent bientôt en Espagne et ne laissèrent après eux que peu de traces de leur caractère, et par les Bourguignons, les plus civilisés des env»--

;i) F. Diez, Troubadattrs, Zwickau, 1826, in-S**, p. 5.

hisseurs teuloniques, qui ne s'arrêtèrent dans le midi de la France qu'après avoir longtemps séjourné en Italie, et qui s'y établirent, à leur arrivée, comme les maîtres permanents de cette riante contrée. Grandement favorisée par cette tranquillité relative qu'interrompaient parfois des dissensions intestines ou les incursions des Arabes espagnols, ses nouveaux voisins, la Provence jouit d'un calme à peine connu ailleurs. Non moins favorisée par la fertilité du sol et la douceur d'un climat sans rival au monde, elle développa sa civilisation et son raffinement plus qu'aucune autre contrée de l'Europe. Dès l'année 879, une grande partie de ce pays se trouvait heureusement constituée en un royaume indépendant, et, circonstance remarquable, ce gouvernement se perpétua dans la même famille jusqu'en 1092, environ deux cent treize ans(l). Durant cette seconde période, le territoire de la Provence fut délivré encore des troubles qui agitaient presque constamment ses frontières et menaçaient leur tranquillité.Toutefois ces troubles, qui tourmentaient alors le nord de l'Italie, ne traversèrent ni les Alpes ni le Var ; la puissance musulmane, loin de se livrer à de nouvelles agressions, avait des difficultés à se maintenir elle-même en Catalogne. Les convulsions et les guerres du nord de la France, depuis l'époque des successeurs de Charlemagne jusqu'à Philippe-Auguste, fermentèrent dans une direction tout opposée, et fournirent, à une distance hors de tout danger, une occupation à des tempéraments trop ardents pour endurer l'oisiveté.

Dans le cours de ces deux siècles , il se répandit au midi de la France et le long de la Méditerranée, suivant leur degré de puissance et de civilisation, une langue composée du dialecte parlé par les Bourguignons et du latin corrompu parlé dans le pays, langue qui, peu à peu et tout doucement, se substitua à Tun et à l'autre. Avec ce nouvel idiome apparaissait aussi sans bruit, vers le milieu du dixième siècle, une nouvelle littérature, accommodée au climat, au temps et aux mœurs qui lavaient produite, littérature qui, pendant près de trois cents ans, sembla se développer avec une grâce et une perfection qu*on ne connaissait plus depuis la chute de l'empire romain.

Cet état de choses se continua ainsi durant le règne de douze princes de la famille de Bourgogne, princes qui se montrèrent très-peu dans les guerres de leur temps , mais qui semblent avoir gouverné leurs États avec une modération et une bonté qu'on ne pouvait attendre au

(1) Sismondi, Nisfoircdcs Français, Paris, 1821, in-8**, tome UI, p. 239.

milieu de la confusion générale du monde. Cette famille s'éteignît, dans sa branche mâle, en 1092, et, en 1113, la couronne de Provence passa, par le mariage de son héritière, sur la tôte de Raymond Bérenger, troisième comte de Barcelone (1). Les poètes provençaux, la plupart d'une noble naissance, attachés tous, comme classe, à la cour et à son aristocratie, suivirent naturellement leur souveraine en nombre considérable, passèrent d'Arles à Barcelone, et s'établirent volontiers dans leur nouvelle capitale, sous un prince qui joignait aux qualités chevaleresques un goilt assez prononcé pour les arts de la paix.

Ce n'était pas un grand changement. Les Pyrénées n'établissaient pas alors, comme aujourd'hui, une dififérence sensible entre les langues parlées sur leurs versants opposés. Une identité de but avait longtemps avant produit une identité de mœurs dans les populations de Barcelone et de Marseille, et, si les Provençaux avaient plus d'u^ banité et de culture, les Catalans, dans leur participation aux guerres contre les Maures, avaient pris un caractère plus énergiquement accentué et développé sur des proportions plus fortes (2). Au commencement du douzième siècle, la Provence, nous pouvons l'affirmer avec certitude, avait introduit sa civilisation dans la partie nord-est de l'Espagne. Ce fait est d'autant plus digne de remarque que, presqae à cette môme époque, nous l'avons dtVjà vu, la dernière école de poésie nationale commençait à se montrer elle-même, dans un coin tout à fait opposé de la Péninsule, au milieu des montagnes des Asturies et de la Biscaye (3).

Des causes politiques analogues à celles qui avaient d'abord transporté l'esprit politique provençal d*Arles et de Marseille à Barcelone, le firent pénétrer bientôt après dans le centre de l'Espagne. En 1137, les comtes de Barcelone obtinrent, par mariage, le royaume dWragon, et, s'ils ne transportèrent pas immédiatement le siège du gouvernement à Saragosse, ils répandirent au moins sur leurs nou-

(1) E.-A. Schmidt, Geschichte Aragoniens inMittelalter, Leîpsîg, 1828, in-S**» p. M.

(2) Barcelone fut tn>s -disputée par les Maures et les chrétiens, jusqu'à ce qveeeidei^ niers la recouvrèrent, en 985 ou 986 (Zurita, Annales de VAragon,\iy, I» ch. n). Tovt ce qui concerne les antiques gloires de cette cité célèbre se trouvera dans Gapmaay {Memorias de la ciudad de Barcelona, Madrid, 1779-92, 4 vol. in-4*) et sartout d«M les notes ajoutées aux tomes U et IV.

(3) Les membres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dans leur eoatinuation de l'ouvrage des Bénédictins, Histoire littéraire de la France (Paris, in-4*, tome XVI, 1824, p. 195), font remonter ce fait un peu plus haut.

veaux domaines un peu de cette civilisation qu'ils devaient à la Provence. Cette illustre famille, dont la puissance était si solidement étendue jusqu'au nord de la Péninsule, a possédé, durant près de trois siècles, et à différentes époques, diverses parties du territoire situé des deux côtés des Pyrénées, et a généralement maintenu son contrôle sur une grande partie du nord-est de l'Espagne et du midi de la France. De 1229 à 1253, les plus distingués de ses membres donnent une immense étendue à leur empire parleurs grandes conquêtes sur les Maures ; mais plus tard la puissance des rois d'Aragon se circonscrit graduellement, et leur territoire se diminue par des mariages, des successions et des désastres militaires. Sous onze princes en ligne directe, et sous trois en ligne plus indirecte, les droits sur ce royaume furent maintenus jusqu'à l'année 1479, où, dans la personne de Ferdinand, l'Aragon fut réuni à la Castille, et ainsi furent jetés les solides fondements sur lesquels la monarchie espagnole s'est depuis reposée.

Cette légère esquisse du développement du pouvoir politique dans la partie nord-est de l'Espagne nous permettra de tracer facilement l'origine et l'histoire de la littérature qui domina dans cette contrée, depuis le commencement du douzième siècle jusqu'à la moitié du quinzième, littérature qui, importée de la Provence, conserva le caractère provençal, jusqu'au moment où elle se trouva en contact avec un esprit plus vigoureux, qui, à la même époque, s'avançait du nordoaesl, et qui finit par donner plus tard son ton à la littérature de la monarchie consolidée (1).

Ce caractère de la vieille poésie provençale est le même des deux

(1) Le patriotisme des Catalans leur a fait nier tons ces faits et prétendre que la littérature provençale était dérivée de la littérature catalane. (VoyezTorresAmat, prologue de ses Mémoires catalans, et ailleurs.) Mais il suffit de lire ce que ses partisans disent afin de défendre cette hypothèse, pour se convaincre qu*elle est insoutenable. Le simple fait que la littérature en question a existé en Provence, un siècle entier avant que Ton prétende qu'elle ait existé en Catalogne, est décisif dans cette controverse, s*il y a réellement controverse sur cette matière. Les « Mémoires pour aider ù Il rédaction d*un dictionnaire critique des auteurs catalans, etc., » par D. Félix Torres Amat, évéque d'Astorga, etc. (Barcelone, 1836, in-S*'), sont un ouvrage indispensable pour l'histoire de la littérature catalane ; Tauteur, en effet, descendant d*une des vieilles et illustres familles du pays, et neveu du savant archevêque Amat, mort en 1824, a consacré une grande partie de sa vie et de ses ressources à réunir des matériaux pour sa composition. Il contient plus d'erreurs qu'il ne devrait ; mais on ne trouverait nulle part, dans des livres imprimes, une aussi grande quantité de renseignements.

côtés des Pyrénées. Il est, en général, plein de grâce et consacré à Famour ; mais il se mêle parfois à la politique du temps , comme il se livre aussi parfois à une satire sévère et inconvenante. En Catalogne, comme dans son pays natal, elle appartient surtout à la cour, et les personnages les plus élevés par le rang et la puissance sont aussi les plus empressés et les premiers sur la liste. Ainsi les deux princes qui portent les couronnes réunies de Barcelone et de Provence, et qui régnèrent de 1113 à 1162, sont souvent mis au nombre des poètes limousins ou provençaux, quoiqu'ils n'aient que de faibles titres à cet honneur, puisqu'on n'a pas publié un seul vers qui puisse être attribué à l'un ou h l'autre (1).

Cependant Alphonse II, qui reçut la couronne d'Aragon en 1162 et qui la porta jusqu'en 1196, est admis aux yeux de tous comme uo troubadour. On possède de lui un petit nombre de cobles ou stances qui ne sont pas sans élégance; elles sont adressées à sa femme. Elles sont d'autant plus curieuses qu'elles constituent la plus vieille poésie en dialectes modernes de l'Espagne dont l'auteur nous soit connu, et la seule qui soit probablement aussi vieille ou presque ausa vieille que toute autre poésie anonyme de la Castille et des provinces du nord (2). Comme les autres souverains de son siècle, qui aimaient et pratiquaient l'art du gai savoir^ Alphonse réunit des poètes autour de sa personne. Pierre Rogiers vivait à sa cour, ainsi que Pierre Raimond de Toulouse et Aimeric de Peguilain, qui déplora en vers la mort de son protecteur, tous trois fameux troubadours de leur temps et tous trois comblés d'honneurs et de faveurs à Barcelone (3). C'est

(1) Voyez les articles dans TorresAmat, Mémoires^ pp. 104, 105.

(2) Le poème se trouve dans Raynouard, Troubadours, t. lU, p, 118, et < ainsi : • 1-er mantas guizas in*es datz — Joys é déport é solatz. »— La vie de ( peut se lire dans Zurita (Annales de VAragon^ liv. U) ; mais les quelques détaib littéraires qu'on peut avoir sur lui doivent être cherchés dans Latassa, BMkaih&ca ûmHgua de losescrUores aragoneses (Saragosse, 1796, in-8°, p. 17ô) et dans VBUt, ièUéraire de la France (Paris, in-4°, t. XV, 1820, p. 158). Quant au mot coMot, malgié la savante discussion de Raynouard sur ce mot (t. Il, pp. i74, 178) etdeOiez {TnmkB^ dourSf p. U et note), je n'ai pu comprendre qu'il ne soit pas tout à fait synonyme de Tespagnol copias et qu'il ne puisse pas être généralement traduit par le mot s/Metrou même par le mot couplets.

(3) Sur P. Rogiers, voyez Raynouard, Troub.,L Y, p. 130; t. HI, p. 27, etc.; MiHotnp Hist, lUtéraïre des troubadours, Paris, l774,in-12, t. I, p. 103, et YHUU lïUéralrtéie la France^ t. XV, p. 459. Sur Pierre Raymond de Toulouse, voir Raynouard, t Y» p. 332, et t. III, p. 120 : « Histoire littéraire de la France, » t. XX, p. 467 ; Crescîmbcni, « Isloria dolla volgar poesia »(Rome, 1710, in-4'', t. Il, p. 55), où, aar Tanto-

par conséquent alors, ce n'est pas douteux, que l'esprit provençal s'établit et s'étendit sur cette partie de l'Espagne, avant la lin du douzième siècle.

