‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 107 sur 281 · II. — Corneille · texte numérisé non relu

II. — Corneille

Vie. — Premières années. — Fontenelle, 'neveu de Corneille, dit très justement : « La vie de M. Corneille, comme particulier, n'a rien d'assez important pour mériter d'être écrite ; et à le regarder comme un auteur illustre, sa vie est proprement l'histoire de ses ouvrages. » Aus§i sa biographie peut-elle être réduite à peu de chose; il suffît d'en bien marquer les étapes. ^

Pierre Corneille est né Rouen, le 6 juin 1606, d'aine famille bourgeoise de petite robel son père était maître particulier des eaux et forêts. Il fit ses études au collège des Jésuites de sa ville natale, et fut un très bon écolier, c'est-à-dire un excellent latiniste. Son génie, naturellement porté à la force, à la grandeur et à la déclamation^ trouva dans les poètes et orateurs latins un aliment tout à faft approprié. Et il goûta particulièrement Sénèque le tragique et Lucain, des Romains espagnols, des moralistespoètes abondants en sentences sublimes ou ingénieuses, et en tirades magnifiques.

Au sortir du collège, Corneille étudia le aroit, et acheta, en 1628, une charge d'avocat général à la Table de marbre du Palais; ces fonctions, il les conserva jusqu'en 1650,

Il doit surtout à l'étude du droit Tart iV argumenter, et la dialectique solide et captieuse à la fois qui anime les discours de ses personnages. Que de scènes, dans le Cid, Polijeucle, et dans les moindres de ses tragédies, qui sont de vrais plaidoyers , et où Tauditear applaudit également à Tattaque et à la défense.

Les débuts au théâtre. — Rien ne semblait, dans cette paisible et modeste vie provinciale, destiner Corneille au théâtre. C'est la preuve que le vrai génie se crée à luimême des circonstances favorables et des occasions de se manifester. Une aventure de société, à Rouen, lui inspire un sonnet pour Mlle Milet, et ce sonnet il a l'idée de l'encadrer dans une comédie, Mélite, jouée à Paris en 1629. Le succès de Mélile encourage Corneille, qui donne successivement plusieurs comédies, et, en 1635, sa première tragédie, Médée. Corneille était alors à Paris, où l'avait attiré et fixé à demi la réussite de ses premières pièces. Probablement pour subvenir aux frais de son séjour, et aussi pour s'assurer un puissant protecteur, il travaillait dans la compagnie des cinq auteurs du cardinal de Richelieu. Celui-ci, qui se croyait du talent dramatique, jetait le plan d'une pastorale ou d'une comédie, et distribuait les actes à versifier, entre Corneille, Roisrobert, CoUetet, L'Estoile et Rotrou. On sait que, pour avoir modifié le troisième acte de la comédie des Tuileries, Corneille fut accusé de manquer «d'esprit de suite», et probablement cassé aux gages. C'est le moment de remarquer à quel point Corneille a été gauche et maladroit avec les grands. Très fier et très timide, mais sentant qu'il a besoin de leur appui, il écrit des dédicaces et des épîtres dont le ton humble et parfois suppliant nous étonne et nous fait peine. (Voyez surtout la dédicace d'Horace à Richelieu, celle de Cinna à M. de Montoron, celle de Pompée à Mazarin.)

La. période des chefs-d'œuvre. — La période des chefsd'œuvre s'ouvre en 1636 avec le Cid, La querelle qui suit gâte pour Corneille les années 1637 à 1639. Mais il donne, coup sur coup, en 1640 Horace et Cinna, en 1643 Polyeucle et Pompée. En 1647, il est reçu à l'Académie française.

LA FORMATION DE LA TRAGÉDIE CLASSIQUE

La retraite (1652-4659). — En 1652, la chute de Perlharlte le décourage; il quitte Paris et se retire à Rouen, où il ne s'occupe plus que de terminer sa traduction en vers de VImiiation de Jésus-Christ, et de préparer une édition de ses œuvres complètes. Il demeure alors à Rouen dans la môme maison que son frère Thomas; il n'en bougera pas pendant sept ans. Il s'était mar'*''- ^n 1640, avec Mlle de Lamperière. Sept enfants lui naqunent. De trois fils survivants deux furent officiers, dont l'un mourut au siège de Grave, en 1674 ; c'est ce dernier qui fut le grand père de Marie-Anne Corneille, que Voltaire adopta, et dota avec le produit de son Commentaire {il QA). Le troisième, Thomas, devint en 1680 abbé d'Aiguevive. Une de ses filles fut reli gieuse ; une autre, mariée, eut pour arrière-petite nièce Charlotte Corday. Il vivait comme un très simple bourgeois, travaillant en même temps à des poésies sacrées, à des discours critiques sur son art, à* des examens de ses pièces.

Le retour au théâtre (1659-1674). — En 1658, des circonstances qui n'ont pas été bien éclaircies le font revenir au théâtre. La troupe de Molière passe à Rouen, et joue plusieurs pièces de Corneille, qui figuraient, nous le savons, à son répertoire. De plus, Fouquet fait offrir à Corneille une forte prime s*il veut bien composer une nouvelle tragédie, et il lui propose trois sujets à choisir. Corneille se laisse tenter. Il donne, en 1659, son OEdipe, avec un grand succès. Et cette pièce est suivie de dix autres, avec des fortunes diverses. Mais, en 1674, Suréna « tombe à plat », et Corneille, âgé de soixante-huit ans, renonce définitivement au théâtre.

Il a couru sur la misère de ses dernières années des légendes discutables. Corneille, ayant toujours manqué de tact et de mesure dans ses requêtes comme dans ses remerciements, et les ayant exprimés en des vers où l'hyperbole trouve plus naturellement place que dans de simples lettres, a lui-même contribué à accréditer ces anecdotes. Il est certain que Corneille a relativement gagné peu d'argent avec ses pièces, et qu'il s'est appauvri en dotant ses filles et ses fils, surtout les deux officiers qui « tenaient état de nobles ». En 1677, il

tA LITTÉRATURE FRANÇAISE

adresse au roi une épître en vers, et, en 4678, une lettre à (Jolbert, pour solliciter une abbaye en faveur de son fils Thomas. 11 l'obtient. Mais la pension de deux mille livres, qui lui avait été octroyée en 1662, cessa de lui être payée en 1674; elle lui fut de nouveau servie à partir de 4678, mais irrégulièrement. On prétend même (c'est Boursault qui le raconte) que Boileau, quelques mois avant la mort du poète, aurait offert d'abandonner sa propre pension en faveur de Corneille. Louis XIV envoya à Corneille deux cents louis sur sa cassette peu de jours avant sa mort. Il est donc, certain que Corneille ne pouvait suffire à ses lourdes ctiarges; peut-être faut-il en accuser un peu une administration maladroite de sa fortune (4).

