LA FORMATION DE LA TRAGÉDIE CLASSIQUE CORNEILLE ET SON TEMPS
Sommaire : i". Avant Corneille, les genres dramatiques sont : Ja pastorale, la tragi-comédie^ la comédie^ la tragédie; et tous ces genres jouissent encore d'une grande liberté. — Hardy est, de 1600 à i63o, le fournisseur du théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. 11 compose une grande quantité de pièces, et en fait imprimer quarante. — Théophile de Viau donne en 16 17 Pyrame et Thisbé, — Mairet compose, en 1634, Sophonisbe^ la première en date des tragédies régulières.
2", Corneille (1606-1684) débute par une comédie (Mtî7z7e, 1629), triomphe avec le Cid (i636) et compose des tragédies et des comédies jusqu'en i652. Retiré du théâtre pendant sept ans, il y revient en lôôg avec Œdipe et continue à écrire jusqu'en 1674. Il meurt, pauvre, en 1684. — Histoire de son théâtre. — Corneille se plie difficilement aux règles d'Aristote ; il choisit ses sujets dans l'histoire, surtout dans celle des Romains ; il aime à compliquer l'action, pour augmenter le mérite de ses héros, en qui il incarne la volonté ; il peint l'amour comme une passion généreuse, fondée sur l'estime ; son théâtre est « une école de grandeur d'âme » ; son style est oratoire et grave ; c'est notre plus grand écrivain en vers.
3«, Contemporains de Corneille : Rotrou, auteur de Saint- Genest (1646) et de Venceslas (1647); du Ryer ; Tristan l'Hermîte; Thomas Corneille, frère de Pierre, auteur de Timocrate { i656), Ariane (1672), le Comte d'Essex (1678), dramaturge très habile et très applaudi.
L — Avant Corneille (1600-1630).
ies genres. — Au début du dix-septième siècle, plusieurs genres semblent se disputer la faveur du public. Sans
ClésinffnÔ' comédie ni de la farce, le théâtre .eWe«c. est - a tJw£ . f^'t "■''r/i-comédie et la paslorale.
La tiagedie, après A. de Montchrestien, n'est pas encore reguherement constituée dans la formé suivirpar Corneille, Rotrou, Racine, eic; eJie ne le sera qu'avec Ta
letlSÏoï i'f"' attendre qû
an^ 1. nt ■ ''■^t aPP'-écier la beauté plutôt séve>e, qu 11 s interesse a la mo/-«/eet à la psychologie et qu'il nerdè
ITécSZr:' r''' ';-traord^in'aire o^f'lï ?adeu'rr E ses L / S'""'^*^' répondaient mieux à
ses goûts . la Imgi-comedie, avec ses aventures de cape et
soT déno.lmÏTt^'"'^'^'' '''''''' - -ïne
anstocrt on. ^'"'''f ' ^^''^ de mélodramê
'Srestde 1^7//''^''''^^' venue .d-rtalie {VAminia du des sentim^n/« ""'ff romanesque de l'action celui aes sentiments. Nous allons retrouver chacun de ces genres
etTu Ma^r^'"' auteurs„joués à l'Hôtel de Bo^SiS
siècl? an^ ^l-l' S"' ^? premières années du dix-septième coTf?v4. ^-^""^ *''«»P«« régulières.
Uiènf dT/' f sociations temporaires, se substi-
teur d'une profession. Déjù en 1599, le direc-
teur d une troupe ambulante de comédiens Valleran
de Sd'd "r"'"" ^"^^''^''^^ ^'^ Passion leur s"n:
tournées no.^. ''^^"*"' •^"'^«'''^ plusieurs
tournées, pour porter son répertoire dans les villes de
r/ned'; ^^^^ ^^"'^'"-^ que l-Hôte de Bom'
fous vovons fo P'^^anent, analogue à ceux que
SetachTsT 0^'elques actem-s la PotenV < ,P'"e™'ère troupe s'établirent, rue de a Poteiie, et londerent le théâtre du Marais célèbre
fi ouïe^aTh T"^ -'^^ chefs-d'œuvre de CoSeil A a
LA FORMATION DE LA TRAGEDIE CLASSIQUE
péniblement sa vie, à en juger par Tactivité fiévreuse avec laquelle il produisit, en l'espace de trente ans environ, un nombre considérable de pièces : on croit qu'il en a com posé au moins de sept à huit cents ; il n'en fit imprimer qu'une quarantaine (6 vol., 1623 à 1628), pastorales, tragicomédies, tragédies (Didon se sacrifiant, la Mort d Achille, Coriolan, la Mort d'Alexandre, etc.). .
