LES CHANSONS DB GESTE
Sommaire : Geste signifie exploit, et les chansons de geste -.ont des épopées, tandis que le Cycle d'Arthur ne contient que aes romans, et le Cycle antique, que des adaptations savantes.
Les Origines. Chez les Germains, on chante des cantilènes guerrières; sous les Mérovingiens, on en compose d'abord en latin, puis en roman, dès le neuvième siècle, sur Clovis et Dagobert, et surtout sur Charlemagne.
20. Développement et décadence. Les textes ne se sont fixés que vers les onzième et douzième siècles; nous en possédons un des nombreux états. — Les chansons de geste sont d'abord colportées par des jongleurs, de château en château; elles sont alors assonancées et non rimées; au treizième siècle, on les rime, car elles commencent à être lues; au quinzième siècle, on les met en prose, et elles se déforment de plus en plus jusqu'aux adaptations du dix-huitième siècle (Bibliothèque bleue). A partir de i832, les érudits commencent à publier les textes authentiques.
30^ On distingue trois cycles ou groupes d'épopées : Geste du Roi, Geste de Guillaume d'Orange, Geste de Doon de Mayence. Dans la première, retenir surtout le Pèlerinage de Charlemagne et la Chanson de Roland; — dans la seconde, Aliscans; — dans la troisième, Renaud de Montauban (les Quatre fils Aymon). — Parmi les chansons féodales non classées : Raoul de Cambrai.
4°. — La Chanson de Roland. L'histoire se transforme en légende; le sujet est agrandi par la qualité des héros et par celle de leurs adversaires, et reçoit un dénouement. Variété des épisodes et des caractères ; simplicité du merveilleux ; style sévère et poétique.
50 Dijffusion et influence des chansons de geste, dans toute l'Europe, particulièrement en Italie, du treizième au seizième siècle.
LA LITTÉBATURE PHANCAISE
Définition. — Le nioL latin (jesii sigiiilie ac//o/is (1). Une gesle est donc, au sens étymologique, un exploit célèbre ; et Chanson de gesle est Féquivalent de Chanson d'exploits. On a également employé le mot cjesle dans le sens de cycle, pour désigner l'ensemble des poèmes relatifs à un même héros; la Gesle de Charlemagne^la Gesle de Guillaame, etc.
11 faut réserver aux seules chansons de geste le nom d'épopées. Le cycle de la Table ronde se compose de romans; et le cycle de l'antiquité, d'adaptations plus ou moins dénaturées des anciens poèmes grecs et latins, auxquels on mêla des éléments byzantins. Ces deux derniers cycles seront étudiés à part, dans les chapitres consacrés à la lilléralure courloise et à la liltéralure savanle.
L — Les Origfines.
De répopée en général. — L'épopée est la forme poétique et merveilleuse que les peuples jeunes donnent instinctivement à l'histoire. Elle naît, aussitôt que la nation prend conscience d'elle-même. D'abord brève, et plus semblable à une chanson qu'à un poème, elle célèbre sur des rythmes encore lyriques les exploits d'un héros. Ces chansons sont d'abord répétées par les soldats; puis, en temps de paix, colportées par les aèdes, les jongleurs, etc.. Alors l'élément narratif se développe, l'élément lyrique disparaît.
Ainsi naquirent jadis l'épopée grecque et, plus près de nous, l'épopée allemande. VIliade, les^Nibelungen, ont été précédés par une floraison de petits poèmes cj^antés, qui tantôt se sont agglomérés, tantôt contenaient en germe une œuvre, féconde. Le passage de la chanson ou de la canlilène au poème épique ne s'est pas opéré dans tous les pays : voyez les romances espagnoles.
Origine germanique de nos chansons de -geste. — En
France les épopées du moyen âge sont d'origine germanique.
(1) Plusieurs chroniques latines du moyen âge sont intitulées : Gesla Francorum, Gesta reguni Froncorum, etc. Ce pluriel neutre latin donna en français le féminin geste (Cf. folia, feuille).
ï JTTl< n ATll RK FÉODALE
Rien, en effet, ne i)ernicl de croire que les Gallo-Romains aient consacré des poèmes ou des chansons à la gloire des héros. Peu belliqueux, depuis leur romanisation complète, plutôt railleurs qu'enthousiastes, plutôt beaux parleurs que passionnés pour l'action, c'est bien d'eux qu'on peut dire qu'ils n'avaient pas « la tete épique ». On sait au contraire par des témoignages très authentiques, que les Germains avaient coutume de célébrer les exploits guerriers de leurs ancêtres et de leurs chefs (1). Et l'empereur Charlemagne aurait, dit-on, composé lui-même un recueil de ces vieilles canlilènes tiidesqiies.