Le caractère de Corneille. — Le caractère de Corneille apparaît déjà suffisamment à travers cette biographie. Il faut seulement y ajouter quelques traits : Corneille n'avait rien de l'homme du monde ; il disait de lui-même : « Comme Dieu m'a fait naître mauvais courtisan, j'ai trouvé dans 1^ cour plus de louanges que de bienfaits, et plus d'estime que d'établissement (2). » La Bruyère a donné un excellent portrait de Corneille, en 4690, six ans après sa-mort, dans ce passage célèbre : « Un autre (3) est simple, timide, d'une ennuyeuse conversation ; il prend un mot pour uii autre, et il ne juge de la bonté de sa pièce quo-par l'argeni qui

(1) Mais on raconte encore V histoire du soulier. En 1852, un "ërudit publiait à Rouen une lettre d'un bourgeois de cette ville, écrite en 1674, à Paris, et dont le passage principal est celui-ci : « J'ai vu M. Corneille, notre parent et ami... Nous tsommes sortis ensemble après le dîner, et, en passant par la tue de la Parcheminerie, il est entré dans une boutique pour faire raccommoder sa chaussure qui était décousue. Il s'est assis sur une planche, et moi auprès de lui; et, lorsque l'ouvrier eut refait, il lui a donné trois pièces qu'il avait dans sa poche. J'ai pleuré qu'un si grand génie fût réduit à cet excès de misère. » Théophile Gautier a brodé sur ce thème une poésie très célèbre, où les revendications romantiques, à la Vigny, ont beau jeu. L'anecdote n'est plus acceptée aujourd'hui î^omme authentique. Voir F. Bououet, Poinls obscurs de la vie de Corneille (2« partie, chap. Vj, Paris, 1888.

(2) Avertissement au lecteur, éd. de 1644.

(3) Il vient de parler de La Fontaine (chap IX, Des jugem&fits).

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lui en revient ; il ne sait pas k réciter, ni lire son écriture. Laissez-le s'élever par la composition : il n'est pas audessous d' Auguste, de Pompée, de Nicomède, à'Héraclius ; il est roi, et un grand roi ; il est politique, il est philosophe; il entreprend de faire parler des héros, de les faire agii ; il peint les Romains; il sont plus grands et plus Romains dans ses vers que dans leur histoire. » Évidemment, les contemporains ont été frappés d'un contraste, chez celui qu'ils appelaient le 6o;z/zomme Corneille, entre l'indi ddu et son génie. Par là, Corneille, citoyen paisible et tiraide, marguillier de sa paroisse, père de famille se ruinant pour ses enfants, est tout l'opposé d'un poète romantique. Il ne se croit aucune fonction sociale ni poUtique. 11 n'est grand que par V esprit « quil avait sublime», dit encore LaRruyère (1).

On ne saurait trop signaler l'opposition absolue qui existe entre la religion de Corjieille et celle de Racine : Corneille n'a jamais cru qu'il y eût incompatibilité entre la dévotion chrétienne et le théâtre ; Racine, du jour où il se convertit, renonce à composer des tragédies.

C'est à Paris que mourut Pierre Corneille, le 30 septembrel684; son corps fut inhumé dans l'église Saint-Roch.

Histoire de son théâtre. Corneille débute par des comédies. Sa première pièce est Mélite (1629), dont nous avons expliqué roccasion. L'intrigue en est, tout au moins dans la première partie, assez ingénieuse, elle a été souvent reprise au théâtre. Un jeune homme, Éraste, fiancé à .Mélite, lui présente son ami Tircis; et bientôt, c'est Tircis^qui est aimé de Mélite. Pour se venger, Éraste invente de fausses lettres destinées à calomnier Mélite. Tircis se croit trahi, et déclare qu'il va se tuer ; Mélite, à qui l'on rapporte qu'il est mort, s'évanouit ; on vient annoncer à Éraste que Méhte a succombé, et il devient fou. Enfin, tout s'arrange, et Mélite épouse Tircis. — Dans son examen (2), Corneille nous apprend quelle est la qualité qui frappa le plus ses contemporains : « La nouveauté de ce genre de comédie, dit-il, dont il n'y a point d'exemple dans aucune langue, et le

(1) Caractères, cliap. I [Des ouvrages de Vesprit).

(2) Dans son édition de 1660, préparée à Rouen et publiée en 3 vol. à Paris, Corneille accompagne chaque pièce, de Mélile (1629) à OEdipe (1659), d'un examen critique. Pour les pièces postérieures, de la Toison d'or (1660) à S uréna {lQ7i), il n'a point composé d'examenSi ^

slyle aaïf qui faisait une peinture de ta conversation des Iionnêles gens ïhveni sans doute la cause de ce bonheur surprenant. «A cette époque , en eflet, la comédie était plutôt bouffonne et grossière : c'était toujours la farce. Pour trouver de la dignité, il fallait monter jusqu'à la tragi-comédie et jusqu'à la pastorale. Corneille a donc la gloire incontestable d'avoir donné avec succès les premiers modèles de la comédie mondaine et honnête.

Il continue cette veine dans ; la V.euve ou le Traître puni (1633), la Galerie du palais ou l'Amie rivale (1633), la Suivante (1634), la Place Royale (1634), rillusion comique (1636). Toutes cespiècesreposent sur des méprises, et se dénouent par des reconnaissances morales ; on y sent l'influence de VAstrée, de la pastorale italienne et de l'esprit précieux. Mais Corneille a aussi un certain goût de réalisme qui lui fait placer son action dans des décors parisiens, la place Royale (aujourd'hui place des Vosges), alors «le centre du beau monde », et surtout la Galerie du Palais(palais de justice) avec ses boutiques de lingère, de mercier, de libraire, où les conversations des marchands et des acheteurs nous donnent quelques piquants détails sur les modes, les costumes, les succès de librairie, etc.

Cependant, en 1631, au lendemain du succès de Mélite, Corneille avait fait jouer une tragi-comédie, genre à la mode. C'était Ciitandre, dont Corneille lui-même ne peut arriver à exposer clairement l'intrigue trop compliquée, dans la minutieuse analyse qu'il a écrite pour expliquer sa pièce. En 1635, entre la Place Royale et V Illusion comique, Corneille avait donné sa première tragédie, Médée, imitée de Sénèque. Il n'a pas réussi à exprimer, comme Euripide, la tendresse maternelle en lutte avec la vengeance ; c'est la vengeance seule qu'il a personnifiée dans son héroïne. On a retenu la fière réponse de Médée : Dans un si grand revers que vdus» reste-t-il ? — Moi.

