II. lîossuct
Vie. - Jacques-Bénigne Bossuet appartenait à une viéillé famille «parlementaire » de Bourgogne. Son pere. tJe- ' nS^ossuet était avocat au Parlement de Dijon, et de- ► S consemer au Parlement de Metz. Jacques-Bénigne naquH à Dijon, le 27 septembre 1627, le sepUe-e de^ d^x enfants et fut de bonne heure destine a 1 Eglise. 11 com men?a ;es études au collège des jésuites de sa ville natale S îes continua, à partir de im à Pans, au collège de Navarre (4). Est-il vrai que, pendant ses années d études rhéorogiques,il ait fréquenté l'Hôtel f R^^-l^^^^l^^^jf ^^^"^ V ait un soir, improvisé un sermon? Et faut-il tenir pou. authentique le mot de Voiture : « Je n'ai jamais entendu pïêcher ni si tôt. ni si tard » ? - Toujours est-il que le Feune Bossuet avait déjà une réputation. Son ardeur au travail lui valait, de la part de ses condisciples, le surnom TBos meL aratro (2) ; et le prince de Condé acceptait, en 1648, la dédicace de sa première thèse, sa lenlahve.
Bossuet fut ordonné sous-diacre à Langres, et diacre a Metz où sa famille l'avait fait pourvoir, des 1640, d un canonicat. En 1650, il soutint la thèse dite sorbomqae ; 6^1652 il était Ucencié et, bientôt, docteur en théologie. Ordonné prêtre la môme année, Bossuet vmt résider a Setz, avec le titre d'archidiacre de S^-rebourg De 652 a 4659, sauf une courte apparition a Pans . (1657 Pane^y rique de saint Paul), il prêchera et remphra to^sse^s devoirs de prêtre à Metz. Dès cette époque, il faut se repielenter urBossuet plein d'ardeur apostolique, et sans rucune ambition litté'i-aire. Nous le voyons ^j^^^^^^ siste, apôtre, directeur de conscience, tra 'a lleuj acharne et prenant sur son sommeil pour lire et ï^l^J^ la B'b^^^^^^^ les Pères. - Dans la capitale de la Lorraine , les piotestants et les israélites étaient nombreux. Bossue l écnt une W«-
f n I A nrineioal de Navarre était Nicolas ( '.omet, celui qui décluvrif eUormuiries cinq propositions de Jansénius. Bossuet P nrononcé son oraison funèbre, en 1663. , . ,,oUi,„<i
S Bos suetus aratro signifie littéralement : e bœ" hab''"'= à la charrue », c'est-à-dire le bœuf laborieux et vigoureux.
talion du catéchisme de Ferri, minisire calviniste (165S), et il opère des conversions parmi les Juifs. 11 a déjà de grands succès comme prédicateur ; c'est l'époque de ses Panégyriques et de ses premières Oraisons funèbres, ' En 1659, il vient s'établir à Paris, sans abandonner son canonicat de Metz ni son titre d'archidiacre (en 4664, il sera nommé doyen du chapitre de Metz). Il prêche deux panégygiques (saint Joseph et sainte Thérèse) devant la, reine-mère ; et, en 1660, il commence la série des Carêmes et des Avents que nous énumérons plus loin.
De 1659 à 1669, Bossuet se multiplie : sermons, panégyriques, oraisons funèbres, apostolat et conversion d'illustres prolestants (Mlle de Bouillon, Turenne, de Lorges, etc.), controverses et conférences avec le ministre Ferri ; et toujours un travail incessant, comme en témoigne la documentation précise de tous ses ouvrages. Il n'a d'ailleurs rien publié, depuis 1655.
En 1669, Bossuet est nommé évêque de Condom, et, l'année suivante, précepteur du Dauphin. En 1671, il estélu membre de l'Acadérm^iPrTnrrÇaTsêr^ de son évêché
de Condom et reçoit en compensation deux prieurés, dans les diocèses de Bayeux et de Beauvais. Absorbé par l'instruction du Dauphin, pour lequel il s'impose un travail aussi écrasant qu'inutile, il ne prêche que rarement entre 1670 et 1680. Mais la controverse n'est pas abandonnée : en 1678, il a devant Mlle de Duras, protestante, des conférences avec le ministre Claude, et Mlle de Duras se convertit au catholicisme. La mêmeannée, il fait condamner I Histoire critique du Vieux Testament, de Richard Simon.
,RrJS-Wl9^^^^^ ^^i^ terminé, Bossuet est nommé premieraumônier de laDàupliineet évoque de M,eau^i £81 ). Alors, on peut dire que sa vie deviem^pTiis active que jamais. D'une part il s'occupe de mettre au point et de publier plusieurs ouvrages entrepris pour le Dauphin ; d'autre part, il administre son diocèse, où il réside, avec autant de ponctualité que de zèle apostolique ; enlin, et surtout, il devient le jaloux défenseur de l'orthodoxie catholique et gallicane contre tous ceux qui, du dehors comme au dedans, tentent d'altérer la tradition. 11 prononce, en 1681, ](î sermon d'ouverture de l'Assemblée du
BOSfîUET ET LES PR1^:DTCÂTEUB!^
clergé de France, sur VUnilé de 1 Église, et c'est le seul de ses sermons qu'il ait fait imprimer, le considérant comme un manifeste. Il rédige, en 1682, la Déclaration du cierge de Franceenqiialre articles, sur les libertés de V Eglise gallicane , Il publie son Histoire des variations des Églises protestantes (1688) et ses six Avertissements aux protestants (1689-1691) ; Il négocie avec Van Muelen et Leibnitz pour arriver à la réunion des Églises protestantes. Il lance contre le P. Caffaro les Maximes sur la comédie (1694). Et cependant, de 1680 à 1687, il prononce cinq oraisons funèbres. Mais vomîi l'affaire du Ouiétisme, qui commence en 1694 et ne s'achèvera qu en IWTT cette occasion, c'est une incroyable abondance de mémoires, de relations, de réponses, qui toutes supposent une étude approfondie des textes Ajou^ tez un grand nombre de lettres, à toutes sortes de per^ sonnes de tous états, et particulièrement d'admirables j
lettres de direction. "
Bossuet trouvait encore le temps de paraître h Versailles, à Chantniy, d'inspecter les couvents de son diocèse et d'y prêcher des retraites. .