Les cantilènes épiques en latin populaire.— A quelle époque commença-t-on à composer des canlilènes épiques en latin populaire? Probablement dès le baptême de Clovis (496). Cet événement, dit Gaston Paris, « suscita un immense enthousiasme, et se prêta d'autant plus à la poésie qu'il se rattachait à l'influence d\ine femme, à un mariage dont les circonstances avaient été singulières, et à une de ces tragiques histoires de vengeances de famille si communes dans l'épopée germanique... Autour de Chlodovech, il se forma, et sans doute de très bonne heure, tout un cycle épique, dont on peut croire avec grande vraisemblance que plusieurs épisodes furent chantés en latin vulgaire (2). »
Les poèmes en roman. — Après Clovis, Dagobert excite l'imagination du peuple : sa victoire contre les Saxons (620) donna lieu, suivant le témoignage d'un historien ecclésiastique du huitième siècle, à un poème en langue romane (3),
(1) G. Paris, Lilléralure française au moyen âge, § 13.
(2) Id. ihid, § 15.
(3) On croit trouver aussi des restes de ces courtes épopées mérovingiennes dans un poème dont nous possédons un remaniement du douzième siècle, mais qui doit remonter au dixième siècle, Floouant. Enfin, dans la Vie de saint Faron^ écrite au neuvième siècle par Helgaire, évêque de Meaux, nous avons la traduction latine de deux strophes empruntées à une chanson épique en langue rustique^ et relative à Clotaire. Bref, il semble bien que l'on n'ait point attendu les exploits de
L\ rJTTLlRATURE FRANÇAISE
Si Clovis, si Clotaire, si Dagobert avaient fait naître des canlilènes, à plus juste raison Charles Martel et Charlemagne. D'autant plus qu'à dater des huitième et neuvième siècles la nationalité franque, à peine formée, est mise en péril par un ennemi à la fois politique et religieux : le Sarrazin. L'union qui s*opère contre ce danger commun; les craintes, les espérances, les triomphes, qui créent une seule âme, nationale et chrétienne, entre tous ces éléments ethniques encore mal soudés; le sentiment de la sécurité dans la force, qui suit la retraite définitive des envahisseurs: voilà d'excellentes conditions pour le développement d'une poésie épique. C'est ainsi qu'en Grèce, après la destruction de Troie, en laquelle est symbolisé le premier triomphe de l'Europe sur l'Asie toujours débordante, naquit, de cette sécurité nationale, l'épopée homérique.
Il est à peu près certain que, dès le neuvième siècle, des poèmes assez importants, en langue vulgaire, en roman, furent composés, sur Charles Martel, Charlemagne et d'autres héros des guerres entre Chrétiens et Sarrazins. Mais l'imagination populaire simplifie et unifie l'histoire : Charlemagne devient le centre et le héros des exploits accomplis sous son règne et des exploits de ses prédécesseurs (1). Louis le Débonnaire est aussi le héros de plusieurs poèmes. Les luttes de ses successeurs ne semblent avoir donné naissance à aucune épopée. Sous Charles le Chauve, la féodalité qui s'organise fournit une nouvelle matière à la poésie narrative : alors apparaissent les poèmes qui chantent les rivajités des grands vassaux.
Charlemagne pour composer des canîilènes destinées à célébrer les vertus et les victoires des rois franks. Un érudit belge, Godefroi Kurth, a été plus loin. Renouvelant à propos de notre histoire l'hypothèse émise par Niebuhr sur Thistoire des rois de Rome, il croit pouvoir affirmer que nos Mérovingiens nous sont connus seulement, pour ainsi dire, à travers Vèpopèe 1 .eurs exploits, avant d'être enregistrés par l'histoire, se seraient transformés en légendes épiques; de là, pour la critique, la nécessité de débrouiller un véritable chaos. (G. Kurth, Hisloire poétique des Mérovingiens. Bruxelles, 1893.) (1) G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne. Paris, 1SG5.
LITTÉRATURE FEODALË 2^
« Les derniers événements dont l'épopée ait conservé le souvenir, dit Gaston Paris, appartiennent a la seconûe moitié du dixième siècle : avec l'avènement de la troisième race, la période de production épique spontanée est close » (4). - Il faut y ajouter cependant une dernière renaissance, provoquée par les croisades (2).