A la fin de l'année 1636, le Théâtre du Marais représente le Cid, imité du romancero espagnol et surtout du drame de Gui- Ihemde Castro (1621). On prétend que Corneille avait été poussé à l'étude des Espagnols par M. de Chalon, ancien secrétaire des commandements de Marie de Médicis, retiré à Rouen. Nous n'avons pas à insister ici sur un chef-d'œuvre étudié à fond dans les classes. Notons simplement que le succès du Cid fut éclatant et révéla en Corneille un poète tragique que personne ' ne soupçonnait dans Fauteur de Médée. Il passa en proverbe de dire : Beau comme le Cid. Mais ce succès déchaîna contre lui cette fameuse querelle, où figurent à la fois, parmi ses adversaires, un Scudéry, un Chapelain et un Richelieu (1).

(1) La meilleure histoire critique de cette querelle assez con-

LA FORMATION DE LA TRAGÉDIE CLASSIQUE ISÏl

h^ans nous y arrêter, disons que le cardinal, déférant /e Cm à l'Académie française, obéissait moins .««"f./^^^.'l^^f^/f^'^'J. cunes ou à des jalousies personnelles, qu au desir de fa"^ tionner comme tribunal d'arbitrage Ulleraire cette Académie u'on le raillait d'avoir fondée. Voilà pourquoi >1 ^"rveilla k.^ même de si près la rédaction des Sentiments de l Académie Znçai^e\lr le Cid. Corneille fut très énervé par cette que- Sic 1 se débarrassa aisément, en termes hautains, de bcudérvet de Claveret ; mais le cardinal et l'Académie étaient des Srsaiîes plus sérieux. Sans exagérer l'influence des W^ments de l'Académie sur Corneille, on peut croire qu il la subit peu -êuVinconsciemment, sur deux points : d'abord . ne wul^^^ Slus imiter de pièce, puisqu'on l'avait accuse de plagiat a ega cl du dramaturge espagnol, et il chercha désormais f ans 1 Ms^o re des traits remarquables dont il tiremit ^^^'j^i' nuis il s'adressa de préférence à l'antiquité, plus en iaveui aum'ès des gens lettrés et savants. - Sur le premier point on ne peut que féliciter Corneille, qui a fait preuve d une ^dmirab^l^ va'riété dans l'art de construire déterminer des caractères; sur le second, on peut leg.euei Sfluere de la querelle. Corneille aurait jk. puiser dan le romancero ou dans les romans français des sujets de toutes,

'°Ouoi qu'il en soit, les années 1637, 1638 et 1639 ne voient paraître aucune nouvelle tragédie de l'auteur du Cid. Mais Cor s: ne s^taitpas content! de répondre à ses adversaires ou de maudire ses .juges ; il avait travaille P^'^-ï" ''.""""f' 1640, deux tragédies : Horace et Cmna. Horace a compose avec un évident souci de satisfaire aux règles. C est le t>pe le ;ius achevé delà tragédie romaine ; on 7 ""f/f/^^'j;! vraisemblance historique, et le devoir ^ triomphe de la pas sion. Le succès n'en fut pas discute ; et Corneille, avec une déférence, où il entre peut-être quelque irome, dedia sa pScê au 'cardinal de Richelieu. - Cinna "-^"^f^';^ ""^^ certaine exagération dans l'héroïsme de la volonté. Si Auguste «sfune des 'plus belles incarnations de la n^-ale cornélienne Emilie est le premier type de ces furies qui tout ^dorables qu'elles puissent être, manquent de vraisemblance psychologique. Cinna est dédié, on le sait, à M. de Montoron, cfbre Ana cier de l'époque ; on a dit, depuis, une dédicace u la Montor on En 1641-1642, Corneill^^Wréquente l'Hôtel de Rambouillet,

fuse est celle de M. F. Hémon, dlnsTa noUce de son édition du Cid (Paris, Delagrave). - Cf. A. Gasté, la Querelle du Cid (Rouen; 1891).

LÀ LITTÉRATURE FRANÇAlSË

compose deux madrigaux pour la Guirlande de Julie (1). 11 lit dans la « chambre bleue » son Polyeucte, dont le christianisme déplaît. La pièce n'en a pas moins un grand succès en 1643. Mais les contemporains, si l'on en croit un mot célèbre de la Dauphine « (Voilà, disait-elle, en parlant de Pauline, la plus honnête femme du monde qui n'aime pas son mari) », semblent y avoir surtout goûté la situation presque romanesque de Pauline entre Sévère et Polyeucte, et la discussion de psychologie galante qui peut en sortir. Au dix-huitième siècle, Polyeucte passe pour un fanatique^ et Sévère, vrai « philosophe », attire à lui toutes les sympathies. De nos jours, le 'martyr a repris la première place dans la pièce ; ce qui nous intéresse en lui, c'est la victoire du sentiment religieux sur les devoirs humains, et, en Pauline, l'évolution d'un amour qui, du mérite tout humain et banal de Sévère, passe irrésistiblement au mérite mieux connu et supérieur de Polyeucte. Cette tragédie est, par l'action, le caractère et le style, la proportion des parties, l'équilibre' et la gradation des sentiments, la profondeur de la morale humaine et religieuse, le type parfait de la pièce cornélienne.

La même année que Polyeucte, est représenté Pompée. Le héros qui donne son nom à la pièce n'y paraît pas. Encore vivant au premier acte, puisque Ptolémée délibère avec ses confidents sur la question de savoir s'il accueillera le vaincu de Pharsale, ou s'il le livrera à César, il meurt pendant Tentr'acte. César, loin de remercier Ptolémée de l'avoir débarrassé de son rival, se détourne avec horreur de cette tête coupée : il voulait pardonner, et il menace Ptolémée de sa colère. Cependant le roi d'Egypte suscite un complot contre César; celui-ci en est averti par la veuve de Pompée, Cornélie, qui veut bien se venger de César, mais qui se réserve de le punir elle-même et qui, en vraie Romaine, ne consent pas à ce qu'il périsse sous la trahison d'un roi esclave. Ptolémée est tué ; César donne son trône à Cléopâtre qu'il aime, et fait mettre en liberté Cornélie. — Pompée se rattache au système de Cinna, par les longues délibérations politiques, les maximes machiavéliques, l'étalage de la volonté et de la grandeur d âme. On y trouve, lionv la première fois l'amour réduit à la galanterie^ et presque indépendant de l'action principale. Supprimez le personnage de Cléopâtre et ses entretiens avec César, la pièce subsiste intégralement. Ce système, Corneille va le pratiquer et l'exagérer de plus en plus. — Pompée est dédié à Mazarin.

(1) Voir, sur cette question, le Cours de littérature dramatique de ScHLEGEL, trad. N. de Saussure. . .. ... . , .

