SUR LES ROMANCEROS
(Voyeichap.vi, pige 121.)
Comme les plus vieilles romances appartiennent à des auteurs anonymes, qu'elles ont été recueillies, à des époques différentes, sur les traditions populaires, il est impossible de comprendre leur histoire si Ton ne sait quelque chose sur Thistoire de ces Romanceros où elles sont insérées. Une esquisse historique de ces livres a été déjà tracée, avec une connaissance profonde du sujet, par Ferdinand Wolf dans le Jahrbûcher Literattir (livraison CXIV, Vienne, 1826, pp. 1-72). Je ne me livrerais pas volontiers à une discussion qui est si particulièrement du ressort d'un savant si distingué ; mais je possède ou j'ai vu plusieurs Romanceros anciens dont il n'a pas fait mention; je ne puis d'un autre côté me ranger à son opinion pour celui qu'il regarde comme le plus vieux de tous, et par conséquent le plus important ; je veux donc, aussi brièvement que possible, exposer mes vues sur cette bi'anche obscure de bibliographie. Je me bornerai moi-même, dans les limites du possible, aux publications qui n'ont pas été faites jusqu'ici, ne touchant à l'ensemble du sujet qu'en ce qui concerne l'histoire de la poésie espagnole (1).
(1) Depuis la publication de ce livre, l'auteur a eu la satisfaction très-grande de voir le savant Ferdinand Wolf se ranger à son opinion sur la plus ancienne ooliection des romances, ainsi que le prouve un mémoire lu à PAcadémie impériale des sciences de Vienne, en i850, sous le titre de : Sammlung SpanUcher Bomanzenf pp. 133 et suivantes.
Un nombre considérable de romances, imprimées sur une ou plusieurs feuilles, en lettre gothique, pour Tusage du peuple, se trouvent encore. Telles sont El Conde Alarcos^ El Moro Calaynos^ une collection de douze pièces séparées, une autre de cinquante-neuf, vendue à Londres, à la vente de M. Hébert, et d'autres notices données par Brunet^ sous le titre de Romances séparées^ dans son article (( Romanceros. » Mais toutes ces poésies sont saas date ; il règne la plus grande incertitude sur Tépoque de leur impression. H me semble du reste, à n'en juger que par celles que j'ai vues, qu'il est plus probable qu'elles aient été empruntées à des collections eiistant encore, nous le savons, ou qui ont existé, qu'il ne l'est qu'elles aient servi à former ces collections, dont la plus ancienne prétend s'être composée des souvenirs du peuple, et d'après les copies manuscrites et défectueuses qui circulaient seulement à l'usage de ce même peuple (!].
I. — La première collection séparée de romances qui ait été publiée est, je crois, la collection imprimée, à Saragosse, sous le titre de Silva de varias Romances^ par Esteban G. de Najera, en deux parties, 1350 (voyez Brunet, Manuel du libraire^ édit. 1843, ut Silva). J'ai vu un exemplaire de cette Silva^ appartenant, en 1838,4
(1) FerdîDaDd Wolf trouva, en 1848 ou 1849, dans la bibliothèque de l*Umnnilé de Prague, un volume in-4**, recouvert en parchemin, et contenant plot de quatra-iiigli de ces feuilles détichées avec des romancis. Presque aucune d*eUea ne porte de êHê, excepté seulement cinq, imprimées entre 1550 et 1664. Toutesces romaiiece loalaBtérieures à Tannée 1570, dans Topinion de M. Wolf. Un grand nombfe de e contiennent des romances populaires dont une trentaine étaient enlièremenl 1 nues La collection est amplement décrite dans un autre mémoire de M. Wetf, h aussi à l'Académie impériale des sciences de Vienne : Ueber Hne Samwtkmg SpmlÊtkÊt Romanzen .