[I. Développement et décadence des Chansons
de Geste.
Développement et modification du sujet dans les chansons de geste. - On sait qu'à la bataille de Hastings, un Normand, nommé Taillefer, entonna la Chanson de Roland (3). On était en 4066. Cette chanson était deja un remaniement du poème primitif, et devait différer également du Roland que nous a conservé le manuscrit d Oxtord, de 1080.
Nous ne possédons, en somme, aucune épopée sous sa forme originale, si tant est qu'on puisse croire que les Chansons de Geste aient jamais été fixées. De U canhlme aux rédactions conservées, la matière n'a cesse de flotter et de passer par une série ininterrompue, de transforma-
Lions, T 7 ^
Nos plus anciens textes, le Pèlerinage de Charlemagne (1060) et la Chanson de Roland (1080), ne nous représentent donc pas un premier état, mais l'un des états, dans une série qui devait se continuer.
Nous n'avons point affaire ici, en effet, à des œuvres littéraires, savamment composées par des écrivains, qui les signeraient et qui en conserveraient jalousement la
(1) G. Paris, Liiléralure française au moyen âge, § 19. ^
(2) Nous adoptons les théories de G. Paris sur l'origine et la formation de nos épopées. Le successeur dé G. Pans au Oollèse de France, M. J. Bédier, a entrepris la démonstration d'une théorie très différente, et l'a exposée avec sa rigueur et sa finesse habituelles dans ses Légendes épiques (Pans, Cliampion 1908, 2 vol.). Dans un manuel destiné aux élevés, nous ne oouvons que signaler ce travail, qui fait déjà autorité.
(3) AUG Thierry, Conquête de l'Angleterre par les Normands, 1. 1, p. 341 (voir note 5).
LA LITTÉRAirBE FRANÇAIS?:
propriété. Le sujet est à tous. Ou, plutôt, il passe de trouvère à trouvère, avec son intrigue générale, ses personnages principaux, ses épisodes traditionnels. Mais chaque poète y ajoute, selon le goût du jour, des exploits et des descriptions. Ainsi s'expliquent tant de disparates et le manque absolu de couleur locale.
Ces ouvrages anonymes ne se prêtaient que trop à cette incessante transformation. Le cadre en était large et souple. Rien de plus aisé que d'y intercaler un épisode nouveau,, ou de développer outre mesure un combat. Et suivant la région où ils exerçaient leur métier, les jongleurs ne manquaient pas de flatter la curiosité des auditeurs (1).
Changements dans fa forme des chansons de geste. Les jongleurs. — L'assonance, — Jusqu'à la fin dû douzième siècle, les Chansons de Gesîe sowï écrites en vers décasyllabes, assonancés. Pendant cette période, elles sont chantées. L'assonance suffisait à l'oreille, en ramenant à la fin de chaque vers le môme son dans la dernière syllabe accentuée, sans tenir compte du groupe de consonnes qui la suit : ainsi bise assonne avec^/re, et visage avec arbre. Une mélodie très simple accompagnait la récitation ou la psalmodie du jongleur. Ces vers décasyllabiques assonancés étaient groupés en laisses ou couplets, sur une môme assonance masculine ou féminine. La longueur des laisses varie; la moyenne est d'une quinzaine de vers. La Chanson de Roland comprend environ trois cents laisses. ^
Le jongleur (Joculator) s'en va de château en château ou de ville en ville, avec sa vielle ou sa J'ole en sautoir, avec ses manuscrits de petit format. Il épie le retour du
(1) Da douzième au quatorzième siècle, on s'ingénie à rattacher les unes aux autres certaines chansons de geste : encrée arbitrairement des cycles, dont les héros sont apparentés ; or\ invente, non seulement en dépit de tout sens historique et critique, mais encore sans aucune imagination, des épisodes de raccord, — des poèmes biographiques sur les enfancei d'Ogier, de Guillaume ou de Garin, — des salles interminables : Ihion de Bordeaux siècle) n'a pas moins de cinq salles
écrites au treizième siècle.
LITTÉIUÏURE' FÉODALE
chevalier dans sa lainillc, les réunions de voisins, les banquets, les fêtes privées ou publiques. Toujours bien accueilli sans doute, il s'en remet à la générosité de ses hôtes ou de ses auditeurs.