Au commencement du siècle suivant, des circonstances extérieures imprimèrent une grande impulsion à cet esprit en Aragon. De 1209 à 1229, la guerre scandaleuse qui donna naissance à l'Inquisition s^xeroa avec une cruauté et une fureur extraordinaires contre les Albigeois.

I.ies Albigeois appartenaient à une secte religieuse de Provence : on les accusa d'hérésie, mais leur persécution avait plutôt son origine dans une implacable ambition politique. Cette secte, qui s'opposait sur certains points aux prétentions de la cour de Rome, et qui fut complètement exterminée par une croisade dirigée par l'autorité papale, cette secte comptait dans ses rangs presque tous les troubadours contemporains dont la poésie est pleine de leurs souffrances et de leurs remontrances (1). Dans leur détresse extrême, les Albigeois et les troubadours eurent pour principal allié Pierre II d'Aragon, qui périt en 1213, en combattant noblement pour leur cause, à la désastreuse bataille de Muret. C'est alors que les troubadours de Provence se virent obligés, pour échapper à Tincendie et à la ruine sanglante de leurs foyers, de se réfugier, en assez grand nombre, à la cour amie du roi d'Aragon, sûrs d'y trouver protection pour eux-mêmes et honneur pour leur art, de la part de princes qui étaient en même temps poètes.

Parmi les troubadours qui vinrent en Espagne, au temps de Pierre II, nous trouvons Hugues de Saint-Cyr (2), Azémar le Noir (3), Pons Barba (4), Raimond de Miraval, qui joignit ses prières aux autres

rilé d*aQ maaoscrit du Vaticao, il dit de Pierre Raymoad : Andà in corle del Re Mfimâo (fAragona, que Vaccolse e moUo onorà, « U alla à la cour du roi Alfonse (i'AragOQ, qui Taccueillit et le combla d'honneurs. » Quant à Aimeric de Péguelain, voyei VHUtolre littéraire delà France^ Paris, in-4«,t. XVH, 1835, p. 684.

(1) Sismondi, Hist, des Français^ Paris, in-8% t. VI et VU, 1823, 1826, donne un ample récit des cruautés et des horreurs de la guerre des Albigeois. Llorente, Histoire de V Inquisition (Paris, 1817, in-8°,t. I, p. 43), montre le rapport de cette guerre avec l'origine de Tlnquisitiou. Le fait de voir tous les troubadours prendre le parti des Albigeois persécutés est également notoire. {Hist, lUtéràire de la France, t. XVIII, p. 688, et Fauriel, Introduction à Vhistoire de la croisade contre les Albigeois, Paris, 1837, in-4-, p. XV.)

(2) Baynouard, Trouh., t. V, p.222,t III. p. 330 ; Millot, l^iJ^, t. H, p. 174.

(3) Hist. littéraire de la France, t. XVIII, p. 586.

280 lllSTOiRK DK LA LlTTltlKATURË ESPAGNOLE.

pour presser le roi d'entreprendre la défense des Albigeois, dans laquelle il périt (1) ; et Perdrigon (2), qui, après avoir été traité avec munificence à la cour, trahit, comme Foulques de Marseille (3), la cause qu'il avait épousée et se réjouit ouvertement de la mort prématurée du roi. Mais aucun des poètes et compagnons de Pierre II ne lui accorda autant d'honneur que l'auteur du long et intéressant poëme de la Guerre des Albigeois^ qui nous rappelle toute la vie du roi d'Aragon, et qui nous donne de minutieux détails sur sa fin défciiistreuse (4). Tous les troubadours, excepté Perdrigon et Foulques, regardent avec reconnaissance ce monarque comme leur protecteur et comme un poëte qui (5), pour me servir de l'expression de l'un d'eux, s'était fait chef des troubadours et la source de leurs honneurs (6).

Le règne glorieux de Jacques le Conquérant, qui suivit et dura de 1213 à 1276, montra le même caractère poétique que le règne moins heureux de son prédécesseur immédiat. Jacques protégea les troubadours, et les troubadours^ à leur tour, lui décernèrent des éloges et l'honorèrent dans leurs écrits. Guillaume Anelier lui adressa un sirvente où il l'appelle le jeune roi d Aragon qui conforme les récan^

(1) Raynouard, Troub,, t. V, pp. 382, 386; HisL littéraire de la Fnmce, t XVll, pp. 456-467.

(2) Millot, HisL, t. I, p. kn,

(3) Sur ce chef des croisés cruel et fourbe, vanté par Pétrarque {Trioitfo tPowwre, ch. IV), par Dante ( /'arac/û , ch. ix, v. 94, etc.), voyei Histoire de Fnmee^ t. XVni, p. 594. Ses poésies se trouvent dans Raynouard, Troubiid., t. HI, pp. 149-162.

(4) Ce poème important, admirable édition de M. Fauriel, un des savants du dixneuvième siècle les plus distinguée et les plus originaux, fait partie d'une série d'ouvrages sur l'histoire de France, publiés par ordre du roi et commencés sous les auspices de M. Guizot, alors ministre de l'instruction publique. l\ a pour titre : « Bistoirede la Croisade contre les hé reliques albigeois^ écrite en vers provençaux, par ua poète contemporain » (Paris, 1837, in-4<', p. 738). Il se compose de neuf mille ctnq ccat soixante dix-huit vers.

Les détails sur Pierre II se trouvent principalement dans la première partiei et le récit de sa mort au vers 3061 .

(5) Ce qui reste de ses poésies se trouve dans Raynouard, Tnmbad,^ tom. V, pp. 290, etc., et dans V Histoire littéraire de la France^ tom. XVII, pp. 443-447. peut y lire une notice assez détaillée de sa vie.

(6) Reis d'Aragon, tornem a vos Car etz capz de b. z et de nos.

Pons Barba.

Rois d'Aragon, nous venons vers vous, — Car vous êtes la tête de nos biens tH nous.

penses et les droits^ et affaiblit mauvaiseté{l). Natde Monslui envoya deux lettres en vers, dont Tune lui donne des conseils sur la composition de sa cour et de son gouvernement (2). Arnaud Plagués offrit une chanso à la belle Éléonore, reine de Castille, et (3) Matthieu de Quercy, qui survécut au grand concjuérant, exprima sur sa tombe la douleur de ses compatriotes chrétiens, à la mort de ce grand champion, leur appui dans la lutte contre les Maures (4). A la même époque, Hugues de Mataplan, noble Catalan,'^célébrait dans son château des cours d'amour et des joutes poétiques auxquelles il prenait lui-même une gi-ande part (5) , pendant qu'un de ses voisins, Guillaume de Berguédan, non moins distingué par son talent poétique et par son antique origine, mais d'un caractère moins honorable, se livrait luimême à des compositions en vers d'un style trop grossier pour qu'on les puisse trouver dans les autres poésies des troubadours (6). Tous cependant, et bons et mauvais, ceux qui, comme Sordel (7) et Bernard de Rovenac (8), ont attaqué le roi dans leurs satires, et ceux qui, comme Pierre Cardenal, ont joui de ses faveurs et l'ont comblé d'éloges (9), tous conviennent que, sous son règne, les troubadours ont continué à chercher, en Aragon et en Catalogne, l'asile et la protection qu'ils avaient depuis si longtemps coutume d'y trouver, et que leur poésie a constamment poussé des racines plus profondes dans un terrain où la nourriture y était maintenant si assurée.

Jacques lui-même a été quelquefois compté au nombre des poètes de son siècle (10). Il est possible qu'il en soit réellement ainsi, quoi-

(1) Histoire littéraire delà France^ tom. XYUL p. 533. Le poème commence ainsi :

Al Jove rei d*Arago, que conferma Merce c dregg , e roalvesut desferma.

Au Jeune roi d^Aragon qui conGrme — Droit et récompense, et mauvaiseté affaiblii.

(2) Millot, Hist, des Troubadours, tom. H, p. 186» etc.

(3) Hist, littéraire de la France, tom. XVUI, p. 636, et Raynouard, Troubadours^ tom. V, p. 50.

(4) Raynouard, Troub., tom. V, pp. 261, 262. — Hist, littéraire de la France^ tom. XIX, Paris, 1838, p. 607.

(3) Uist. littéraire de la Prance^ tom. XVHI, pp. 57 1-575.

(6) Hist, littéraire de la France, tom. XVIII, pp. 576-579.

(7) Millot, Hist. des Troubadours, tom. H, p. 92.

(8) Raynouard, Troubad., tom. IV, pp. 203-205.

(9) Ibid., tom. V, p. 302. -- Histoire littéraire de la France, tom. XX, 1842, p. 574i

(10) Quadrio (Storia d'ogni poesia, Bologne, 1741, in-4% tom. lU p. 132),etZurila {^Annales , liv. X, eh. xui), établissent ce fait, mais n'en produisent aucune preuve.

que aucune de ses poésies ne nous ait été conservée. La composilion métrique montre aisément qu'il parlait un langage harmonieux, langage qui dut évidemment devenir commun à sa cour, où les exemples de son père et de sou grand-père, tous deux troubadours, ne durent certainement pas rester sans effet. Quoi qu'il en soit, ce roi aimait les lettres, et il a laissé après lui un long ouvrage en prose, ouvrage plus en rapport que toute poésie avec son caractère de monarque sage et de conquérant heureux, dont la législation et le gouvernement étaient si au-dessus de la condition de ses sujets (i).

Le livre en question est une chronique ou commentaire des principaux événements de son règne, divisé en quatre parties. La première porte sur les troubles qui ont suivi sou avènement au trône après une longue minorité, sur la reprise de Majorque et de Minorque sur les Maures, de 1229 à 1233. La seconde roule sur la conquête plus grande du royaume de Valence, définitivement vaincu en 1 239, de sorte que les mécréants détestés n'eurent jamais plus un établissemooit solide dans toute la partie nord-est de la Péninsule; la troisième, sur la guerre que Jacques poursuivit à Murcie, jusqu'en 1266, pour k compte et au bénéfice de son parent, Alphonse le Sage, roi de Castille ; enfin la dernière, sur les ambassades qu'il reçut du khan de Tartarie et de Michel Paléologue , empereur de Constantinople, sur les tentatives de Jacques lui-même, en 1268, pour conduire une expédition en Palestine, expédition qui fut détruite par la tempête. L'histoire se continue jusqu'à la fin de son règne par de courtes notices qui, excepté la dernière, présentent le caractère d'une autobiographie. Quant à la dernière, elle rappelle en peu de mots la mort du roi, à Valence, et c'est la seule partie écrite à la troisième personne.

De cette Cronica de Z>. Jaune el Conquistador^ de cette chroniquei de Jacques le Conquérant, on a extrait un récit de la conquête de Valence. Ce récit commence de la manière la plus simple par la conversation du roi à Alcaùizas avec D. Blasco d'Alagon et le maître de

(1) Dans le Guide du commerce de Madrid , de 1848, se trouve ua récit trèft^*(aUlé de rexhumatioD, faite à Poblet, en 1846, des restes de diverses personnes royalciqiif y avaient été enterrées depuis longtemps. Parmi elles on distinguait le corps et D. Jaime, admirablement conservé après un laps de temps de six cent soizanta-dil ans. Sa stature le fit aisément reconnaître ; le roi Jaime avait sept pieds. U fat «M facilement reconnu par une large cicatrice que lui avait faite au front an eonp^ flèche reçu au siège de Valence. Un témoin oculaire affirme que Tétat de conservatlos du visage était tel qu'un peintre aurait pu reproduire les traits principaux de sa physionomie. {Faro industriel de la Habana, 6 avril 1848.)

re des Hospitaliers, Nuch de Follalquer, qui le pressent, au nom BS succès à Minorque, d'entreprendre le grand œuvre de la coue de Valence, et il finit par les troubles qui suivirent le partage dépouilles après la chute de ce riche royaume et de sa capitale, ieniier livre fut imprimé, en 1515, en un magnifique volume qui d'introduction naturelle aux Foros accordés à la ville de Valence, lis le temps de sa conquête jusqu'à la fin du règne de Ferdinand Bitholique (1). Quant à Touvrage complet, la Cronica , elle ne it qu'en 15S7, où elle fut publiée pour satisfaire à la demande de ippe II (2).