Si je ne me trompe, sur les cent cinquante feuilles détachées de poésies popvUm attribuées par Duran (Romancero général^ tom. I, pp. 67-80) à des poêlet âm tàr zième siècle, cinq seulement sout d'une date antérieure à Tannée I5S0» et, ssr es cinq, j'en ai trois qui ne sont pas des romancei .Wolf, dans le mémoire qse bms Vfc nons de citer (page 133, note), mentionne six autres feuilles de la même ri mm Mmi je ne saurais dire si les cinq de Duran y sont comprises, ou si elles sont diflerenln d distinctes. Toutefois la manière dont Térudit allemand les cite me porta à enii* qu'il ne les a pas vu(s. Quoi qu'il en soit, j'ai la conviction intime que le nombrs di romances imprimées en feuilles di'tachées avant l'année 1550 est très-mtreini, hin qu'il y en ait eu efrectivi-ment. C'est un fait qui me laissait des doutes avant Isk^ ture de la note mise à la page 133 de la savante et consciencieiue DUteriailm éi Wolf. Pour preuve de ce petit nombre, je citerai l'opinion de Duran (Hosuiacera f^ néral, 1849, tom. I, p. 25, note 18), où il est dit qu'on ne trouve pas de romiMM dans les collections manuscrite? antérieures à l'année \àhO,
M. Ternaux-Compans, de Paris. Dans une préface, mise en tête de la première partie, l'auteur de la collection s'exprime ainsi : « J'ai « pris la peine de réunir dans cette Silva toutes les romances qui a sont parvenues à ma connaissance. » Plus loin il ajoute : « Il peut a se faire qu'il y manque quelques vieilles romances, quoique en a petit nombre, romances que je n'y ai pas insérées, soit parce «t qu'elles ne sont pas parvenues à ma connaissance, soit parce que c< je ne les ai pas trouvées aussi complètes et aussi parfaites que je « le désirais. Je ne nie pas que, dans plusieurs des romances imprime mées, il n'y ait accidentellement des fautes ; mais il faut les im- « puter aux copies d'où je les ai extraites, copies tout à fait altérées, « et à la faiblesse de la mémoire des personnes qui me les dictaient « et qui ne pouvaient s'en ressouvenir parfaitement. J'ai fait tout « ce que j'ai pu pour y laisser le moins de fautes possible, et je n'ai a pas eu peu de peine pour les réunir, les corriger et en compléter (c quelques-unes qui étaient imparfaites. J'ai voulu aussi qu'il y régnât « un certain ordre, et j'ai placé les premières celles qui avaient du « rapport à la dévotion et aux Saintes Écritures ; les secondes, celles « qui appartenaient aux histoires castillanes ; puis celles qui rapport laient l'histoire de Troie, en8n celles qui touchaient aux affaires a d'amour. » Après ces romances qui remplissent cent quatre-vingtseize feuilles, il nous donne vingt-cinq feuilles de canciones^ villan^ cicos^ chistes au nombre desquels nous lisons, au folio 199, le si célèbre et si spirituel Dialogue entre Castillejo et sa plume. A la fin de la première partie, folio 221, nous trouvons l'Avis au Lecteur suivant, où le collectionneur a évidemment changé d'idée sur son succès d'avoir, à t exception d'un petit nombre^ réuni toutes les vieilles romances dont il connaissait l'existence. Car il dit maintenant : « Plu- <t sieurs de mes amis, apprenant que ce cancionero s'imprimait, m'ap- « portèrent un grafid nombre de romances, pour que je pusse les y « insérer ; mais, comme elles arrivaient à la fin de l'impression, je a me décidai à ne pas les y mettre, ne voulant pas interrompre Force dre déjà introduit ; et je préférai faire un autre volume qui sera « la seconde Partie de cette Silva de varios Bomances^ qui est mainte tenant sous presse. Vale. »
Cette seconde partie se publia la même année, en 1550 : elle se compose de deux cent trois feuilles de romances, quatre-vingt-dix feuilles de chistes^ deux feuilles de table, à la fin de laquelle V imprimeur dit : « Je n'ai pas voulu mettre dans cette partie un plus grand c( nombre de ces courts chistes^ parce que, s'il plaît à Dieu, je les