Qu'on se représente donc, aux onzième et douzième siècles, quelque salle de château féodal, dont Farchitecture massive et sévère forme Fidéal et réel décor de ces gestes. Aux murs, des trophées de guerre, des ecus dont les symboles héraldiques parlaient encore, des lances et des épées prêtes pour la bataille ou pour le tournoi. Les auditeurs, chevaliers, écuyers, pages, valets, dames même, sont préparés par leur vie quotidienne à ressentir et à multiplier les émotions que leur suggère le jongleur. Ces épisodes formidables, qui nous font sourire, nous qui> vivons dans une civilisation mondaine et scientifique, ne sont pour eux que la projection agrandie mais directe de ce qu'ils ont vu et de ce qu'ils ont fait.
La rime substituée à Vassonance. — Mais ce moment passe vite. A la période de récitation des chansons de geste assonancées, succède aux treizième et quatorzième siècles celle de la lecture : les manuscrits, longtemps aux mains des seuls jongleurs qui les modifient à leur guise, commencent à se multiplier et à se fixer. L'assonance, faite pour l'oreille, est remplacée par la rime. On rajeunit ainsi tous les vieux poèmes, et leur physionomie en est troublée. La littérature s'y glisse sournoisement : car ce sont surtout les femmes qui lisent.
La prose substituée aux vers. — Enfin, dès le milieu du quinzième siècle, aux vers rimes se substitue la prose : on desrime les chansons de geste. Ce sont ces versions en prose que l'imprimerie, à ses débuts, devait vulgariser. - Et c'est ainsi que nos épopées, toujours rafraîchies, aboutirent aux ridicules et insipides fadeurs de la Bibliothèque bleue et de la Bibliothèque des romans (1).
(1) On désigne sous le nom de Bibliothèque bleue les réimpressions « modernisées » de chansons de geste et de romans d'aventures, publiées aux dix-septième et dix-huitième siècles, à Troyes, à Rouen, à Lyon, à Épinal, etc. (Cf. Nisard, Histoire des livres populaires.,. 1854). — On appelle improprement BiblioïhèQue des romans, les élégantes adaptations de ces mêmes
LA LITTÉRATURE TRANCAISE
Il faut aitendj-e la claie de 1832 pour voir la première publication d'une chanson de geste retrouvée ; alors Paulin Paris donne l'édition princeps de Berîe aux grands pieds et, en 1836, Roland, A partir de cette date, tous les vieux textes, rétablis dans leur intégrité par les romanistes frança et étrangers, rejettent dans l'ombre le fatras des rajeunissements en prose.
Aujourd'hui donc, nous pouvons connaître et apprécier, dans leur plus ancienne forme poétique conservée, les plus célèbres de nos vieilles épopées. Mais n'oublions pas que ni Ronsard, quand il rêvait de devenir l'Homère de la France, — ni Boileau, quand il raillait Varl confus de nos^ vieux romanciers, — ni Victor Hugo, quand il s'enthousiasmait un peu puérilement pour un moyen âge de décadence, n'avaient pris contact avec les textes authentiques des onzième, douzième et treizième siècles : c'est aux compilations en prose du quinzième qu'allait leur dédain ou leur engouement.
IIL — Les trois Cycles épiques. Les Gestes
particulières.
Division de nos épopées en cycles. — On a coutume de subdiviser nos épopées en trois cycles ou gestes : Geste du Roi ou de Charlemagne. — Geste de Garin de Montglane ou de Guillaume d'Orange. — Geste de Doon de Mayence.
1, Geste de Charlemagne.
On peut reconstituer toute une « histoire poétique » de Charlemagne, au moyen des chansons de geste qui lui sont consacrées ; mais il faut disposer ces textes dans Tordre biographique, sans tenir compte de la date de leur composition.
poèmes par le comte de Tressan, parues sous ce titre : Corps d'exlrails de Bomans de Chevalerie, 4 vol., Paris, 1782.
LITTÉRATURE FÉODALE
BertQ aux grands pieds, poème relatif à la mère de Charlemagne (xuv siècle. La version que nous possédons a pour auteur un poète brabançon, Adenet, surnommé le Roi des Trouvères). Berfe est la fille du roi et de la reine de Hongrie, Floire et Blanchefleur. Venue en France pour épouser le roi Pépin, elle est trahie par son cousin tybert, qui lui substitue auprès de son mari une de ses servantes, et qui la fait condamner à mort. Errante dans la forêt du Mans où elle s'est réfugiée, Berle réussit enfin â prouver son identité et son innocence ; elle est ramenée à Paris, et ses persécuteurs sont châtiés. C'est, au fond, le conte populaire de l'épouse fidèle et persécutée ; comparez Geneviève de Brabanî, Grisélidis, etc.. (1).