Ue est écrite dans un style simple et vigoureux, qui, sans prétenà Télégance, met souvent sous nos yeux les événements qu'elle 3 rapporte avec un air de vivante réalité, et nous dépeint parfois >iiheur avec des traits et des expressions qu'on s'efforcerait en vain itenir. Cette relation a-t-elle été entreprise par suite de l'impulsion rimée à la composition des histoires nationales, par Alphonse X, lastille, dans sa Chronique générale d'Espagne^ ou bien l'idée adonné naissance à cette remarquable chronique vient-elle plutôt Aragon, c'est ce que je ne peux déterminer maintenant. L'un et xe ouvrage se produisit probablement pour obéir aux besoins de siècle. Mais, comme ils furent écrits tous deux presque dans le

Le litre priocipal est celui-ci : Aureum Opus regaUum privUegiorum eivUatls p^i Valent'ue,,., mais Touvrage lui-même commence par ces mots : « Gomença la aettaperloSereoisimoeCatholichPrincepdeinmortalmemoria, D. Jaume, etc. t 3st divisé ni par chapitres ni par pages, mais il y a des capitales ornées au oomsèment de chaque paragraphe. U remplit quarante-deux pages in-folio, à deux met, en caractères gothiques, et il fut imprimé, comme le prouve la page finale, à ice.en 167 5, par Diez de Gumicl.

Rodrigue!, Biblwtheca valentinaf Valence, 1747, in-fol., p. 674. Voici son : Ckronica o commentari del Gloriosium e Invictiuim Rejf EnJacme d*Arago, JaUorqueSf e de Valencia, compte de Barcehna e de Urgell e de MuntpeUier, /eUa Ua per aquell en sa Uengua natural^ e trHta del Archiu delmolt magnifich Rail de la insigne C'mtat de Valencia^ hon slave cttstodUa. La veuve de Juan Mey ^rima, par ordre des Jurés de Valence, en I6ô7, in-fol. Le ilaliono/ étant le ree propre des archives, les Jurés étant le conseil de la cité, et le li\re étant dédié ilippe II, qui manifesta le désir de le voir imprimé, tous ces faits donnent la tude de son authenticité. Chaque partie est subdivisée en petits chapitres. La pret en contient cent cinq , la seconde cent quinze, et ainsi de suite. Une série de letpar Jos. Villaroya, imprimées à Valence, en 1800, cherchent à prouver que don le ne fut pas Tauteur de sa Chronique» Elles sont ingénieuses, savantes et

écrites; mais elles n'établissent pas, selon moi, œ que leur auteur a voulu iver.

UTTÉRATimE ESPAGKOLi:. 1»

200 HISTOIRE DE LA LllTÊRATURE ESPAGNOLE.

mêoie temps, comme les deux rois étaient unis par des alliances de familles et par des rapports constants, la connaissance approfondie de tout ce qui a rapport à ces deux intéressants tableaux de i^arties différentes de la Péninsule, ne peut manquer de nous montrer qu*il existe entre eux une certaine connexion. Dans cette hypothèse, il n*est nullement impossible qu'en ce qui touche la question de priorité de temps, on ne trouve que cette priorité appartient à la chronique du roi d'Aragon, roi qui était non-seulement plus âgé qu'Alphonse, mais qui était aussi fréquemment son conseiller prudent et influent (1).

Jacques d'Aragon eut encore la fortune d'avoir un autre chroniqueur, Ramon Muntaner, né à Péralada, neuf ans avant la mort de ce monarque. Ce gentilhomme catalan^ déjà avancé en âge et iq[>rè8 une vie remplie par les plus grandes aventures, se crut spécialement appelé à écrire l'histoire de son temps (2). a Porque un dia, ditril, c( estando yo en mi alqueria de Xiluella, que esta situada en k a huerta de Yalencia, y durmiendo en mi cama, vino à mi una vision

(1) Alphonse le Sage naquit en 1221 et mourut en 1284, et D. Jaime, dont le wm 8*écrit Jaume, Jaime et Jacmey naquit en 1208, et mourut en 1270. Il est probaUei comme je l'ai déjà remarqué, que la Chronique d^AlphoiueM, composée un pea mat l'année 1260, quoique postérieure de vingt et un ans environ à tous les événemeils rapportés dans la Chronique de la conquête de Valence, par D. Jtime. Un autie ftft, qui se rattache à cette question de priorité des deux chroniques, c'est que plasienfs personnes ont cru que Jaime avait cherché à faire du catalan la langue des lois el de tous les actes publiés trente ans avant qu'une tentative semblable ait été essayée, d'après ce que l'on sait, par Alphonse X, à l'égard du castillan. Villanuevat Foyoyeiil* téraire aux églises d'Espagne, Valence, 1821, tom. VU, p. 196. — Il reste un Mire ouvrage du Roi, encore manuscrit C'est un traité de morale et de philosophie, iiti" tulé : Libro de la Saviesa, livre de la Sagesse. Castro en donne la description dans u Bibliothèque, tom. IL p. 605.

(2) Il est probable que la meilleure notice de Muntaner se trouve dans NicolM An* tonio, BibL vêtus (édit Bayer, vol. II, p. 145). Il y en a une plus étendue ëHi Torres Amat {Memorias, p. 437). On en voit aussi d'autres dans d'autres oovngn* Voici le titre de sa chonique : Cronica o Descripcio dels Feis e Hûzanfe$ M htâgl Rey don Jaume primer, Rey Darago, de Mallorques e de Valencia, Compte de 1 lona, e de Munspeyler, e de molts de sos descendents,feta per la magni^ieh En ï Montaner, lo quai servi axi ai dit inclyt Rey don Jaume com à soi FUU e < dents, es troba présent à las coses contengudes en la présent Historia. On en a dess vieilles éditions : la première, de Valence, en 1658, et la deuxième, de Bareelone, ci 1562 : Tune et l'autre in-folio, et la dernière composée de 248 feuiUes. Elle fnléfl> demment très-consultée et très-estimée par Zurita (voy. ses Annalei^ liv. YIl, di. i^ Une nouvelle édition, grand in-8*, fut publiée par Karl Lauz, en 1844, d'après les e^ dres du Stuttgard Verein ou Union de Stuttgard. C'est le même sâvant qui U tradnhit en allemand, à Leipsig, en 1842, in-8^

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE. Î9l

cura de un hombre muy bello, y vestido todo de blaiico, el

me dijo : Ea, Muntaner, levantate y piensa en componer un > de las grandes maravillas que bas presenciado y que ha do Dios en las guerras en que te bas ballado ; pues place a

que por ti sean publicadas (1). » D'abord il n'obéit pas, , à cette vision céleste, et ne se laissa pas émouvoir par les

flatteuses qu'elle lui adressait en lui disant pourquoi il était pour composer la chronique d'événements si remarquables. otro dia, continue- t-il, y en el mismo lugar, volvi â verel viejo, me dijo; \0 hijo mio! que haces? ^Porque tienes en ménos nandado ? Levantate y haz lo que yo te mando, y ten enteu-

que si asi lo hicieres, tu y tus hijos, tus parientes y amigos tohabran merito a lus ojos de Dios (2). » Ainsi averti une sefois, Muntaner entreprit son œuvre. Il la commença le quinour de mai 1325, à ce qu'il nous raconte, et sa relation ne fut te, par le récit des événements survenus, qu'en avril 1328ler fut donc évidemment occupé pendant au moins trois ans à position de sa chronique.

commence, avec la plus grande simplicité, par le souvenir de ment le plus important dont l'auteur se rappelait, une visite nd conquérant de Valence à la maison de son père, pendant tait lui-même tout enfant (3). L'impression d'une telle visite ine imagination enfantine dut être naturellement profonde ;

fut, à ce qu'il semble, singulièrement dans celle de Mun* Dès ce moment le roi devint pour lui, non-seulement le héros

I jour que j'étais dans ma ferme de Xilaella, située dans la campagne de Vaque je dormais dans mon Ut, il m*apparut une ylsion, sous la figure d*un l'ane grande beauté, tout vêtu de blanc, qui me dit : Allons, Muntaner, iève- IM à composer un livre sur les grandes merveiUes que tu as vues et que Dieu lans les guerres auxquelles tu t'es trouvé ; car il plaît à Dieu de les voir par te.

aotre jour, au même endroit, je revis le vieiUard qui me dit : O mon fils , Ui? Pourquoi négliges-tu mes ordres? Lève-toi, exécute ce que je t'ai or- ; comprends bien que si tu agis ainsi, toi et tes enfants, tes parents et tes ami^t, 9Dt on grand mérite aux yeux de Dieu.

l per ço men cal fey t del dit senyor Rey en Jacme, com yol viu : e asenyaiaasent yo fadri, e lo dit senyor Rey essent à la dita vila de Peralada bon yu ) posa en lalbercb de mon pare en Joan Muntaner, qui era dels majors alberchs loch , en era al cap de la plaça » (chap.. ii). En équivaut au Don castillan drès Bosch, Titols de honor de Cathalunya^ etc., Perpignan , in-fol., 1628.

292 histoirf: de la littérature espagnole.

qu'il éUiit, mais aussi quelque chose de plus : uû de ces êtres dont la naissance avait été miraculeuse, dont la vie entière avait été comblée de plus de grâces et de faveurs que Dieu n'en avait jamais auparavant accordées à une créature vivante. Aussi ce vieux chroniqueur passioinié trouvera-t-il que : « era don Jaime el principe mas hermoso « del mundo, y el mas sabio, y el mas gracioso, y el mas derechero, « y el que mas fué araado de todas las geutes, asi de los suyos como « de las extraiios » (1).

La vie du conquérant sert tout simplement d'introductioa à Touvrage ; car Muntaner annonce son intention de parler peu des faits qui n'étaient pas de sa propre connaissance, et du règne du conquérant il ne peut rappeler que les dernières gloires. Sa chronique rapporte surtout les événements qui ont eu lieu sous le règne de quatre princes de la même famille, et spécialement sous le règne de Pierre III, son héros principal. Son histoire est encore embellie par un poëme d'une étendue de deux cent quarante vers qu'il adresse k Jacques II et à son fils Alphonse, sous la forme d'avis et de conseil, au moment où le dernier allait s'embarquer pour la conquête de h Sardaigne et de la Corse (2).

L'ensemble du livre est curieux et porte une forte empreinteducanotère de son auteur, homme brave, aimant les aventures et l'éclat ; GOU^ tois etloyal; ne manquant pas d'une certaine culture intellectuelle, sans être érudit; franc et désintéressé, incapablede cacher, ou voulant, àchftque instant, montrer la vanité personnelle de son bon naturel. Sa fidélité

(1) « Le prince D. Jaime élait le plus beau du monde, le plus savant, le plut git> cieux et le plus juste, celui qui fut le plus aimé de tout le monde tant des tiensqw des étrangers. » Ce passage, dont je vais citer les expressions dans rorigioal cataka, nous rappelle le beau caractÏTc de Lancelot à la fin de la MorU Darthur, « E apro qucs vae le pus bell princep del mon, e lo ^us savi, e lo pus gciciot, e lo potii^ turer e cell qui fos mes amat de totes gents, axi dels seus sotsmesosoom daltnt Mil»' nys e privades gents, que Bey qui banch fos • (cb. vu).