« insérerai dans une troisième partie avec d^autres choses agréables « pour le lecteur curieux. Vale. » Je ne connais pas d'exemplaire de cette troisième partie. Il est possible cependant qu'elle ait été imprimée. En eifet, dansla Silva de varias romances dont Wolf et Brunei mentionnent plusieurs éditions, entre lïïlS et 1673, dont je possède moi-mêmeréditionde4602, le frontispicedéclareque «dans le volume u sont contenues les meilleures romances des trois livres de la Silva. »
IL — Les deux premières parties réunies en une seule, en omettant même les chistes^ parurent d'abord à Anvers, imprimées par Martin Nucio, célèbre imprimeur, avec des additions considéFables, sans date de publication. La préface reproduit presque les mêmes mots que celle de la Silva de Najera, partie I. Quand elle annonee la disposition des romances, elle en change l'ordre, elle place < prea mièrement les romances qui parlent de la France et des Dôme <( Pairs ; secondement, celles qui se rapportent aux histoires eastQa lanes ; puis ceUes qui touchent à l'histoire de Troie; et enfin eelto (c qui traitent des affaires d'amour. y> Plusieurs des romances de k collection de Saragosse sont omises, et le tout est intitulé : Canckmero de romances. La bibliothèque de l'Arsenal, à Paris, en conserve ud exemplaire. Ce Cancionero est postérieur à la Silva de Saragosse et lui a été emprunté, c'est certain, parce que l'un a dû être fidt sur l'autre ; que la note de la fin de la Silva, première partie, démoDtR que la Silva de Saragosse fut collectionnée et imprimée à diffirmi» époques, tandis que la disposition des romances dans le Candonero d'Anvers prouve que l'éditeur les avait nécessairement toutes présentes lorsqu'il les mit ensemble dans son livre. De plus, cofluneot Nucio aurait-il pu recueillir des romances conservées dans les souvenirs du peuple qui l'entourait, à Anvers, où il n'y avait que peu d'Espagnols, excepté des soldats? La valeur d'une collecticm fidie i Anvers ne doit-elle pas être de beaucoup inférieure à celle d'une collection réunie en Espagne?
m. — Il se présente encore un autre Cancionero de Romaneei imprimé a En Envers, en casa de Martin Nucio, MDL », dont k bihliothèque de l'Arsenal conserve aussi un exemplaire. Il porte la même préface que le dernier que nous venons de mentionner, et n'en diffère qu'en ce qu'il omet sept de ses romances et qu'il en insère trentoscpt autres. Les erreurs marquées dans l'édition sans date, am folios 272 et suivants, sont corrigées dans l'édition datée de 1550, et
prouvent qu'elle lui est postérieure, fait que Ton doit nécessairement conclure aussi des additions qu'elle contient.
rV. — Cette édition de 1550 semble avoir été publiée avec des frontispices différents. Wolf, en effet, parle d'un exemplaire de la bibliothèque impériale de Vienne, avec la date de 1554. Mais presque tous les exemplaires dont nous connaissons maintenant l'existence portent la date de 1555, date sous laquelle la collection est le plus connue et le plus communément citée. C'est absolument le même livre que l'exemplaire de la bibliothèque de l'Arsenal, daté de 1550, romance par romance, page par page. Comme il n'y a pas d'apparence que le titre ait été contrefait, nous supposons que trois éditions de la collection des romances faite à Saragosse, en 1550, parurent dans le courant de cette année, dont deux furent publiées à Anvers, par Martin Nucio. Que ces trois éditions ne soient qu'un même ouvrage, c'est ce qui résulte du fait d'être généralement composées des mêmes romances, d'avoir la même préface, un peu changée dans la seconde et dans la troisième édition, par suite des changements dans les romances qu'elles contiennent. Elles sont toutes in- 12. La première, avec les deux parties prises ensemble, remplit quatre cent trente-six feuillets ; la seconde, deux cent soixante-seize, et la troisième, cent. Wolf donne le lieu et la date de plusieurs réimpressions de la dernière : Anvers, 1568 et 1573; Li^>onne, 1581; et Barcelone, 1587 et 1626.