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Touiours en 1643, année décidément féconde. Corneille revient à agnett à la comédie et .ail jouer le Menteur unUe de «

VMU suspecte, d Alarcon. La pièce «''^ t/^iîl"';;;^'^^^^^^"'^' Ac. l'Qnaiv^Pr iri Elle eut un i^rand succès, et Loineme aunnc*, S7a"s'J;/;'J^;/e..e.rNù d "ve ^Do-Ue et^ .^^^^ i^t r\\^r^r^ pt ffii'il imitc d'une comedie.de Lope ae vega, Sl?«r:à:Lr,i/Lt,L//en e«t pas le même succès que/e

' mr'Rodogune, princesse^ ^-/-'''-'.--i^'.^VeTesUi;!!!: étape dans l'évolution du génie de Corne e^ Le s^J^t est t^'« ^^

ïïneil conSçait à chercher. - Çléopât.-e reme de Syn^ n rlPnx fils Antiochus et Séleucus. A la cour de Sj iie se trom e aussi Rod^i^nè! princesse des Parthes, dont les deux jeunes Ses «ont amoureux. Or, Cléopàtre hait Rodogune, et Rodo- Ce hairCléopâtre ; question de jalousie ancienne, que la rèMe des vingt quatr^ heures ne pe^-met pas d'exposer suffisam- Zel ClIoUàtre dit à ses fils « ti'ône sera^poui-^celu.

SSe^ 0^ Antiochus et Séleucus aiment leur mère autant u ils aiment Rodogune, et ils ne «'aiment pas n«^^^^^^

La situation serait donc immobi e, «."''^,/,f,^'^,I"i'f déck «nlu entre les amours et les haines. Mais Cleopatie se decicie r^gir en a sant tuer un de ses fils. Antiochus, le survivant est sm- le point d'épouser Rodogune, quand il apprend le membre de Sé^uVui dontLs dernières paroles l averUssent e se def e d une main qui lui est chère... Il va boire a la ^o^P^ «l"^^ j'^"^ tpnd riéoDâtre, quand Rodogune 1 arrête. Poui dissiper les rupço^ Cléopà?re boit la pi' mière dans cette -upe ou elle flfAit verser du poison ; elle espère entraîner son fils et Rodot, ne danf la r^o?t Mais le poison fait trop vite son œuvre sur fu^ s:";âfeu™"a trahit; I elle expire, dés-Ptfèin'quirm"; haitknt aux époux des fils qui lui ressemblent Le cinquième Si de Rodogune est d une beauté dramatique admirab e Encore aujourS hui; malheureusement, /-ivei^ a cet^

situation il faut entendre quatre actes obscur» et pénible». tdtlne est dédiée (éd. de 1660) au Gi^nd Conde.

Après Théodore, vierge et martyre (161o), qui ne leussii pa.. Corneille arrive au chef-d'œuvre de l^^^Z^^ Héraclius empereur d'Orient (1646), sujet tire des Annales ecc e SSiës du cardinal Raronius. L'empereur de Contantinople Ma Ice a détrôné et tué par Phocas ; ses enfants ont ete mas ac%s stus ses yeux; cepe'ndant, la nourrice du petit Hera-

clius, fils de Maurice, l'a sauvé en lui substituant son propre ^ fils. Voilà le point de départ. Mais cet /m6ro^/fo de mélodrame est compliqué par une nouvelle substitution... *Bref, Corneille lui-même avoue de cette pièce < qu'il Ta fallu voir plus d'une fois pour en remporter une entière intelligence ». — Héraclius est dédié au chancelier Séguier.

En 1650, Corneille fait jouer une « pièce à machines », Andromède, avec musique de d'Assoucy, sur le théâtre du Petit-Bourbon. — Et la même année, il revient encore à un sujet espagnol, et à un genre mixte, la comédie héroïque, avec Don Sanche d'Aragon. Cette pièce, « toute d'invention », selon Corneille luimême (sauf pour le premier acte, et la reconnaissance finale), nous présente l'histoire d'un soldat de fortune, Carlos, amoureux d'Isabelle, reine de Castille. Celle-ci aime le vaillant Carlos, ^ mais elle combat ce sentiment, jusqu'à ce que, par une reconnaissance romanesque, on ait découvert que Carlos n'est autre que Don Sanche, roi d'Aragon. Il règne dans cette pièce un certain accent de bravoure la rend particulièrement che- * valeresque. Le premier acte, plein d'imprévu, d'un style pittoresque et hautain, a quelque chose de romantique, à la Buy- Blas. — En tête de Don Sàhch'e [qu'il faut lire), Corneille a publié une lettre à M. de Zuylichem, conseiller et secrétaire du prince d'Orange, dans laquelle il explique la nature et les règles de la comédie héroïque. C'est un morceau de critique fort curieux à comparer aux théories que Diderot devait soutenir plus d'un siècle après.

.1651. Nicomède est un des chefs-d'œuvre classiques ; n'y

insistons pas ici. Notons que Corneille, qui venait de donner Rodogune et Héraclius, pièces vraiment mélodramatiques, et Do/2 Sanche, d'un genre tout nouveau, revient avec Nicomède à la pure tragédie,;fondée sur l'analyse des caractères et le jeu des sentiments. Mais qu'on ne s'étonne pas d'y trouver une certaine liberté de style qui sent la comédie héroïque de la veille, et un dénouement quelque peu romanesque.

Enfin, 1652 marque, avec Pertharite, roi des Lombards, la fin de la première période de Corneille. Cette tragédie a parfois élé i'approchée de VAndromaque de Racine, avec laquelle elle prct^;ente, en effet, une curieuse analogie de situation, au début. Pertharite, roi des Lombards, a disparu. Son royaume est usurpé par le duc Grimoald. Celui-ci, pour consacrer son usurpation, veut épouser la femme de Pertharite, Rodelinde, et pour obtenir sa main, lui dit : « Si voûs ne m'épousez, votre fils mourra. » Rodelinde répond à Grimoald : u Je ne vous épouserai que si vous avez d'abord tué mon fils.» Heureusement,' Pertharite revient ; Grimoald partage le royaume avec lui, et

LA FORMATION DE LA TRAGEDIE CLASSIQUE

épouse une princesse qui l'aime. Pertharile supporte très bien la lecture, comme tout Corneille, môme le moins bon; mais il faut avouer qu'aucun des personnages de la pièce n'a de vérité, ni de vie.

