‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 15 sur 281 · TABLEAU GÉNÉRAL DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

TABLEAU GÉNÉRAL DU MOYEN AGE

pays chrétiens, Angleterre, Allemagne, Italie, Hongrie, et commencent à créer une sorte de cosmopolilisme. De là date, dans une certaine mesure, la dilTusion de notre littérature, due aussi à d'autres causes, mais par là facilitée.

Les croisades révèlent Byzance et l'Orient à nos chevaliers. Ils avaient quitté leurs châteaux et leurs villes, persuadés qu'ils allaient combattre contre des Barbares campés en un pays désolé. Le luxe et la splendeur de l'Orient les éblouit. Byzance, dont la civilisation mi-liellénique mi-orientale jetait alors un si vif éclat, nous avait déjà passé quelque chose de sa littérature et de son •érudition. Mais, à partir de la quatrième croisade (1204), elle nous envahit par un romanesque singulier qui vient se mêler de la façon la plus incohérente soit aux légendes bretonnes {Cligès), soit à notre connaissance naïve de Fantiquité {Alexandre).

Dès le douzième siècle, et surtout au treizième, on sent, à suivre les transformations et les remaniements de notre poésie narrative, que la curiosité des auditeurs est devenue plus exigeante et tout ensemble plus complaisante, soit qu'ils aient guerroyé en personne dans ces pays merveilleux, soit qu'ils aient écouté les récits de ceux qui en revenaient.

4^ La guerre des Albigeois, si elle eut pour effet immédiat d'anéantir au treizième siècle la civilisation raflinée et la gaie science du Midi, agit, à cette époque, sur la masse des chevaliers du Nord, comme, à la fin du quinzième et au début du seizième siècle, les expéditions d'Italie sur les compagnons d'armes de Charles VIII, de Louis XII et de François P^. C'est alors que la poésie lyrique du Nord est pénétrée et transformée par la poésie lyrique des troubadours ; elle en adopte les îhéories qï les rythmes ; de populaire et de satirique, elle devient, elle aussi, galante et courtoise.

5® La guerre de Cent ans, de 4337 à 1453, causa en France des ravages matériels et sociaux impossibles à évaluer. La Chronique, qui languissait un peu depuis les croisadeS; y trouve une matière nouvelle et d'une infinie

LA LITTÉRATURX:: FRANÇAISÈ

variété. Un seul genre prend, à travers les horreurs de cette longue guerre, un essor étonnant : c'est le théâtre, sérieux et comique. Peut-être le peuple y trouve-t-il une diversion plus puissante à ses maux.

6^ Les littératures étrangères, en dehors des légendes celtiques de la Grande-Bretagne et de la littérature grécobyzantine, ne semblent pas avoir exercé d'influence sur notre littérature du moyen âge. Au contraire, ce sont nos chansons de geste et nos romans qui se répandent en Europe, et y déterminent une foule d'imitations, que nous imiterons nous-mêmes plus tard. Cependant, on peut noter une influence allemande dans le Roman du Renard; et, par la Provence, Finlluence italienne s'est glissée jusque dans notre poésie lyrique du Nord. — La littérature anglaise ne commence d'ailleurs qu'avec les Contes de Canierbiiry de Chaucer, à la fm du quatorzième siècle. Celle de l'Allemagne donne, au début du treizième; sa première rédaction littéraire des Nibetungen, mais ne produit plus guère jusqu'au seizième que les chants de ses Minnesingers et des Meistersingers. L'Espagne a son Poème du Cid au douzième siècle, et des romances qui ne seront rassemblées que plus tard. Seule, l'Italie a un grand siècle, le quatorzième, avec Dante (f 1321), Pétrarque (f 1374), Boccace (f 1375); mais leur influence se fera surtout sentir au seizième siècle.

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