Nous avons plusieurs collections de romances postérieures à la Silva de Saragosse, et que nous avons citées dans le cours du volume : telles que celles de Sépulvéda, 1551 ; de Timoneda, 1573 ; de Linares, 1573; de Padilla, 1583; deMaldonado, 1586; etdeCueva, 1587 ; composées principalement ou entièrement de romances écrites par leurs auteurs respectifs. Enfin on fit une tentative pour former un autre Romancero puisé à toutes les sources : livres, souvenirs, traditions, tout ce qui pouvait servir aux nouveaux éditeurs, et qui constituait les véritables éléments ayant toujours été la base des populaires Romanceros espagnols. Cette idée semble avoir été réalisée, à Valence, quand le premier volume de la Flor de varias y nuevos romances^ primera y segunda parte^ recueillies par Andrès de Villalta, avec une troisième partie par Philippe Mey, poète et littérateur lui-même aussi bien qu'imprimeur (1), s'imprima en un
(1} Philippe Mey imprima un volume de ses propret poésies à Tirragone, en 1586,
4Sft HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE.
seul volume, en 1S93, quoique chacune de ces parties eût probablement été imprimée séparément. Cette collection est citée par Duran {Romances caballerescos^ Madrid, 1832, in -8", tome I, adver^ tencia). Les romances qu'il en tira ne laissent pas de do\ite que ces trois parties n'aient que peu de différence avec les trois premières du Romancero général imprimé un peu plus tard. Le second volume de cette collection, intitulé Quaria y quinta parte delà Flor de romances^ fut composé par Sébastien Vêlez de Guevera, prébende de Téglise collégiale de Santander, et imprimé à Burgos, en 1593, in-12, de cent quatre-vingt-onze feuillets. Cette édition n*est évidemment pas la première : V approbation de Pedro de PadiUa et le permis d'imprimer sont datés de 1592, tandis que le permis d'imprimer de la présente édition est daté du 11 août 1594, et porte ces expressions formelles, « imprimée d'autres fois, » otras veces impreso. Il est probable que les deux parties ont été dans Torigine imprimées séparément.
Le troisième volume et le plus important est intitulé : Sexta parte de Flor de romances nuevos^ recopilados de muchos autares^ por Pedro de Flores^ librero. Il s'imprima à Tolède, en 1594, in«12 de cent quatre-vingt-dix feuillets. C'est la première édition, mais la licence semble parler d'une quatrième et d'une cinquième partie, comme composées aussi par Florès. Dans une romance mise en t£te du troisième volume. Florès est accusé devant Apollon de s'être livré à une grande fatigue pour en réunir le contenu.
De diveraas flores Un ramUlete, ha juntado Las quales coo grande afan, De estraùas partes buscaron (1).
Florès, dans une défense qui suit immédiatement, répond que en romances, qu'il a réunies à grand'peine, étaient égarées, amknmi discarriados, et que le dieu doit plutôt le récompenser que le punir. Florès ajoute qu'il a donné chaque romance complète, et non comme
dont Faber, dans sa Floresta, tom. ïl, a pris trois sonnets qui ne sont pas m rite. Sa biographie se trouve dans Ximeno (lom. I, p. 429), oonplétéa par 1 (lom. 1, p. 213). 11 est hooorablemeut cilô comme traducteur d*Ovide, par PsUieir. (Biblioih. de traducteurs, tom. II, p. 76.)
(1) « De fleurs variées — 11 a composé un bouquet, — Fleurs qu'^yec grmnds i — On a cherché en contrées étrangères. »
le font les chanteurs des rues qui en omettent la moitié et disent qu'ils sont fatigués d'avoir chanté l'autre. Tout ce récit prouve que la plus grande partie des romances de cette sixième partie, qui est excellente et en contient cent cinquante-huit, ont été recueillies sur les souvenirs du peuple par Pedro Florès lui-même.
