‹ Histoire de la littérature espagnoleChapitre 54 sur 70 · I.1TTÉRATIRE ESPAGNOLE. ^t · texte numérisé non relu

I.1TTÉRATIRE ESPAGNOLE. ^t

1" Le premier motif qu'il allcjjnje, c'est qu'on ne trouve aucune mention qu'un hachelier Fernan Gomez de Cibdaréal, médecin du roi D. Juan II, ait existé soua ce règne dont il nous reste tant de mémoires nous mentionnant des personnes beaucoup moins importantes que le bachelier. — Le fait parait certain jusqu'id, mais je ne vuis pas que cet argument négatif prouve grand'cbose. La position motieste du baclielicr et son intervention nullement ostensible dans les afiaires publiques expliquent suffisamment ce silence des auteurs contemporains; ils n'ont pas, que je sache, nommé d'autres médecins de rois qui occupaient la même position que Cibdaréal^ médecins qui ont probablement échangé des lettres avec les grands et avec d'autres personnages de la cour avec lesquels ils se trouvaient nécessairement on commerce et en relations. Llaguno prétend que certains critiques soupçonnent qu'Alvar Gomez de Cibdaréal, qui fut secrétaire de Henri IV et de son conseil, seigneur de Pioz^ Alanzon et autres lieux^ a été le ûls du bachelier dont ee dernier parle si souvent et à qui D. Juan II donna^ dit^il, Valcaidia de gobemacion de Cibdaréal, mais qu'à ce sujet on n'a pu trouver rien de certain. Ce soupi;on néanmoins me paraît fondé : Alvar Gomez de Cibdaréal^ malgré les postes importants qu'il occupa du temps de Heiuri IV, était d'une origine obscure (i), c'est constant, ce qui s'accorde parfaitement avec ce que dit le bachelier lui-mènie: qu'il était fils d'un homme bon^ mais chrétien sans tache; comme ils portent d'un autre côté le même nom, qu'ils vécurent dans des temps qui ne manquent pas de rapport, et que nous ne savons pas quels furent les ascendants d'Alvar (lomez^ il en résulte que le soupçon est assez raisonnable et que ce point mérile un plus grand éclaircissement (2).

T Le second motif, c'est qu'on ne trouve aucun manuscrit du CenUm efitio lario. Cette cii-constance prouve peu, ne prouve rien. Je ne parle pas seulement d'un manuscrit de lettres particulières, mais encore d'une ceuvre historique ou lî^ téraire. On ne connaît qu'un seul manuscrit du Poëme du Cid\ la m^ne est arrivée pour son Uistoria latina, et je dis est arrivée, parce que tout \ ment on en a trouvé un autre à TAcadémie royale d'Histoire^ et personne cependant n'a douté aujourd'hui de la légitimité de ces monuments, ni de tani d'antres se trouvant dans le même cas.

a^» Quant à la première impression et à sa falsification reconnue, autre iigument allégué, j'ai déjà dit ce que Ton en croit généralement et ce qui est de tradition parmi les hommes de lettres espagnols. L'intérêt qu'eut l'auteur de feindre une édition ancienne démontré, cette fiction ne prouve pas ce qne Ton piétead

(1) Alvar Gomez de Cibdaréal , dit la Chronique de Henri IV de Outille » chap. 68, fut de si basse extraction qu'il ne convient pas de (aire mention de sa Cunille.

(2) Dans la bibliothèque de Salazar , il existe un mémoire du procès survenu entra le marquis de Yillamayna et d'autres, sur la succession du majorât qne fonda Alvar Gomez de Cibdaréal , qui fut sccrcUairo de Henri IV , en 147:> : tous les arbres généalogiques, toutes les relations de parenté , toutes les ligues, commencent à oel Alvar Gomez , sans que les ascendants s'y trouvent exprimés. Dans rautorisatîon royak donnée en 1446 pour fonder ledit majorât , il est écrit que tous les biens que pon^ dait le susdit Alvar Gomez étaient des donations et des récompenses que le roi et d'autres personnes lui avaient accordées. Alvar Uomez de Cibdaréal monmt ws Tannée 1491 , où il dicta son dernier codicille.

qu'elle prouve. Au siècle dernier^ un a fait^ je ne sais pourquoi ni pour qui^ une fausse édition des Dialogues de Mexia qui se prétend imprimée à Séville, en l'année 1570, et^ malgré tout, les Dialogues de Mexia sont légitimes.

4o Je ne sais quelle déduction prétend tirer Ticknor de ce que Llaguno suppose que la première édition du Centon se fit après Tannée 1600. Llaguno ne fixe pas Tannée, et tout indi(}ue du reste que cette impression se fit vers 1635 (I), un peu plus ou un peu moins; et par conséquent il peut bien être Touvrage de Vera y Zuniga, qui avait alors plus de quarante-cinq ans.

5"* « Le bachelier de Cibdaréal, ajoute-t-on, ne met de date à. aucune de ses « lettres, mais les faits et les indications de ses lettres se renconti'ent si compléte- <f ment dans la Chronique de D. Juan II que Téditeur du Centon, en 1775, a pu « en suivant ladite Chronique donner à chacune d'elles sa date correspondante^ « ce qui eût été difficilement possible si les deux œuvres eussent été écrites indé- « pendammentTune de l'autre. » — A cet égard il suffit d'avertir seulement qu'un grand nombre des événements racontés dans le Centon sont par leur importance d'une date connue; il n'y a donc pas plus de difficulté à assigner à la plus grande partie de ses lettres (2) leur date correspondante; que plusieurs de ces dates ont été déduites par des conjectures plus ou moins plausibles, et que certaines sont évidemment fausses. Cet argument ne me parait pas avoir par conséquent une gi*ande force. Il y en a certainement plus dans la preuve qui se déduit de la conformité des nairations du Centon et de la Chronique, conformité parfois trèbremarquable et suffisante pour soupçonner que ces deux ouvrages ne se composèrent pas indépendamment Tun de Tautre. Mais cette conformité n'est pas assez complète pour qu'on n'y observe pas presque toujours des différences considérables, sinon pour le fond même des choses , du moins dans les circonstances et dans leurs accidents. Il n'y a donc pas d'invraisemblance à supposer que Juan de Mena et les autres auteurs de la Chronique de D. Juan II jusqu'à Ferez de Guzman aient eu présentes les lettres de Cibdaréal ou plusieurs d'entre elles^ ou tout au moins les relations des événements qui s'amplifiaient à la cour à mesure qu'ils arrivaient, relations dans lesquelles le bacheliet' lui-même prenait une part active, ainsi que nous le voyons dans ses lettres (3). Les Chroniques se composaient sur ses relations^ et de même que ce ne serait pas une preuve contre les narration^ du Seguro de Tordesillasy écrites par le comte de Haro, de voir la Chronique de D. Juan entièrement d'accord avec elles, je ne vois pas ^urquoi on en tirerait une conclusion dillérente, lorsqu'il s'agit des lettres du Centon.

(1) Don Luis de Salazar, dans le passage déjà cité de ses Àdvertendas fUstoricas , et d'autres écrivains à qui se rapporte Llaguno dans la iVo^ice sur Cibdaréal, indiquent clairement que Tédition ancienne de ces lettres, qui se prétend de Burgos , se fit à Venise; comme Vera y Zuiiiga y fut ambassadeur de 1632 à 1635 et plus tard , ainsi qu'il est dit dans le Traité sur l'antiquité de la famille de Vera, fol. 168, je crois que le Centon s'y imprima dans cet intervalle, et qull commença à être connu et cité par nos écrivains quelques années après.

(2) Les lettres de Fernando del Pulgar non plus n'ont pas de date, et leur moderne éditeur a pu toutefois la mettre à un grand nombre d'elles.

(3) <i Le roi , disait Cibdaréal à Juan de Mena, lettre 47 , m'ordonne de vous raconter le secret de ce qu'on envoie du dehors à sa seigneurie, et de ce que sa seigneurie envoie aussi. » Voyez encore les lettres 49, àl , 56, 67, etc.