(-2) Ce poème peut se lire au cbap. cclxxii de la Chronique, Il se compote dedooB slinces, cbacune de vingt vers; stances monorimes, et finissant la première ca e^ b seconde en ent, la troisième en ayle , et ainsi de suite. Il se borne à traduire le eo^ seil que Muntaner avait donné au roi et au prince, au sujet de la conquête que le monarque avait projetée; conseil suivi en partie, dit le chroniqueur, et auquel oi dut, par conséquent, le succès partiel de l'expédition. Or cette expédition aurait es une meilleure lin si on l'avait suivi entièrement. Quelle était la bonté du conaeil 4e Muntaner? c'est ce dont nous ne pouvons juger facilement; quanta aa poésie, cUe est certainement très-faible. Elle appartient au style tout artitidel des Twimbaémn^ et mérite le nom de Sermo que lui a donné le poète. Ce dernier affirme» lontdMi, qu il la remit alors lui-même au Hoi.

à la famille d'Aragon était admirable ; il resta toujours à son service et fut souvent mis en captivité pour elle. A différentes époques, il s'est engagé dans près de trente-deux batailles pour la défense de ses droits, ou il lui a prêté son appui pour ses conquêtes sur les Maures. ' Sa vie a été une vie de loyauté chevaleresque, et presque tous les deux cent quatre vingt-dix-huit chapitres de sa Chronique respirent les mêmes sentiments dont son cœur était rempli.

Dans la relation des faits qu'il a vus et auxquels il a pris part, sa narration semble soignée, et elle est certainement pleine de fraîcheur et d'animation. Quant aux autres, il tombe parfois dans des erreurs de date, et il montre aussi parfois une crédulité naturelle qui lui fait croire des choses impossibles que d'autres lui ont rapportées. Sa gaieté d'humeur, son amour de l'éclat, ainsi que son style simple mais sans négligence, nous rappellent Froissart, surtout à la fin de sa chronique, qu'il termine évidemment à sa propre satisfaction. Il nous y donne un récit soigneusement travaillé des cérémonies du couronnement d'Alphonse IV, à Saragosse, couronnement auquel il assista en qualité de syndic de la ville de Valence. C'est là le dernier événement cité dans son livre ; c'est aussi le dernier que nous apprenons de l'esprit chevaleresque de ce vieil auteur qui devait toucher alors de bien près à sa grande année climatérique.

Durant la dernière partie de la période décrite par la Chronique^ il s'opérait un changement dans la littérature où elle occupe une place importante. Les troubles et la confusion qui régnèrent en Provence, depuis l'époque de la cruelle persécution des Albigeois, l'esprit eovahisseiur du Nord qui, depuis lé règne de Philippe-Auguste, se porta constamment sur la Méditerranée, toutes ces causes étaient trop puissantes pour que l'esprit enjoué, mais peu hardi des troubadours, pût y résister. Plusieurs s'enfuirent, d'autres se soumirent de désespoir, tous tombèrent dans le découragement. Vers la fin du treizième siècle, leurs chants se font rarement entendre sur le sol qui leur avait donné naissance trois cents ans avant. Au commencement du quatorzième, la pureté de leur dialecte disparaît, et, un peu plus tard, leur langue même cesse d'être cultivée (1).

Comme on devait s'y attendre, cette plante délicate dont la fleur ne

(0 C'est ce que démontre Raynouard, tom. UI, et d'une manière plus évidente encore^ au tom. V, dans la liste des poètes. Voyez aussi Y Histoire littéraire de la France^ tom. XVni, et Fauriel, Introduction à son poème sur l'histoire des Croisa/les tonfre In ÂlhigeoiM, pp. ïv, xvi.

pouvait s'épanouir sur son sol natal, ne pouvait continuer à fleurir sur le terrain où elle avait été transplantée. Pendant un certain temps les troubadours exilés qui fréquentaient la cour de Jacques le Conquérant et de son père, ces troubadours donnèrent à Saragosse et à Barcelone un peu de cette grâce poétique qui avait eu tant d*attraits à Arles et à Marseille. Mais ces deux princes furent obligés de se défendre eux-mêmes contre le soupçon de partager l'hérésie dont étaient infectés plusieurs des troubadours qu'ils protégeaient. Jacques, en 1233, entre autres ordonnances sévères, interdit aux laïques la Bible limousine^ qui venait d'être composée pour eux, et dont l'usage aurait contribué à consolider leur langue et à former leur littérature (1). Ses successeurs, cependant, continuèrent à favoriser l'esprit des ménestrels de Provence. Pierre III est compté parmi eux (2), et si Alphonse III et Jacques II ne sont pas poètes eux-mêmes, les accents poétiques résonnent autour de leur personne et dans leur cour (3). Quand Alphonse lY, leur successeur immédiat, fut couronné à Sartgosse en i328, on nous raconte que plusieurs poèmes de Pierre, le frère du roi, et dont l'un avait sept cents vers, furent lus en Thoiineur de cette solennité (4).

Mais ce sont les derniers efforts de la littérature provençale dans la partie nord>est de l'Espagne, où elle commença à être remplacée par une autre qui emprunta plutôt sa couleur à un autre dialecte de la Péninsule plus particulier et plus populaire. Quel était ce dialecte?C*e8t ce que nous avons déjà fait connaître. C'est celui qu'on appelait vulgairement Catalan ou Catalonian^ du nom de la contrée où il était parlé, et qui probablement, en 985, au temps de la conquête de Barcelone sur les Maures, devait différer très-peu du provençal parlé à Perpignan, de l'autre côté des Pyrénées (5). A mesure que le pnmo-

(1) Castro, Biblioth. espapiole, tom. I, p. 41 1, et Schmidt, Gtsehkhtm , ïm MUtelalter (Histoire des Aragonais au moyen âge, p. 46S).

(2) Latassa, Biblioth, antigua de los escritores aragtmues, tom. I, pp. 24S. JW. littéraire de la France, tom. XX, p. 529.

(3) Nicol. Antonio, Bibl. vêtus, édit. Bayer, tom. II, liv. VHI, cb. ti et vu. Aaat, Memorias, p. 207. — Serveri deGirone, vers 1277, rappelle les beareases annéetds règne de Jacques I"^, comme si, au moment où il écrivait, les poètes commençiieit ii devenir rares à la cour d'Aragon {Hist. littéraire de la France . tom. XX| p. 552).

(4) Muntaner Chronique, édit. 1562, fol. 247, 248.

(5) Du Gange, Glossaire, Paris, 1733, in-fol., tom. I, Préface, jec/. 34-36. RajWMMli {Troub., tom. I, pp. xii et xiii) veut faire remonter les deux dialwtei calaU» el if

çal acquérait plus d'élégance et de douceur, le catalan, négligé, devenait plus rude et plus énergique, et quand la domination chrétienne s'étendit, en 1118, jusqu'à Saragosse, et jusqu'à Valence, en 1239, il dut subir les modifications qu'apportaient les mots indigènes pour se conformer au caractère et à la condition du peuple, et- alors, par sa tendance, il perfectionna plutôt les dialectes locaux qu'il ne les accommoda au langage plus civilisé des troubadours.

Peut-être que si les troubadours avaient maintenu leur ascendant en Provence, leur influence n'aurait pas été si aisément détruite en Espagne^ ou elle n'aurait pas du moins si tôt disparu. Alphonse X de Castille, qui avait réuni autour de lui quelques-uns des troubadours les plus distingués, imita la poésie provençale, s'il n'écrivit rien en provençal. Avant lui, sous le règne d'Alphonse IX, qui mourut en 1214, nous trouvons des traces, sur lesquelles on ne peut se méprendre (1), des progrès que ce dialecte avait faits dans le cœur de FEspagne. Mais il manqua de vigueur sur son sol natal, et il en manqua par conséquent sur la terre étrangère : le fruit greffé périt avec l'arbre dont il était primitivement sorti.

Après les premières années du quatorzième siècle, nous ne trouvons pas de poésie proprement dite en Castille ; après la première moitié de ce siècle, elle commence à se retirer de l' Aragon et de la Catalogne, ou plutôt à se laisser corrompre par le dialecte plus rude, mais plus vigoureux, que parlait la masse du peuple. Pierre IV, qui régna en Aragon de 1336 à 1387, montre le conflit et le mélange des deux influences dans certaines parties de ses poésies qui ont été publiées,

lencien à Tannée 728. Mais l^antorité de Luitprand, sur laqueUe il 8*appaie , n'est pas suffisante, d'autant que ce même Luitprand se propose de démontrer que ces dialectes ont existé même du temps de Strabon. L'induction la plus sérieuse qu'on puisse tirer du passage de Raynouard, c'est qu'ils existaient vers 950, époque où Luitprand écrivait, et qu'il n'y a rien d'improbable qu'ils fussent répandus, mais encore dans toute la rudesse de leurs éléments, parmi les chrétiens de cette partie de l'Espagne. Quelques bonnes observations sur les rapports du midi de la France avec le Dord-est de l'Espagne et sur leur idiome commun, ont été présentées par Capmany (Memorias historicas de Barcelona, Madrid, 1779-92, in 4<>, part. I, Introduction, et dans les notes). Le second et le quatrième volume de cet estimable ourrage renferment des documents à la fois curieux et importants pour l'histoire de la langue catalane.

(1) Millet, Hist. des Troubadours, tom. II, pp. 186-201. — Hist. littéraire de la France^ tom. XVIII, pp. 558, «34, 635. — Diez, Troubadours, pp. 75, 227, 331-350. Mais on peut mettre en doute si Riquier n'écrivit pas la réponse d'Alphonse, ainsi que h p> tition qiron lui présenta et que donne Diez.

398 HISTOIBE DE LA UTTËRATURE ESPAGNOLE.

nances des sept seigneurs mainteneurs du gai savoir, ordonnances qui, avec les modifications indispensables, ont été observées jusqu'à nos propres jours, et qui règlent encore la solennité célébrée annuellement, à Toulouse, le premier jour de mai, sous le nom de Jeux floraux (1).

Toulouse n'est séparée de TAragon que par la chaîne pittoresque des Pyrénées ; une même langue et de vieilles relations politiques empêchèrent même ces montagnes d'être un sérieux obstacle au commerce des deux pays. Tout ce qui se passait à Toulouse était, par conséquent, bientôt connu à Barcelone, où résidait généralement la cour d'Aragon et où des circonstances particulières favorisèrent bientôt rintroduction formelle des institutions poétiques des troubadours. Jean 1", qui succéda, en 1387, à Pierre IV, était un prince de mœurs plus douces que ne le comportait en général son époque ; il avait aussi pour les pompes et les fêtes plus de goût peut-être qu'il ne Wlait pour le bonheur de son royaume, et certainement plus qu'il ne convenait à l'esprit de fierté et de turbulence de sa noblesse (2). Outre ses autres qualités, il était animé d'un ardent amour pour la poésie : aussi, en 1388, dépêcha-t-il une ambassade solennelle, comme si c'était pour une affaire d'État, à Charles VI, roi de France, afin de lui demander d'autoriser certains poètes de la société toulousaine à visiter Barcelone pour y fonder une institution du gai savoir analogue à la leur. En conséquence de cette mission deux des sept conservateon des Jeux floraux vinrent à Barcelone, en 1390, et y fondèrent l'éta» blissement qui porte la dénomination de Consisiorio de la gaya dmcia, consistoire de la gaie science, avec les lois et les usages semUa* blés à ceux de l'institution qu'ils représentaient. Martin, qui monti sur le trône après Jean P', augmenta les privilèges du nouveau consistoire et ajouta de nouvelles ressources. Mais à sa mort, en 1409, ce consistoire fut transporté à Tortose, et ses réunions suspendues par les troubles qui régnèrent dans le royaume par suite des guerres de succession.