Voici du reste la pièce du procès où les chanteurs de romances accusent Florès d'avoir nui à leur vocation par la collection et l'impression de leurs romances. C'est la romance de Florès lui-même exposant l'affaire et présentant sa défense :
Eo el audiencia real Del tribunal del Parnasso, Jupiter con otros jueces Esta decretando ua caso Dd una grande accusacion , Que los musicos han dado Contra un gallardo espaùol Que es Pedro Flores llamado , Del quai dizen que reciben Vituperio y medoscabo , .
Porque de diversas flores Un ramillete ha juntado, Las quales con grande afan De estraùas partes buscaron, Para dar gusto con ellas Al natural y al estrano (1).
Le défendeur reçoit l'ordre de répondre dans trois jours, mais il préfère répondre sur-le-champ. Voici, par conséquent, ce qu'il dit :
Verdad es que yo forme Un ramillete llamado De Flores', porque soy digno De ser por vos laureado (2).
(1) «En audience royale — Du tribunal du Parnasse, — Jupiter el d'autres juges — Délibèrent sur un cas —- D'une grande accusation — Que les musiciens ont intentée — Contre un gaillard d'Espagnol — Du nom de Pedro Flores, — Duquel, disent-ils, ils reçoivent — Et outrages et mépris t — Parce que de fleurs diverses — Un bouquet il a composé, — Fleurs qu'avec grande peine — En régions étrangères on a cherchées-^ Pour donner du goût par elles — A l'indigène et à l'étranger. »
(2) • Il est vrai que j'ai composé — Un bouquet appelé — Bouquet de Flores (a), pour lequel je suis digne ^ D'être par vous couronné. »
(a) Jeu de mois peut-être sur Ftoreâ, nom de l*auteor, et fiorêê, Heurt.
Yo junte eo él las hazafiat
Que en los siglos ya passades
Hizieron en nuestra Espana
El Cid y Ordoûo y Bernardo.
Pinte destrayda Espafta
T luego puse el reparo
De muchos grandes varones
Sin los arriba nombrados.
Puse al oonde Alfonso Enriquesc ,
Primer rey de Lusitanos,
Tambien à Fernan Gonzalez,
Rasura , y Arias Gonzalo.
Puse los hecbos famosos
De los Moros Africanos ,
Que, por anos setedentos,
Tuvieron nombre de Hispanos
Hasta que gano k Granada
El inclito Don Fernando,
T Don Felipe segundo
Que oy governa el pueblo hispano.
Puse sus motes y insignias ,
Sus colores y tocados,
Sus zambras, caâas y fiestas ,
Y de Moros los recaudos ,
Las amorosas razones ,
Los zelos, ansias y enlados ,
Los favores, los cautelos
De los Moros enamorados.
Junte, en nombre de Riselo,
De Lesardo y de Belardo ,
Mil vocables pastoriles
Bien compuestos y ordenados ;
Una amorosa porfla
De zagal enamorado (1),
(t) « J'y ai réuni les exploits — Que dans les siècles panés — Firent» < Espagne,— Le Cid, Ordoûo et Bernard. — J*ai peint la ruine de TEspagne» — Btf y û mis, après, sa restauration— Par une série de grands hommes,— A partoeu qoej^ nommés plus haut. — J'y ai mis le comte Alphonse-Henri, — Premier roi des LmI* taniens , — Fernand Gonzalez aussi, — Rasura et Arias Gonsalo. — J'y ai mm Ict a^ tiens fameuses — Des Maures Africains, — Qui pendant sept cents ans — PorlèjrpI le nom d'Espagnols , — Jusqu'au jour où gagna Grenade. — L'iiluitre Doo Faviiand» — Et Don Philippe second, — Qui aujourd'hui gouverne le peuple cqwgpoL—ry ai mis ses pensées , ses insignes , — Ses couleurs , sca parures , — Ses danses, iSi JM> tes et ses fêtes, — Et des Mauresques les précautions, — Les i Les jalousies, les tristesses, les chagrins, — Les faveurs, lesfiue amoureux. — J'ai réuni sous le nom de Riselo , — De Lesardo et de Belaitlo« —MOIS expressions champêtres, — Bien composées, bien ordonnées; — Une dispute aaou* reuse — D'un berger passionné, »
Un duque y un conde puesto En abito disfraçado , Ora que se fi nge çayde, Ora el grand pastor Albano Que en las riberas del Tonnes Apacienta su ganado.
