‹ Histoire de la littérature française au XIXe siècleChapitre 69 sur 106 · MADAME TASTU · texte numérisé non relu

MADAME TASTU

. Une autre pièce devers, le Narcisset amena, en 1816, le mariage -àB nott^ poète avec Joseph Tastu, officier d'artillerie. Après de brillants succès aux concours des Jeux floraux, M^^ Tastu seâtun nom dansle monda littéraire par la pièce des Oiseaux du sacre^. qu'elle -composa à, Toecasion du sacre de Charles X et dont tout le mérite iconsisie dans là correction et la facilité du vers..

Émule et parfois imitatrice de Millevoye, M"* Tastu aime, comme lui^ le juste milieu çn littérature; comme lui, elle pèche par excès de prudence.

Craignant par-dessus tout l'exagération dans l'expression des sentiments, elle répudie toute vérité, toute couleur, toute énergie. Aussi ses vers, à la nuance terne, au ton sentimeptal, pnt-ils toujours un aspect uniforme : jamais on n'y trouva de ngt^s plus tristes ou plus gaies que les autres.

Les tendances de M™« Tastu la portent vers Télégie, mais ce n'est point Télégie majestueuse et sévère de la grande douleur. Ainsi, lorsqu'elle nous conduit au lit de mort d'une jeune mère qui se plaint d*être à jamais séparée de sa fille, de ne pouvoir « l'entourer d'un inquiet amour », la douleur delà mourante n'a rien de poignant, sa résignation chrétienne n'a rien d'héroïque, et l'auteur se garde bien d'accentuer aucun de ces deux sentiments. Cette sérénité constante est le fond de la poésie de M™® Tastu.

Comme les poètes de 1830, elle éprouva le besoin de se retremper aux sources étrangères et puisa de nombreuses inspirations dans Shakespeare, Dante, Camoëns. Par là elle se rattachait à la nouvelle école romantique. Dans ses Premières Poésies quelques scènes des principaux drames du grand génie anglais sont reproduites avec bonheur et souvent avec énergie. M"*® Tastu n^a peut-être écrit rien de plus élevé que la pièce intitulée Shakespeare,

En 1829 , elle publia les Chroniques de France y qu'elle divisa en cinq époques : les temps religieux, caractérisés par l'histoire des DeiuB amants de Clermont, les temps barbares, les temps chevaleresques, les temps poUtiques oula Fronde, et les temps modernes où elle n'a . pris que ites Cent-jours. Dans quelques-unes de ces chroniques, l'inspiratioa personiijeUe du poète est p^ut-étre trop sacrifiée à la recherche de la vérité historique et çtmène parfois une certaine sécheresse de style.

En revanche, le petit poème lyrique dont la Nouvelle, les Tuileries, le Champ de mai^ Waterloo, le Bellérophon, forment autant d'épisodes, révèle de grands progrès dans le talent de M™® Tastu. Là elle se montre toujours poète et souvent boa paète.

Quelques années plus tard elle fît par4tre les Foésies nouvelles; ce triste tableau de ses souffrances et de ses désenchantements lui valut une. épitreeô vers de Lamartine»

Aprèsiousles éloges que l'on accorde volontiers avec Sainte-Beuve à la correctioasaivante, àJa forme soignée des.poésies de M»^ Tastu,

on doit ajouter quereffèt en est souirentgâté par de grands défauts, tels que Tinsouciance du mot propre, remploi continuel des qualificatifs yagues et Taffectation de la périphrase.

U^* Amable Tastu affectionne le yere de dix syllabes, et a écrit dans ce rythme celle de toutes ses pièces qu'on lit avec le plus de plaisir. Peau d'âne. C'était là le genre qui convenait le mieux à sa poésie douce et aimable.

Elle dit dans des vers adressés à une toute petite étoile :

« Des bords de TOrient s*élançant dans l'espace, Dès que le roi du jour sur son empire a lai, On oublie à la fois les astres qu'il efface,

On ne voit plus que lui.

Toî^ fille delà Nuit, quand les ombres fidèles Des champs aériens rembrunissent Tazur, Sans éclipser tes soaars, tu répands auprès d'eUes

Un feu tranquille et pur.

Une gloire semblable est la gloire où j^aspire ; G*est d'un pareil destin que mon cœur est jaloux : Ah I dans la nuit des ans laisse briller ma lyre

De rayons aussi douxl. b

Son vœu a été réalisé ; on ne la lit presque plus, mais son nom survit.

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