Il est mort le 12 avril 1704. « les armes à la main », selon 1 expression de Saint-Simon.
Son caractère. — Quelques passages toujours cités des Oraisons funèbres, sublimes et pompeux, — un portrait théâtral peint par Rigaud, les souvenirs de la violente querelle du Quiétisme où Ton se plaît à considérer tenelon comme une victime, — ont contribué à fausser^ Fopinion publique^ sur le vrai caractère de Bossuet, Son traïrdc^inaniéta^la^^ Les contemporains ont insisté sur sa douceur et sur son art de plaire a tous. Il n'a montré de véhémence et d'opiniâtreté que lorsqu'il s'est constitué le défenseur de la tradition et de la foi contre des novateurs qu'il jugeait dangereux. Encore n'était-ce pas sans avoir épuisé les moyens de conciliation; nous le voyons, depuis Metz jusqu'à Meaux, en pourparlers et en discussions courtoises avec d'illustres protestants ; et contre Fénelon il n'emploie d'abord que des conférences. — Un autre trait de son caractère, c'est Ja^BUÂT^ cience qu'il apporte à tout ce qu'il fait. Doué d'une rare
TA T.ITTÉRATURE FRANÇAISE
puissance de Jrjay^aiJl, il prépare, approfondit, documente. Jamais cet orateur merveilleux ne se paye de mots. — 11 est franc envers tous, même envers le roj. Qu'on replace à leur date les compliments qu'il adresse à Louis XIV; ce sont des leçons. Qu'on lise surtout ses lettres au roi, en 4675(1). — Il est spontané et vigoureux ; il est, comme écrivain et comme moraliste, essentiellement sain et droit, à égale distance de tout excès. Ses lellres de dii^eclion sont d'une sûreté toujours actuelle. — Enfin, celle de ses qualités qui résume et qui explique toutes les autres, c'est le bon sens. Chez une nature froide ou bornée, le bon sens est synonyme de médiocrité; chez un homme doué de la plus puissante imagination, d'une sensibilité exquise, d'une grande force de raisonnement, le bon sens, c'est l'équilibre eiVhnmanité.
Bossuet sermonnaire. — La carrière de Bossuel prédicateur se subdivise en plusieurs périodes :
l'^ A Metz (1652-4658). Onpeutciterpendantcettepériode : le sermon sur la Loi de Dieu (1653 ou 1656), le panégyrique de saint Bernard (1655), le premier sermon sur la Providence (1656), le panégyrique de sainte Thérèse {\651), celui de saint Paul (1657 à Paris, Hôpital général). Les discours de la jeunesse de Bossuet sont remarquables par l'ardeur et la véhémence, par la hardiesse toute biblique d'une langue encore mêlée, très pittoresque, très hardie. Les maîtres de Bossuet sont alors Tertullien et saint Augustin.
A Paris (1658-1670). C'est l'époque des Carêmes et des Avents : — Carême de 1660, aux Minimes de la place Royale (aujourd'hui place des Vosges, alors le centre de Paris élégant); ce fut un Petit Carême, c'est-à-dire, où Ton ne prêchait que le dimanche (le Grand Carême étant celui où Ton prêche, en outre, le mercredi et le vendredi) (2;. On doit y signaler les sermons : sur les Démons, sur VHonneur du monde, sur les Vaines Excuses des pécheurs, sur la Passion. Dès cette époque, l'influence de saint Jean Chrysostome
(1) Ces trois lettres figurent dans les extraits des Œuvres diverses, publiés par G. Lanson, Paris, Delagrave, 1899.
(2) On voit quelle est la naïveté de ceux qui ont cru que le célèbre Petit Carême de Massillon était ainsi appelé parce qu'il ëtait prêché devant Louis XV enfant.
BOSSUET ET LES PREDICATEURS
vient tempérer celle de Terlullien et de saint Augustin. — Carême de 1661, aux Carmélites du faubourg Saint Jacques (Val-de-Grâce) : sermons sur la Parole de Dieu, sur la Haine de la vérité, sur les Souffrances, sur la Passion. C'est là que Bossuet, au témoignage de l'abbé Ledieu, son secrétaire, aurait eu pour auditeurs les « Messieurs de Port-Royal » (4). — Carême de 166^2, au Louvre : sermons sur la Prédicalion évangélique, sur V Impénilence finale, sur la Providence sur r Ambition, sur la Mort, sur les ^
Devoirs des rois, sur la Passion, — Carême de 1665, à Saint- Thomas du Louvre (ce n'est plus un carême à la Cour, mais devant la Cour), — Avent du Louvre, 1665. — Carême de Saint-Germain-en-Laye, 1666 ; à signaler les sermons sur la Divinité de la religion, sur VHonneur, sur V Amour des plaisirs, sur la Justice, sur V Ambition (2^). — Avent de Saint-Thomas du Louvre, 1668. — Avent de Saint-Germain-en-Laye, 1669 : sermons sur les^ Conditions nécessaires pour être heureux, sur V Endurcissement, — Cette période est celle de la pleine maturité de Bossuet.
3° Pendant son préceptorat, Bossuet renonce à la prédication. Cependant, il faut signaler, en 1675, le sermon pour la profession de Mlle de la Vallière,
¥ Nommé évêque de Meaux, Bçssuet recommence à prêcher : soit dans des occasions solennelles (sermon sur r Unité de VÉglise, 1681), soit dans sa cathédrale de Meaux et dans les églises et couvents de son diocèse (sur le Silence, aux Ursulines). C'est la période de l'éloquence famiUère, de l'homéHe plutôt que du sermon (2).