6^ cf Le style des lettres^ poursuitTicknor, quoique accommodé cerlainement avec la plus grande habileté et le plus grand bonheur au style du temps où elles ont ébe, suppose*t-on^ écrites, n'y est pas toujours conforme; et Técrifain se laisse aller parfois à de curieux archaïsmes. D'autres fois il va plus loin : il emploie des mol» qu'il est sans exemple de voir employés par d'autres : comme lorsqu'il prend et dans le sens de que, chose qui ne se peut nullement justifier et qu*il a fallu corriger dans l'édition de 1775^ pour que les phrases où ce mot se trouve eussent on sens. » — Un étranger^ quelque éclairé qu'il soit^ n'est pas^ ce me semble, le meilleur juge pour décider jusqu'à quel point les lettres de Cibdaréal s'écartent du langage usité en Gastille^ au seizième siècle. Jusqu'à présent personne n'avait fait de remarque particulière à ce sujet parmi les nombreux écrivains qui ont traité de ces lettres ou qui se sont appuyés sur elles. Dans ma pensée, le style et la laogw du bachelier de Cibdaréal appartiennent d'une manière si propre et si particnUire au quinzième siècle qu*il semble ihipossible qu'on ait pu les falsiûer en les reoilant au dix-septième. A mes yeux c'est là une des plus grandes preuves de la légitimité du Genton, et j^avoue que sa lecture dissipe dans mon esprit tous les doutcsi tous les soupçons que d'autres circonstances ont pu y faire naître. Quant à l'enploi de ca dans le sens de que^ remarqué par Llaguno Je ne crois pas asseï eiade l'observation de cet érudit sur ce que, au temps du bachelier, ce mot n'avait afaMH lument d'autre signification que porque. De toutes manières, s'il y a là réeUemcit une faute, ne devrait-on pas l'imputer ou à une erreur du copiste qui copia roriginal pour l'impression ou à un tour particulier de l'auteur, plutôt que de le considérer comme une preuve de falsification? En effet, rien n'est moins probabk« ni moins concevable peutrètre, que de voir l'homme capable d'imiter si parfjûlemeut le style et la langue du quinzième siècle dans 103 lettres^ ignorer le mm d'une particule usitée encore chez nos écrivains du seizième siècle. Cette i gence, si on peut s'exprimer ainsi, un falsificateur si habile ne l'eût j commise.

7* Le peu de mots où le supposé éditeur de 1499 rend compte du livre ^ et ( ques vers qui se trouvent à la fin, fournissent aussi à Ticknor un autre i contre le Centon. « Ce peu de mots, dit-il, appartiennent, suppose-l-OD, à Véàr teur qui, suivant Bayer, Mendez, etc...... vivait après l'année i600, et devrûcil

être par conséquent écrits dans le style de l'époque où fleurirent Gervanlès d Mariana; mais, loin de là, l'éditeur écrit exactement dans le même style que celai des lettres qu'il publie et que l'on suppose plus anciennes d'un siècle et demi, et, ce qui est pire, il emploie môme ca pour qu€, ce que personne n'a fait, avonsnous dit, à l'exception de notre bachelier. » — Je ne comprends pas bien le fbwl de cette argumentation : si je ne me tromi>e, ce serait précisément le eootniR qui prouverait contre la légitimité de l'ouvrage ou de l'édition : c'est-à-dire, m son éditeur, qui est, on le suppose, du quinzième siècle, employait la langue di dix-septième, celle de Cervantes ou de Mariana; alors il n*y aurait a sur la supposition. Mais que l'éditeur qui écrivait ou que l'on suppose écrire ^ la fin du quinzième siècle, emploie plus ou moins la nième langue que les 1 écrites cinquante ans auparavant, je trouve la chose si naturelle que je i pas qu'elle puisse être d'une autre manière, que l'édition soft légitime, oo qa'ÎAi stiit supposée. Dans le premier cas, l'emploi de la même langue est une chose nturellc ; dans le second, c'est une chose nécessaire pour soutenir et ne pas ( vrirla fiction.

S*" Un autre argument déduit de Tâge de Juan de Mena ne me parait pas plus fondé. « Tout le monde convient^ est-il dit, que ce poëte mourut à Torrelaguna, en 1456^ à Tâge de quarante-cinq ans; or le supposé bachelier^ dans sa lettre vingtième, écrite en 1428^ introduit Juan de Mena, alors qu*il n^avait que dix-huit ans, comme fort avancé dans l'intimité de la cour, le fait chroniqueur du Roi^ et suppose en outre qu'il avait très-avancé son principal poème les TrescientaSyasscrtions encore plus incroyables, si nous nous rappelons que Romero dans son Epicedio dit expressément que Juan de Mena avait déjà vingt-trois ans quand il se livra aux lettres :

• Al dulce trabajo de aquel buen saber. »

— Mais, pour que toute cette objection eût quelque force, il faudrait que la vingtième lettre du bachelier fût réellement de Tannée 1428 : or la lettre n'a pas de date, et dans tout son contenu il n'y a pas le moindre indice qu'elle ait été écrite cette année-là, ce qui renverse toute Targumentation. Llaguno la suppose écrite cette année-là, c'est vrai ; mais il n'a pu s'appuyer sur d'autre fondement, s'il en a eu, que de la trouver au milieu d'autres d'une date analogue. Dans son travail, Llaguno s*est toujours laissé guider par des conjectures, conjectures qui peuvent paraître plausibles en bien des cas, et qui dans d'autres, comme dans le cas présent, sont irès-peu fondées.

O*" Ticknor tire encore un autre argument contre le Geuton de la notice défavorable qu'il nous donne sur la fameuse affaire de l'auto-da-fé des livres de D. Henri de Villena. « Celte narration, dit-il, serait invraisemblable de la part d*un courtisan tel que le bachelier de Gibdaréal, traitant d'une personne déjà considérable et qui montait rapidement aux postes les plus élevés de l'État Mais c'est encore plus : le fait n'est pas certain. Le bachelier représente cet ecclésiastique distingué, brûlant avec négligence et précipitation une grande quantité de livres de la bibliothèque du Marquis de Villena qu'on lui avait envoyés à examiner après la mort du Marquis, accusé de s'être livré, pendant sa vie, à Tétude de la nécromancie. Barrientos, comme prétend nous le faire croire Gibdaréal, ne comprenait rien ù ces livres, et il les fit brûler en tas pour ne pas prendre la peine de les examiner. Or, continue Ticknor, par la relation que le même Barrientos fît de cet événement, au roi D. Juan II, dans une œuvre manuscrite que je possède, Barrientos déclare expressément qu'il les brûla par ordre du monarque : il témoigne aussi des regrets de ce que certains ont été brûlés, même de ceux qui appartiennent aux arts qu'il ne convient pas de lire, tels que Raziel, narration bien différente du récit de Gibdaréal et qui, adressée au roi, si instruit de l'affaire, ne peut «Hrc entachée d'erreur, ni récusée. »

Je ne vois rien là qui prouve contre la légitimité du Genton, lors même que nous voudrions accorder un entier crédit au dire de la partie intéressée, F. Lope liarrientos. Que les livres aient été brûlés par ordre du Roi, personne ne peut en douter, personne ne l'a jamais nié, mais c'est à Fray Lope qu'ils furent tous portés pour qu'il les examinât et les qualifîât, et de son examen, de sa qualifîcatiou résulta leur mise au feu. Le bachelier ne se plaint pas que ces livres aient été livrés aux flammes sans autorisation, il se plaint qu'ils aient été brûlés sans avoir été bien examinés ni bien connus, et de l'outrage que l'on fît par là à la

mémoire de Tillustre savant D. Henri de Viilena. En un mot^ Cibdaréal, avec toute l'étendue que comporte Tintimitc d'une lettre particulière, Cibdaréal juge le fait, comme le jugea publiquement h' célèbre Juan de Mena^ dans un poème adressé au môme roi D. Juan II.

ce Son savoir ne suffit pas, dit Cibdaréal, à D. Henri dç Viilena, pour ne pu mourir ; il ne lui suffit pas non plus d'être oncle du roi pour ne pas passer pour

un enchanteur Deux chariots furent chargés des livres qu'il laissa, et que

Ton a amenés au roi, et comme il dit que ce sont des livres sur la magie, sur des arts qu'il no convient pas de lire, le roi ordonna de les porter à la demeure df Fray Lope de Barricntos ; et Fray Lope^ qui s'inquiète plus de se conformer aux idées du prince que de réviser des nécromancies, fit brûler plus de cent de ces livres qu'il ne vit pas plus que le roi de Maroc, qu*il ne comprit pas plus que le doyen de Cibda Rodrigo : car ils sont nombreux dans ce temps, ceux qui se i dent doctes en faisant les autres insensés et magiciens. Seulement cette tion n'avait pas touché à la destinée de ce bon et magnifique seigneur. Beaaoovp d'autres livres de valeur sont restés entre les mains de Fray Lope» lîYres qui se seront ni brûlés ni vendus, etc. (lettre 66). »

Écoutons maintenant les accents ex()rcssifs de notre célèbre Juan de Mena sur le même sujet :

Aquel que tu ves estar conlemplaDdo , En el movimiento de tantas estrellas , La fuerza, laorden, la obrade aquellas.

Que mide les cursos de como é de cuando

Aquel claro padre, aquel dulce faente, Aquel que en el càstalo monte resuena.

Es don Enrique, seùor de Viilena, Honra de Espana y del siglo présente.