Quand Corneille revient au théâtre avec Œdipe (1659), après une interruption de sept années, il obtient d'abord un grand succès. Cet Œdipe nous étonne aujourd'hui (comme celui que Voltaire devait faire jouer en 1718) par la complication de l'intrigue. Il nous semble que les amours de Thésée et de Dirée cadrent mal avec la terrible histoire racontée si simplement par Sophocle. — En 1660, Corneille donne la Toison d'or, pièce à machines, comme Andromède. — En 1662, commence avec Sertorius une série de tragédies politiques, où les « grands intérêts d'État » tiennent la première place, où l'amour est réduit à la galanterie fade, ou totalement subordonné à la raison. Sertorius est un général romain guerroyant en Espagne et adversaire de Sylla. Il est aimé, ou plutôt il est « demandé en mariage », pour des motifs d'intérêt politique, par deux femmes : Viriate, reine des Lusitaniens, et Aricie, femme divorcée de Pompée. Cependant, celui-ci vient dans le camp de Sertorius (leur entrevue est une des plus belles scènes politiques de Corneille) ; sa seconde femme Emilie étant morte, il reprend Aricie. Dès lors, Sertorius peut épouser Viriate ; mais il est assassiné par son lieutenant Perpenna, qui aime la reine. Pompée punit le traître. On ferait de cette tragédie, meurtres à part, un charmant vaudeville. — Nous pouvons passer très vite sur les autres pièces : Sophonisbe (1663), sujet déjà traité par Mairet en 1629; Othon (1664) ; Agésilas (1666), sorte de comédie héroïque et galante, écrite en vers hbreS, et dont la lecture est fort intéressante ; Attila (1667), dont l'action est trop compliquée et le dénouement, quoique conforme à l'histoire, presque risible (Atlila meurt d'un saignement de nez), contient quelques tirades d'une belle énergie ; — Tite et Bérénice (1670), sujet traité la même année par Racine. (On prétend que Henriette d'Angleterre mit aux prises le vieux poète et son jeune rival; mais la question est aujourd'hui très débattue) (1). La comparaison des deux pièces est intéressante; elle montre très bien comment Corneille complique son sujet, et comment Racine le simplifie. Chez Racine, trois personnages : Bérénice, Titus, Antiochus ; dans Corneille, Titus doit épouser Domitie, mais Domilie aime Domitian, et tous deux s'efforcent d'amener le Sénat à autoriser le mariage de Titus et de Bérénice, pour supprimer tout obstacle à leur propre mariage. Le Sénat consent; mais alors Bérénice re-

(1) La Bérénice de Racine., paiî^M. G. Michaux, Paris, 1908.

nonce volontairement à la main de Titus. Sans aucun cloute, il y a dans Tile el Bérénice une certaine influence de Racine, comme dans Agésilas on pouvait noter celle de Quinault. — Mais la pièce où Corneille, qui semble revenu de la galanterie, fait le mieux parler l'amour, c'est Psyché. Cette tragédie-ballet, jouée en 1671 au Louvre, n'est pas entièrement de Corneille ; mais précisément toute la partie élégiaque et passionnée est de lui (1). Rien de plus délicat et de plus pénétrant que la déclaration de l'Amour à Psyché, ou que les plaintes de l'Amour. — Pulchérie (1672) est une sorte de comédie héroïque ; Suréna (1674) contient en Eurydice une belle figure de femme. Ces dernières pièces, quelle que soit la froideur de l'intrigue, sont encore écrites en un style vigoureux et varié ; c'est une qualité qui n'a jamais faibli chez Corneille.

Corneille et les règles d'Aristote. — Nous avons vu précédemment que Mairet avait, le premier, appliqué dans sa Sophonisbe la règle des trois unités. Corneille, dans le Cid, ne se soumit pas absolument à cette poétique classique. Il paraît probable, en effet, que le Cid fut joué, au Marais, dans un décor triple, offrant d'un côté le palais du roi, de l'autre la maison du comte, et, au milieu, une rue de Séville. Mais les vingt-quatre heures sont observées ; elles sont, à vrai dire, employées avec une rare économie, A partir d'Horace, Corneille s'astreint aux règles, mais non sans ergoter ni protester. On sait, en effet, qu'il a écrit, pour son édition complète de 1660, des examens critiques de ses pièces (de Mélite à OEdipe), et qu'à la même date il a publié trois discours (un en tête de chacun des trois volumes) : De r Utilité et des Parties du poème dramatique. De la Tragédie et des Moyens de la traiter selon te vraisemblable ou te nécessaire, Des Trois Unités d'action, de jour et de lieu. Si Corneille crut devoir, à cette date, raisonner sur son système et sur chacune de ses pièces, c'est, à n'en pas douter, quoiqu'il ne nomme jamais cet ouvrage, pour réfuter les critiques que lui adressait directement ou indirectement l'abbé d'Aubignac, dans sa Pratique du théâtre (parue en 1657). On sent, dans ces discussions très normandes, que Corneille a la

(1) Molière avait fait le plan de la pièce ; mais il ne put ver>itier que le prologue, le premier acte, la preaiière jscène du second acte, el la première du 'troisième.

LA FORMATIOJV DE LA TRAGÉDIE CLASSIQUE M

prétention de s'être conformé aux règles, mais qu'il en élargit le sens et la définition pour les accommoder à certaines libertés qu'il a prises. La vérité, c'est que choisissant des sujets historiques et tes compliquant encore, Corneille est à Tétroit dans les vingt-quatre heures et dans l'unité de lieu ; mais que, d'autre part, son génie consistant surtout à réduire ses actions à une crise essentielle de la volonté, les unités lui furent une contrainte utile. Il ne s'est pas douté que ces mêmes crises d'énergie, diluées dans une action de plusieurs jours, ne donneraient pas la même impression de fermeté et d'héroïsme.

De plus, il a toujours cru se soumettre à des règles fictives, imposées par un petit groupe de connaisseurs auquel, depuis te Cid, il ne voulait plus déplaire ; il n'a pas senti que le public tout entier, composé presque exclusivement depuis 1636 de gens du monde et de bourgeois instruits, tendait d'instinct à cette recherche de la vraisemblance^ que Racine, après lui, devait réaliser si aisément.

L' « invention » chez Corneille. Dans quelle mesure il est historien. — Où Corneille prend-il le sujet de ses tragédies ? Si nous mettons à part Médée, le Cid, OEdipe, il n'imite pas des pièces antérieures. Il choisit ses sujets dans V histoire c^v il pense que « le sujet d'une belle tragédie doit être extraordinaire » ; mais, en même temps, il veut que l'hisloire « authentique » ce sxijet. Que cherchet-il, en effet ? Des exemples d'énergie humaine. Il lui faut de ces cas rares et vrais tout ensemble, dont la volonté n'aitpusortir qu'au prix d'un effort, maisd'un efforttouthumain. Il écarte donc le merveilleux comme le banal ; et c'est bien l'histoire, laquelle est en quelque sorte le registre des actes surhumains de la volonté humaine, qui doitl'inspirer.