Histoire des sermons de Bossuet. Les manuscrits. Les
éditions. — Bossuet n'a pas publié lui-même ses sermons. Un seul fut imprimé, à titre de manifeste officiel, le ser-
(1) Quelques expressions analogues, dans les Sermons de Bossuet et dans les Pensées de Pascal, ont fait croire à certains critiques que Pascal avait imité Bossuet, ou réciproque- , ment. La question est puérilé, et M. Gandar (Bossuet orateur) l'a résolue d'un mot : l'un et l'autre ont puisé dans les Écritures et dans les Pères, voilà tout.
(2) Dans cette nomenclature, nous citons des sermons que les élèves peuvent trouver dans les recueils classiques de MM. Gan • dar, Gazier, Rébelliau et Jacquinet,
Des Gra?îges. — Littérature.
lA LITTÉRATURÈ FRANÇAISE
mon sur Unilé de l'Eglise (4681) ; un autre, sur la Profession de Mlle de la Vallière, le fut à sort insu. Rien ne prouve mieux le dédain de Bossuet pour la gloire littéraire, que 1 état dans lequel il laissait les manuscrits de ses sermons, surtout quand on songe que tout autre que lui aurait profité de sa résidence à Meaux pour revoir, achever, et faire imprimer les discours qui l'avaient rendu célèbre a iVIetz et à Paris. Chez beaucoup d'excellents prêtres, mais d'un esprit moins droit, il se glisse, après une brillante carrière oratoire, un dangereux sophisme;' combien se sont persuadés qu'en publiant leurs sermons, us ediheraient les lecteurs et obtiendraient des conversions . Le bon sens, qui est un des éléments du génie ae uossuet, le préserve de raisonner ainsi, lisait que' dans je sermon, plus encore que dans tout autre genre oratoire, la première qualité est la co/i£;e«««ce, l'appropriation directe des arguments à l'auditoire. Il le sent si bien que, s'il rédige son sermon, ce n'est jamais pour l'apprendre par cœur et le réciter, mais seulement pour s'assurer de son plan général, de ses citations, de ses exemples, — et qu'il se reserve d'en modifier le détail, aussitôt qu'il parle du Haut de la chaire, mesurant aux résistances ou aux sympathies de son auditoire l'importance ou la faiblesse des arguments. Et lorsqu'il prononce de nouveau un sermon deja prêche, il n'a aucun respect lilléraire pour ces feuillets rapidement écrits; il les reprend comme une matière dont 1 ensemble peut encore lui servir; mais il les modihe, les raccourcit, ou les développe; il biffe d une plume impitoyable des images magnifiques et des couplels trop bien venus,et surtout il accommode le raisonnement et les preuves, le sentiment et le pathétique à son auditoire du moment. Il est aisé de faire cette étude sur les sermons T^f r^!'.'^ ,^ différentes dates : ainsi la Providence de 1().>6 et celle de 1C62, et surtout le sermon sur V Ambition, prêche trois fois : aux Carmélites en 1661, au Louvre en 1662, à Saint-Germain en 1666 (1).
(1) Cf. abbé i.F.BARQ, Bosmet, Semons r Ambition, édition uilHiue, Pans, 1890; - C. -M. df-. Gr.AN.iFÇ .S.mo/i ^urrAmbi lion, étude critique, Paris, 1890.
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Aussi Bossuct kiissail-il, à sa mort, des portefeuilles pleins de sermons manuscrits, disposés dans l'ordre liturgique, dont l'état, attestait qu'il les avait beaucoup maniés èt retouchés, maisdontaucunn était prêt pour l'impression. Ces portefeuilles passèrent aux mains du fds de son frère Antoine, l'abbé Bossuet, qui devint évéque de Troyes. Celui-ci crut pouvoir en user comme avait fait son oncle; il s'en servait pour prêcher ; il permettait aux prêtres de son diocèse de les copier et même de les emporter chez eux. Les héritiers de l'évêque de Troyes, M. et Mme de Chazot, de^Metz, ne mirent pas moins de complaisance à communiquer les manuscrits de Bossuet. — Cependant les Bénédictins des Blancs-Manteaux, à Paris, préparaient une édition des OEuvres complètes de Bossuet (commencée par l'abbé Lequeux), et dom Déforis fit appel à tous ceux qui détenaient des manuscrits. Il obtint de Mme de Chazot tout ce qui restait des sermons, et l'édition de 4772-1778 donne quatre volumes composés de fragments ainsi retrouvés et plus ou moins bien reconstitués. Depuis l'édition des Bénédictins, on a trouvé encore quelques sermons, mais en petit nombre, et nous n'en possédons que deux cents environ.
DomDéforisavaiteule mérite, très grand à cette époque, de publier tout Bossuet. Quelques fautes, quelques erreurs que Ton puisse signaler dans son édition, il a, en dépit du goût de son temps, résisté à ceux qui voulaient « faire un choix et corriger ». Mais il avait mal daté les sermons ; il n'avait pas débrouillé les amalgames formés après coup par Bossuet ; il avait souvent mal lu le texte, maladroitement choisi les variantes,,. Bref, après dom Déforis, il a fallu les travaux de l'abbé Vaillant (1851), de Floquet (1855 et 1864), de Lâchât (édition de 1862-1865), de Gandar, de M. Gazier et de Tabbé Lebarq, pour établir un texte définitif et un classement rationnel des sermons de Bossuet (1).
Aussitôt que l'éditiondel772-1778 eut paru, lesjugements de la critique et du clergé prouvèrent à quel point le vrai
(l) Cf. l'abbé Lebarq, la Prédication de Bossuet, 1888 ; et {JEavres oratoires de Bossuet^ Paris, 1890-1896, 6 vol.
génie est mal compris, aux époques de décadence littéraire et morale. L'abbé Maury, sans doute, manifesta un certain enthousiasme, et d'Alembert (4779) appelait les sermons des esquisses de maîlre. IVIais La Harpe déclaTait Bossuet médiocre dans le sermon ; Féletz le jugeait /rop familier, pénible, obscur, diffus, bas el îriviaL Bientôt une réaction se fit : Saint-Marc Girardin, Patin, Nisard, et les 'critiques que nous avons précédemment nommés, ren- (iirent aux Sermons leur place dans l'œuvre de Bossuet, la première. Les Sermons de Bossuet sont, avec les Pensées de Pascal, le premier jet du génie.