Les tragédies de Hardy se jouaient dans un décor simultané, représentant, comme l'ancien théâtre des mystères, plusieurs lieux. L'action se déplace avec les personnages; elle se transporte d'un pays à un autre, et la durée nen est pas astreinte à la règle des vingt-quatre heures. Mais Hardy a déjà le sens de la crise classique. « Voulant écrire un Coriolan, il n'a pas commencé par le siège de Corioles, comme Shakespeare, mais par la disgrâce du héros romain; et dès lors une seule question se pose : Est-ce Home ou Coriolan qui sera victime de cet acte d'ingratitude r Voulant écrire une Didon, il n'a pas commence par le débarquement des Troyens en Afrique, comme l'Anglais Marlowe ou l'Italien Giraldi, mais par le désir d'Enee de quitter Carthage et de suivre ses destins ; et dès lors une seule question se pose : Didon pourra-t-elle ou ne pourrat-elle pas retenir Énée ? Sera-t-elle heureuse ou se donne-
ra-t-elle la mort (1)? » ,
De plus, Hardy sait déjà, en. vrai dramaturge, taire sortii l'intérêt et l'unité des sentiments de ses personnages, doser et enchaîner les scènes. Bref, il pratique un genre de tragédie plus libre que le genre classique, et û ne lui a manqué que du génie pour en consacrer la forme.
Hardy a composé un plus grand nombre de tragi-comedies genre alors essentiellement Ubre, pour le choix du sujet, l'étendue de l'action, le nombre des personnages, la multiplicité des décors juxtaposés. Quelques-unes de ces pièces étaient en plusieurs journées : V Histoire ethiopique en avait huit, de cinq actes chacune (2). La tragi-comedie est plutôt la fusion de plusieurs genres qu'un genre a
(1) E. RiGAL, Hlst. de la litt. fr., Julleville, Colin, IV, p. 206.
(2) Cf. RiGAL, loc, cit„ p. 212. Lire l'analyse de Gésippe et Elmire et de Frégondei , ^ ;
t'A LITTÉRATURE FRANÇAISÉ
'^^V^tnfLTZr:^^^^^^^ style
de Molière. Hardy a encoPP ^«^«-'"^
sième genre, la pastorale pTcl don/l'" P"'"' *
des bergers et des bergèi;^^^!.? ^^^^•^''««nnages sont
/'-ee, le célèbre rorZn A'u L influence de l'As-
mêler à celrd nLiie cw' ^ "rfé (1610-19,, vient se
que Racan écrit 1ns la forSr^ ^«"'^'^ ««"^ant
P'Urfé lui-même compo e ^ m^^'K' T
faut pas confondre avec cene Hl\?^'^^'''""'"'-''(q^'iln«
donne, en 1628, une «ombauld,
lyHqrÎ^!%' iJiST;^?^^^^ -"-e poète
en 1619),\!ne tragédie de ^/.Jj^^^^^^^^^ jouée
. cite volontiers deux vers rSes s^rt' ^" ''o«^/7 pour s'être lâchement «n.w i^!^ '® Poignard qui La pièce vaut mieux ane tf '"""^^ ™aître. «mérite de ThéSe conJL'Tf ^"^^^^ «i^^'' tragédie la poS que Ha 1 en 'hT î^'"*^^*^'' avait trop sièremU bannie^ ^^'"ehL ThS' V?' ^ 'Si:' ""^ dU;et„d~^ent
pastorale, ^ (1631? r^r' de Corneille sont : une pour la quesïr des „, J'^^ ^'^ importante
règles qu'il avait formulées doL i! -^ d appliquer les Un certain F Off er ^v^u la Pi-eface de Silvanire.
Tyr et 5/./o«, trag^d e en deux' vf" ''^^ '''''''' P«"r landre; il y soutenait na^ h! journées de Jean de Sche-
la libeAé L /eTrMah ét '"^J'^^^l^f^ ^ort intéressants, l'unité d'actioTS /?''°'^ ^'^•"andê
Vingt-quatre heuLs eUa orinT i ^^'^ P^^^^'' c'est la comr?-î/H -'^ '^'^
seizième siècle. VunlirSl iemn^. f ^'^"''^'^^ sur la vraisemblancefdetiïrtrair ^^^^^^^^ (1) Cf. D. ann '
(1) Cf. p. 30G.
(2) Cf. p. 3tO<
LA FORMATION DE LA TRAGÉDIE CLASSIQUE 335
par suite niodiO<M* prorondémerit le système de « mise en scène » conservé à l'Hôtel de Bourgogne, — Ces trois unités sont observées strictement pour la première fois dans la Sophonisbe de Mairet. Si l'on joint à ce caractère le fond historique de la pièce, la noblesse du ton, les analyses psychologiques qui expliquent les actes des personnages, on comprendra que Mairet soit, en 1634, le véritable pré-^, curseur de Corneille : à ce titre son nom rie^'pèut périr . Il êstr*fâcîreTnt7^ans doute, que Mairet se soit mêlé à la querelle du Cid, d'une façon assez déplaisante; mais que Ton juge de son dépit, devant le succès éclatant d'un rival ! Aussi, après 1636, abandonne-t-il la tragédie pour la tragicomédie.
C'est maintenant de Corneille qu'il faut nous occuper; nous reviendrons ensuite sur ses contemporains.