‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 127 sur 281 · III. — Molière · texte numérisé non relu

III. — Molière

Vie. — Années d'enfance et de jeunesse (1622-1643). — Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est né à Paris le 44 ou le 15 janvier 1622 (2). Son père, Jean Poquefin, avait

(1) Sur la comédie italienne, cf. L. Moland, Molière et la Comédie italienne, Paris, 1867.

(2) Malgré les recherches et les disputes des mo/zeWs/es, on ne sait si Molière est né rue des Vieiiles-Étuves (aujourd'hui rue

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sa boutique sous les piliers des Halles, à l'enseigne de bamt-Christophe, et était valet de chambre tapissier ordinairedu roi. Sa mère, Marie Cressé, mourut quand il entrait dans sa onzième année.

Le petit Jean-Baptiste fut donc élevé, d'abor.d, dans un milieu tout a fait parisien, bourgeois et populaire. Il en conserva le sens du vrai dans la peinture des petites gens. Peut-être, aussi, faut-il attribuer à l'absence de l'affection maternelle ses rôles de mères orgueilleuses et de marâtres ; et retrouver, chez M. Jourdain et chez Harpagon,

îtli^M^^T"^ du bourgeois vaniteux et avare que parai avoir ete le pere Poquelin ? ^ f

w'^R premières impressions si franches et si directes, S^^I H P f ^""ure de l'humanisme.

Elevé du plus célèbre collège de Paris, Clermont, dirigé par les Jésuites, il y fit d'excellentes études, de 1636 à 1641. Bien plus, il put y observer de près un monde nouveau pour lui, puisque ce collège fort à la mode était fréquente par les fils des plus grands seigneurs. C'est là, aii-on, qu il aurait fait connaissance avec le jeune prince ae Lonti, qui devait, plus tard, s'établir le protecteur de sa troupe nomade. Là aussi, il connut le philosophe Gas-

,1 ""^r P'"^ '^^^'-^i^ siècle, auquel

Llii J philosophie large et na-

turelle, voisine de l'épicurisme.

Quand il eut terminé ses classes, son père lui fit faire des études de droit ; peut-être lui achefa-t-il un diplôme a 1 Umversite d'Orléans. Après tant de sacrifices presque supérieurs a sa condition, il voulut se préparer en son fils uq successeur à sa charge de tapissier du roi. On croit même que Jean-Baptiste remplaça son père, en 1642, pendant le voyage de la cour à Narbonne. Mais le fils ne se souciait guère de fabriquer des fauteuils et de poser des ten-

Sauval) dans une maison qui porte le n» 96 de la rue Saint-Ho-' IIà T Tonnellerie (rue du Pont-Neuf) au n» 31. -i Pendant longtemps deux plaques commémoratives se sont fait

cc,Z/7rTi ''""'''^ prononcer pour la se-

conde. (Cf. Larroumet, la Comédie de Molière, Paris, 1887, p 6 ) (1 Gassendi (1592-1655) est célèbre par sa lutte contre Descartes. (Sur Mohère et Gassendi, cf. Larroumet, p. 325 )

tures. Il avait depuis longtemps le goût du théâtre. Tout îeune encore, son gran^^-père Crcssé le menait sur le Pont- Neuf voir Tabarin et ses tréteaux, ou à l'Hôtel de Bourgogne, ou encore à la Foire Saint-Germain.

Fondation de 1' « Illustre Théâtre » (1643). — Aussi, dès 1643 réclame-t-il à son père ce qui lui revenait dans la succession maternelle (630 livres) et passait-t-il un contrat avec les Béjart et quelques-uns de leurs amis, pour fonder la troupe de Ylllusîre Théâtre. Les Béjart étaient alors quatre V Josep^r Louis (le boiteux, qui continua à jouer, dans la troupe de Molière, à Paris, les rôles de valets; c'est pourquoi Harpagon appelle La Flèche : ce chien de boiteux!), Madeleine, Geneviève; une autre fdle, Armande, devait naître en 1645, et épouser Molière en 1662. C'est au moment où il fonde Ullustre Théâtre, que Jean-Baptiste PoQuelin prend le nom de Molière (1).

Pendant les années 1643 et 16U, la nouvelle troupe essaye en vain de se créer un public. On la voit successivement établie au jeu de paume des Métayers, près de la porte de Nesles (angle des rues de Seine et Mazarine), d'où elle est chassée par l'Université qui prend possession des terrains où l'on doit édifier le collège Mazarin (palais de l'Institut) ; — puis, au Marais, au jeu de paume de la Croix- Noire, près du port Saint-Paul (quai des Célestins) ; — enfin, de nouveau sur la rive gauche, au jeu de paume de la ^ Croix-Blanche (carrefour de Buci). Nulle part, Vllliistre Théâtre ne réussit. Les dettes accumulées amenèrent des saisies puis l'incarcération de Molière au Châtelet. C'est alors que 1a troupe se décida à partir pour la province, à la fin de 1645.