Comment Bossuet comprend Téloquence de la chaire (4). — Déjà, par la façon dont il rédigeait et remaniait ses sermons, on a pu voir que Bossuet n'avait rien d'un littérateur de profession, et qu'il était uniquement préoccupé de convaincre et de toucher. Mais il a eu l'occasion de dire explicitement comment il entendait l'éloquence chrétienne.
Bossuet veut d'abord que le prédicateur connaisse FÉcriture Sainte. Lui-même il lisait et relisait la Bible, et il s'en était si bien pénétré qu'on ne sent plus aucune soudure entre la citation biblique et le commentaire (cf., à ce sujet, VHonneur du monde, V Ambition, VHonneur, Vlmpénilence finale, etc.). Pour les Pères de l'Église, il conseille la lecture simultanée de saint Augustin et de saint Jean Chrysostome, qui se complètent et se corrigent l'un l'autre ; TertuUien (pour lequel, jeune prêtre à Metz, il éprouva un véritable enthousiasme), saint Gyprien, Clément d'Alexandrie, saint Grégoire de Nazianze. Parmi les auteurs profanes grecs : Homère, Platon, Socrate, Démosthène (mais Bossuet avoue qu'il les a peu lus); en latin : Cicéron, Tite-Live, Salluste, Térence, Virgile ; en français : Balzac, les écrits des Messieurs de Port-Royal, Corneille. — A l'époque où Bossuet
, (1) Les sources de cette étude sont : le Panégyrique de saint Paul, rOraison funèbre du P. Bourgoing, les sermons sur la Prédication et sur la Parole de Dieu, et un opuscule publié par Floquet en 1855, sous ce titre: Sur le style et la lecture des écrivains et des Pères de V Église pour former un orateur (écrit en 1669 pour le jeune cardinal de Bouillon). Il faut y ajouter bien des passages d'autres sermons, oraisons funèbres, lettres, etc..
BOSSUET ET LES PRÉDICA^TEURc^
envoie cette liste au cardinal de Bouillon, il n'a pas, encore fait l'éducation du Dauphin ; il reprendra, et à fond, 1 étude des auteurs profanes, — « Mais ce qui est le plus nécessaire pour former le style, c'est de bien comprendre la chose, de pénétrer le fond et la fm de tout, et d'en savoir beaucoup... »
Dans le Panégyrique de saint Paul et dans la Parole de Dieu, Bossuet s'élève avec une admirable véhémence évangélique contre les prétentions littéraires de l'orateur chrétien et contre la coupable curiosité des auditeurs. — Saint Paul, dit-il, « rejette tous les artifices de la rhétorique... Il a des moyens pour persuader que la Grèce n'enseigne pas et que Bome n'a pas appris... une vertu plus qu'humaine qui persuade contre les règles, qui ne flatte pas les oreilles, mais qui porte ses coups droit au cœur... Ne regardons pas les prédications comme un divertissement de l'esprit; n'exigeons pas des prédicateurs les* ornements de la rhétorique, mais la doctrine des Écritures... Du moins sachons distinguer V assaisonnement de la nourriture solide., o » — Bossuet compare {Parole de Dieu) l'autel et la chaire. II juge le prêtre et l'auditeur également coupables de sacrilège s'ils laissent tomber soit le corps, soit la parole de Jésus-Christ. « Les prédicateurs ne montent pas dans les chaires pour y faire de vains discours qu'il faille entendre pour se divertir. [Ils y montent] dans le même esprit qu'à l'autel, pour célébrer un mystère... La conscience veut la vérité, et comme c'est à la conscience que parlent les prédicateurs, ils doivent rechercher non des brillants qui égaient, ni une harmonie qui délecte, ni des mouvements qui chatouillent, mais des éclairs qui percent, un tonnerre qui émeuve, un foudre qui brise les cœurs. » Quelle doit donc être la part de l'éloquence ? « La sagesse marche devant comme la maîtresse, l'éloquence s'avance après comme la suivante... Elle doit suivre sans être appelée... Elle doit venir d'elle-même, attirée par la gran^ deur des choses et pour servir d'interprète à la sagesse qui parle... Le prédicateur prendra tout dans les Écritures, non seulement pour justifier, mais pour embellir son discours. » — De leur côté, les auditeurs doivent « savoir écouter au dedans... On parle dans la chaire, la prédi-
LA UTTl^RATURE FRANÇAISE
narPnt il i "'^ P*^'^"' les paroles, com-
■Ff.tTl^''''^' la chaire était un
théa re ou il fallût disputer le prix du bien dire !... »
Cette fière et apostolique théorie de la prédication explique pourquoi Bossuet n'eut pas, au dix-septième siècle maigre la supériorité de son génie, un succès égal à celu de Bourdaloue et de Massillon. Certes, il parle toujours une admirable langue, aussi correcte que forte : mais il ne craint pas, quand le sujet l'exige, de descendre à la tamiharite, et de surprendre ses auditeurs par la brusquerie et par l'emportement de son langage. Dans VOraison funèbre d Anne de Gonzague, après avoir raconté les songes de la princesse, et cité ses lettres, il dit : « Je me plais a repe er ces paroles, malgré les oreilles délicates ; elles effacent les discours les plus relevés, et je voudrais ne plus parler que ce langage ! » Et encore : "« Mon discours dont vous vous croyez les juges vous jugera au dernier jour ; et SI vous n'en sortez plus chrétiens, vous en sortirez plus coupables. »
Le lyrisme de Bossuet. - Mais ce qui explique encore une certaine résistance de la part du dix-septième siècle c est que Bossuet est beaucoup njamiffiÊê,rsonnel et abstrait qu un Bourdaloue ou un Massillon. iTesT^ul en son siècle uaifflœ, - L'abbé Maury avait déjà signalé e lyrisme de Bossuet ; Villemain l'a défini et précisé dans 1 introduction de la Poésie de Pindare ; dé nos jours Bruneiière y est revenu avec éclat. '
Qu'est-ce que le lyrisme, dégagé des genres fixes dans lesquels on l'a le plus souvent enfermé? C'est «l'expression passionnée et imagée de sentiments individuels sur des thèmes communs ». Ainsi défini, il peut se glisser dans tous les genres, et en devenir l'âme. - Au dix-septième siècle, ou chacun « aime la raison », où sous l'influence du cartésianisme on veut « mener ses pensées par ordre » (au point que Boileau croit que le beau désordre de l'ode est un effet de l'arl), tous les « genres déterminés » échappent au lyrisme. Un seul genre, si toutefois c'en est un est soustrait, par sa liberté, et à cause de la part très large qu'il laisse à l'individualité, à cette règle commune •
ÈOSêUEt ET LES PREDICAtEURS
c'est le sermon. L'éloquence, d'ailleurs, a toujours eu des affinités avec le lyrisme, surtout quand, au lieu de s'exercer sur des questions de droit ou de personnes, elle traite les grands lieux communs dont vit l'humanité, et quand, pour les renouveler, l'orateur cherche à frapper l'imagination et la sensibilité de seis auditeurs.