0 inclito sabio , auctor muy sdente , Olra y aun otra vegada yo lloro , Porque Gastilla perdiô tal thesoro No conoficido delante la gente.

Perdio los tus libros sin ser conoacidos

Y como en exequias te fueron ya luego Unos metidos al «ivido fuego,

Y otros sin ordcn no bien repart idos.

Cierto en Atbenas los libros fingidos Que de Prothagoras se reprobaron , (^on ceremonia mayor se quemaron (Cuando al senado le fueron leidos (l).

(1) « Celui que tu vois occupé à contempler, — Dans le mouvement de tant d'étoiles, - I^ur force, leur ordre, leur action , •— Qui mesure leur cours, leur mode ot kw

temps — Ce père illustre , cette douce source , — Celai dont le nom réaomie sar

1.1 montagne de Castalie, — C'est don Henri, seigneur de Viilena, — L^bonnear ir TEspagne et du siècle présent. — 0 savant célèbre, auteur plein de science , — Je II pleure et je te pleure encore , — Parce que la Castille a perdu un si grand tréaor — inconnu du vulgaire.— Elle a perdu tes livres qui n'ont pas été connus. — Et eammt

HISTOIBB DE lA UTTËRATURE BSPA6IfOLE« «47

Maintenant, si nous faisons attention au caractère des deux écrits, je ne sais lequel des deux contient plus de grares aceniatiODs contre cette espèce d'aotiHla^é, de la lettre confidentidie et privée du bachelier de Gibdaréal ou du poime de Juan de Mena, destiné à la publicité et à la renommée, luan de Mena se plaint publiquement et ouvertement que les livres de don Henri de Yillena aient été brûlés avant d'être dûment examinés et connus, sans les solennités et oérémonles ordinaires, et il assure que d'autres ftnent mal répartis et sans ordre. Quelqu*an peut-il croire que, si ces censures fassent directement tombées sur le roi,le poSte courtisan et favori du roi les eût exprimées avec tant de véhémence et dlndi- ^nation, dans un ouvrage qu'il écrivait presque sous ses yeux? Les accusations étaient dirigées contre une autre personne, personne qui ne peut être antre que celle qu'on avait chargée de l'examen et (te la qnalitication des livres. Le savant commandeur (1 ), en commentant ces vers, veut aussi venger Barrientos et se fonde sur le même témoignage qui sert de point d'appui à Ticknor (2). Mais, dans son commentaire, il avoue même qu'on l'a accusé pour cela; et Ton peut condnre de tout, qu'il n'y a pas assez de fondements pour taxer de fausseté la narration du bachelier de Gibdaréal sur un (ait si important, ni pour en déduire aucune preuve contre la légitimité du Genton, bien qu*il y ait dans le récit quelque passion contre Barrientos (3).

lO^" On allègue aussi contre le Genton , qu'à Pépoque de la publication supposée de ces lettres, ce genre de supercheries était fort commun en Espagne, et l'on cite le Mare^Auréle de l'évêque Guevara, les Laminaê de phwêo trouvées à Grenade et les faUos eronieones de P. Roman de la Higuera; qu'il a par œnséquent été très-probable que, dans une disporition semblable de l'opinion, un érudit ingénieux ait été poussé par le désir dMndler ces exemples afin de surprendre le public par un jeu d'esprit, en ne le trompant tontefois que sur Tauthenticité de Touvrage. Je ne nie pas la possibilité absolue de fat fietion, mais il me semble que j'ai prouvé et mis en lumière le motif qui fit falsifier l'édition ancienne, et introduire les interpolations dénoncées par Nicolas Antonio et Mayans. Les exemples des autres falsifications ne prouvent rien contre le Genton, surtout si l'on tient compte d'une circonstance Importante. Ges fictions furent à peine découvertes et dévoilées que, tout en séduisant dès l'abord un grand nombre de personnes, elles furent, dès le principe, violemment attaquées. Il n'en est pas de

à des funérailles, ils ont été bientôt — Les uns livrés aux flammes avides, — Les autres répartis mal et sans ordre. — Certes , à Athènes , les livres si frax , — Œuvres réprouvées de Protagoras, — Se brûlèrent avec plus de cérémonie — Après qu*att sénat on en eût fait lecture. » (Orden de Febo, stanoes czxvi et sq.)

(1) Orden de Febo, stance cxxviii.

(2) Quoique le livre de Barrientos, Softré Uu divenas upedes de dlvlnansat , que cite Ticknor, soit encore manuscrit, le passage relatif au livre du Marquis de Yillena a été déjà publié très au long au commencement du seizième siècle. Ce livre était par conséquent connu de nos critiques et de nos autres écrivains.

(3) La Chronique du Roi D. Juan II confirme, en outre, le récit du bachelier. D'après elle, le Roi ordonna à Fray Lope d'examiner les livres et de voir s'il y en avait quelques-uns sur les maléfices : « Fray Lope, continue-ielle, les regarda, en fit brûler quelques-uns, et d'autres restèrent en son pouvoir. » Aniiée'1434, ch. vm.

04ft HISTOIRE DR LA LITTERATURE ESPAGNOLE.

môme I oiir le Conton. Les criti(}iies tels que Luis Salazar, Nicolas Antonio, ot U^ autres que nous avons cités, découvrirent immédiatement la supposition de rédition ancienne, son objet, l'interpolation des lettres et leur auteur; concours de circonstances qui auraient dû les mettre sur la ^oie pour découvrir la falsification totale de l'ouvrage, si en effet il eût été faux. Mais, loin de là, ils reconnurent son authenticité, s'appuyèrent sur ses données, sans aucune espèce de scrupule, sans que personne conçût le moindre soupçon de la supercherie. Toutes ces considérations prouvent plus, selon moi, en faveur du Centon que contre lui.

\ 1* Arrivons donc à la véritable difficulté du sujet, à l'argument auq[iiel nous reconnaissons franchement une grande force, et pour lequel nous n'avons pas trouvé jusqu'ici une solution satisfaisante. Dans la lettre 103, le bachelier de Cibdaréal raconte la mort du Connétable D. Alvaro de Luna, publiquement décapité à Valladolid, le 2 juin 1543 (i). Suivant cette rebitioUy le roi D.Juan II se trouvait alors dans cette ville : le bachelier l'accompagnait, et il assista aux hésitations du roi en faveur du Connétable ; il nous fait part de ses regrets quand il apprit sa mort, et il nous donne une autre série de déiails intimes du plus grand intérêt. Biais, des documents extraits par Quintana pour sa ^ie de don Airaro de Luna et trouvés dernièrement dans les archives de Simancas, il résulte que le roî frétait ni ce jour, ni plusieurs jours avant, ni plusieurs jours après, à Valladolid, mais bien de ce côté des ports, assiégant Maqueda, Escalona et autres villes, que I). Alvaro de Luna possédait dans le royaume de Tolède. Quintana, qui découvrit le premier cette contradiction, souleva aussi le premier les doutes auiquels elle donne 1 ieu . a Toutes ces circonstances de la mort de D. Alvaro, dit-il, où le même médecin se présente comme témoin et acteur, sont en contradiction avec les chroniques et ks autres documents diplomatiques. Pour le style et la langue, la susdite lettre ressemble entièrement aux autres, et, dans cette hypothèse, que penser de cette correspondance si intéressante pour le fond, si agréable et si précieuse pour son slyle, si accréditée pour son autorité? Aura-t-on interpolé cette lettre parmi les autres? N'y aurait-il qu'elle seule d'interpolée? Celui qui a violé ainsi la vérilé sur un fait d'une si haute importance qu'il suppose se passer sous ses yeux, ne Faura-t-il pas violée dans d'autres? Un médecin semblable a-t-il véritablement existé; une semblable correspondance a-t-elle jamais eu lieu? Cet ouvrage serait-il un jeu d'esprit de quelque écrivain postérieur? Dans ce cas tout ce qu'il gagnerait en mérite littéraire, comme invention, il le perdrait en autorité comme document historique. D'autres critiques, dit en finissant Quintana, résoudront ees doutes (2). »

(1) Je dois avertir que Ticknor se laisse aller à diverses inexactitudes en espossal cette objection. La mort du Connétable, par exemple, ne doit pas être placée, i il le suppose, au 2 juin 1452 , mais au 2 juin 1453, ainsi que rontdémontré leP. dez, Floranes, et en dernier lieu Quintana. -— Il n^est pas non plus exact de dire qas, dans la lettre 103 de Cibdaréal , l'exécution du Connétable eut lien la vetperu et Is Magdalena^ comme le suppose Ticknor. Dans toute cette lettre, on ne trouve pss pareille indication. L'erreur qui confond la date de la mort de D. Alvaro avec < du roi D. Juan II, mort effectivement la veille de cette fête, selon la lettre lO&i même Cibdaréal, ne provient pas du Centon^ et ne peut donner lieu , par i à aucun argument contre sa légitimité.