(i) Sarmiento, Memorias, sect. 759-768. Torres Amat, MemorUu^ p. S5I, Vidal de Besalû, SaDtillane, Proverbes, Madrid, 1799, in-18. Introdueham^ p. Saocbez, Poésies antérieures , tom. I, pp. 5-9. Sismondi, Littérature$ du MMi^ taii» 1813, in-S"*, tom. I, pp. 227-230. Audrés, Historia d*ogni leUeratura^ Boom, 1101» in-4°, tom. II, Hv. I, ch. i, sect. 23. Les observations les plus importantes aetnmTCit aux pages 49-ô0.

(2) Mariana, Histoire d'Espagne, liv. XVÎII, ch. xiv.

A la fin, quand Ferdinand le Juste fut déclaré roi, il reprit ses réunions. Henri de Villena, que nous ferons simplement connaître comme un noble seigneur de premier rang dans l'État et presque allié au sang royal de Castille et d'Aragon, Henri vint avec le nouveau roi à Barcelone, en 1412, et, passionné pour la poésie, il s'occupa lui-même de rétablir et de réformer le Consistoire^ dont il devint pour quelque temps le chef principal et le directeur. Ce fut là, sans aucun doute, l'époque de sa plus grande gloire. Le roi lui-même fréquenta assidûment ses réunions. Les poëmes étaient lus par leurs auteurs devant des juges chargés de les examiner, et des prix et d'autres distinctions étaient accordés aux concurrents les plus heureux (1). Dès ce moment la poésie en langue naturelle du pays fut mise en honneur dans les capitales de la Catalogne et de l'Aragon ; des joutes poétiques furent, de temps en temps, publiquement célébrées; leur influence excita des poètes, durant les règnes d'Alphonse V et de Jean II, dont la mort, arrivée en 1479, fut suivie de la consolidation de la vieille monarchie espagnole et de la prépondérance et de la puissance dé la langue castillane (2).

Durant la période dont nous venons de parler, et qui comprend le siècle qui précède le règne de Ferdinand et d'Isabelle, la modification catalane de la poésie provençale obtient son principal succès et produit des auteurs qui méritent d'être connus. Dès le commencement, Zurita, le véridique annaliste de l'Aragon, dit, en parlant du règne de Jean P*" : « Aux armes et aux exercices de guerre qui formaient « d'ordinaire le passe-temps des princes, ont succédé les trobas et la « poésie en langue maternelle, dans l'art appelé gaie science, dont on tt a commencé à établir des écoles, » écoles si fréquentées^ à ce qu'il rapporte, que la dignité de Vart se trouva diminuée par le nombre

l\) El Artede trobar, oo la Gkiya sdencia^ traité sar la poésie que Henri, marquis de ViHena, adressa, en 1433, à son |>arent le célèbre Inigo Lopez de Mendoza, marquis de Santillane, pour rengager à faciliter Tintrodoction en Castille des institutions poétiques semhlables à celtes qui existaient alors à Barcelone. Ce traité contient ane notice des meilleures sur l'établissement du Consistoire de Barcelone, établissement d*une telle importance que Mariana, Zurita et d'autres graves historiens ne dédaignèrent pas d'en faire mention. Le traité de Villena n'a jamais été jusqu'ici entièrement publié. Nous ne connaissons qu'une faible analyse de son contenu et que quelques extraits estimables imprimés par Mayans y Siscar dans ses Origines de la langue espagnole, Madrid, 1737, in-S**, tom. 11.

(2) Voyez Zurita passïm et Richom, Allgem^ GescMchte der Cullur (Histoire générale de la civilisation). Gottingue, 1796, tom. I, pp. 117-31, et les auteurs cités dans ses notes.

300 HISTOIRE DE LA UTTÊRATURK ESPAG!COLE

de ceux qui se consacraient à sa culture (1). Quels étaient ces poètes? Le grand historien ne s'inquiète pas de nous en informer; mais nous puisons des renseignements sur eux à d'autres sources, et marne à des sources meilleures. En effet, suivant le goût du temps, il a été fait une collection poétique, au commencement de la seconde moitié du quinzième siècle, collection qui comprend toute la période et qui contient les noms et un plus ou moins grand nombre d'ouvrages de^ poètes alors les mieux connus et les plus estimés. Elle commence par l'acte de concession d'une somme annuelle de quatre cents florins, accordée au Consistoire de Barcelone par Ferdinand le Juste, en 1413; puis elle remonte jusqu'au temps de Jacques March , qui florissait , nous l'avons vu, en 1371, et elle nous offre une série de plus de trois cents poèmes composés par trente auteurs environ, jusqu'à Tépoque d'Ausias March, qui vivait certainement en 1460, et dont les œuvres prédominent, comme elles le méritent, dansla coUection.

Parmi les poètes que nous y trouvons cités, nous remarquons Luis de Yillarasa, qui vivait en 1416 (2); Béranger de Masdovellas, qui florissait, à ce qu'il semble, peu de temps après i 453 (3) ; Hosen Jordi, sur lequel il s'est élevé tant de discussions et que la saine critique place entre 1450 et 1460 (4) ; Antonio de Yallmanya, dont certains

(1) Zurita, Annales éTAragon, liv. X, ch. xuii, édit. 1610, tom. H, fol. 393.

(2) Tores Amat, Memarias, p. 666.

(3) Id., Ibid. , p. 408.

(4) De cette question si débattue, il ressort deux points parfaitement clairs : 1* qu'il y eut un poète appelé Jordi florissant au treizième siècle, sous le règne de D. Jaime le Conquérant, très-îié avec ce monarque, et qui décrivit, comme témoin oenlaire, la tempête que subit la flotte royale, près de Majorque, en septembre 1159 (voyei XI* meno, écrivain de Valence, tome I, p. l; Fuster, Biblioth, Valentiana^ tome I, p. 1); ?.** qu'il vécut au quinzième siècle un autre personnage du nom de Jordi, poète aussi, puisque le marquis de Santillane, dans sa lettre écrite de 1464 à 1456, en parla comme vivant de son temps (voyez cette lettre dans Sanchez, tome I, p. lvi-lyii, et kf BOtat, pp. 81-85). La question est maintenant de savoir auquel de ces deux poètes apparlÎMK nent les poésies insérées, sous le nom de Jordi, dans divers Cancioneros: dans le Cm» ctonero gênerai de 1573, fol. 301; dans le Cancionero manuscrit de la Bibllothèqoe impériale de Paris, qui est, comme nous l'avons vu, du quinzième sièda (Tom» Amat, pp. 328-333). Cette question n'est pas sans importance. Les vers attribuét à Jordi ont une telle ressemblance avec le sonnet 103 de Pétrarque (partie 1), que Vwê0 des deux compositions a été évidemment empruntée de l'autre. Les littéralaurB ttfàr gnols, et principalement les Catalans, ont généralement prétendu que ces vers «ppar» tiennent au premier Jordi. Dès lors Pétrarque serait le plagiaire. Cette opinion a élé partagée par quelques littérateurs étrangers {.Revue rétrospective^ tome IV, pp. 4M7; Foscolo, Essais sur Péfrargue^ Londres, 1823 , p. C5). Mais il y aura là, ce me i

poèmes portent la date de 1457 et de 1458 (1). Outre ces noms nous y lisons ceux de Juan Rocaberti, Fogaçot et Guerau, et d'autres, apparemment de la môme époque, qui contribuent à cette collection, de sorte que, dans son ensemble, elle offre l'aspect d'une de ces imitations catalane ou valencienue des troubadours provençaux du quinzième siècle (2). Si nous ajoutons à ce curieux Cancionero la traduction de la Divine Comédie de Dante , faite en catalan par André Freber, en 1428 (3), et le roman de Tirante el BlancOy Tirante le Blanc, que son auteur, Joannot Martorell, traduisit en valencien et que Cervantes appelle tesoro de contentas y mina de pasatiempos^ «trésor de contentement et mine de passe-temps (4), D.nous aurons

ble, une difticuUé pour le lecteur impartial des vers imprimés par Torres Amat sous le nom de Jordi, et extrails du Cancionero manuscrit de Paris^ pour ne pas croire qu'ils appartiennent à la même époque que les autres compositions du même manuscrit \\ conclura dès lors que le Jordi eu question vivait après 1400, et que c*est lui qui a copié Pétrarque. De pareils vers insérés dans une compilation dn quinzième siède prouveraient déjà cette assertion, si eUe n'était encore confirmée par leur ton et leur caractère.

(1) Torres Amat, pp. 636-643.

(7) M. Tastu envoya, en 1834, une description détaillée de ce remarquable manuscrit, conservé à la Bibliothèque royale de Paris, à Torres Amat, qui préparait alors ses Mémoires pour un dictionnaire d*auteurs catalans (Barcelone, 1836). Il porte le numéro 7669, et se compose de deux cent soixante feuilles in-fol. Voyez lesdits Mémoires (p. 18 et 40) et les nombreux extraits que Fauteur en a faits. Il serait à désirer que cet intéressant manuscrit fût publié entièrement. Toutefois les extraits nombreux de Torres Amat ne laissent pas de doute sur son caractère. Nous en trouvons une description à certains égards plus étendue dans le Catalogue des MamucriU d*Ocboa (in-4*, Paris, 1844, p. 286-374). Cette dernière descripUon du manuscrit nous fait connaitre que Touvrage contient les noms de trente et un poètes.

()} Torres Amat, p. 237. — Febrer dit formellement quMl la traduisit en rimes vulgaires catalanes, « en rims vulgars cathalans. » Voici les premiers ven, traduits mot à mot de l'italien :

Eo lo mig del cami de nottn vida Me retrobe per ooa selva otcura, etc.

Le dernier s'exprime ainsi :

L'amoar qui mou lo sol e les stelles.

D'après la copie manuscrite conservée à TEscurial, la traduction aurait été faite a Barcelone et terminée le T' août 1428.

(4) Don QtUchoU, part I, ch. vi, où Tirante est un du petit nombre des romans de chevalerie sauvé des flammes. Southey est d'une opinion tout à fait différente. Voyez ci-dessus, note au chap. u. Les meilleurs détails sur ce livre sont ceux que donne Clémencin dans son édition du Quichole, tom. I, pp. 132-4 ; Diosdado, De prima TypographixHispanicxxtate^ Rome, l794,in-4Sp. 32; Mendec, Tifpographie esjtagnole^ pp. 72-75. Ce que disent ^imeno (tom. I, p. 12), et Fuster (tom. I, p. 10), s'appuie

tout ce qui est uécessaire pour connaître cette littérature particulière de la région nord-est de FEspagne, durant la plus grande partie du siècle où elle fut florissante. Il y a toutefois deux auteurs qui contribuèrent singulièrement à son éclat et qui méritent une mention plus particulière.