Que l'on songe, d'autre part, à toutes les sources du lyrisme de Bossuet : ■— En lui-même, une vive et puissante imagination, une ardeur d'apôtre, une autorité fondée sur la tradition et qui lui^ donne le ton des prophètes; une connaissance profonde, par la direction et la confession, du drame intime qui se joue dans le cœur de l'homme ; sa méthode de ^travail, enfin, qui consiste à méditer longuement, puis à écrire très vite sous l'inspiration qui l'oppresse. — En dehors de lui, pour ainsi dire, la nécessité de rajeunir les idées générales qui sont le fond du sermon ; l'étude constante de la- Bible, source intarissable du plus beau des lyrismes, de celui qui de Dieu jusqu'à l'homme « remplit tout l'entre-d'eux » ; la lecture des Pères, comme TertuUien, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, premiers et ardents défenseurs d'une foi jeune et sensible.
Maintenant, que l'on considère les sermons, on y trouvera du lyrisme à classer sous les points suivants: — a) Mouvement général du discours : Bossuet obéit à une é jno iipn intérieure , qui rythme et qui entraîne sonraisonn^m^iïÙe^n^^pii^ un froid logicien, c'est un logicien passion né, coitmî^^'Pa^^'caT^'(^^ MdrT,'TTmpenifenW finale , l'enfant prodigue, les différentes Passions). — b) Le ton est personnel et souvent impérieux, comme celui d'un visionnaire qui, recevant son inspiration d'en haut, la subissant en quelque sorte, à son tour la projette sur son auditoire (r Ambition, la Mort, f Honneur, Saint Bernard), — c) Il s'élève fréquemment à la m à la fois psy-
GkologigLue^^*^^^^^^^^ alors il ressemble tout à fait
à nos lyriques modernes : Lamartine, Vigny, SuUy-Pru- ^dhomme. Il va jusqu'à l'extase, et se perd en douleur ou en adoration (Saint Bernard, Sainte Thérèse, V Honneur, Ja Mort, la Passion delG60). — d) Il donne à ses développements une forme rythmique, avec des refrains saisis-
sants : voir en particulier V Impénilence finale : « La fin est venue, la fin est venue... etc. » et la Passion de 1650 : « Tradebal aiilem... »
Mais ce lyrisme n'exclut chez Bossuet ni la pleine possession de la pensée ni la suite du raisonnement. On sent chez lui la raison souveraine qui règle cette ardeur lyrique*; et c'est ce frémissement d'une sensibilité puissante disciplinée par le génie, qui rend la lecture des sermons aussi vivante que celle des Pensées de Pascal.
Les Oraisons funèbres. — Le mot oraison s'employait encore au dix-septième siècle dans le sens de discours ; ^ on disait les oraisons de Cicéron. Il ne faut donc voir aucun sens religieux dans cette expression, aujourd'hui archaïque.
Les oraisons funèbres de Bossuet sont : — 1656, à Metz, Yolande de Monlerby, abbesse de Sainte-Marie de Metz ;
— 1658, à Metz, Henri de Gornay ; — 166*2, le P. Bourgoing, supérieur général de l'Oratoire ; — 1663, Nicolas Cornet, principal du collège de Navarre ; — 1667, Anne d'Autriche (discours perdu) ; — 1669, Ilenrieite de France, reine d'Angleterre ; — 1670, Henriette d' Angleterre, duchesse d'Orléans ; — 1683, Marie-Thérèse, reine, de France ; — 1685, Anne de Gonzague, princesse palatine ; — 1686, Michel Le Tellier^ chancelier de France ; — 1686, Mme du Blé d'Uxelles, abbesse de Faremoutiers (discours perdu) ;
— 1687, le Prince de Condé. — Sur ces douze oraisons funèbres, six ont été imprimées du vivant de Bossuet, et par ordre du roi.
Nous n'avons pas à apprécier ici séparément des discours aussi célèbres, mais seulement à définir et à caractériser le génie de Bossuet dans Foraison funèbre. — C'est malgré lui, et toujours par reconnaissance ou par obéissance, que Bossuet s'est exercé dans un genre presque déprécié, avant lui, par des défauts qui en semblaient inséparables, et dont il sentait vivement la difficulté. Dans l'oraison funèbre du P. Bourgoing, il dit : « Je vous avoue que j'ai coutume de plaindre les prédicateurs lorsqu'ils font les panégyriques funèbres des princes et des grands du monde. Ce n'est pas que de tels
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sujets, ne fournissent ordinairement de nobles idées... Mais la licence et l'ambition, compagnes presque inséparables des grandes fortunes, mais l'intérêt et l'injustice, toujours mêlés trop avant dans les grandes affaires du monde, font qu'on marche parmi les écueils ; et il arrive ordinairement que Dieu a si peu de part dans de telles vies, qu'on a peine à trouver quelques actions qui méritent d'être louées par ses ministres. » — Bossuet s'est donc préoccupé de purifier, de s^a&Uto^^ de rendre^ des autels, « devant lesquels, dit-il, il ne donne point deTaTBses louanges », ce genre de panégyrique si compromis. Et il y arrive, en le transformant par ïhistoire et par le sermon.