Peut-on cependant l'appeler un historien ? Non, si l'on exige de l'historien le respect scrupuleux de la vérité; car Corneille ajoute et retranche aux faits que lui fournissent les textes [Horace, Cinna, Nicomède, etc.). Mais l'essentiel est que, par ces modifications, il ne fausse jamais la vérité, générale, et qu'il en profite, au contraire, pour nous faire mieux pénétrer la psychologie d'une nation et d'un personnage célèbre, ou les lois intimes et cachée les événe-

meiits. Or, on ne peut le nier, les Horace, les Auguste, . les Nicomède, les' Sertorius, les Attila eux-mêmes, nous font comprendre, par leurs sentimen ts et par leurs discours, qu'ils ont dû Taire ce qu'ils ont fait. Et cela est vrai surtout pour les Romains. — L'histoire romaine a particulièrement tenté Corneille, car elle est, plus que toute autre, un recueil de beaux exemples. Qu'on l'envisage dans sa suite ou dans chacun de ses épisodes, à moins d'y voir la main de la Providence, avec Bossuet, il faut avouer que c est un prodige de la volonté humaine. Mais aussi, et surtout, le Romain, pris en lui-même, est essentiellement un héros. 11 n'a pas inventé le stoïcisme, mais le stoïcisme semble avoir été fait pour lui. Il exerce sur ses passions le même empire que sur les ennemis de sa patrie ; // est maître de lui comme de Vunivers ; et il en a conscience, il le proclame, il l'affirme par ses dissertations comme par ses actes. , Enfin, les Romains ont parlé une langue forte et sonore, abondante en maximes solidement frappées, en raisonnements vigoureux et superbes. Si bien que ces Romains, qui furent impuissants à écrire des tragédies, sont deve nus par leurs exploits, leur psychologie et leur style, les héros incomparables des tragédies futures. — Il n'est donc pas surprenant que Corneille les ait aimés, y soitsans cesse revenu, et ait encore donné l'allure et le langage romain à presque tous ses héros, fussent-ils byzantins ou syriens.

L'action. — Ce /"a// une fois découvert dans l'histoire, que ce soit chezTite-Live [Horace), chez Appien(/?oc/o^«/2e), ^ chez Surius {Polyeucte) ou chez le cardinal Baronius(i7^'raclius), Corneille' se contente-t-il de l'adopter- et de le rendre dramatique et vraisemblable par l'analyse approfondie des caractères ? Non ; il le renforce et le complU que. Pour mieux faire valoir l'énergie humaine, « hors de r ordre commun il lui crée des fortunes » {Horace). — Il ne lui suffît pâs qu'une sœur des Horaces ait été fiancée à un des Curiaces ; il suppose encore qu'une sœur des Curiaces est mariée à l'un des Horaces. Ainsi, ce qui frappait déjà dans l'histoire, le sacrifice de l'amour au patriotisme, devient ici plus surprenant. — Il ne lui suffit pas que Polyeucte, récemment marié à Pauline, lui préfère

,^ FORMATION HK I.A TRAGÉDIE CLABSIQ^ 340

, le martyre ; il faut q"'"" ^^tî^ioSsfriÏroi"'" ■ les deux époux, pour montrer que la Jalous c l^^^^.^^

prise sur Polyeucte, et pour donnei a de sa

de choisir et de manifester, elle aus^si, i ^ un

toire sur la plus légitime colère. Corneille ne

Dans tous ces ^-J-^X'^,*^: /sUmU^s de l'énergie dépasse pas dans ses ch^fs-d œuvre i humaine ; mais on sent qu d «^^t de Plus en p la difficulté ; ses héros deviennent des ac od^ ^^^^^

lonté, à la fois P-l-l-^SBes dL obstacles pour le tours ; ils se créent a eux-mêmes obb sacrifice plaisir d'en triompher, et leur v ctoire ou le ^^^^.^^ n'importe plus à la grandeur Jiumame Ainsi^ ^ de Cléopâtre et de Rodogune, celle J V" mte et ^^^^ dans Sertorias, la lutte de Grimoald et de Hoae Perlharite, - autant d'actions qui ne «ont telles q l^^ que le poète l'a ainsi voulu, et qui sortent no v

'^rr ce'dtiÎT mïre en . relief la vo^^^^^^^^

héros, corneille ^e-it constnure ^e-^^^ de

. l=2tti.t^r^^^^^^^^

nos passions ; mais pour que cet e l^utte devu, .

li^nl il faut que nous "«"^he ions a quelque^^

imprévue, devant laquelh. S dU P-mier

- rait impuissant. Notie mente s encore,

danger nous tombons dans un deux e^^^^^^^ accablent,

etsi, à mesure que 1% ^a^^rd *>ine^,iVr^^^ seront nous redoublons de force et d audace. Ces o^sta

) extérieurs à nous ; mais le J^" .^^f^ l2 ac\ions de

Le Cid : Il ne aepeuu uc & Maures débarquent a

insulté par le comte, ni que les Mau, es a i Séville ; mais il dépend de lui de P'^o;;^^;^^ de le tuer, malgré son amour pour Chimene,

t,A LITTÉRATURE FRANÇAISE

quer un combat incigal el, héroïque contre les Maures. - Linna : il ne dépend pas d'Auguste qu'Émilie sa fille adoptive, Cinna qu'il a comblé de bienfaits, Maxime son conlident, le trahissent ; mais iT dépend de lui de pardonrf ^' ~ , /."''f': • dépend ni du vieil Horace, ni de son A il' ni de Curiace, que les Romains et les

Albains choisissent ainsi leurs champions ; mais il dépend a eux tous d accepter stoïquement cette situation terrible, et de préférer l'honneur à la famille

Nous disons que, d'autre part, cette acHon est ascendante. En effet, la situation s'aggrave d'acte en acte; les événements semblent porter un défi à la résistance morale des personnages. Dans Horace, c'est déjà un déchirement pour Curiace et pour Sabine que les Horaces soient désignes par le sort; mais quel coup de théâtre quand les Curiaces eux-mêmes ont été choisis par Albe ! Le vieil Horace est deja profondément troublé, quand il voit ses fils et son gendre partir pour un combat où ils doivent s'entretuer; mais quelle épreuve pour son cœur de Romain et de pere quand il apprend la mort de deux de ses fils, et la fuite du troisième! Et quandilest revenu de cette erreur, voila ce glorieux fils qui se souille par le meurtre de sa sœur, et qui est menacé de périr comme un criminel ' Ainsi, Uciion monte toujours, pour éprouver et pour exalter 1 énergie Analysez F ce point de vue Cinna, Folyeucle, Pompée, Nicomède. '

Les caractères et les passions. - On conçoit aisément ce

à jouer un pareil rôle.