Le premier des deux, c'est Ausias ou Augustin March. Sa famille, d'origine catalane, vint à Valence, au moment de la conquête, en 1 238, et se distingua durant des générations successives par son amour pour les lettres. March lui-même était d'une noble race; il possédait, comme seigneur, la ville de Beniarjo et les villages voisins, et assista, en cette qualité, aux cortès de Valence, en 1446. A part ce petit nombre de faits, nous ne savons presque rien de sa vie, excepté qu'il fut un ami personnel et intime du célèbre et infortuné D. Carlos, prince de Viane, et qu'il mourut probablement en 1460^ et certainement avant 1462, méritant bien le souvenir que lui consacre son contemporain le grand Connétable de Castille, quand il dit de lui qu'il était : «grand troubadour et homme d'un esprit éclairé (1). »

La plus grande partie de ses poésies, qui ont été conservées, sont composées en l'honneur d'une dame qu'il aima et servit dans la vie et dans la mort, et que, si nous en croyons littéralement son récit, il vit pour la première fois à l'église, un vendredi saint, exactement comme Pétrarque vit Laure pour la première fois. Mais ce n'est probablement là qu'une imitation du grand poète italien dont la renommée ombrageait alors tout ce qui était littérature dans le monde. Les poésies de March ne laissent pas de doute à cet égard; il fut un disciple de Pétrarque. Elles ont la forme qu'il appelle lui-même cants, chants , et chacune d'elles se compose de cinq à dix stances. Toute la collection, composée de cent seize de ces petits poèmes, se divise en quatre parties, y compris quatre-vingt-treize canis ou etm*

sur la fausse hypothèse que le Tirante fut écrit, en casUllan, avant ranoée 1313, et qu'il s'imprima en 1480. La vérité est qu'il fut composé d*abord en portugMt et qail fut traduit et imprimé en dialecte valeocien, en 1490. Nous ne connaissons TexisteMe que de deux exemplaires de cette édition. L'un a été payé trente mille réauz (7,800 fr.) en 1625. (Répertoire américain^ Londres, 1827, in*8**, tom IV* pp. 67-60.)

(1) La vie d' Ausias March se trouve dans Ximeno, Écrivains de Vaienee^ tom. If p. 41 ; dans la continuation de Fuster, tom. I, pp. 12, 15, 34; dans les notes deCeiià y Rico à la Diane de Gil Polo (1802, pp. 290, 293, 486). Quant à ses rapporta avec le prince de Viane, « jeune homme, dit Mariana, si digne d'un meilleur sort et d*tt père plus doux, » voyez Zurita, Annotes^ liv. XVII» ch. xxiv, et la biographie élépalt de ce prince infortuné par Quintana, tom. 1, de ses EspaçnpU c^fddrei (Madrid , ll07t in-12).

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE. ' a03

zones d*araoiir où il se plaint beaucoup de la perfidie de sa dame, quatorze canzofies morales et didactiques, une seule spirituelle, et huil sur la Mort. Mais, quoique March soit un imitateur de Pétrarque dans l'essence de sa poésie, la forme lui appartient en propre. Elle est grave, simple, claire, avec peu d'artifice et beaucoup de sentiments réels. Outre ces qualités, elle a encore une vérité et une fraîcheur d'expression, résultant en partie du dialecte qu'elle emploie, en partie de la tendresse naturelle du poète, qui la rend vraiment attrayante. Ce n'est pas douteux, March est le plus heureux de tous les poeteè catalans et valenciens dont les œuvres sont arrivées jusqu'à nous; mais ce qui le distingue surtout entre tous et même de l'école provençale en général, c'est sa sensibilité et le sentiment moral qui pénètre la plus grande partie de ses compositions. Ce sont ces qualités qui ont conservé, jusqu'au temps présent, sa réputation et sa popularité dans son propre pays. Ses œuvres ont eu quatre éditions durant le seizième siècle, et elles ont eu l'honneur d'être lues à Philippe II, encore jeune, par son tuteur; d'être traduites en latin et en italien, d'être mises en vers dans la noble langue castillane, par un poëte non moins célèbre, par Jorge de Montemayor (1).

L'autre poëte mentionné par le même motif était un contemporain de March et comme lui originaire de Valence ; il s'appelle Jaumc Roig et fut médecin de la reine Marie, femme d'Alphonse V d'Aragon. Si son autorité ne repose pas sur un récit plus poétique qu'historique, Roig fut un personnage de distinction dans son temps, et respecté à l'étranger autant que dans sa patrie. Mais, à part ces quelques faits, nous savons très-peu de choses sur lui, excepté qu'il fut un des concurrents pour le prix de poésie, à Valence, en 1474, et qu'il y mourut d'une attaque d'apoplexie, le 4 avril

(1) Nous avons des éditions d'Ausias March, en catalan, de 1543, 1&45, 1555,1500; des traductions castillanes, totales ou partielles, par Romani, 1539, par Montemayor, 1661 , et réunies toutes dans Tédition de 1569. Il en existe aussi une autre complète, mais inédite, par Arano y Onate. Vicente Mariner a traduit March, en laUn, et a écrit sa biographie (Opéra, Turnoni, 1683» in-8», pp. 497» 856). Je n*ai pu connaître le nom da traducteur italien. Voyez» outre Ximeno et d'autres, cités dans la dernière note, Rodriguez, Biblioth. valencienne, p. 68, etc. L'édition des Œuvres de March, publiée en 1560 à Barcelone, in-8*., forme un très-beau volume. On y trouveà la fin un index très-court et très-incomplet des termes obscurs et de leurs équivalents en espagnol. Cette liste a été dressée, suppose-t-on» par le tuteur de Philippe II» Tévéque d'Ohsma, alors que pour divertir ce prince il lui lisait, à lui et à ses courtisans, les poésies d'Anlias March. Quant aux traductions de ce poète catalan, je n*ai pu voir que celles de Montemayor et de Mariner, bonnes toutes deux ; la dernière est incomplète.

1478 (1). Ses œuvres ne sont pas plus connues que sa vie, quoique, à plusieurs égards, elles soient dignes de l'être. Il ne nous en reste presque rien, si l'on en excepte un poëme de trois cents pages intitulé, tantôt Libre de comells^ et tantôt Libre de los dones (2). Le sujet du poëme est principalement une satire contre les femmes, mais la conclusion est consacrée à la louange et à la gloire de la Vierge. Dans l'ensemble se trouvent mêlés quelques traits sur lui-même et sur son temps, et des conseils à son neveu Balthasar Bou pour le profit duquel le poëme semble avoir été composé.

Il se divise en quatre livres, subdivisés en parties qui ont peu de relation l'une avec l'autre, et souvent même peu d'harmonie avec le sujet général du poëme. Une bonne partie est pleine d'érudition et de noms propres ; une autre semble avoir une tendance à la dévoliou, quoique l'esprit dominant n'ait certainement rien du caractère religieux. Il est écrit en petits vers rimes de deux à cinq syllabes, mesure irrégulière, appelée en valencien cudolada^ et la seule que le poète ait employée. Cette mesure, dont la douceur a été grandement vantée par ceux qui connaissent assez familièrement les principes de sa structure pour faire les élisions et les syncopes nécessaires, n'a paru avoir d'autre meilleur mérite aux yeux des autres qu'une certaine vivacité et une certaine bizarrerie (3). Le passage suivant, où le po^ se décrit lui-même, peut servir de spécimen et montrer qu'il aautti peu de génie poétique que Skelton, à qui il peut être comparé sous plusieurs rapports. Roig se représente comme ayant été malade de h fièvre, dans son enfance, et comme étant entré, en quittant son lit de convalescent, au service d'un aventurier catalan semblable à Roche Guinart ou Rocha Guinarda, personnage historique de la même Catalogne et presque de la même époque, qui figure dans la seconde pa^ lie du don Quichote.

(1) Ximeuo, Écrivains de Valence, tom. I, p. 60; Fuster, tom. 1, p. 30;Geiiiy Rico, Xoles à la Diane de Polo, pp. 300-302.

(2) Libre de conseils /et per lo magnifich Mestre Jaume Roig, tel est le Utre de Xtr dition princeps de là31, diaprés Ximeno. C'est aussi celui de réditiou de IMl (Vl* lence, in-S", 149 feuiUes) que j*ai sous les yeux. L*édition de Valence, 1736» que jV aussi dans mes mains, porte pour titre : Lo Libre de les Dones e de ConceUi^ etc.t tÛi* qui est plus conforme au sujet.

(3) Origines de la langue espagnole, Mayans y Siscar, tom. I, p. 57.

Sorti del llit E mig guarit Yo meD parti, A peu ani Seguint fortnna.

En Catalunya Un cavalier, Gran bandoler, Dantich llinatge.

Me près per patge.

Ab ell vixqui, Fins quem iiqui, Ja home fet.

Ab Ihom discret Temps non hi perdi ; Dell aprengui De ben servir.

Armes seguir, Fuy caçador, Cavalcador, De cetreria, Menescalia, Sonar, ballar Fens à tallar Ell men mostra (I).

Le poënie, nous dit son auteur, fut composé en 1460, et nous savons qu'il dut continuer à jouir d'une assez grande popularité pour avoir cinq éditions avant 1362. Mais il y a des passages si libres qu'en 1733, au moment où Ton voulut Timprimer de nouveau, Tédi-

(0 Je sortis du lit, — Et, à moitié guéri, — Je partis; — Je m'en allai, — Suivant ma destinée. — Eu Catalogne, — Un cavalier, — Grand bandoulier, — D'antique lignage, — Me prit pour page. -. Avec lui je vécus — Jusqu'à ce que je devins —

Homme fait Avec ce sage, — Je ne perdis pas de temps; — De lui j'appris— A bien

servir, -A porter les armes. — Je devins chasseur, — Écuyer , — Fauconnier, — Maréchal : —A sonner du cor, danser, — Même découper, — Il m'enseigna. (Livre des Dons, première partie du premier livre, édition 1561, in-4'*, fol. xv, h.)

« Le Cavalier, grand bandoulier, d'antique lignage, ^ dont l'auteur parle dans ces vm, était un successeur de ces aventuriers du moyen Age, hommes qui ne manquaient pas toujours d'une certaine générosité, ni d'un certain sentiment de justice, et dont le caractère nous est admirablement dépeint dans le portrait de Roque Guinart ou Roche Guinard, personnage cité dans le texte et dont parle Cervantes dans la deuxième partie de D. Quichote (ch. lx et lxi). Cet aventurier et ses compagnons reçoivent tous leuomde Bandoleros; ce sont les bannis de Robin-Hood, de The Nut-Brown Maid; et <% Dom leur vient des bandes ou baudriers qu'ils portaient. La comédie de Caldéron, £uii PereZy el Gallego, repose sur l'histoire d'un bandoulier qui avait, suppose-t-oo, >écijà l'époque de l'invincible Armada, en 1588.

HTTÉHATURE ESPAGHOLE 20

teur, pour excuser les nombreuses omissions qu'il avait été obligé d'y faire, eut recours à un expédient charmant : il prétendit qu'il n*ayait pu trouver aucune copie des vieilles éditions où ne manquaient pas les passages qu'il avait lui-même omis (1 ). Le livre de Roig n'est pas beaucoup lu maintenant. Ses indécences et l'obscurité de son langage l'ont banni de la partie policée de la société espagnole; mais on pourrait glaner, dans sa satire libre et animée, des détails précieux pour éclairer le ton, les mœurs et la manière de penser et de vivre dans ces temps.

La mort de Roig nous conduit jusqu'à l'époque où la littérature des provinces de l'est de l'Espagne qui longent la Méditerranée corn* mence à décliner. Cette décadence naturelle, mais triste, était le résultat de la littérature elle-même et des circonstances au milieu desquelles elle se trouvait accidentellement placée. Cette littérature était primitivement provençale par son esprit et par ses éléments, elle poussa par conséquent des racines plus rapides que fortes ; végétation luxuriante, elle se développa spontanément aux premières chaleurs de printemps ; mais elle ne pouvait prospérer qu'avec peine dans toute autre température que celle du doux climat qui l'avait vue naître. A mesure qu'elle s'avança, portée par le déplacement de la résidence du pouvoir politique d'Aix à Barcelone, de Barcelone à Saragosse, elle s'approcha constamment de la littérature qui avait fait sa première apparition sur les montagnes du nord-ouest, au caractère plus vigoureux et plus grave, et contre laquelle elle ne pouvait faire qu'une mauvaise résistance. Aussi, dès que les deux littératures se rencontrèrent, la lutte pour la suprématie fut courte. La victoire se décida immédiatement en faveur de celle qui, produite par des éléments plus forts et d'un caractère plus énergique, était destinée à s'arrogera elle-même la puissance politique sur toute la Péninsule, et qui était armée d'un pouvoir auquel sa rivale, plus gracieuse et plus enjouée, ne pouvait présenter qu'une opposition sans effet.