i<> Lliisloive. — Avant de juger Bossuet historien dans les oraisons funèbres, observons qu^il n'a pas toute la liberté du livre. Il parle devant la^ famille du défunt, dans une cérémonie qui est un hommage à sa mémoire, et il est limité par les convenances que lui imposent les circonstances. De plus, l'éloquence officielle use, à toutes les époques, et surtout quand elle est emprisonnée par une étiquette, de certaines formules qui peuvent, ailleurs et plus tard, être prises à contresens. Les compliments et les éloges de Bossuet doivent être réplacés à leur date, dans leur milieu, et ainsi rectifiés, — Bossuet s'est toujours scrupuleusement documenté sur les personnages dont il ayaiïa pronQnc^ l'éloge. Il demande à Mme de Motteville un Inémoire sur Henriette de France ; — il en reçoit un du chanoine Feuillet sur Madame ; — il se fait communiquer des lettres d'Anne de Gonzague ; — il interroge tous les témoins ; — mais surtout il connaît personnellement presque tous ses héros : Madame, Marie-Thérèse, Le Tellier, Condé, et il peut apporter sur eux des détails intimes très précieux pour l'histoire. — Bossuet profite du rôle joué par ces princes, par ces princesses, par ces reines, qui tous sont historiques au sens le plus complet du mot, pour donner, uaejîprte^ de tableau^des é au milieu desquels ils ont joué leur rôle : révolution d'Angleterre, Frondé, guerres^ de Louis XIV, révocation de t'édi^ de Nantes, etc.. Il trace des portraits qui con- Iribuent à augmenter l'impression de vie que donne soa
discours : Cromwell, Mazarin, Turenne. — Mais il veut que cette partie de l'oraison funèbre reste instructive et morale. Il subordonne l'histoire à la religiq^^ La théorie de la Providence, qui dinime lel^iscou^^^^ ^?i^l[^rse^ret dans toutes ses oraisons funèbres. Et il ne s'interdit^ pas de rappeler, ne fût-ce que par des allusions très vivement senties piar les contemporains, certaines fautes politiques (Condé), certaines faiblesses (Charles l''), certains excès réparés par la pénitence (Anne de Gonzague). Souvent, son silence, ou le tour de ses éloges, est une leçon ; étudiez, à ce point de vue, son oraison funèbre de Marie-Thérèse.
2° Le sermon. — Mais chaque oraison funèbre est surtout un sermon, où le défunt sert d'illustre exemple. La Harpe a cru rabaisser celle d'Anne de Gonzague en rappelant « le plus sublime des sermons » ; il a caractérisé en même temps toutes les autres. Bossuet se propose avant tout Tinstruction et l'édification de ses auditeurs. Aussi peïïTon rapprocher chaque oramôn funèbre d'un ou plusieurs sermons célèbres. Et Bossuet a souvent utilisé telle et telle partie d'un sermon déjà prononcé, pour l'insérer dans une oraison funèbre. — Ainsi l'éloge d'Henriette de France est un sermon sur la Providence et sur les Devoirs des rois; celui d'Henriette d'Angleterre, un sermon sur la Mort (la division correspond exactement au célèbre sermon de 1662); celui d'Anne de Gonzague, un sermon sur VImpénitence finale, sur V Endurcissement, sur la Providence, etc.; celui de Marie- Thérèse, un sermon sur la Purelé; celui de Condé, un sermon sur V Ambition, sur VHonnear du monde, etc.. Bref, on ne perd jamais de vue, au milieu des louanges et de l'histoire, le but principal de l'orateur qui veut et doit rester un prédicateur.
Le style des Oraisons funèbres est plus travaillé, plus achevé^ que celui des Sermons. Il est, en général, d'une gravité et d'une noblesse soutenues. Mais on aurait tort d'en oubHer les parties simples et familières : ainsi la deuxième partie de l'oraison d'Henriette de France, un grand nombre de passages de celle d'Anne de Gonzague, la troisième partie de celle de Condé. Quelques-unes, comme celle de Marie-Thérèse, sont d'un ton qui rappelle
ËOSSUET ET LES PREDICATEURS
^ les Médilalions sur V Évangile, Ainsi, dans ces œuvres d^apparat, et où Bossuet se sentait obligé à une certaine égalité de style, on trouve encore une étonnante variété.