Letrillas, motes, canciones
Y algunos versos glosados, % Que al postrer acento dizen
El contento bien o daùo.
Procure con mi sudpr
Y con inmenso trabajo Juntar diversos romances Que andavan discarriados ,
Y hize que de un discurso Se viesse principio y cabo , Lo que el musico no haze, Pues medio desbarado Dexa un romance perdido Deciendo que le da enfado :
Los quales conforme à la ley Merecen ser desterrados
A las îslas de Corfu
A cantar versos mdtoycos
Y de tan alto auditorio Uvieran de ser echados
Por quebrantadores de honras De aquellos siglos dorados (l).
Alors , sur une motion d'Apollon , appuyée par Mars et Vénus , Amalthée prépare une guirlande d'honneur pour le poète, et les chanteurs de romances sont condamnés aux dépens du procès et reçoivent l'ordre de ne jamais commencer une romance, s'ils ne doivent la finir (2).
(1)« Un duc et un comte mis— En habit déguisé, — S'imaginant tantôt seigneur, — Tantôt le grand pasteur Albano , — Qui sur les rives du Tormès, — Fait paitre son troupeau ; — Lettrines, pensées, chansons, — Et quelques vers avec leur glose, — Qui à leurs derniers accents disent — Le contentement, le bien, le mal. — J'ai cherché, par mes sueurs — Et par mon immense travail, ~ A réunir diverses romances,— Qui circulaient égarées. — Et j*ai fait qu*en un discours — On voit k commencement et la fin,
— Ce que ne fait pas le musicien , — Puisque, le milieu enlevé , — Il laisse une romance perdue — Et dit qu'elle lui donne de Tennui. •— Ces musiciens, diaprés la loi,
— Méritent d*étre exilés , — Aux lies de Ck)rfou, — Pour chanter des vers mosaïques ;
— Et d*un si haut auditoire — Ils devraient être chassés — Comme destructeurs des honneurs — De ces siècles dorés. »
(2) L'allusion à Antonio ducd'Albe, vivant alors, et à TArcadie de Lope de Véga, où
Le quatrième volume contient la Septima y octava Parte del Flor de varias romances nuevas ^ recopilados de muchos autores^ imprimées par Juan lûiguez de Lequerica, Alcalâ de Henares, 1S97, in-12. Il y a une licence pour chaque partie Celle de la première est datée du 4 mai 1596, et se reconnaît comme une réimpression; celle de la seconde est datée du 30 septembre 1597, comme si c'était Tédition originale , et a pour titre Flores del Parnasso^ octava parte. La septième partie remplit cent soixante-huit feuillets, la huitième cent trente-deux ; elles ont chacune une pagination particulière.
Le cinquième et dernier volume est intitulé : Flor de varias roînances diferentes de todos impresos^ novena parte^ imprimée par Juan Flamenco, Madrid, 1597, in-12 de cent quarante-quatre feuillets. L'approbation est du 4 septembre 1597, et dans la taxe, qui est du 22 mars 1596, on en parle comme de la huitième et neuvième partie ; mais la licence^ qui n*apas de date, est seulement pour la neuvième.