Quelle est l'époque où ces deux littératures, s'avançantdes extrémités opposées de la Péninsule, finirent par se rencontrer, c'est ce que leur nature même ne permet pas de déterminer avec beaucoup de précision. Et cependant les progrès de l'une et de l'autre sont le re-

(1) L'éditeur de la dernière édition parue est Carlos Ros, dont j'ai ra une etrieuse collection de proveriMîs valenciens (Valence, in-13, 1733), et qui, rannéepiccédente, avait, je crois, fait imprimer Touvrage suivant : l'orthograj^ke de ralenciff de CasUlle.

HISTOJKE DE LA LITTËRATURE ESPAGNOLE. S07

at de causes politiques et de tendances manifestes qu'on peut ailent suivre. La famille qui régnait en Aragon était, depuis les ips de Jacques le Conquérant, unie par des liens de parenté aux lilles qui s'étaient établies en Castille et au nord de l'Espagne, dinand le Juste, qui fut couronné à Saragosse, en 1412, était un ice castillan ; de sorte qu'à partir de cette époque, les deux trônes t absolument occupés par des membres de la même maison aie. Valence et Burgos, suivant que leurs cours touchaient et cônaient leur littérature respective, se trouvaient, à un grand degré, 8 une même influence. Ce contrôle n'était ni peu considérable ni i efficace. Dans ce siècle, la poésie cherchait un abri sous la proion des cours, et elle le trouvait aisément en Espagne. Juan II ragon fut un heureux et décidé protecteur des lettres ; quand tlinand Tint prendre possession de la couronne d'Aragon, il était ompagné du marquis de Yillena, noble seigneur dont les vastes s s'étendaientjusqu'auxfrontières du royaume de Valence, mais qui, [gré l'intérêt qu'il prit à la littérature du midi et au Consistoire de "celone, parlait encore le castillan comme sa langue maternelle et criait pas dans une autre langue. Nous pouvons donc croire que iS les règnes de Ferdinand le Juste et d'Alphonse V^ de 1412 à i8, l'influence du nord commence à faire invasion dans la poésie midi, quoiqu'il n'y ait pas d'indices que Ausias March ou Jaume ig, ni aucun autre écrivain de leur école, ait tenté de faire quelque délité au dialecte de leur pays.

ilnfin, quarante ans après la mort de Villena , nous trouvons une uve positive que le castillan commençait à être connu et cultivé les bords de la Méditerranée. En 1474, un concours poétique fut )liquement célébré à Valence, en l'honneur de la Vierge, espèce de te littéraire, semblable à celles qui furent plus tard si communes temps de Cervantes et de Lope de Vega. Quarante poètes se disèrent le prix. Le vice-roi était présent. C'était une occasion sonelle et imposante, et tous les poëmes présentés furent imprimés, néme année, par Bemardo Fenollar, secrétaire du concours, dans volume que Ton regarde comme le premier livre connu pour (ir été imprimé en Espagne (1). Quatre de ces poèmes étaient eu tillan, et leur existence ne permet pas de douter que les vers cas-

1) Faster, tom. I, p. 52; Mendez, Tfpog, espagnole^ p. 56. — Roig fut un de eeiijt disputèrent le prix.

tillans no fussent regardés comme un divertissement convenable pour un auditoire populaire, à Valence. Fenollar, qui composa aussi, outre les vers présentés à ce concours, un petit volume de poésie en rhonneur de la Passion du Sauveur, nous a laissé encore une caneton on castillan, quoique ses œuvres fussent en dialecte valencien et fussent apparemment composées pour Tamusement de ses amis de Valence, où il était un personnage notable et un professeur de l'université qui s'y était fondée en 1449 (1).

La poésie castillane fut, c'est probable, rarement écrite à Valence durant le quinzième siècle, tandis que le valencien y était constamment écrit. Lo Procès de les olives^ par exemple, entièrement en ce dialecte, fut composé par Jaume GazuU, Fenollar et Juan Moreno, trois poètes qui semblent avoir été des amis intimes, et qui réunirent leurs talents poétiques pour produire cette satire. Là, en effet, sous l'allégorie de certains oliviers, et, dans un langage qui n'est pas toujours aussi modeste que le bon goût le demande, ils discutent ensemble sur les dangers auxquels la jeunesse et la vieillesse sont respectivement exposées par les sollicitations des plaisirs du monde (2). Un autre dialogue des trois mêmes poètes, écrit dans le même dialecte, suivit bientôt cette première composition, et il porte la date de 1497. Ce dialogue est supposé avoir eu lieu dans la chambre à coucher d'une dame qui se relève de couches^ et l'on examine la questira de savoir qui des hommes, jeunes ou vieux, font les meilleurs nuris. Vénus décide la question en faveur des jeunes, et le dialogue se termine, d'une manière fort peu convenable, par un hymne religieux (3). D'autres poètes restèrent également fidèles à leur dialeete

(1) Ximeno, tom. I, p. 59; Fuster, tom. I , p. ôl ; Ccrdà y Rico, la Diane de Gil Polo, p. 317. Sed poésies se trouvent dans le Cancionero général (1673, fol. 340, Sftif 307) ; dans les Œuvres d'Ausias March (1560, f. 134), et dans le Proeess de les ùUgtif mentionné dans la note suivante. VJiistoria de la Passio de Nastre Senior fot im* primée à Valence, en 1493 et en 1504.

(2) Lo Proeess de les Olives è disputa del Jovens hi del Veis slmprimi pour k première fois ù Barcelone, en 1532. Mais Texemplaire dont je me suis fenri est de Valence, imprimerie de Joan de Arcos, 1561 (in-8^, 40 feuilles). Quelques autres poètes prennent part à la discussion. Le tout semble avoir grossi dans leurs mâiii par des additions successives , et le livre est arrivé à Tétat et à la grosseur i^ tuflle.

(a) 11 existe une édition de 1497 (Mendez, p. 88). L*exemplaire dont je me soissenri a pour titre : Comença lo somni de Joan ordetiat per lo maçnifich mossen Jamm (iaçuU , cavalier, natural de Valencia^ en Valencia, 1561, in-8*. A la fin» on lit nm piquante composition poétique de Gjçull, répondant à Fenollar, qui avait vivement

aternel : dans ce nombre se trouve Juan Escriva, ambassadeur des m Catholiques d^n^ves du pape, en 1497, et qui fut probablement dernière personne de haut rang qui écrivit en valencien (1) ; Vinnt Ferrandis, qui prit part à un concours poétique, célébré en lonneur de sainte Catherine de Sienne, à Valence, en 1511, et »nt les poésies sur d'autres sujets semblent avoir mérité des hon- !urs publics, et avoir été, par leur douceur et leur puissance, dignes t la distinction qu'elles avaient obtenue (2). Cependant il ne manque pas de poètes valenciens qui écrivent us ou moins en castillan. De ce nombre est Francisco Castelvi, un ni de Fenollar (3). Narcisse Viùoles en était un autre ; il florissait, i 1500 , il écrivait en toscan aussi bien qu'en castillan et en va- Qcien, et il rendait évidemment ainsi son idiome maternel un peu irbare (4). Un troisième, c'est Juan Tallante, dont les poésies reli-

tiqué quelques mots du dialecte valencien que Gaçull défend. Elle est intitulée : jà, Brama dels U Uauradors del Orto de Valencia, Les Cris des quatorze laboureurs Jardin de Valence. » Gaçull se trouve aussi dans le Process de les Olives^ et dans Concours poétique de 1474. Voyez sa vie dans Ximeno, tom. I, p. 59, et Fuster, Q. I, p. 37.

[1) Ximeno, tom. I, p. 64.

1) Les poésies de Ferrandis sont insérées dans le Cancionero général de Séville, Ib, folios 17, 18, et dans le Cancionero d'Anvers, \ 573, 31-34 ; la description de ooocours poétique de 1511 se lit dans Fuster, tom. 1, pp. 56-38. ~ On cite d*au- I vieux poètes de Valence, tels que Juan Roiz de Corella (Ximeno, tom. I, p. 62), i de Tinfortuné prince de Viane, D. Carlos; deux ou trois autres anonymes, qui sont pas sans mérite (Fuster, tom. 1, pp. 284-293) ; et plusieurs autres, qui prirent *t au concours poétique célébré à Valence en 1498, en Thonneur de saint Christo- ; (idid,, pp. 296, 297). Mais la tentative faite pour attribuer à un poète valencien treizième siècle les poèmes de sainte Marie d^Ëgypte et du roi Apollonius, qui se uvent à TEscurial et dont nous avons déjà parlé, en les plaçant au nombre des aies castillanes les plus vieilles, cette tentative doit nécessairement n*avoir aucun jt.

3) Cancionero général, 1573, fol. 231, et ailleurs.

4) Ximeno, tom. I, p. 61. Fuster, tom. I, p. 54. Cancionero général, 1573, fol. l, 251, 316, 318. yotes de Cerda y Rico à la Diane de Polo^ 1802, p. 304. Viiioles. >logue de sa traduction de la Summa Chronicarum, s'exprime ainsi : n Osé alargar temerosa mano mia para ponerla en esta limpia, élégante y graciosa lengua caslana, la quel puede muy bien y sin mentira ni lisonja entre mucbas barbaras y vajes de aquesta nuestra Espana, latina, sonante y elegantisima ser Uamada.— J'ai i allonger ma main téméraire pour la porter sur cette si pure, si élégante et gratttse langue castillane, langue qui peut bien, sans mensonge ni flatterie, au milieu tant d'idiomes barbares et sauvages de notre Espagne, étni appelée latine, sonore et (gante par excellence. »

pieuses se trouvent au commencement du yiewiCancianero gênerai {l). Un quatrième, Luis Crespi, membre d'une ancienne famille de Valdaure, et, en 1S06, recteur de l'université de Valence (2); et parmi les derniers, s'il n'est pas lui-môme le dernier, Juan Femandez de Ileredia, mort en 1549, dont nous n'avons presque rien en valencien, et qui nous a beaucoup laissé en castillan (3). Ainsi donc, que le castillan ait obtenu, dans la première partie du seizième siècle, une supériorité réelle dans tout ce qu'il y avait alors de poésie et d'élégimce littéraire le long des côtes de la Méditerranée, c'est ce qui ne peut être douteux. En effet, avant la mort de Femandez de Heredia, Boscan avait déjà abandonné le catalan, son dialecte maternel, et commencé à former, dans la littérature espagnole, une école qui n'a jamais disparu depuis. Peu de temps après, Timoneda et ses disciples montrèrent, par les succès de leurs représentations des farces castillanes, sur les places publiques de Valence, que l'ancien dialecte avait cessé d'être nécessaire dans cette capitale. La langue* de la cour de Castille était devenue, pour des occasions semblables, la langue prédominante de tout le sud.