Bossuet précepteur du Dauphin et historien. — Si Ton veut savoir comment Bossuet a- compris son rôle et ses devoirs de précepteur, il faut lire la lettre latine qu'il adressait, le 8 mars 1679, au pape Innocent XI. Le programme comprenait : — l'étude de la religion, par la lecture commentée de FÉcrituTT'Ifmm^r^^ de l'Église; — celle du latin : grammaire, exercices, lecture d'auteurs, entre au ffés Virgile, Térence, César, Cicéron (remarquons ici que Bossuet ne lui fait pas lire les auteurs latins par parcelles, mais en enlier, de suite, « étant certain, dit-il, que chaque endroit ne s'entend jamais clairement, et ne paraît avec' toute sa ÎDeauté, qu'à celui qui a regardé tout l'ouvrage comme on regarde un édifice, et qui en a pris tout le dessein et toute l'idée »); . graphie^.mi il fait une grande place à l'étude des mœurs ; — raTstoh-e, et surtout celle de la France. Bossuet préparait lui-même chaque ^^^SIL^^iSiSiiS^-S^ V exposait au Dauphin. « Nous lui en récitl^îTWwyQ voix, dit-il, autant qu'il en pouvait facilement retenir; nous le lui faisions répéter : il l'écrivait en français, et puis il le mettait en latin; cela lui servait de thème, et nous corrigions aussi soigneusement son français que son latin. Le samedi, il relisait tout d'une suite ce qu'il avait composé durant la semaine; et, l'ouvrage croissant, nous l'avons divisé par livres, que nous lui faisions relire très souvent. » Ajoutez à ces matières la philosophie, le droit romain, de l'histoire naturelle, de la physique et des mathématiques. — Pour remplir ce vaste programme, Bossuet n'était pas seul. M. de Montausier, gouverneur du Dauphin, lui avait adjoint des collaborateurs : Huet et^Fleury, pour les lettres et l'histoire, et Blondel'^ur les sciences. Mais, sauf pour les sciences (encore Bossuet étudia-t-il l'anatomie), Bossuet fit tout par lui-même, se remit à l'étude de la grammaire et des auteurs, rédigea des cours d'histoire qui témoignent pour le temps d'une sérieuse connaissance des sources, et se trouva en mesure, cette éducation finie, de
LA LITTKHATURE PDANÇAlSE
publier le Discours sur Vhisloire universelle (1681). LrPoiï" iique Urée de V Écriture sainte, le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même qu'il avait également écrits pour le Dauphin, parurent après sa mort, en 1709 et 4726. Le résultat de ces efforts fut, on le sait, presque négatif. Le Dauphin avait l'esprit lourd et apathique, et semble avoir peu profité des leçons d'un tel précepteur.
Le Discours sur l'histoire universelle (1681) n'est qu'une partie du vaste cours d'histoire écrit par Bossuet pour le Dauphin; la suite, annoncée dans la lettre à Innocent XI, et qui devait aller de Gharlemagne au dix-septième siècle, n'a pas été rédigée : nous n'en possédons que des notes. — Le Discours (latin : discursus, exposé méthodique et suivi, sans aucun sens oratoire) embrasse les temps qui se sont écoulés, depuis la Création jusqu'à Chartemagne. Une première partie, intitulée les Époques et divisée en douze chapitres, est un résumé chronologique et synchronique des principaux événements ; — dans une deuxième, intitulée la Suite de la religion, Bossuet expose comment, depuis Moïse, la religion chrétienne est préparée, et comment tout, dans l'ancienne loi comme dans la nouvelleT aT3ounT par une suite ininterrompue au triomphe de l'Eglise; — 'd¥ns la troisième partie, /e5 Empires, Bossuet étudie l'actipja^iiQ la Providence stu^ les grands empires de l'anti- ^ïïîté, et comment, absorbës^'un par l'autre, ces empires loTmeiit, sous le joug des Bomains, l'unité nécessaire à la ditTiiài£>n de rÉvangiJe. — Bossiiét historien reste toujours, ne l'oublions pas, théologien et éducateur; il le proclame lui-même au début et à la fin de son Discours. Mais, cette réserve faite, on ne peut nier la solidité de sa documentation, la puissance et la largeur de ses vues, la sûreté avec laquelle il a analysé la Bible, et caractérisé le peuple romain. Nous ne concevons plus l'histoire traitée de la sorte; mais nous devons rendre hommage à la loyauté et à la prolondcur de Bossuet, qui, philosophe. d^^, lliis-îoire, est, malgré la différence des moyens et du ia-^*^^iu:i vénT5Bfë~précurseur de Montesquieu.
Xôus li'àvons pas à insister sur la Politique tirée de rÉcriturp i^ainle, publiée seulement en 4709, quatre ans
BOSSUET ET LES PRÉDICATEURS
après la mort de raiiteur. C'est là que Bossuet s'établit le théoricien du pouvoir absolu et du droit divin. On parle beaucoup de cet ouvrage; on le lit peu; de là, quelques erreurs courantes à son sujet. Il faut seulement retenir qu'en fondant le pouvoir des rois sur la religion ^ Bossuet leur impose bien plutôt des devoirs qu'il ne leur reconnaît des droits. A ceux que la longueur de ce traité rebuterait, nous recommandons le sermon sur /e5 Devoirs des rois (1662) qui en est une sorte de puissante esquisse.
Bossuet controversiste. — Nous avons déjà dit quelle place tient dans l'œuvre de Bossuet la controverse, c'est-àdire la polémique contre tous ceux qu'il considère comme des ennemis de la foi. Cette place est si importante, qu'on pourrait affirmer que tous ses ouvrages sont plus ou moins animés par la controverse, Bossuet étant toujours « sur la brèche ». Ainsi tel sermon olî telle oraison funèbre, quand on les regarde attentivement à leur date, sont des actes, et correspondent à tel mouvement de l'opinion ou à la publication de tel ouvrage, et Bossuet eût dit justement, comme Voltaire : « J'ai écrit pour agir (i). » Mais nous ne pouvons entrer dans cette étude détaillée, et nous nous bornons ici aux grands ouvrages de controverse.
1*" Le protestantisme. — Rappelons que le premier ouvrage imprimé de Bossuet est la Réfutation du catéchisme de Faut Ferri (Metz, 4655). Plus tard, quand il travaille à la conversion de Turenne (1668-1669), Bossuet compose une Exposition de la foi catholique, qu'il publie en 1671. En 1682, c'est encore contre les protestants que Bossuet donne le Traité de la communion sous les deux espèces. Enfin, en 1688, il publie en deux volumes son Histoire DES variations DES ÉGLISES PROTESTANTES, à laquelle il faut joindre les six Avertissements (1689-1691) et la
(1) Ainsi Y Oraison funèbre dAnne de Gonzague (1685) est dirigée contre les liherlins. La deuxième partie du Discours sur Vhisîoire universelle (1681) doit être lue surtout comme une réponse aux tentatives d'exégèse rationaliste de Richard Simon, dont Bossuet, en 1678, avait fait supprimer l'ouvrage. UOraison funèbre de Le Tellier (1686) devient très intéressante, si l'on songe que Bossuet écrivait alors son Histoire des variations (1688), etc.