Mainet est l'histoire de Charlemagne enfant. Mainel est lin diminutif de Maigne ou Magne, et signifie « le petit Magne, le petit Charlemagne » (2).
La Reine Sibile est consacrée à la femme de Charlemagne. Dans cette chanson se trouve l'épisode du Chien de Montar- Qis{d).
Le Pèlerinage de Charlemagne est le récit d'un prétendu voyage de FEmpereur à Jérusalem et à Constantinople. C'est un de nos plus anciens textes ; il offre cette particularité d'être rédigé en vers de douze syllabes. Accompagné de ses pairs, entre autres Ogier le Danois, l'archevêque Turpin, Roland, Olivier et Guillaume au court nez, Charlemagne arrive à Jérusalem, où il obtient du patriarche des reliques qu'il rapportera en France. Puis il se rend à Constantinople, dont le poète fait une merveilleuse description. Le roi Hugon le reçoit dans un palais enchanté, où, après le banquet, Charlemagne et ses pairs s'amusent à se vanter : ils accompliront des exploits extraordinaires et invraisemblables. C'est la scène des gabs. Hugon a tout entendu ; il est scandalisé par la vantardise de ses hôtes, et leur déclare qu'il leur fera couper la tête, s'ils n'accomplissent leurs ridicules promesses. Voilà les Français bien embarrassés. Dieu vient à leur secours et leur permet de réaliser leurs gabs (4).
(1) Lire deux extraits de Berîe aux grands pieds dans la C/irestomathie de M. Clédat, p. 57.
(2) Id. ibid.] p. 43.
(3) Nous possédons cette chanson sous une forme italianisée, intitulée Macaire, dont l'original s'appelait la Reine Sibile,
(4) Lire des extraits du Pèlerinage de Charlemagne dans la Chrestomathie de G. Paris, p. 3, et dans celle de M. Clédaï,p. 37.
Huon de Bordeaux. Huon, fils du duc de Bordeaux, Seguin, ayant tué le fils de Chaiiemagne, Chariot, est condamné par l'Empereur à subir certaines épreuves. Huon devra se rendre à Babylone, y couper la barbe de l'émir, lui arracher quatre grosses dents, et les rapporter à Charlemagne. Il est heureusement aidé dans son entreprise par un nain, Obéron. — La première partie seule est fondée sur des événements historiques, mais dont les dates ont été changées. La deuxième ressemble à un conte merveilleux, et le charmant personnage d'Obéron a été repris par Shakespeare dans le Songe d'une nuit d'été, — Huon est de la fin du douzième siècle (1).
Telles sont les principales chansons, qui se rapportent à l'histoire particulière de Charlemagne et de sa famille. — Voyons maintenant celles oi^i i' est question des conquêtes du grand Empereur, ou de ses luttes contre certains vassaux.
Les Saisnes (ou les Saxons), dont nous possédons un rajeunissement de la fin du douzième siècle par Jean Bodel d'Arras ; — ce poème est relatif aux expéditions de Charlemagne contre les Saxons, et contient des souvenirs des guerres de Clotaire II et de Dagobert
La Chanson de Roland, sur laquelle nous reviendrons plus loin^ forme a-vec Gui de Bourgogne et Anséis de Carthage, un groupe sur les guerres d'Espagne.
Oger ou Ogier le Danois nous fait assister aux premières luttes de l'Empereur contre ses grands vassaux. Cette chanson, du douzième siècle, a pour auteur un trouvère nommé Raimbert de Paris. Au treizième siècle,|Adenet le Roi composa les Enfances Ogier, destinées à servir d'introduction à l'œuvre de Raimbert. (Ôn appelle enfances les premiers exploits d'un héros) (2).
Enfin nommons le Roi Louis, fragment d'un poème du onzième siècle, où l'on raconte la victoire de Louis III sur les Normands, en 881 ; — et le Couronnement de Louis (Louis le Débonnaire), qui pourrait être rattaché aussi à la geste de Guillaume d'Orange (3).
(1) Chresîonmlhie de M. CLÉDAT,.p. 49. — G. Paris, Poèmes cl légendes du moyen âge, p. 24.
(2) Certains critiques placent Ogier dans le troisième cycle ; nous suivons Gaston Paris.
(3) Lire dans la Chrestoniathie de Gaston Paris, p. 27, la scène où Guillaume châtie l'insolence dWrnéis d'Orléans, qui veut c-e saisir de la couronne.
LlTTÉRATUlll;: FÉODALE