(2) Vie de D. Alvaro de Luna , note de la fin.

Je le répèle, c'est là, pour moi, la véritable objection contre la légitimité des lettres de Cibdaréal, et, malgré tous mes efforls et toutes mes recherches pour expliquer cette difficulté d'une manière satisfaisante, je n'ai pu trouver jusqu*à aujourd'hui une solution qui me contente. On pourrait bien dire que c'est une des lettres interpolées par Vera y Zuniga, mais, pour que son insertion présentât quelques degrés de probabilité, il faudrait que nous vissions l'intérêt que Vera aurait pu y trouver, et je n'en découvre aucun, puisque aucune personne de sa famille n'y est mentionnée (1). On pourrait soupçonner aussi que cette lettre si favorable à la mémoire du Connétable et à son parti, a été écrite et altérée par un de ses partisans, entre les mains duquel la composition du bachelier était tombée : et cette conjecture, quoique dénuée de toute preuve directe, n'est pas cependant invraisemblable. Dans tout ce qui est relatif à la prison et à la mort de D. Alvaro de Luna, malgré les chroniques de D. Juan II, malgré la chronique spéciale du Connétable même, et les lettres de notre Centon, il règne une confusion et une incertitude très-remarquables. Sa mort ne dissipa point les partis, et les chroniques mômes, qui avaient un caractère presque officiel, ont été altérées ou pour ou contre cet illustre personnage. Flores, l'éditeur de la Chronique de don Alvaro, soutient (2) que la lettre ou provision royale dans laquelle le roi rend compte aux cités et villes de son royaume de la justice faite sur la personne du Connétable, en accumulant contre lui les plus grandes accusations (3), est un document apocryphe composé par Mosen Diego Valera, ennemi du Connétable. Dans la préface de la Chronique de don Juan 11, son premier éditeur prouve (4) que le même Valera interpola cette Chronique en de nombreux endroits, où il déchaîna sa haine contre le Connétable, a comme un homme qui suivait, dit-il, le parti des grands, et vivait dans la maison de don Pedro de Estuniga, un des plus grands ennemis de D. Alvaro de Luna. » Les partisans de D. Alvaro, de leur côté, ne négligeaient pas de rehausser sa mémoire, de la venger des calomnies de ses ennemis, et dans toutes ces luttes, la vérité était souvent sacrifiée. Quelle différence ne trouve -t-on pas entre la Chronique de D. Alvaro de Luna, écrite par un de ses partisans, et la Chronique de D. Juan II, interpolée au moins par ses ennemis! Don Alvaro de Luna, comme tous les hommes éminents, laissa derrière lui de grandes affections et de grandes haines ; si donc les lettres du bachelier de Cibdfluréal sont tombées dan» les mains d'un des partisans du Connétable, il if y a pas d'invraisemblance à supposer qu'il n'en ait altéré quelques-unes en sa faveur, et particulièrement la cenitroisième, qui fait ressortir la répugnance avec laquelle le roi consentit à sa mort, comme ses ennemis altérèrent la Chronique, et forgèrent des provisions apocryphes pour calomnier sa mémoire.

Dans cette lettre on remarque, selon moi, des signes de son altération. Son (klitcur Llaguno, s'appuyant sur ses conjectures habituelles, la stippose écrite à Yalladolid, hypothèse qui ne peut s'accorder avec d'autres indications, puisque ce

(1) A moins que nous ne considérions comme tel D. Alvaro de Luna lui-même , arlicre-pelit-fils, d'après le Centon^ lettre 8*, de doua Maria de Vera, frère de Taieul de Ruy Marti uez de Vera, un des ascendants du comte de la Roca.

(2) Préface , p. xxviii.

(3) Ce long et important document se trouve dans la Chronique de D. Juan II, année H53, p. 3GJ.

(4) Pa^e X, édition de Valence, 1799.

n60 HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE.

n'est pas une fois, mais plusieurs qu'il est parlé de cette cité comme d'une Tille difTérente de celle où la lettre se dicte (1). La lettre est en outre supposée écrite après la prise d'Escalona^ et comme cette Tille ne se rendit que le 24 ou le 25 juin (2), il en résulte que la relation que le Bachelier fait dans sa lettre à Tarchevéquc de Tolède, de la mort de D. Alvarode Luna, exécuté le 2 du même mois, ne lui fut envoyée que vingt-deux jours au moins après Tévénement, retard qui ne parait pas très-vraisemblable. Si la lettre eût été rédigée d'après la narration de la chronique de D. Juan 11, elle ne pécherait pas par ce manque de conformité, puisque dans la chronique les événements sont parfaitement ordonnés. Le roi, après avoir laissé le Connétable prisonnier dans la forteresse de Portillo , marche sur Maqueda et la prend par traité : il met le siège devant Escalona, mais, persuadé que cette ville ne se rendra pas tant qu'Alvaro vivra^ il dispose tout pour quMl soit jugé et condamné à mort, la sentence s'exécute , et le 20 juin, penidant qu'il assiégeait encore Escalona, il écrit cette exécution aux cités et villes do royaume; enfîn, Don Alvaro mort, Escalona se rend par traité avec la Teuve et les enfants du défunt. Tout se passe comme je viens de le dire, et l'on remarque aisément Tordre, le naturel et la convenance du récit. Pourquoi ne trouve-i-OQ pas los mêmes qualités dans la lettre de Cibdarealî

Il faut bien l'avouer toutefois, ce ne sont là que des conjectures plus ou moins acceptables, conjectures qui pourront peut-être plus tard ouvrir le chemin de It difficulté; mais la difficulté subsiste, et quoique je ne lui aooorde pas la force qu'on veut lui donner , je lui reconnais cependant la force qu*on ne peut réellement pas lui refuser (3).

A cette véritable difficulté et aux autres difficultés, qui n'en sont pas à mon tiens, Ticknor reconnaît que Ton peut opposer la sûnplicité et le naturel de cette correspondance, les intéressants détails qu'elle donne sur les événements si conformes, si appropriés au siècle auquel ils se rapportent , et le fait de voir ces

(1) Par exemple : « On l'emmena (le Connétable) à Valladolid. » — « Il fdt envoyé à Valladolid. » — « On Temmena hors de la ville. «

(2) Les traites ou capitulations pour la reddition d'Escalona sont du 23 juin , et le '>6 encore, le roi datait ses lettres de cette ville. — Appendice à la Chronique de D. Alvaro de Luna, page 425.

(3) Quoique Ticknor ne le relève pas , je mentionnerai ici un entra argonsnt^ i-ontre le Centon : les lettres loi et 102 se prétendent adressées à un D. Gntiem, archevêque de Séville, ce qui ne peut être, puisque, à la date des lettres citées « en 1453 , étaient déjà morts et D. Gutierrede Tolède et D. Gutiem Osorio , qui fuient successivement archevêques deSéville. Le premier était décédé, en 144e, arehevèqee de Tolède, et le second en 1448, d'après Gonzalez Davila {Teairo eeeUikutleo , toM. II, p. 70). L'archevêque deSéville était alors D. Juan de Cervantes, suooeasenrde D. Gutierre Osorio, appelé par d'autres don Garcia. Il y a, par conséquent, erreur delà part de celui qui mit lasuscription sur lesdi tes lettres, qui ne porteraient probablement que : « al manifico e reverendo seûor arzobispo de Sevilla », de la même manière que la lettre 103 qui suit porte : » al manifico e reverendo senor arxobispo ds Tolcdo » , sans indication de nom. Avertissons que Llaguno (Centon , p. 250) Mippote par une erreur manifeste que cet archevêque était D. Gutierre de Tolède» oe qoe ne dit pas le Centon, ce qui ne pouvait être, puisque ce D. Gutierre était mort, now Tavons dit , sept ans auparavant.

HISTOIRE DE LA LITTÉKATURE ESPAGNOLE. r»:,!

lettres citées pendant plus de deux cents ans, par tous nos écrivains comme Tautorité la plus grande et la plus siire relativement aux événements qu'elles racontent. Mais l'importance de ce fait, continue Ticknor, est bien diminuée si nous nous rainr|>elons combien il est rare de voir, dans la littérature espagnole, un véritable esprit de critique, et (|uc dans la poésie castillane nous avons le cas du bachelier Francisco de la Torre, tout à fait semblable, sous de nombreux rapports, à celui du [inchelier ilo Cib laréal, et bien plus fort sous d'autres.