LA LiTTÉnATURE FRANÇAISE
Défense de VHisloire des varialions (1691). Tout le monde est d'accord pour admirer la conscience et la sûreté avec lesquelles Bossuet a documenté son histoire ; il y a travaillé plusieurs années, cherchant par lui-même, et par l'intermédiaire de savants amis, tous les textes sur lesquels il voulait fonder son argumentation (1). Et il suffit d'ouvrir ces deux volumes, dans l'édition originale de 1688, pour être frappé de l'abondance des notes et renvois, mis en manchetle. Bossuet tenait essentiellement à ce que ses adversaires fussent obligés de s'incliner devant ses preuves matérielles ; et, de fait, dans les polémiques qui s'engagèrent, on attaqua ses idées et ses conclusions, et non pas ses documents ou sa méthode historique. — Quel est le but de Bossuet ? C'est de prouver aux protestants, par un tableau des variations de leurs églises, depuis Luther, qu'il leur manque cette ufiilé qui est le caractère fondamental de la véritable ËgîTse. La conclusion s'imposera, le retour au cathoHcisme, qui est seul en possession de Vanité dans la continuité. Si Bossuet n'est pas arrivé à ce but qu'il désirait passionnément atteindre, car dans cette discussion il est apôtre, et « il a plus d'amour que de haine », il a laissé du moins une de ses oeuvres les plus profondes et les plus vivantes. Dans les quinze livres qui la composent, il suit l'ordre historique, et 1 on peut y signaler les passages suivants : Au livre P% le portrait de Luther ; au livre II, ses disputes avec Carlostadt et Zwingle; au livre lU, portrait de Mélanchton; au livre VII, les révolutions d'Angleterre, portrait d'Henri VI/I; au livre IX, portrait de Calvin,.,, etc. Tous ces personnages tout à fait distincts, admirablement plantés, agissent et conduisent, en quelque sorte, le développement de la Réforme.^n finit par s'intéresser à ce qu'il y a de plus ardu dans la partie théologique de l'ouvrage, tant l'analyse des doctrines fait corps avec le récit et l'explique (2).
(1) Cf. A. RÉBELLiAU, Bossuet historien du proîeslanlisme, Paris, 189L
(2) Lire des passages de VHisioire des varialions dans Extraits des œuvres diverses de Bossuet, i>av G. Lanson. — Sur l'ensemble de l'ouvrage, cf. F. IIkmon, Cours de lllléralure, Bossuet, p. 25.
BORSUET ET LE« PRKDÏCATETJRF;
Le Ouiélisme. — Nous remettons au chapitre de Fénelon l'exposition de cette polémique ; nous y citerons les œuvres des deux adversaires.
3^ Maximes et réflexions sur la comédie (1694). — Un religieux théatin,leP.Caffaro,avait écrit à Boursault une lettre que cet auteur avait publiée, sans signature, en tète d'une édition de son théâtre. Ce religieux soutenait que les anathèmes de l'Église contre la comédie ne pouvaient plus s'appliquer à celle du dix-septième siècle, devenue morale. Bossuet vit dans cette affirmation un système qui engageait l'autorité de l'Église, et il répondit au P. Caffaro par une brochure dont le ton nous paraît aujourd'hui trop violent, mais où l'on sent, une fois de plus, l'ardente conviction d'un prêtre qui ne croit point devoir, comme Fénelon dans sa Lettre à l'Académie, prendre des détours pour exposer et pour défendre la doctrine traditionnelle de l'Église (i).
4*^ La Défense de la tradition et des^ saints Pères, contre Richard Simon, le premier qui ait introduit l'exégèse dans l'étude de l'Écriture sainte (publiée seulement en 1783).
Autres ouvrages de Bossuet. — Nous ne pouvons même énumérer les nombreux ouvrages de Bossuet ; mais il faut encore citer deux livres qui prouvent l'étendue et la variété de son génie : les Méditations sur VÉvangile, et les Élévations sur les Mystères. Ces ouvrages furent écrits par Bossuet pour les religieuses de la Visitation de Meaux, en 1694 et 1695. Ils ne furent publiés que par son neveu, l'abbé Bossuet, en 17^7 et 1731. Dans ces pages à la fois précises, sensées, et inspirées, apparaît, sous sa forme la plus achevée et la plus haute, le lyrisme de Bossuet (2). — Enfin, il reste de Bossuet une vaste correspondance, des plus précieuses pour la connaissance de l'homme, qui y paraît avec sa droiture, sa loyauté, son dévouement absolu à ce qu'il estime être son devoir du moment. Ses plus belles lettres sont ses lettres de direction, écrites pour la plupart à des religieuses de son diocèse de Meaux (3).
(1) Voir l'édition des Maximes donnée par M. Gazier (Paris, Belin).
(2) Cf. Lanson, Extraits.., p. 490.
(3) Voir l'ouvrage de M. l'abbé Bellon, Bossuet directeur de conscience. Paris, 1896; — G. Lanson, Lettres cfioisies du dix-septième siècle, p. 393.
Bossuet écrivain. — Nous avons déjà indiqué les sources et les éléments du style de Bossuet : l'Écriture, les Pères, l'antiquité latine. Mais combien d'autres, à la même époque, ont fait les mêmes lectures, se sont nourris de la même moelle, et ne donnent, en aucune façon, l'impression du style de Bossuet. Toutes les définitions sont donc presque superflues : elles confondent Bossuet avec ses contemporains, loin de le distinguer. Ce que l'on peut dire de moins vague, quand on cherche àcaractériser ce style, c'est qu'il satisfait pleinement ce besoin de propriété qui est notre première exigence, et qu'il est toujours, par conséquent, aussi naturel que varié ; c'est encore qu'il est à la fois, dans le sens le plus profond du mot, celui d'un orateur d'un poète. — Son vocabulaire est des plus riches ; sa syntaxe suit le mouvement de la pensée ; ses figures n'ont jamais l'air d'être plaquées ou ajoutées, mais sortent du fond même de son sujet. — A Bossuet, enfin, plus qu'à personne, s'applique la définition du style donnée par Buffon : « Bien penser, bien sentir, et bien rendre. »