M"^« DE GIRARDIN
Delphine Gay fut élevée au milieu des adulations et des hommages les plus flatteurs. Sa mère, M"*® Sophie Gay, qui avait joui d'une certaine célébrité comme romancière sous le Directoire et qui aimait par-dessus tout la mise en scène et le bruit, vit dans le talent précoce de la jeune fille un moyen de ramener à son foyer l'éclat. «La production de la petite merveille, dit Daniel Stem, occupa et passionna les ambitions ranimées de M™« Gay. Elle rêva de lauriers de chars poudreux dans l'arène, de princes subjugués, d'époux illustres, souverains ou tout au moins grands hommes; à la candide «nfant que visitait la muse immortelle, elle enseigna l'art des salons, l'ode de circonstance, la strophe catholique et royaliste. Elle la voulut toujours à ses côtés dans les occasions fastueuses, déclamant ou déclamée, au tombeau de Charlemagne, au sacre de Charles X au <;apde Misène, au Panthéon, au Capitole ; partout enfin comme elle le faisait dire aux panégyristes, innocente et charmante, jouant avec la gloire ! Chose étrange, toute cette gloriole, toute cette piaffe de Pégase autour de l'enfant, ne servit qu'à la faire paraître par contraste plus sérieuse et plus modeste ^ »
Cette modestie, cette retenue de bon goût rendue plus sensible «ncore par les exagérations et les allures un peu étranges de sa mère, et aussi la radieuse beauté de Delphine, relevaient puissamment le charme de sa poésie qui, tout en offrant des qualités remarquables de fraîcheur, de jeunesse, de sentiment, de candeur naïve ne nous paraît pas mériter les éloges excessifs qui lui furent décernés par des hommes tels que Chateaubriand et Lamartine.
Devenue M"o de Girardin, Delphine Gay changea de manière, et
* Daniel Slern (M«« d'Agoult), Me$ Souvenirs.
trouva, selon nous, sa véritable voie. Le roman mondain, ironique et paradoxal, le feuilleton pétillant de malice, l'observation fine et délicate s'adaptaient mieux à son genre détalent que l'enthousiasme de commande et le sentimentalisme suranné dont ses premiers essais poétiques sont entachés.
Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper des nouvelles de M™* de Gipardin, ni de ses poèmes narratifs, qui forment la partie la plus attrayante du recueil de vers, peut-être parce qu'ils se rapprochent un peu du roman et fournissent à l'auteur l'occasion de déployer son rare talent d'analyse. Nous dirons seulement que si M"« de Girardin a sa place marquée parmi les bons écrivains, elle le doit plutôt à ses nouvelles et à ses articles de journaux qu'à ses poésies lyriques. Il est difficile aujourd'hui de lire toutes ces poésies d'un bout à l'autre sans fatigue, et l'on a peine à comprendre comment elles ont pu valoir à leur auteur les triomphes du Capitole et du Panthéon.
Delphine Gay n'a pas la magie de style, la vigueur d'expression qui caractérisent les vrais poètes. Elle raconte, elle analyse avec la plus scrupuleuse exactitude un sentiment, un caractère^ une passion ; elle touche, elle émeut à force de vérité, mais elle ne transporte jamais ; le souffle lui manque. Ses vers faciles, élégants, harmonieux, n'offrent en général rien de bien saillant; ils sont chargés de longueurs, de développements, de digressions à l'infini. La lecture en deviendrait bientôt monotone et fastidieuse, si une idée heureuse, un joli passage ne venaient de temps en temps réveiller rattention et manifester un talent réel.
M"^« Amable TASTU
— Née 1798 —
Née à Metz, le 31 août 1798, d'un administrateur général des vivres et d'une sœur du ministre Bouchotte, Amable Voïart, qui fut connue plus tard sous le nom de M™« Tastu, montra dès l'enfance une grande aptitude aux choses de l'intelligence. Elle aimaitla lecture avec passion et ne quittait ses livres que pour une rêverie plus absorbante encore. Une maladie grave fut, à onze ans, le résultat de cette existence anormale. Les premiers succès du jeune auteur datent de cette époque (i809); elle avait composé une idylle, intitulée le Réséda, qui lui valut les éloges dé l'impératrice Joséphine.