Il me semble ({uc, dans l'exposition des arguments en faveur de la légitimité du CiMiton épislolaire, notre savant historien a été extrêmement concis, et, quant aux objections qu'il a examinées, on peut en opposer d'autres beaucoup plus fortes, plus solides et d'une solution qui n'est pas plus facile. Si le Centon est une falsilication, quel fut l'écrivain capable de la faire; quel fut l'objet de son entreprise^ comment mena-t-il à bout cette fiction si difficile? A-t-on bien réfléchi aux difficultés contre lesquelles il a eu à lutter pour toucher à tant d'événements, de circonstances, de détails qu'il raconte comme témoin oculaire et pour ne pas tomber dans des erreurs continuelles et inévitables? Supposé qu'à force de travail et d'étude, il ait vaincu ces difficultés , pour ainsi dire matérielles , s'il vivait au dix-septième siècle, où les subtilités, les jeux de mots, les pensées aiambiquées étaient en si grand honneur, quel était l'écrivain capable d'exécuter avec tant de naturel, de simplicité et de grâce cette fiction si ingénieuse , et de nous transporter si naturellement vers le milieu du quinzième siècle? Et puis, pourquoi dépenser tant de travail, tant de génie? Quel objet se proposait l'écrivain capable de se livrer à une tâche pareille, d'écrire de cette manière, dans ce style et dans cette langue, en entreprenant une œuvre d'où il ne devait résulter pour lui ni profit ni renommée? Je comprends parfaitement que Veray Zuniga, pour rehausser son origine, ait interpolé plusieurs lettres du Centon : son intérêt est trop évident et l'entreprise n'est pas très-difficile. Mais je ne peux croire facilement ni qu'il fût capable de composer le Centon, ni qu'en étant capable, il ait pris la peine de supposer ces 105 lettres pour entendre seulement résonner dans quelques-unes les noms de ses ascendants. A l'égard de tout autre écrivain, la supposition est encore plus invraisemblable, à moins cependant que ne se manifeste ou ne se déclare par hasard quel peut être , parmi ceux qui auraient^pu l'être, Fauteur de la fiction et i\uv\ fut le mobile qui a pu le conduire.

L'exemple des poésies du bachelier Francisco de la Torre, cité par Ticknor à *'appui de son opinion, prouve, selon moi, le contraire de ce qu'il prétend prouver : il prouve qu'il peut y avoir un écrivain des plus éminents et dont on ne connaît que les détails que ses ouvrages peuvent nous fournir. Quel est aujourd'hui la personne qui croit que les poésies du bachelier de la Torre sont de Francisco Que* vedo? D. Luis Velasquez, le premier, soutint, il est vrai, cette opinion en réimprimant ces beaux vers, en 1753 ; il est vrai aussi que plusieurs autres personnes se sont laissé conduire par cette supposition ; mais il ne l'est pas moins aussi que la différence immense des vers de la Torre à ceux de Quevedo, entre le style, récole, l'esprit onlin de l'un et de l'autre génie, ont aujourd'hui complètement renversé cette hy()otbèse mal fondée, au point que nous sommes étonnés qu'une personne de l'érudition de Ticknor puisse encore la faire agir.

Ouevcdo, qui ne publia jamais aucun de ses vers originaux, dont le nombre est infini, publia les vers inédits de l'inconnu Francisco de la Torre ; il en fit de même pour les vers du célèbre Fray Luis de Léon. Modestie exemplaire de ce grand génie

qui publia avec soin et corrigea les vers des autres poëtes et laissa inédits et sans les corriger ses propres vers.

Ticknor^ comme nous Tavons vu, ne méconnaît pas la force que donne au Genton le fait d'avoir été pendant plus de deux cents ans réputé par tous nos écrivains une œuvre légitime, d'une grande autorité historique, même en sachant la falsification de la première édition et les interpolations qui y ont été faites. Ticknor se débarrasse facilement de cette difficulté. Rarement, dit-il, Tesprit de critique se laisse entrevoir dans la littérature espagnole^ et ce défaut diminue do beaucoup l'importance de cette longue supposition. Cette solution ne me parait pas avoir une grande force : peut-être suis -je aveuglé par la passion et l'amonr de oe qui nous touche, mais, dans ma pensée, si nous. Espagnols, nous avons péché en matière de critique, ce n'est certainement pas par défaut, mais par excès. La grandi* démangeaison de nos critiques a précisément toujours été de donner pour apocryphes et de déconsidérer, comme inventés, non-seulement les documents historiques soupçonnés de fausseté, mais encore les documents les plus authentiques et les plus légitimes. Je ne crois pas, moi^ qu*en ces matières, les Pellicer^ Salazar de Castro, Mondejar, Nicolas Antonio, Ferreras, Llaguno, Floranes et tant d'antres soient restés beaucoup en arrière. De plus, n'est-ce pas la critique espagnole qui a mis au grand jour la fiction de Marc-Aurèle, la fausseté des antiquités supposées de Grenade, celle des fausses chroniques d'Annio de Viterfoe et du P. Roman de la Higuera? N'est-ce pas elle qui reconnut immédiatement, à Tégard du Genton, que l'édition de 1499 était fausse ? N'est-ce pas elle qui a reconnu non-seulement l'auteur de cette supercherie, mais encore l'objet qu'il se proposait par elle ? Il n'y a pas jusqu'à la seule et unique objection de quelque force, alléguée contre la légitimité des lettres de Cibdaréal, qui n*ait été mise au jour, pour la premiers fois, par la critique espagnole, par Quintana, dans la biographie citée pins haut Nous observerons ici que cet illustre écrivain souleva les mêmes questions dont s'occupe Ticknor. Quintana les propose, il est vrai, comme des doutes, et Ticknor les décide résolument contre le Centon. De toutes manières, il est certain que la première idée de fiction, le premier soupçon de fausseté, c'est la critique espagnole qui Ta inspiré. La solution de Ticknor ne me parait donc pas d'une grande valeur pour le grand argument qu'il s'agit de rétorquer. Je termine k» ecs rccliorches sur un point de notre histoire littéraire auquel tout le monde n'accordera certainement pas l'importance qu'il mérite selon moi.

Appendice D, page 473. Le premier des poèmes inédits publié par Ticknor est celui qui a pour titre Historia de José, el Patrîarca, sur lequel nous alhms ,nous étendre un peu dans ces notes, eu égard au genre auquel il appartient et à la circonstance singulière d'être l'œuvre d'un morisque aragonais.

L'original se conserve à la Bibliothèque nationale de Madrid> recouvert en papier et d'une écriture du commencement du dix-septième siède, à ce qu'il semble. Il est écrit en caractères arabes, comme avaient coutume de le faire les morisqnes. toutes les fois qu'ils se servaient du castillan, soit par désir de déguiser de cette manière leurs écrits, soit par répugnance, soit qu'ils ne voulussent pas recourir aux lettres de notre alphabet. Cette dernière raison nous parait la plus probable, surtout si Ton fait attention qu'en tout temps les nations d'origine orientale ont manifesté une vénération des plus grandes et presque une superstition ponr leurs caractères, qu'ils ont considérés comme révélés et sacrés. Cest ainsi que les juib mo-

dernes écrivent toutes les langues d'Europe et d'Asie avec leurs propres caractères hébraïques; que certaines tribus de Tlnde se servent des anciennes lettres sanscrites et d'autres langues déjà perdues pour rendre les sons de dialectes qui n'ont aucun rapport avec elles. Les morisques espagnols oublièrent leur langue, au point qu'on peut compter ceux qui, à la fin du seizième siècle^ pouvaient la parler et l'entendre. Ils ne laissèrent pas pour cela d'enseigner à leurs enfants les lettres avec lesquelles était écrit leur livre sacré, le Coran ; ils s'en servirent pour écrire le castillan^ et ce n'est que très-rarement qu'ils employaient les nôtres ; ils curent des systèmes divers d'orthographe^ suivant les lieux et les provinces qu'ils habitaient.