La Bruyère dit que Corneille a peint les hommes tels gu Ils devraient être. En effet, les héros incarnent, nous 1 avons dej a indiqué, une volonté maîtresse d'elle-même une raison qui règne en souveraine sur la sensibilité et qui la tyrannise, une clairvoyance morale toujours en

lîipvT ri " sentiments les animent : ^

e devoir filial (Rodrigue), l'honneur (Don Diègue),le patriotisnae (Horace, Nicomède), la clémence (Auguste), l'amour de Dieu (Polyeucte), la fidélité conjugale (Pauline, Corné

ubnl ernif'"'' (Nicomède), etc. Les personnages

subalternes eux-mêmes sont des entêtés : un comte de Gor-

« FORMATION nE l^ WAGÈDIE CtASSlQUE

âprêté. Enfin, quelques heromes app^^^^^^^^^ ^^^^ la%oursuite de l^^^ saUsfacUon^ pei s^^^^^^ vengeance : telles Gamme Emihe^ H^^ ^^^^ ^^^^ Mais tous, on le voit, a «es u^^g

différents, sont des ««''X^^/" ^f. ! " ^ l'amour, qui, de ; Quelle place. Corneille donne a toutes les P^^s'ons, est cel^e qu ^ .^j^ration Uree

conflits tragiques ? On cite toiyoui j'ai cru jusques

d'une lettre à Saint-Evremond (lbbb) . ^.^^^^^^^

ici que l'amour était une P^^^f^'^^f^Le héroïque ; j'aime pour être la dominante dans une Pie h ^

Qu'elle y serve ^'«^'^"^^"^'^frise qu'un petit nombre de ces mots, Corneille n^fJ^;„^Xt qïun ornemenf que Von sespièces, où l'amour n^st en e^^^^^ 0^,,^,, AUila.

pourrait supprimer vamour, loin d'être un

P Dans presque toutes autres 1 amov ^^^^.^ ^^^^ ,

ornemenf, crée la djfflcvate motal^^^^^^ Rodrigue et Chi.

humain. Le Cid .'^^^''^''^1 tlv tmolT vonv Êmilie que, mène ne s'aimaient ; c est par ^mom P ^^^^ ^

Cinna conspire, et que f^^l'^^ lll^X et môme celui de ^ue deviendrait le su^et de ^«'^^ et d'^^es'Vas ? I BodDfftme, pour ne point parle^^^ Corneille en disant

faut donc corriger la d«^\^^^^ ;^^"., 'es tragédies, il y a de, que, dans la plus grande f ^ ira^^^ ^^.^

. Vamour, et de l'amour ^^^'^^'^X^^'";^ 'cet Imour n'est ajoutant deux remarques essentielles ) 1^ res-

: pis, comme f^^^l^l^^àvéi supérieur, et il ..sort unique; .1 '^f',f'~om vient d'un libre choix de la \ doit être vaincu; h) ^et amoui v

\ volonté et de la raison ; il ««J fonde s^^ lui-même, et ne reux que soit le héros d ^'e e n^ad e de subit jamais cette latah te dont bhakesp^^^^ l'objet de

set ont si profondément penetié 1^ ^ ^es rai-

son amour peut eh^nger, selmr que soi^^^^^ sons valables de se deplaceI^ A msi, Couk l ^^^^^

Uise et transforme en TtJ^^"^^ cause le plus de nos sentiments qui, d o'd'naue, nou pouline; i trouble et nous ôte le plus de clau^^^^^^^^ 'si Pauline était une femme ordmairt, même

LA LITTf'rATURE FRANÇAISE

tueuse, elle laisserait périr, puisqu'il y tient, ce Polyeucte qu'elle n'a épousé que par obéissance, et elle reviendrait légitimement à Sévère qu'elle a aimé jadis et qui l'aime toujours passionnément. Mais Pauline, fille de Corneille^ n'aimait Sévère que pour son courage et sa vertu ; du moment où elle sent en Polyeucte une vertu supérieure et un courage étrange, c'est vers lui qu'elle s'oriente comme vers le pôle irrésistible de son cœur.

Moralité du théâtre de Corneille. — Cet empire de la volonté sur les passions, même sur les plus naturelles, fait proprement la moralité du théâtre de Corneille. Mais il faut préciser cette question de la morale de Corneille, et expliquer pourquoi le théâtre de Corneille est une « école de grandeur d'âme » (Voltaire).

a) Corneille, dans ses plus belles tragédies, pose des « problèmes moraux » et des « cas de conscience ». ; L'exemple, est rare et tragique-, mais il évoque des cas ana- ; logues, plus ordinaires, auxquels la leçon peut s appliquer. \ Et la beauté de ces problèmes vient, on ne le remarque ' pas assez, de ce que le^ héros se trouve pris non pas entre , le devoir et la passion (car la plus élémentaire morale « nous oblige à choisir le devoir, et dans ce choix, il peut ■ y avoir du mérite, mais non pas de la grandeur *et encore , moins de l'héroïsme), mais entre deux devoirs, qui le sollicitent d'abord également, mais dont l'un doit triompher ] de Tautre. Croyez bien que Rodrigue, Curiace, Auguste, | Pauline n'hésiteraient pas un instant s'ils avaient à se j décider entre la vertu et le vice, entre le courage et laj lâcheté. Pour ne retenir qu'un de ces personnages, Auguste j ne peut-il pas, ne doit-il pas hésiter entre son devoir de j chef d'État qui est de punir, et son devoir d'homme qui j est de pardonner? Ne peut-il craindre de se tromper, et ' n'a-t-il pas raison de s'interroger avec angoisse?

b) Et maintenant, quel est le principe qui déterminera le choix du héros? C'est ici, vraiment, que la grandeur d*âme va se montrer. Ce héros, d'abord, envisagera, non sans trouble, les deux forces qui le sollicitent. Il faut, en effet, qu'il nous apparaisse libre et clairvoyant; qu'il approfondisse tous les aspects, toutes les difficultés,

LA FORMATION DT] TA TRAGÉDIE CLASSIQUE SH

toutes les conséquences de son acte ; et qu'il se décide par un choix raisonné de sa volonté. Ce raisonnement donne au héros un critérium certain, et iui fait discerner enfin le vrai devoir du devoir spécieux. Le vrai devoir se reconnaît à ce qu'il exige de nous un sacrifice plus corn-/ plet et un effort plus grand. — Ainsi, punir comme chef/ d'Etat, c'est un devoir; mais l'orgueil et la vengeance y trouvent leur compte. Pardonner, c'est un sacrifice, c'est aux yeux de la foule un aveu d'impuissance, c'est une abdication volontaire. Donc, le vrai devoir d'Auguste, c'est le pardon. — Céder aux inquiétudes d'une femme qu'on aime, éviter tout ce qui pourrait votis en détacher et tenir les serments qu'on lui a faits, c'est un devoir ; mais ce devoir porte en lui-même sa douceur et sa récompense présente. Obéir à la voix secrète de Dieu qui vous appelle, courir au baptême, briser les idoles, c'est payer du sacrifice de sa vie et de son bonheur une récompense future. Donc, Polyeucte ira se faire baptiser.

c) Mais peut-être ce héros, une fois qu'il aura accompli son pénible devoir, aura-t-il, en présence des ruines de son bonheur, ou de la mort qui va le frapper, un moment de faiblesse ? peut-être se retrouvera-t-il tout simplement homme, et regrettera-t-il sa décision? Jamais. A Chimène, Rodrigue, le cœur tout saignant de son sacrifice, dira : « Je le ferais encore si j'avais à le faire. » A Pauline et à Félix, Polyeucte prêt à partir pour le supplice, fera la même réponse. Le jeune Horace n'a pas un mot de repentir sur le meurh^e de sa sœur. Pauline n'est pas dégrisée par la mort de Polyeucte, mais appelle le supplice à son tour.

d) Enfin, le style même de ce théâtre justifie cette expres- |Sion : école de grandeur d'âme. Ce ne sont que plaidoyers, [arguments^ dissertations. Pas un de ces héros qui ne cherche à convaincre ses adversaires ou à se convaincre lui-même de l'excellence de son choix. Toute la théorie du vrai devoir, distingué du devoir spécieux, se trouve là. Rodrigue prouve à Ghimène qu'il était moralement obligé de la rendre orpheline ; et Chimène lui prouve à son tour qu'elle doit le faire punir. Pauline prouve à Sévère qu'elle ne doit plus l'aimer, et qu'il doit demander la grâce de Polyeucte. Et, dans ces discours, tous les sophismes de la passion

Des Granges. — Littérature.