V. — Ces neuf parties, avec de légers changements et des additions, principalement vers la fin, t)nt servi à composer la première édition du Romancero général, imprimée à Madrid, en 1600, în-4'; la taxe est datée du 16 décembre 1599. La bibliothèque nationale de Madrid en conserve un exemplaire. Une seconde édition, avec quelques légers changements aussi, parut en 1602, et une autre en 1604. Cette dernière fut imprimée avec des modifications par Juan de la Cuesta, à Madrid, en 1614. Miguel de Madrigal avait antérieurement publié la Segunda parte del Romancero gênerai y Flor de dtver$a poesia^ à Yalladolid, in-4''^ en 1605, publication que Ton peut proprement ajouter à Tune ou à Tautre des deux dernières éditions de Tœuvre principale. C'est ainsi que les 7ieuf parties qui composent toutes les quatre éditions s'étendirent jusqu'à treize. Toutes ces éditions sont en petit in-4^, et constituent les célèbres Romanceras geîierales.
figure le duc, me permet de conjecturer que cet estai poétique ti animé peut bîei avoir été composé par Lope, et ce qui corrobore ma conjecture , c'est que plaocait des romances de Lope se trouvent dans ce volume auquel cette poésie sert da préhes. Je remarque aussi une ressemblance entre la prose de VavU au lecteur dca parties iT et V, et cette préface poétique de la partie ti , ce qui semblerait indiquer qae Tune et l'autre sont d'une seule main. Rappelons encore que les parties it et t fiml publiées par Flores lui-même, à Lisbonne, un an avant, en 1&93.
La publication de tant de collections différentes de romances, dans la dernière moitié du seizième siècle et dans les premières années du dix-septième, ne permet pas de douter que les romances ne fussent al ors déjà connues de toutes les classes de la société et n'aient peu à peu obtenu la faveur des plus hautes. Mais les Romanceros ge^ nerales étaient trop volumineux pour Tusage du peuple ; on imprima donc de plus petites collections, telles que le Jardin de amadores, de Juan de la Puente, en 1611 ; la Primavera de Pedro Arias Perez, composée avec un rare discernement et imprimée en 1626, 1659, etc.; les Maravillas del Pamasso, de Jorge Pinto de Morales, en 1640; les Romances varios^ de Pablo de Val, en 1658, romances légères et satiriques en général et où il s'en trouve plusieurs de Quevedo ; les Romances varios^ d'Antonio Diez, et beaucoup d'autres, pour ne rien dire de collections encore moins considérables^ composées d'une ou de deux feuilles, citées par Depping et Wolf, publiées pour satisfaire les nombreuses demandes de la partie la moins cultivée du peuple espagnol, et qui ont été imprimées et réimprimées jusqu'à nos jours. Pour des raisons semblables, peut-être même pour flatter la passion militaire du siècle et donner un amusement aux armées de Flandre, d'Italie et des Indes, on a fait des extraits des Romanceros générales^ et de romances puisées à d'autres sources, et composé des romanceros d'une nature plus ou moins émouvante. Tels sont la Floresta de romances de los doce pares de Francia^ par Damian Lopez de Tortajada, dont la première édition a été imprimée à Alcalà, en 1608 (D. Quijote, édit. de Pellicer, 1797, in-8, tome I, page 105); le Ro* mancero del Cid, par Juan de Escobar, imprimé pour la première fois à Alcalà, en 1612 (N. Antonio, Bibl. nov.^ tome I, page 684). L'une et l'autre ont été souvent réimprimées depuis.