La littérature produite ainsi par un mélange d'idées et de langage entre deux races si opposées d'origine, de religion et de mœurs, ne laissa pas d'être vaste et importante. On y trouve en assez grand nombre des livres de poésie, d'histoire traditionnelle, de lois et de jurisprudence, quoique, pour des causes qu'on ne s'explique pas facilement, cette littérature ait été jusqu'à ces derniers temps peu cultivée et complètement ou presque entièrement méconnue. Le poème que nous avons imprimé fut qualitié par Casiri de poème en langue persane y poema en lengua persa : cet érudit ne soupçonnait pas même de loin que le livre dont il parlait était un livre castillan. 11 en est arrivé autant à un autre pocme qu'un orientaliste français appelle poema en lengua berberisca. Les livres de ce genre abondent dans nos bibliothèques tant publiques que particulières : ils mériteraient bien un chapitre séparé dans une histoire comme celle-ci. Nous aurions volontiers entrepris une tâche aussi agréable qu'utile, mais nous en avons été détourné par l'idée qu'un sujet de cette nature, si intimement lié à la condition sociale, à l'histoire et aux mœurs des morisques espagnols, devait être l'objet d'un livre spécial plutôt que le chapitre d'un ouvrage. Nous n3us bornerons donc ici à quelques légères observations sur cette matière en général, et en particulier sur le poème publié, renvoyant pour le reste au Mémorial hùtorico de la Real yéca* demia de 4a àistoria, tome VI, et à un article de la BrUtish and Foreign Rc View de Londres, 1837, où le sujet qui nous occupe est traité avec plus d'étendue. Rien n'est moins facile que de trouver le moment où les morisques espagnols ont commencé à se servir de leurs lettres pour écrire notre langue ou le mélange d'espagnol et d'arabe qu'ils appelaient aljamia. Le livre le plus ancien que nous connaissions en ce genre parait être le poème de Joseph. Mais, si son style et sa langue révèlent une certaine antiquité, nous avons des motifs fondés de croire qu'il s'écrivit vers le milieu du seizième siècle. On nous dira que le mètre qui 8*y trouve employé, que la rudesse de la versification, ses nombreux archaïsmes, révèlent une antiquité plus grande encore. Nous répondrons que, chez un peuple vaincu et sujet d'un autre peuple plus puissant, la langue propre ou la langue adoptivc se maintient ûxe et stationnaire, sans avancer, et conserve, par conséquent, longtemps son type primitif. Il ne pouvait en être autrement chez les morisques espagnols, qui vivaient isolés dans des villages peu étendus^ ou séparés avec soin des vieux chrétiens, exerçant des industries ou des métiers qui n'exigeaient aucun frottement ou qu'un frottement très-faible avec les classes les plus privilégiées de la société, et privés presque entièrement de ce commerce et de cette communication qui provoquent ou déterminent la modification, le progrès ou la corruption d'une langue. Aujourd'hui les juifs de la côte d'Afrique, ceux de Thés* salonique, de Smyrnc et de Conslanlinople parlent, à peu de différence près, le

i\hk HISTOIRE DE LA UTTÉRATURE ESPAGNOLE.

même castillan que celui qui était en usage à Tcpoque de leur expulsion. Celui qui> parmi eux, arrive h un degré médiocre d'érudition et qui a puisé aux bonnes sources, celui-là l'crit avec aulant de pureté et d'élégance que le feraient, s'ils vivaient, Juan du Mena et le Marquis de Santillane. Il se publie actuellement â Constantinople VJor Israël, journal rédigé en castillan avec des caractères hébreni et qui pourrait, pour le style et la langue, remonter au temps d'Alphonse le Sage.

Raisonnablement, on ne peut assigner au poème de Joseph une antiquité plus^ reculée que celle (|ue nous avons établie. Il n'est pas présumable qu'entre la conquête de Valence cl de Séville, réalisée dans le dernier tiers du treizième siècle, et la prise de Grenade, en 1402, c'csl-à-dire dans une période d'un peu plus de deux siècles, il put se passer, au milieu d'une nation nombreuse, riche alors, trèa»attachéc à ses traditions et habitant de grands centres de population, il pût se réaliser, dis-je, le singulier phénomène de l'oubli complet de l'idiome natal. On ne peut expliquer d'une autre manière l'existence de cette littérature comme Tattestent leurs propres écrivains en montrant la nécessité où ils se trouvaient d'employer la langue abhorrée des chrétiens, s'ils voulaient être entendus des leurs. « Pas un seul de nos coreligionnaires, dit un auteur morisque, ne sait la langue arabe, algarabia, dans laquelle fut révélé notre saint Alcoran; pas un ne comprend les vérités du dogme, adin^ ni n'arrive à son excellence si pure, à moins qu'elles ne lui soient convenablement expliquées dans une langue étrangère, telle que celle de ces chiens de chrétiens, nos tyrans et nos oppresseurs; qu'Allah les confonde ! — Qu'il me soit donc pardonné par celui qui Ut ce qui est écrit dans les cœurs et qui sait que mon intention n*est autre que d'ouvrir aux fidèles musulmans le chemin du salut, quoique ]>ar un moyen si vil et si méprisable. «

Ainsi s'exprimait un alfaqui morisque écrivant, en 1602, un Compendio 6 luma brève de los dogmas tj preceptos de la religion musulmana^ déclarant^ par un éclatant témoignage , que la langue arabe était aussi étrangère à ses coreligionnaires qu'à nos vieux chrétiens. En alyordant sur les plages de l'Algérie, le» expulsés ne pouvaient non-seulement se faire entendre des Turcs et des Arabes, mais encore cincpiante ans après la langue aljamiada était commune, là comme à Tunis, dans les villages et douars occupés par les morisques.

Après avoir ainsi prouvé Tespèce de lixité et de stabilité que la langue acquiert au milieu d'une race poursuivie et privée de tout contact, on comprendra flu»lement comment un morisque put, au seizième siècle, composer un poème dans le style et la langue du quatorzième. C'est une remarque que Ton peut faire aussi dans un poème k la louange de Mahomet et dans d'autres poésies du morisque aragonais Mohamed Ramadan, qui écrivait en 1603. Toutes ces compositions dénotent une antiquité plus avancée qu'elle ne Test réellement. Comme on peat facilement le supposer, cet oubli de la langue dut être lent et partiel, mais pas si complet qu'il ne restât dans Valjamia morisque beaucoup de mots d*origine arabe^ même avec des terminaisons castillanes. En Aragon surtout, où des causes locales donnèrent d'abord naissance au niclange et à la fusion des deux langues, il y eut des villes où se parlait et s'écrivait un jargon presque inintelligible pour tous ceux qui n'étaient pas versés dans la langue arabe. En Castille et en Andalousie, au contraire, on parlait et on écrivait mieux, et nous avons vu des livres écrits à Tolède et à Grenade, dont le style et la langue ne sont {mis loin du mérite de nos classiques. A Valence, il se formait en même temps un aljamia particulier qui participait, comme c'était natunl, du dialecte limousin, et qui était aussi distinct

du castillan. Dans les livres de dévotion, dans les livres ascétiques^ dans les sujets ayant trait à la religion musulmane^ les morisques aragonais et castillans employaient encore avec plus de profusion les mots de la langue arabe^ comme s*il leur répugnait de se servir des expressions castillanes pour désigner les objets de leur culte et de leur croyance. Aussi^ dans certains écrits de ce genre^ n'est-il pas rare de rencontrer de ces phrases entières où se reconnaît une origine arabe, telles que la suivante prise d'un commentateur natif d'Almagro^ dans la Manche : Jalacô Àllafi et Jdonia y los asemaes y las anochomas relonbrantes que asenan al alhichante moslim el camino de la perfeccion; asi mesmo Jalacô los arrhoes é influyô en ellos la espiritualidady dont la traduction castillane équivaut à : « Dieu créa le monde et les cieux^ et les brillantes étoiles qui marquent au pèle- « rin musulman le chemin de la perfection ; il créa aussi les âmes et leur insuffla « la spiritualité. 9

Il nous reste à dire quelques mots sur la forme et le fond du poëme. Son sujet est riiistoire de Joseph le patriarche^ suivant le Coran et les traditions musulmanes. Si nous ne nous trompons^ son auteur n'a fait que mettre en vers une de^^ nombreuses versions de cette histoire populaire qui courait chez les morisques. Quant au mètre, l'auteur s'est proposé d'employer la mesure désignée sous le nom de ntieva maestria, par Bcrceo, mètre qui est celui des plus anciens monuments de notre poésie nationale. Le poète l'emploie sans s'inquiéter beaucoup de la mesure du vers ; ses stances sont quelquefois de trois vers, d'autres fois de quatre, et Tassonnance ou la consonnance se mêlent indistinctement 11 est vrai que, sur la manière de compter les syllabes^ il faut avoir égards dans ce poëme comme dans beaucoup d'autres, à l'orthographe particulière des Arabes, qui ne prononcent jamais sans l'intermédiaire d'une voyelle deux consonnes d'une même syllabe. Ils écrivent par conséquent palaza pour plaza, pelebe pour plebe^ pirivado pour prie ado, porovecho pour provecho, puluma pour pluma y et de la même manière tarabajo, terebejo, garanada, pereboste, baladoro, estupuro.

