‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 115 sur 281 · IV. — Autres prédicateurs · texte numérisé non relu

IV. — Autres prédicateurs

Fléchier (463:2-1 "^10), d'abord professeur dans les collèges des Pères de la Doctrine chrétienne, se forma le goût à l'Hôtel de Rambouillet, à l'époque où la préciosité n'était plus guère qu'un défaut. Emmené en Auvergne par M. de Gaumartin, comme précepteur de son fils, il assista aux séances des Grands-Jours d'Auvergne, en 1665. De là, son premier ouvrage, d'une lecture encore très piquante {Mémoires sur les Grands-Jours d'Auvergne), — A partir de 1670 environ, il se mit à prêcher, et apporta dans la chaire un style délicat et raffiné, qui n'exclut ni la sûreté théologique ni la belle morale, mais qui devait charnier plutôt que convaincre et toucher.

Bien qu'il ait prêché deux stations à la cour, il est surtout resté célèbre comme auteur d'oraisons funèbres. Il en prononça sept, avec grand succès, à l'époque même où Bossuet triomphait dans ce genre ; et quelques-unes des siennes supportent encore la lecture. Les deux plus remarquables sont celle de la duchesse de Monlausier (Julie d'Angennes, fille de Mme de Rambouillet ; c'est un document pour l'histoire de la préciosité, 1672), et celle de Turenne (1676), dont on citera totfjours quelc{ues passages. — Fléchier a laissé une importante correspondance, qui fait le plus grand honneur à son esprit et à son cœur (1). Il avait été nommé, en 1685, évêque de Lavaur et, en 1687, évêque de Nîmes : dans cette dernière résidence, il fut un administrateur zélé et charitable, à* travers les luttes des catholiques et des protestants.

Mascaron (1634-1703) appartenait à la congrégation de l'Oratoire. Nous ne possédons plus ses sermons; mais il fut très célèbre comme prédicateur, et, à partir de 1667, il prêcha à la cour six carêmes et six avents. Il se distinguait en même temps dans l'oraison funèbre : en 1666, celle à' Anne d'Autriche fondait sa réputation (il est fâcheux c|ue celle prononcée par Bossuet soit perdue : elle donnerait lieu à une comparaison intéressante). Les suivantes furent

(1) Cf. G.Lanson, Lettres choisies du dix-septième siècle,]^. 585.

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celles d'Henriette d'Angleterre (et cette fois, on peut comparer, et sans doute l'avantage reste à Bossuet, mais on ne regrette pas d'avoir lu Mascaron), du duc de Beau fort, de Turenne, et du chancelier Séguier. Mascaron, par rapport aux dates où il a parlé, est archaïque ; il a de l'enflure mêlée de subtilité. Mais il est né orateur, et son élo- Mjuence a un tour naturel et véhément. On dit que sa rude franchise déplaisait aux courtisans.

Massillon (1663-1742) appartient aussi à l'Oratoire. D'abord professeur dans les collèges de cette illustre congrégation, en particulier à Juilly, il se révéla orateur, et fut poussé, malgré lui, dit-on, vers la prédication. Il ^ prêcha le carême à Montpellier, en 1698, et, l'année suivante, à l'église de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, à Paris. Appelé à la cour, il y precha^'avent de 1699 et les carêmes de 1701 et de 1704. Viennent ensuite ses oraisons funèbres du Prince de Conti (1711), du Dauphin (1711) et de Louis XIV (1715) : l'exorde de ce dernier discours est toujours cité ; c'était un beau trait d'éloquence, et digne de Bossuet que de commencer l'éloge de Louis le Grand par ces mots : « Dieu seul est grand, mes frères... » — En 1718, alors qu'il venait d'être nommé évêque de Clermont, il fut chargé de prêcher le carême devant le jeune Louis XV : on appelle ce recueil de dix sermons le Petit Carême, pour le distinguer de son Grand Carême. Il se retire ensuite dans son diocèse de Clermont, où, comme Bossuet à Meaux, il se consacre principalement à l'administration et à la direction.

Massillon a été considéré, partons les critiques du dixhuitième siècle, comme un des plus parfaits orateurs de la chaire. Voltaire, dans sa Liste des écrivains français publiée à la suite du Siècle de Louis XIV, le juge ainsi : « Le prédicateur qui a le mieux connu le monde ; plus fleuri que Bourdaloue, plus agréable, et dont l'éloquence sent l'homme de cour, l'académicien et l'homme d'esprit ; de plus, philosophe modéré et tolérant. » Nous avons là toutes les raisons du dix-huitième siècle, et Massillon eût peut-être désavoué cet éloge, corroboré par La Harpe et par d'Alembert. En effet, Le dix-huitième siècle a loué

La LITTERATURE FBANCAISÈ

iMasbilloii d avoir lait au dogme une place plus TeSuile, d'avoir substitué à la morale chrétienne celle des « honnêtes gens )!>.

Or, en dépit d'autorités comme celles de Nisard et de Brunetière qui l'affirment également, ce n'est pas l'impression qu'on éprouve à la lecture suivie des sermons de Mas- ^ sillon. Sa morale, très sévère d'ailleurs (comme le fait \ remarquer Brunetière), paraît inséparable du dogme. Ses sermons sur la Morl^ sur la Passion de Jésus-Christ, sur rfmpénilence- finale (à comparer avec celui de Bossuet) sont chrétiens au sens le plus complet du mot. Que dire do celui que l'on cite si fréquemment, le Petit Nombre des élus ? "* Que signifierait le magnifique passage qui fit frémir d'admiration et de saisissement un auditoire de courtisans {Grand Dieu, où sont vos élus, et que reste-t-il pour votre partage?.,,) si l'on en supprime le fondement dogmatique?— Il est vrai d'ailleurs que Massillon est plus fleuri et plus académique que Bossuet et que Bourdaloue. On Fa surnommé Vlsocrate français. Il s^it, en ^ effet, construire une période, couper un développemeni, balancer une comparaison, user de toutes les figures de mot et de pensées, comme le plus habile des rhéteurs. Cela ne va pas, cependant, jusqu'à le gâter. Il n'a pas moins de goût que d'art. Et ses pages choisies restent encore des modèles de la plus pure langue française.

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