MOLIÈRE ET LA COMÉDIE AU XVI1« SIÈCLE
bon, dans les bâtiments mêmes du Louvre avec le titre de Troupe de Monsieur et une pension. C est au Petit-Bourbon aue Molière fait jouer, en 1659, les Précieuses ridicules. Mais l'année suivante, M. de Rataubon, architecte du roi, expulse Molière; on démolit le Petit-Bourbon, pour commencer les travaux de la colonnade du Louvre. Molière crut un instant, sans doute, que les pérégrinations de Vllluslre Théâtre allaient recommencer. Mais Monsieur lui nermit de s'installer dans la salle du Palais-Royal, celle aue Richelieu avait fait construire; c'est là que Molière donna toutes ses pièces, et qu'il mourut (1).
\ partir de ce moment, il nous sulhra de noter (1 histoire des pièces devant être faite à part) quelques événements essentiels de la biographie de Molière. - Il épouse, en 1662 Armande Béjart, dont la coquetterie semble 1 avoir fait beaucoup souffrir (2). En 1664, il a un fils, dont le roi consent à être le parrain. Louis XIV, d ailleurs, protège Molière contre ses ennemis, et 1 appelle fréquemment a la cour, soit pour qu'il y joue quelque pièce de son répertoire soit pour qu'il compose des divertissements de circonstance. Il convient d'apprécier à sa juste valeur cette protection du roi, qui, sans doute, a pu détourner Molière de travaux plus sérieux, en lui imposant de fabriquer des ouvrages hâtifs, dans le goût du jour, comme Mélicerte, les Amants magnifiques, etc.; mais qui à ce pnx, lui a rendu peut-être davantage. En effet, Mohere, admis familièrement à la cour, a pu observer de près les originaux de petits marquis et de grands seigne-urs qu il met a la scène- et surtout, c'est fort de l'appui royal qu'il a pu pailler impunément la noblesse du jour, non pas seulement pour ses ridicules extérieurs, mais pour ses vices (3) La vie de Molière semble avoir ele d une activité devo-
m Ne pas confondre cette salle avec le théâtre Montansier (actuellement Patais-Royal). Elle sert aujourd'hui aux séances de la Cour des Comptes; on y entre par le péristyle Montpensier, derrière le Théâtre-Français. • ,
(2 Cf Labroumet, p. 119. Sur celte question, voir les très judicieuses observations de M. E. Rigal, t. I, Introduction
(3) Cf. Larroumet, chap. V (Molière et Louis XIV), et surtout E. Rigal (passim). . .
rante. Chef de troupe (et nous savons par ses confidences de rimprompln que c'était un rude métier), acteur toujours en scène, et auteur, il n'a pas un instant de repos. On est stupéfait qu'il ait pu, entre 4658 et 1673, composer plus de vingt ouvrages, dont plusieurs en cinq actes et en vers ! Il devait, comme l'en félicite Boileau, rimer avec une facilité singulière. A ce métier, il gagnait sans doute beaucoup d'argent. Il avait, dit-on, trente mille livres de rentes ; et Finventaire dressé après sa mort révèle un confortable large et artistique. Son caractère était plutôt porté à la tristesse ; il . fit ripeu-inais ne riait pas. Il était homme de cœur, charitable, « né avec les dernières dispositions à la tendresse » (Grimarest), tolérant, ami fidèle. De complexion délicate, porté à l'hypocondrie (nous dirions aujourd'hui neurasthénique), il fut presque toujours malade, et on voulut aux médecins de leur impuissance à le guérir. On sait comment il mourut : sur la scène, pendant la quatrième représentation du Malade imaginaire, il fut pris d'une convulsion et d'un crachement de sang ; on le transporta chez lui, où il expira dans la nuit. La maison où il est mort s'élevait au n^ 40 de la rue de Richelieu. Comédien, Molière était excommunié; pour obtenir qu'on l'ensevelît nuitamment en terre chrétienne, sa veuve dut aller se jeter aux pieds de Louis XIV (1).
Histoire de son théâtre (2).— Après les farces nombreuses, écrites pour le public de province et dont il nous reste deux échantillons : la Jalousie du Barbouillé et le Médecin volant^ Molière donne à Lyon, en 1653 ou 1655, sa première grande comédie, lÉtourdi,
1653 ou 1655. L'Étourdi ou les Contretemps. — La pièce, en cinq actes et en vers, est imitée d'une comédie italienne de Nicolo Barbiéri, Vlnavverlito [le Malavisé), qui datait de 1629. Joué d'original à Lyon, lÉlourdi fut repris à Paris en 1658, avec un grand succès; Molière y faisait merveille dans le rôle de Mascarille. — C'est plutôt une suite de scènes liées qu'une intrigue construite; mais les situatioiîs y dépendent, dans une certaine mesure, des caractères. En effet, Lélie aime Gélie, qui a été ven-
{l) Cf. Boileau, ép. VII.
(2) Pour celte histoire sommaire du théâtre de Molière, nous suivons l'édition des Grands Écrivains (Hachette), avec notices de E. Despois et P. Mesnard, et le Molière de M. E. Rigal,