11 manquait à l'exemplaire du poème conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid et qui a été publié par Ticknor, d'après une copie que nous lui avons remise, les huit premières strophes ou stances. Heureusement nous avons pu sup« pléor à ce défaut au moyen d'une autre copie plus ancienne où il manque aussi la fin, copie qui a été trouvée dans un volume d'histoires et de contes traditionnels, d'écriture arabe du seizième siècle, qui nous est dernièrement venue d'Aragon et que l'on a trouvée dans une grotte avec plusieurs autres ouvrages de la même espèce et quelques armes à feu, objets qui y avaient été cachés, sans aucun doute, pour déjouer la vigilance de l'autorité. Comparée au manuscrit de la Bibliothèque nationale, cette copie présente, dans le texte, une assez grande différence pour faire supposer qu'elle est la rédaction primitive et que celui qui la copia un siècle plus tard en corrigea le style, en changea l'orthographe, et en perfectionna la versification et la rime. De cette manière seulement on peut s'expliquer les nombreuses et considérables variantes qu'on remarque entre les deux textes.

Appendice E, page 510. — Le livre du Rabbi Saiitob. Ticknor avait raison de désirer que le manuscrit de la Bibliothèque nationale, manuscrit défectueux et trèsincorrect^ fût comparé à celui de l'Escurial. Nous avions déjàcommencé ce travail, rétabli le texte dans des endroits évidemment altérés, corrigé d'autres passages changés par le copiste, lorsque nous avons lU l'occasion de voir le scrupuleux

rapprochement qu'avait fait de Tun et de l'autre le S' D. José Cdl y Vehi, proTes* seur d*auteurs classiques à Flnstitut de Saint-Isidore, professeur passionné pour et genre d'études et qui prépare actuellement un volume de poésies antérieures au (|uinzicmc siècle pour la Bibliothèque des auteurs espagnols de Rivadeneym. 0. José CoU y Vchi s'étant empressé de nous communiquer son intéressant travail, nous en avons profité pour corriger le texte de Rabbi dans certains passages, pour ajouter un grand nombre de strophes contenues dans le manuscrit de KEscurial et qui ne se trouvent pas dans celui de la Bibliothèque nationale.

I^s deux manuscrits sont conformes, à part quelques légères variantes dans les vingt-deux premières strophes..Aprùs elles viennent dans le manuscrit de VEacarial les dix suivantes, qui manquent dans le manuscrit de la BlbliaUièque nationale:

En menos una fremosa Un astroso cuidaba,

Besaha una vegada. Et por mostrar que era

Ëstando muy medroza Sotil, yo le enviaba

De les de su posada. Escripto de tisera.

Fallé boca sabrosa, El nescio non sabia'

Satina, muy temprada, Que lo lice por infinta.

Non vi tan dulce cosa» Porque yo non queria

Mas agra la dejada. Pcrder en e1 la tinta.

Non sabe la persona, Ga por non le dennar

Secreto es muy profundo ; Fice vasia la liena,

Torpe es quien se baldona ï non le quiese donar

Con los bienes del mundo. La caria sana buena.

Non sabe su manera Gomo el qoe tomaba

Que a los bombrcs astroso» Meoilot de avillanat

Del mundo, lo mas era Para si, y donaba

Tener siempre viciosos. Al otro cascas vanas.

Segun el peso asi Yo del papd saqué

Abajava todavia, La razon que decia,

La mas Uena, otrosi, Con ella me Anqué,

Eiisalsa la vasia. Dile carta vacîa.

Suivent les strophes 29 et 30 jusqu'à la 35, omettant presque en tolalilé les stances 23, 24, 25, 26, 27 et 28. A la fin de la strophe 30 se trouvent les deox y

Acabo el prologo

Y comienza el tratado,

indication qui manque entièrement dans le manuscrit de la Bibliothèque iiale. Or il semble naturel qu'elle s'y trouve, attendu que le poème se conpote évidemment de deux parties : le prologue ou préambule et la colleetioD des cm- .siùls. D'un autre côté, on ne lit pas dans le manuscrit de PEscurial ni leasUopha 3() et 37 , ni les trois premiers vers de la 38 et de la 39; il n'y a que le premier.

Dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, il manque la atrophe 42, d dans celui de l'Escurial la strophe que le premier donne comme la 46» et qii commence ainsi : « Et muy sotil trotero. » Après la strophe 58» Teiemplalre it l'Escurial passe aux stn)phes 218 et 219 du manuscrit de la Bibliothèque natûmale. puis il continue :

CamiDo errado anda La mejilla face prieta»

Y cae de rahes, El lienzo emblanquesce.

Ca nunca cosa demanda «.> . i « i

, , . , El tal es y lai vase

La sal y otra la pez. „ , j u

^ ^ Eq la su grande altura,

Por lo que este fase Cuando grande frio fase

Cosa, otro la déjà; Como cuando calura.

Con lo que à mi plase. ^^ ^^.^^ ,^ ^ j,^^

Otro mucho se queja. v i • t

^ *' Y sale a su encuentro

El sol la sal aprieta El que cuando fase fiesta

Y la pez emblandesce, Se esté la puerta dentro.

Immédiatement après les strophea ci-dessus^ qui ne se trou vent pas dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, viennent^ dans le manuscrit de TEscurial^ celles qui vont de la 220 à la 248, et l'on revient ensuite à la 91^ qui commence par ce vers :

• Tanto es uo dedo fuera.

Les deux premiers vers de la strophe 69 forment un sens meilleur, d'après le manuscrit de i'Escurial.

Un tavardo alcanzado La su cuita se enfiesta.

Des ce moment le manuscrit de TEscurial, quoique plus conforme à celui de la Bibliothèque nationale, présente une variété telle dans l'ordre des strophes qu'il n est pas aisé d'en deviner la cause. Nous avons dit que la strophe 248 de l'an répond à la 01 de l'autre. Ils vont ensemble jusqu'à la strophe 159, d'où le manuscrit (le I'Escurial passe à la strophe 191 du manuscrit de la Bibliothèque nationale, et il continue sans interruption jusqu'à la 217. Après celle-ci, il revient à la 59, il suit jusqu'à la 90, nous reporte à la 250, il poursuit jusqu'à la 285 et après clU', il passe à la 159 sans interruption jusqu'à la 199.

Les strophes 77 et 78 présentent assez de variété dans le manuscrit de I'Escurial.

Un buscador que tienta Quien falla é m conteota

Y cosa non alcanza, Nunca puede fallarlo, Otro non se contenta Ca podria ciertamente Fallando en abastanza. Rico hombre ser Hnmado.

L.i strophe 87 est aussi un peu changée dans le manuscrit de I'Escurial

ainsi conçu :

Tanto que hombre se tiemple Del demâs sera siempre

Ba8ta con lo que toviere, Sienro cuanto viviere.

Strophe 196. —Les deux derniers vers de cette strophe sont, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale :

Trabaja por lazrar

Si quicr ladra de riebto.

UTTËKATIRC ESPAG7I0LE.

658 HISTOIRE DE LA LllTÉKATURE ESPAGNOLE.

Les strophes 232 et les deax suivantes sont écrites ainsi qu'il suit dans le manuscrit de TEscurial :

Segunt es el lugar, '■ Aunque muchosde aquelloa

Y el tiempo cual es, Se tienen por mal trechos.

Fase priesa el vagar,', cuaodo al malo aproTCcha

E fas tornar enves. ^^^^^ ^l ^^^^^ ^^^^^^

Yo Dunca he querella El mal por el bien pécha*

Del mundo y de sus fechos Desto me agravio mucho.

Après la strophe 247 , on lit dans Teiemplaire de FEscurial la strophe sui* vante, qui manque dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale :

Guanto mal va tomando . Tanto ir ganando

Con el libro porfia, Buen saber todavia.

Au lieu de la strophe 338 , le manuscrit de TEscurial donne la suivante :

El celo con su obra Y al rico que le sobre

Al que es menguado gasta, Cuatro tanto que le

La strophe suivante présente aussi quelques variantes importantes :

Cuidando que mas largo, Tienese por amarga

Algo ba su vecino, Con lo snyo el mesquine.

Après la strophe 366 se lisent les cinq suivantes dans le manuscrit de l'Es* curial :

Estes bien lazrados Y yerros cebdiciando»

De cuerpo y corazoD, Obrar el seso cierto. Amargos y cuilados, „^^^^ ^^^ ^,^^

Viven en toda sazon. j,„„^ „^.^ .^^^

De noche y de dia Como el que nunca ha pensado

Cuitados, mal andantes, De nunca valer mas. Fasiendo todavia

Rêves de sus talantes.

Horabre rahez, astroso, Tal que nos ha vei^enxa, El derecbo amando Este vive vicioso,

Fase por fuerza tuerto Que nin piensa nin suefiaé

Strophe 376.

Sabe si el mundo alal)a Que muy ahina se acaba,

Cosa, 6 por mejor nombra, Y pasa como la sombra-

Strophe 438. — Cette strophe se trouve bien altérée dans les deux manuscrits; celui de TEscurial la donne ainsi :

Placer que toma hombrc Medio placer ba hombre,

Con lo que non entiende Y tura no es ende.

Strophe 447.