Molière en province (1645-1658). - Mais, d'abord, elle dut s'associer à une autre troupe, déjà connue, celle de Charles du Fresne, dont elle ne se serait séparée que vers 1650. On sait, par le Roman comique de Scarron, ce que

m 11 a existé un François de Molière, grand faiseur de romans, mort assassiné en 1G23. Est-ce en souvenir de la lecture d'un de ses livres, que J.-B. Poquehn aurait pris son nom? H ne faut pas oublier que presque tous les « fds de tainiUe » qu' entraient au théâtre adoptaie:>t ainsi des pseudonymes»

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pouvait être, à cette époque, la vie des comédiens nomades. Quoique Scarron n'ait certainement point fait l'histoire de Molière, bien des traits du roman peuvent s'appliquer à lui et à ses compagnons, mais avec force réserves. Il est impos^ sible, en dépit de recherches minutieuses, de suivre, année par année et étape par étape, les voyages de Molière (1).

Quel était son répertoire, en province? D'abord, très probablement, un grand nombre de pièces, sérieuses ou comiques, des auteurs à la mode. Nous savons que Molière joua Niçojnèdc .A.^^grd^ il dut posséder dans son^ répertoire d'autres pièces de Corneille, de Du Ryer, de Tristan, de Rotrou, de T. Corneille, etc. Évidemment, Tétude de toute cette production contemporaine donna à Molière un fond de connaissances dramatiques que rien n'eût remplacé. Pour avoir joué tous les auteurs de son temps, il fut rompu à leurs procédés d'intrigue et de style. Molière y ajouta de bonne heure des pièces de sa

(1) On signale sa présence ; en 1647, à Toulouse, Albi, Garcassonne; en 1648, à Nantes; en 1649, à Toulouse et à Narbonne; en 1650, à Agen et à Pézenas... « En 1652, dit M. E. Rigal, Molière, devenu peu à peu le vrai chef de la troupe, est à Lyon et y fixe, peut-on dire, son quartier général. Pendant cinq à six ans, de 1652 à 1658, Molière/ certes, ne s'interdira pas les excursions. On le trouvera plusieurs fois en Languedoc ; on le trouvera à Vienne en Dauphiné, à Dijon, à Avignon, à Grenoble, voire à Bordeaux; mais c'est toujours à Lyon qu'il reviendra, et quand il quittera définitivement cette ville, ce sera pour rentrer à Paris, en faisant escale à Rouen. » Il faut signaler tout particulièrement les représentations données par la troupe de Molière pendant les sessions des États du Languedoc, à Pézenas (1650), à Carcassonne (1651), et de nouveau à Pézenas (1653). Cette même année, Molière retrouve son ancien condisciple du collège de Clermont, le prince de Conti. Celui-ci, charmé de Molière et de sa troupe, les fait venir à Montpellier en 1653, 1654 et 1655; puis encore à Pézenas en 1655 et 1657. — M. E. Rigal a donc raison de faire observer que la situation de Molière et de sa troupe ne doit pas être assimilée à celle des comédiens no mades de l'époque, et que Molière « était déjà une manière de personnage ». E. Rigal, Molière, Paris, 1908, n° 36. Nous renverrons fréquemment à ces deux volumes, qui contiennent sur tous les points le dernier état de la question.

LA MTTKRATURE FRANÇAISE

composition soit de grands ouvrages tragiques (une ThéèWe?) soit des comédies imitées de l'Italie (comme l Etourdi et /e Depit amoureux), soit des farces, genre dans lequel il excellait (1). Ainsi, sans qu'il nous soit possible d insister sur le détail, Molière, entre 1646 et 16S8 pendant douze ans, joue tout le répertoire contemporain, et s exerce dans tous les genres

Mais ce qu'il doit surtout à ce long séjour en province, ces 1 observation directe des mœurs et des caractères. Reste a Pans, Molière n'eût jamais trouvé l'occasion de contempler tant (ïorhjinaux. La province, moins soumise a l étiquette, ou la vie était plus simple et plus libre, où d un lieu a un autre les types comme les costumes changeaient, offrait a Molière un champ d'observation dont il a su profiter. On nous le représente, chez le barbier de Fezenas, prêtant l'oreille aux conversations; ainsi dut-il s instruire, partout où il s'arrêta. Son théâtre nous offrira ces types plus accentués, d'un relief plus haut, que ne devaient 1 être, à cette époque, les types parisiens. C'est « P™;^'"*^® non seulement lui a fourni Gorgibus et M. de Pourceaugnac, mais ce qu'il y a de plus vif dans un Lhrysale, dans un M. Jourdain, et peut-être dans un Tartufe.

Molière à Paris 1658-1673). - Enfin Molière, en 1658, revient a Pans. Il rapporte avec lui deux comédies achS^ées, i ftourdi et le Dépit amoureux, et une foule de farces. Le 24 octobre 16S8, il est admis à donner, au Louvre, une

P ^ d t lo. COUl f il

joue Nicomède (comme acteur, il avait la prétention des rôles tragiques) (2), et le Docteur amoureux, La troupe fut jugée excellente dans le comique, et le roi donna à Molière la salle du Petit-Bour-

(1) Nous possédons deux de ces farces : le Médecin volant et i^.t f^r. ^^ràouillé; on connaît les titres de quelques autres :/e Z)oc/ewr amoureux (joué devant la cour en 1658), les i rois Docteurs rivaux, Gorgibus dans le sac, le Fagoteux, etc. un y devine le sujet de quelques comédies futures.

^ l î ^ f ^^^^^^^^ portrait de Molière, par Mignard, le représente dans le costume de César, de la Mort de Pompée. - A lire les imitations des comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, placées dans l Impromptu de Versailles, on peut croire que Molière, tragique, avait une diction simple et naturelle, au lieu de la psalmodie en usage chez les grands comédiens.

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