LA UrTÉnATIIHE FRANCATRE

OU de Torgueil sont poursuivis et réfutés ; on descend jusqu'aux subtilités dialectiques les plus ténues ; c'est une prodigieuse casuistique stoïcienne.

Voilà pourquoi le théâtre de Corneille provoque Vadmiralion. Par les sujets, par la nature des passions, par le mécanisme moral des héros, il nous élève au-dessus des choses mesquines ou des tentations troublantes. Mais surtout il nous donne confiance en la force de la nature humaine. Nous ne nous savions pas si bien doués pour la lutte, si supérieurs à la vie banale, si capables de connaître notre vrai devoir, si vigoureux à le remplir, ^si pleinement satisfaits parle seul témo^nage de notre conscience. De là, une contagion de grandeur qui se dégage / du Cid, d'Horace, de Cinna, de Polyeucle, et même de \ Pompée, de Sevlorius et de tant d'autres pièces. Car le com mencement de l'héroïsme est l'admiration de la vertu.

Le style de Corneille. — Corneille est un de nos plus grands écrivains en vers, et peut-être le plus grà"ùd. îl n'est pas poète au sens où l'entendent les romantiques ; il est sobre d'images ; il développe des raisonnements et des idées, plutôt qu'ail n'exprime des sensations. 11 discute, il distingue, il accuse, il réplique, il gourmande la sensibilité par la voix de la volonté ; bref, il est orateur, 11 a toutes les qualités de la plus belle rhétorique ; il en a aussi les défauts : la subtilité, l'emphase, la déclamation. Mais ce qui frappe le plus *chez lui, c'est l'admirable propriété d'un vocabulaire le plus souvent abstrait, où les nuances et les degrés du raisonnement sont marqués^ avec une merveilleuse sûreté. De plus, ce style a toujours une gravité robuste, et vraiment dramatique ; rien de mièvre, d'incertain, de vague. On sent, au théâtre, la vigueur toute scénique de cette langue et de ce style. Enfin, si Corneille excelle à développer avec ordre et logique une série d'arguments et à composer de longs discours (11^ acte de Cinna, IV® acte d'/Torace, IV* acte de Serloriiis, etc.), il n'est pas moins habile soit à formuler de courtes et inspiratrices maximes, soit à disposer un dialogue en répliques antithétiques, dont les vers'étincelànts se croisentcomme les attaques et les ripostesdedeux épées.

LA FORMATION DE LA TRAGEDIE CLASSIQUE

IIÏ. — Les contemporains de Corneille.

Si admirable que soit Corneille, son génie ne doit pas nous faire oublier quelques-uns de ses contemporains, rivaux ou amis, qui se partagèrent avec lui la faveur du public. Les principaux sont Roirou, du Byer, Tristan UHermile, Thomas Corneille.

Rotrou (1609-1650). — De la vie de Rotrou on sait peu de chose : qu'il eut un génie précoce, qu'il fit partie du groupe des cinq auteurs de Richelieu, et qu'il mourut héroïquement à Dreux, sa ville natale, où il avait été rejomdre son poste de lieutenant-criminel, au moment dîme épidémie. Nous savons aussi qu'il fut un ami de Corneille qu'il appelait son maître; et celui-ci le nommait son père, 11 nous a laissé un assez grand nombre de pièces dont les principales sont, par ordre de dates : les Sosies (1636), comédie imitée d'Amphitryon de Plaute (à comparer avec Molière); Laure persécutée, tragi-comédie (1627) ; la Sœur, comédie (1645) ; Saint Genest, tragédie (1646) ; Venceslas, tragédie (1647) ; Cosroès , tragédie (1649). Deux de ces pièces méritent encore d'être lues : Saint Genest, histoire du comédien Genest qui, jouant devant lempereur Dioclétien et sa cour une pièce sur le martyre d'Adrien, se convertit pendant qu'il joue son rôle, et passe de la fiction à la réahté ; quand Genest est en prison et résiste à toutes les tentatives faites auprès de lui pour lui arracher un désaveu, on sent que Rotrou se souvient de Polyeucte. — Dans Vencestas, imité d'un drame espagnol. On ne peut être père et roi, la situation de Venceslas, roi de Pologne, obligé de condamner son fils à mort, est digne de Corneille ; l'acte V aurait pu être pensé et écrit par l'auteur d'Horace, Rotrou, mort dans la force de l'âge, n'a peut-être pas donné sa mesure. En tout cas, il est, plus que Thomas, le frère du grand Corneille.

Du Ryer (i(]05-l 658) eut de très grands succès auprès de ses contemporains, surtout avec Alcionée (1639), Saûl '

(1639), Eslher (4643) et Amarillis (1650), pastorale. On goûtait chez lui une délicatesse de style et une simplicité qui, sans doute, reposaient les spectateurs de Corneille luimême.

Tristan L'Hermite (1601-1655), dont la plus célèbre pièce est Mariamne, jouée sur le Théâtre du Marais, en 1636, quelques mois avant le Cid, est également caractérisé par un style naturel, souvent lyrique. On le considère comme un précurseur de Racine.

Thomas Corneille (1625-1709), îrère de Pierre Corneille, ne fut pas moins fécond que son aîné, et obtint de retentissants succès : ainsi Timocraîe (1656) fut joué pendant six mois consécutifs. On garda longtemps au répertoire Ariane (1672) et le Comte d'Essex (1678). Thomas paraît avoir eu surtout des qualités de métier ; il aime les intrigues romanesques, et les agrémente d'une assez fade galanterie. Mais il a su varier sa manière selon les changements du goût public, et, sans forte originalité, il parvint à plaire.

Thomas Corneille nous mène, par les dates de ses dernières pièces, jusqu'après la retraite de Racine.

BIBLIOGRAPHIE

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RoTROu, Théâtre choisi (notice par F. Hémon). Laplace, 1883.

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