E en el mundo non habria Nin 8obre fierro oiro homhre

De tan grande mejoria Como de hombre à bombre.

La strophe 470 est écrite tout différemment dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale :

Amigo de la buena Andanza cuando cresce,

La strophe 482 varie aussi.

Quien mal recibe délias El se bust^a lo tal.

Luego asi se torna Cuando ella fallesoe.

Ca del grado de aquellas Nunca V farian mal.

Entre les strophes 494 et 495, se trouvent dans le manuscrit de TEscurial les strophes suivantes :

Es de huesped campana De las cosas pesadas ; Que a todo el mundo dapna Fallo algiinas vegadas.

Non digo por pariente 0 amigo especial , Que ha por bien la gente Com pallia deste tal.

Sabemi voluntad Esto con el en gloria , No tengo poridad <Jue a el no es notoria.

Mas hombre que pesado Es en todo su fecho , Quiere tal gasaïado Que en anchura, en estrecho.

Que al tal nin por ruego Non querria fablar ,' Cuanto mas tras mi fuego Kscuchar su parlar.

V si uno non es ido , (lalar otrodo llega , La mengua que non vido Al otro non se niega.

Cuando uno se parte Pienso perder querella , Viene por otro parte Quien desfase su huella.

Hoy me preguntaba Ak'gre por mi puerta ,

Non sable si quedaba La mujer medio muerta.

Con la poca farina Del dinero otro tal , Descubrioso ahina El suelo del cabdal.

Si vendi mi ganado Por mengua de cebada El de recien llegado Non piensa desto nada.

Quiera que à su caballo Buen aparejo salle, Yo con verguenza callo Paseando por la calle.

Por ver algun vesino Si me querra dar de lapaja A treque de algunt vino , Rescelando la baraja.

Va mujer por villa Si sabe que lo buscase , Era cierto rensilla Por pagarme fincase.

El quiere buen semblante En todos, de placer Cosa sin catar ante De lo que puede ser.

Si non basta el primero Nin el dia segundo , Mas quiere en el tercero Que si le via el mundo^

Cierlo es y non follesce Proverbio todavia,| El huespcd y el pece Fieden al tercero dia.

Ademas de su empacho , Que enojado me déjà , De otra cosa le tacho Cou que doblo mi queja.

Ca los de mi campaiia Pasarian con quienes quiera ,

La strophe 506 s'écrit ainsi. :

Homme non querria Sino daquello que non tien,

Por mostrarles fazaùa Doles yantar entera.

Ca en casa regida Con la sazon convien Gobernarse la vida Cras mal, cras bien.

Y siervo que mendrugo Comeria de centeno , Por su causa madrugo A comprarle pan baeno.

Desprecialo el dia Que a la mano le vien.

La strophe 518 est écrite d'une manière tout à fait différente dans le manuscrit de l'Escurial :

Contesce al que escucho Los dichos de mi lengua.

Del bien se aprovechô

Por el mal me diû mengua.

Immédiatement après la strophe 531, viennent les strophes suivantes dans le manuscrit de TEscurial :

Al que non quiera engano Nin en don nin en prescio , Por fuir deldapno Rasônaslo por nescio.

Por algos allegar Falsando y robando ,

Y la verdad negar Sobre ello perjurando.

Conoscetu medida

Y nunca errarâs ,

En toda la tu vida Soberbia non farâs.

Cual quieres rescebir Tal sea rescibido De si y sabe servir Si quieres ser servido.

Pas pagados los hombres , Y fascerte han pagado, Honraras los sus nombres Si quieres ser hoorado.

La strophe 530 est ainsi écrite dans le manuscrit de l'Escurial

Del fablar extranamos Non por a él tachar,

La strophe 522 s'écrit ainsi :

Cuerpo es el callar , iri fablar es el aima :

Salma est ici^ on le sait^ pour enjalma, le bât. La strophe 559 est ainsi :

Mas pocos fallamoB Que lo sepan templar.

Animal el fablar , El callar es la salma.

En toda costumbre tal En todos hombres esto ,

Voras que hay bien y mal , Han loor y denueslo.

La strophe 561 manque dans le manuscrit de l'Escurial , et dans la strophe suivante le troisième vers se lit comme il suit :

Dos pieles sin ijadâs.

Le dernier de la strophe 564 :

Cras el contrallo sien te.

La strophe 568 :

Como grant bien se pueda Nin por su saber cueda

Perder sin que mal obre , Defender de ser pobre.

La strophe 592.

Lo que cria y detiende , Agua mucha por ende

De aquello mas habemos, E del aire tenemos.

Telles sont les notables variantes que présente le manuscrit de TEscurial comparé à celui de la Bibliothèque nationale^ variantes telles qu*eUes nous ont fait soupçonner presque que le dernier n'est qu'une rédaction postérieure et améliorée du même poème; c'est là le seul moyen d'expliquer le défaut d'identité qui existe entre l'un et l'autre.

Appe>dice F, page 543. — Ce poème de la Danse générale de la Mort a été publié à Paris, en 1856, par D. Florencio Janer^ sans les notes et éclaircissements que le public avait droit d'attendre d'un jeune savant qui a déjà fait preuve d'érudition et de science en pareilles matières. Il ignorait sans doute que M. G. Ticknor l'avait déjà publié en 1853; dans le cas contraire, il n'aurait pas manqué, croyons-le, de comparer le manuscrit de l'Escurial et le manuscrit plus moderne (le la Bibliothèque impériale de Paris, qui nous a servi pour corriger quelquefois des mots (!t des phrases altérées dans la copie imprimée par notre auteur- Avant de traduire le second paragraphe de cette note de M. Pascal de Gayangos à TappendiceF, nous devons avertir le lecteur que D. Florencio Janer, d'après lequel nous insérons la Danse générale de la Mort, n'a pas voulu faire ce parallèle, et que l'unique but qu'il s'est proposé dans sa publication, c'est de donner le poème de la Danse générale de la Mort, tel qu'il est dans le manuscrit de l'Escurial; qu'il s'est réservé les notes et éclaircissements autres que ceux qu'il a fournis en tète de son livre pour un travail plus étendu, comme il le répète encore dans le chapitre de son Voyage littéraire en France, imprimé dans la Gaceta de Madrid (voyez le numéro du 17 février 1 858). Dans ce chapitre, il prouve qu'il connaissait la publication de Ticknor, puisqu'il relève, en passant, les changements d'orthographe et de phrase qui, dans l'édition de l'auteur, ne sont pas conformes au manuscrit de l'Escurial.

Il est certain que ce poème demande des notes et des éclaircissements. L'étude à laquelle nous nous sommes livré à propos de la traduction que nous devons en publier nous a fait soulever certaines questions des plus intéressantes à résoudre, telles que : le manuscrit de l'Escurial est-il ou n'est-il pas l'original du [tocme? Par qui cette Danse générale de la Mort a-t-eile été composée? Quels

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sont^ dans les peintures et les descriptions analogues, les attributs de la Murt, armée ici d'une flèche? Quelle est l'église de Sainte-Bfarie dont parle la stance relative à l'archevêque? Quel est ce comte qui payait le portier pour qu'il lui ouvrit le palais du roi? etc., etc.^ toutes questions qui ne manquent pas d'importance historique et littéraire, sans compter les notes grammaticales pour Tintelligenoe du style et de la langue.

Mais rentrons dans notre sujet et terminons la note de D. Pasca de (iayangos. Quant au sujet du poème, ajoute-t-il, ce que nous avons dit dans le cours de l'ouvrage suffît, sans qu*il soit nécessaire d'y nwenir. Cette idée fut générale en Europe; on la trouve en latin dans toutes les littératures, comme l'a lait observer le marquis de Pidal daus un petit travail sur un fragment inédit d'un ancien poème castillan. Sur ce même sujet, et copiant parfois les paroles du poème, Juan de Pedraza, tondeur de draps et habitant de Ségovie composa une farce impripoée en 1551 , en un vol. grand in-S'^, ayant pour titre : Fana Uamada Danza de la muerte^ en que se déclara cômo a todos los tnortalet^ detde el Papa hasta et que non tiene capa, la muerte hace en este misera suelo ser yguales, y d nadif perdona, Contiene mas ; cômo cualquier viviente humano debe amar la razon, teniendo entendimiento délia; considerando el provecho que de su cam pahia se consigue. Va dirigida a ioor del SanUsimo Sacramenio : heeko por^ etc. Cette farce se trouve dans un précieux volume de faroes et églogues de la bibliothèque des ducs de Bavière. L'érudit et infatigable Joseph Wolf fa publiée intégralement avec des notes critiques et philologiques qui n'ont pas peu de valeur, Eine Spanisches Frohnleich Nasspiel von TodtentanZy Vienne, «852.

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