Telles furent, en réalité, les circonstances qui déterminèrent la ruine de tout ce qui restait, en Espagne, des fondations établies sur la culture provt^uçale. Les couronnes d'Aragon et de Castille venaient d'être réunies par le mariage de Ferdinand et d'Isabelle; la cour s'était éloignée de Saragosse, malgré les instances de cette cité, qui réclamait l'honneur d'être regardée comme une capitale indépeiidante ; et, avec le flot de l'empire, le flot de la civilisation descendait graduellement de l'ouest et du nord. Quelques poètes du midi se sont, il est vrai, à une époque postérieure, aventurés à écrire dans leur dialecte maternel. Le plus retharquable d'entre eux est Vicente flarcia, qui fut un ami de Lop^cle Véga, et mourut en 1623 (4).

(1) Les Poésies sacrées de Tallante remplifisent, je crois, les premlèret feoilks de tous les Cancioneros génércntx de 151 Ta 1573.

(2) Cancionero général, 1573, foL 238, 248, 300, 301. Fuster, tom.I» p. 65. Geidl» ^otes à la Diane de Polo^ p. 306.

(3) Ximeno, tom. I, p. 102. Fuster, tom. 1, p. 87. Cerdà, Diane de Polo, p. 31t. Cancionero général, 1573, fol. I 83, 2^2, 225, 228, 230, 305, 307.

(4) Les œuvres de Garcia s' imprimèrent, pour la première fois, en 1700, sous la titra suivant : La Armonia del Pâmas mes numerosa en las poesias varias dH Aikaii del cel poetic. Lo D*^ Yicent. Garcia (Barcelona, 1700, in-4*' p. 201). PlusieoraqnestioM se sont élevées sur la date propre de cette édition, j'ai donné celle de mon eicmplaire (voyez Torres Amat, Memorias, pp. 271, •».74). 1^ compotitioot qu'elle ni-

HISTOIRE DE LA LITTi^RATURE ESPAGNOLR SU

Mais ses poésies, dans toutes ses diverses phases, ne sont qu'un mé lange de plusieurs dialectes, et dénotent, malgré leur air provincial, rinfiuence de la cour de Philippe FV, où Fauteur avait vécu quelque temps. Quant à la poésie imprimée plus tard, ou récitée de nos jour$ sur les théâtres populaires de Barcelone et de Valence, elle est écritc' dans un dialecte si grossièrement corrompu, qu'il n'est pas très-aisé de le reconnaître pour le dialecte des descendants de Muntaner et d'Ausias March (1).

ferme sont priDcipalement des poésies lyriques» des sonnets, des dizains, des redondiUaSf des romances, etc. A la fin, se trouve un drame intitulé : Santa Barbara, en trois petites jVnint^es avec quarante ou cinquante personnages allégoriques et surnatofelty tous aussi fantastiques que les autres productions de ce siècle. Une autre édition des œuvres de Garcia s*est imprimée, à Barcelone, en 1840, et le Semanario finioresco de 1843, p. 84, en contient une analyse.

(1) Le valencien est toujours resté un dialecte des plus doux. Cervantes en fait plus d'une fois Téloge pour sa meliflua gracia (vcjei le deuxième acte de la Grande SnUame, et le commencement du douxième chapitre du troisième livre de PersUes tt SiçUmonde). Mayans y Siscar ne perd pas une occasion de le vanter. MaisMayans était de Valence et tout imbu de préjugés valenciens.

L'histoire littéraire du royaume de Valence, tant l'histoire de la période où l'emporta son dialecte provincial, que de l'époque plus moderne où le castillan s'arrogea la suprématie , cette histoire a été illustrée avec un soin remarquable et un luooès prodigieux. Le premier écrivain qui s*est consacré à cette tâche s'appelle loeeph Rodriguez, docte ecclésiastique, né à Valence en 1630, et mort dans cette capitale en 1703, juste au moment où sa Bibliotheca vaienelana éXaii sur le point de Mfftir de la presse et qu'il n'y en avait plus que quelques feuillet à imprimer. Quoique cette publication fût presque sur le point d'être terminée, il s'écoula encore un long espace de temps avant qu'elle fût complète et éditée. Son ami Ignacio Savalls, à qui l'on confia le soin de la finir, se mit à l'œuvre avec la plus grande ardeur, mais il moarut, en 1746, avant d'avoir pu entièrement remplir sa tAcbe.

Des exemplaires du livre imparfait circulèrent cependant; Tun d'eux tomba entre les mains de Vicente Ximeno, natif aussi de Valence, comme Rodriguex, et comme loi intéressé à l'histoire littéraire de son royaume. D'abord Ximeno conçut le projet de compléter l'œuvre de .son prédécesseur ; mais bientôt il] changea de détennioatioD et il préféra se servir des matériaux de Rodriguei pour préparer, sur le même Mjety une autre œuvre plus étendue et qui donnerait des détails jusqu'à son épouse.

Ce plan fut bientôt réalisé et l'ouvrage publié, à Valence, en 1747*49, en deux volumes in-folio, sous le titre de Escritaru de VtJeneia. Il ne put empêcher, toutefois, que la Ribliothèque de Rodriguez ne fût donnée au public, dans la même ville, en 1747, quelques mois avant l'apparation du premier volume de Ximeno.

Le dictionnaire de Ximeno, qui mourut en 1764, conduit Thistoire littéraire de Valence jusqu'en 1 748. Elle a été continuée jusqu'en 1 820 par la BitUiotheca Vaienelana de Juste Pastor Fuster (Valence, 1827-30, 2 volumes in-folio). Cet ouvrage remarquable rontii'iit un grand nombre de nouveaux articles sur la période primitive cm-

La dégradation de ces deux dialectes, les plus cultivés dans les contrées du sud et de Test de TEspague, dégradation qui commença sous le règne des Rois Catholiques, ne peut être considérée comme complète qu'au moment où le siège du gouvernement national fut établi d'abord dans la Vieille, et plus tard dans la Nouvelle-Castille. Grâce à ces circonstances, Tautorité prédominante du castillan fut dès lors définitivement reconnue et assurée. Le changement n'avait certainement rien de déraisonnable ni d'inopportun. La langue du nord était alors plus pleine, plus vigoureuse, plus riche en constructions et en idiotismes ; elle était même, sous presque tous les rapports, plus propre à devenir langue nationale que tous les idiomes du sud. Et cependant nous pouvons à peine suivre et attester les résultats d'une telle révolution, sans éprouver des sentiments d'un regret bien naturel. La décadence lente et la disparition totale d'une langue nous apporte des pensées mélancoliques particulières, en quelque sorte, à la circonstance présente. Nous nous imaginons qu'une partie de l'intelligence du monde s'est éteinte, et que nous avons été frustrés nous-mêmes d'une portion de l'héritage intellectuel auquel nous avions, à certains égards, autant de droits que ceux qui l'ont détruit et qui étaient obligés de nous le transmettre aussi intact qu'ils l'avaient eux-mêmes reçu. Nous éprouvons encore k même sentiment pour le grec et le latin, quand nous voyons que les peuples qui parlaient ces langues se sont élevés au plus haut point de civilisation, et ont laissé, après eux, ces monuments qui serviront à toutes les générations futures pour apprécier et partager leur gloire.

brassée par les travaux de Rodriguez et de Ximeno, et complète par de* addition ceux qu^ils avaient laissés imparfaits.

Les cinq volumes in-folio dont se compose toute la série renferment déni mille huit cent quarante et un articles. Combien y a-t-il d'articles de Ximeno relalib ui écrivains ct)nnus par Rodriguez, combien y en a-t-il dans Fuster qui appurtieBiMit à ses deux prédécesseurs, c'est ce que je n'ai pu eiaminor ; mais le nombre mt ttH^ je pense, moindre qu'on ne le suppose. D'un autre côté, les nouveaux artideB et ki additions à ces devanciers sont plus considérables et plus importantes. En réunissant ensemble ces travaux, on ptïut reconnaître qu'il n'y a pas une antre oontréa de l^Europe, d'une égale étendue, dont l'histoire littéraire ait été cultivée avec autant de soin que l'histoire du royaume de Valence : circonstance d'autant plus remarqnable, si on se rappelle que Rodriguez, qui entreprit le premier cet ouvrage, tenta k premier, comme il dit, un pareil travail en langue vulgaire, et que Futler, qui k termina et qui eut une érudition assez grande, ne fut qu'un simple relieur, qai»¥0|aBt par métier des livres rares, conçut ainsi l'idée de continuer les investigations littè» raires de ses prédécesseurs.

Mais nos regrets sont plus profonds quand nous voyons la langue d'un peuple mourir daus sa jeunesse, avant que son caractère se soit pleinement développé , alors que ses qualités poétiques commencent à paraître, et que partout brillent les promesses et les espérances les plus flatteuses (1).

Telle fut la singulière destinée et Tinfortune de la langue provençale et des deux principaux dialectes dans le moule desquels elle s'était modifiée et transformée. Le provençal, né à l'époque la plus barbare que l'Europe ait vue, depuis la civilisation grecque, commença à briller sur le monde. Il illumina le midi de la France de ses splendeurs, et étendit son influence non-seulement sur les contrées voisines, mais encore sur les cours froides et glhcées du nord. Il fleurit longtemps avec une rapidité et une exubérance tropicale, et il donna d'abord des marques d'un esprit enjoué qui promettait de produire, dans la plénitude de sa force, une poésie, différente sans doute de la poésie de l'antiquité, avec laquelle elle n'a aucune connexion réelle, mais enfin une poésie aussi fraîche que le sol qui l'avait vue naître, aussi douce que le climat qui avait favorisé son développement. Mais la guerre injuste et cruelle des Albigeois jeta les troubadours de l'autre côté des Pyrénées, et les révolutions politiques du pouvoir, et la supériorité de l'esprit du nord, les écrasèrent sur les rivages espagnols de la Méditerranée. Suivons, cependant, avec un sentiment de regret oaturel et inévitable, leur longue et pénible retraite, marquée partout par des restes et des fragments de leur poésie et de leur civilisation, d'Aix à Barcelone, de Barcelone à Saragosse et à Valence. C'est là qu'opprimée par le noble et puissant castillan, tout ce qui reste de la langue qui avait donné la première impulsion au sentiment poétique des temps modernes (2), est rabaissé aux proportions d'un dialecte

(1) Les Catalans ont toujours exprimé ce regret et n ont jamais pu de bon cœur (aire usage du casUllan. Ils affirment que leur propre dialectaaété, au temps de FerdioaDd et d^lsabelle, plus abondant, plus harmonieux que l'orgueilleux rival qui est venu le remplacer. (ViUanueva, Viage à las igle^Uu, Valence» 1821, in-S"", tome VII, p. îOî.)

(2) Un des plus estimables monuments de ce vieux dialecte espagnol, c*est la traiuciion de la Bible en catalan, faite par Boniface Ferrier, mort en 1477 et frère de aint Vincent Ferrier. Cette traduction s'imprima, à Valence, en 1748, in-folio. Mais Inquisition la supprima trop tôt, de sorte qu'elle n'exerça jamais une grande inluence sur la langue et la littérature de cette province. Presque tous les exemplain en ont été détruits. Castro en donne des extraits dans tta Blblkotheca espanola loine I, pp. 444,448). Voyez aussi MecrU'i Re/ormallon \n Spain (Ë'iimliourg, 182*J,

su HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE.

ignoré ; et, sans avoir atteint le degré de perfection qui conserve son nom et sa gloire aux siècles futurs, le provençal devient une langue aussi morte que le grec et le latin.

in-S", pp. 191 et 404). Sismondi, à la fin du chapitre sar la littérature provençale, dans sa Littérature du midi de V Europe, présente quelques obsenraliona sur sa décadence qui, pour le ton, se rapportent aux remarques que nous venons de f»in à la fin de ce chapitre, et auxquelles nous renvoyons pour Féclaircissement et la justification de nos idées.

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