Vers la fin du dix-septième siècle, l'amour pour les vieilles romances espagnoles et pour le reste de la littérature nationale primitive vit arriver sa décadence chez les classes les plus favorisées de la société ; amour qui s'éteignit presque entièrement, au commencement du dixhuitième siècle et à l'avènement de la famille de Bourbon. Un sentiment si énergique et qui avait poussé des racines si profondes dans le caractère du peuple ne pouvait être extirpé. Les romances furent oubliées, négligées par la cour et la noblesse, mais la masse du peuple continua d'être constante dans son goût pour elles, comme le prouvent évidemment le t€-moignage de Sarmiento, leur réimpression constante pour l'usage du peuple , sous les formes les plus humbles, et plus fréquemment sous la forme de feuilles volantes. Enfin, on fit
une teutative pour les replacer sur leur terrain primitif. Fernandez (Estala), eu 1796, imprima deux volumes de romances dans sa collection de poésies castillanes, et Quintana en forma un petit mais agréable bouquet pour sa Coleccion de poesias, imprimée en 1807, ajoutant à chaque publication une préface qui en augmente le prix et la grâce, sans respirer, à ce qu'il nous semble, leur énergie et leur feu. Ces tentatives produisirent peu d'effet en Espagne, mais elles trouvèrent du retentissement au dehors. Jacob Grimm publia, à Vienne, en 181S, une petite collection des vieilles romances les meilleures, extraites principalement du Romancero de 1555; C.-B. Depping en publia une autre plus étendue, à Leipzig, en 1817. Ce dernier contient environ trois cents romances avec une préface et des notes en allemand; le tout fut publié de nouveau, en, espagnol, pour la première fois, avec de légères additions et corrections, à Londres, en 1825, par Salvi, et pour la seconde, à Leipzig, avec de nombreuses et importantes additions par Depping lui-même et par Antonio Alcali Galiano, en 1844. Toutes ces publications, d'un grand mérite, ont contribué, plus qu'aucune des précédentes, à généraliser, en Europe, le goût des vieilles romances espagnoles, et elles ont évidemment produit les admirables et énergiques traductions de J.-G. Lockhart, en 1823, et Tintéressante disposition historique que M. Damas-Hinard en a donnée dans sa version en prose française d'environ trois cents, dans son Monuahcero espagnol^ en 1844.
La plus importante publication de romances espagnoles en ces derniers temps, vient, toutefois, comme elle devait venir, de TEspagne elle-même, et a été faite par D. Agustin Duran, à qui, sous d'autres rapports, la littérature primitive de l'Espagne doit beaucoup. Il commença par éditer^ en 1828, les romances moriscoi du Romancero général de 1614 ; il continua, en 1829, par deux volumes de romances mêlées, et finit ses travaux, en 1832, par deux volumes de plus contenant les romances historiques et les romances de chevalerie ; en tout, cinq volumes. Les quatre derniers ont été tiréa de toutes les sources qu'il put trouver, antérieures à la moitié du dix-septième siècle. La collection entière a été réimprimée avec des additions par Eug. de Ochoa, à Paris, en 1838, et à Barcelone, par Pons, en 1840.
Une collection générale, complète et critique des romances espagnoles manque encore; collection qui embrasserait toutes les romances des auteurs connus, tels que Cueva, Padilla, Lope de Vega, Quevedo et Gongora, en même temps que toutes ces richesses dont on ne parle
[ui restent et doivent toujours rester anonymes dans les pre- Romanceros. Quand nous posséderons un pareil livre, et pas ^ nous pourrons comprendre et estimer, comme elles doivent Dmprises et estimées, la patrie et la nationalité de ces vieilles uses espagnoles, sur lesquellesrepose, comme sur ses véritables ments, le vieux théâtre espagnol. Mais sur qui porter nos repour une pareille entreprise ? Est-ce sur D. Agustin Duran, à À ; sur Wolf, à Vienne ; sur Huber, à Berlin? Je crois qu'on ne ittendre un pareil travail que de Duran, et j'espère que ce projet lientAt réalisé.
knor avait raison : son espoir n'a pas été trompé. Don Agustin I ne s'est pas arrêté dans seslaborienx efforts. Non content de son er Romancero, il en a publié un nouveau plus complet et plus ant, dans la Biblioteca de auiores espanoles du S. Rivade- , tomes X et XVI, romancero comprenant environ deux mille ices, toutes antérieures à l'année 1700, avec un ordre et une ition des plus judicieuses. Rien n'est plus digne d'éloges que les \ bibliographiques attestant leur légitimité ainsi que les notes tes et historiques qui lui servent d'éclaircissement. Réunissez » travaux faits jusqu'à ce jour< tant par des Espagnols que par nmgers, pour mettre en évidence ce genre intéressant, mais r, de la littérature castillane primitive, et vous n'aure» rien en indson de ce qu'a fait, par son livre seul, ce modeste littérateur loL