POÈTES
LES POÈMES ÉPIQUES. — LES POÈMES CYCLIQUES. POÈMES NARRATIFS DE DIVERSES SORTES.
La poésie narrative a son importance dans la littérature du dix* neuvième siècle, si on Tétudie dans ses divers genres. Considérée seulement dans le genre épique proprement dit, elle serait peu de chose.
La poésie épique au dix-neuvième siècle n'est guère représentée que par de lourdes compositions, vite oubliées, dont les sujets étaient générdlement mal choisis et peu intéressants pour le gros des lecteurs, et dont, presque toujours, l'exécution était très faible. Nous serons heureux de signaler les tentatives, trop peu nombreuses, qui ont de Toriginalité, et nous applaudirons particulièrement à celles qui montrent que la forme des chansons de gestes est applicable aux événements et aux personnages des temps modernes. " Après les poèmes épiques réguliers ou prétendus tels, nous étudierons, — né serait-ce qu'à titre de renseignement, — les poèmes cycliques ou historiques de quelque valeur, et nous accorderons une place convenable aux poèmes narratifs de diverses sortes dont quelques-uns sont l'œuvre de vrais poètes.
PARSEVAL-GRANDMAISON (François-Auguste)
Parseval naquit à Paris, le 7 décembre 1739, d'un fermier général qui périt, en 1794, surFéchafaud. 11 cultiva d'abord la peinture où il eut pour maître Suvée. Après quelques essais infructueux il se livra tout entier à la poésie. Ses premiers vers lui valurent l'amitié de Delille qu'il imita souvent dans la pompe de ses descriptions. En 1798, il accompagna l'expédition d'Egypte, et fit partie de Tlnstitut du Caire. Sur la terre des Pharaons ses soins se bornèrent presque exclusivement à faire des vers et à en lire à ses collègues d'académie.
Quelques années après son retour en France, en 1804, il publia les Amours épiques , où sont traduits avec bonheur les épisodes que les grands épiques ont consacrés à leurs héroïnes.
L'auteur suppose que sous les verts bocages des Champs-Elysées, six poètes : Homère, Virgile, l'Arioste, le Tasse, Milton et Camoêns, chantent devant le nombreux concours des ombres heureuses les amours héroïques qu'ils ont illustrées dans leurs poèmes : Homère, qui occupe le premier chant, récite l'amour d'Andromaque pour Hector, la mort de ce guerrier et les regrets de son épouse. Le Tasse dépeint le palais enchanté d'Armide et l'amour de Renaud ; l'Arioste dit l'épisode de Cloridan et Médor, et les amours de celui-ci et d'Angélique ; Milton, celles d'Adam et Eve dans le paradis terrestre ; Virgile, la mort de Didon après le départ d'Énée ; Camoëns enfin, les amours fantastiques des Lusituins et des Néréides ; il y coud tant bien que mal l'épisode de l'Inès de Castro et de son supplice.
Ce poème, tout d'imitation, qui ouvrit à l'auteur les portes de l'Académie française, fut réimprimé en 1806 avec plusieurs morceaux tirés d'Homère, de Milton et de l'Arioste.
En 1825, Parseval publia un poème héroïque en douze chants, Philippe 'Auguste, dédié à la mémoire de Jacques Delille, Bien que travaillé pendant vingt ans, c'est une production médiocre. Le plan est défectueux, l'action languissante, le dénouement vicieux. Les vers ont de l'élégance, mais sont dénués d'originalité . En vain l'auteur recourt-il à l'intervention des êtres surnaturels pour donner à son poème « la couleur de l'épopée, qui ne doit pas être le récit d'une action purement humaine, mais la représentation d'une scène qui se passe entre le ciel et la terre ; » en vain essaye- t-il plusieurs fois d'introduire « cetle sublime alliance de l'homme et de la Divinité », sans laquelle « la poésie épique disparaît parce qu'elle est privée du mer-
DENNE-BARON. 2d1
veîlleux qui est son essence^ », il vous laisse froids et indifférents. Cependant des beautés de détail brillent dans quelques passages, spécialement dans le chant IV.
Au moment de sa mort Parseyal avait terminé, sur Texpédition d*Égypte, une nouvelle épopée en vingt chants qui n*a point vu le jour. Nous doutons que ce second poème eût justitié mieux que le premier les éloges que lui décernait un de ses émules, Ancelot, qui, lui dédiant Marie de Brabant, disait :
<t D'un préjugé honteux, que ton nom va détruire, La France trop longtemps avait subi Tafifront ; Tu cueilles le laurier qui manquait à son front, Et, chassant à jamais une vaine chimère, Tu la verras grandir sous la palme d'Homère! »