‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 150 sur 281 · I. — Foiitenelle (16^7-1 T · texte numérisé non relu

I. — Foiitenelle (16^7-1 T

Vie. — Bernard Le Bovier de Fontenelle, né à Rouen en 4657, neveu des Corneille par sa mère, lit comme eux ses études chez les jésuites de sa ville natale, et devint avocat. Mais il renonça au barreau, pour venir à Paris, "auprès de Thomas Corneille, qui encouragea sa vocation littéraire. Ses débuts ne furent pas brillants. Sa tragédie

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Ses œuvres soientiûques. - Dans les Entreliens sur In

campagne, chez la marquise de G. il exnlianp ^ cette dame le système des astres et les théS su? (1) Voir répigrarame de Racine sur Vorigine des sifflets.

LA TRANSITION

- les mondes habités. Chaque soir, on va se promener dans le parc ; la nuit est magnifique ; la marquise a l'esprit curieux, et Fonten.elle ne demande qu'à causer. Le premier soir, il démontre à la marquise « que la terre est une planète, qui tourne sur elle-même et autour du soleil » ; le second soir, « que la lune est une terre habitée » ; le îroisième soir, « que les autres planètes sont habitées

- aussi » ; le quatrième soir, il expose « les particularités des mondes de Vénus, de Mercure, de Mars, de Jupiter et de Saturne » ; le cinquième soir, « que les étoiles fixes sont autant de soleils dont chacun éclaire un monde » ; enfin, le sixième soir est consacré aux « dernières découvertes qui ont été faites dans le ciel ».— Il y a toujours quelque inconvénient à mettre trop d'esprit en ces matières; et l'impression que donnent les premières pages de ce livre est celle d'un auteur qui se travaille à faire de l'esprit sur les lois astronomiques. Plus on avance dans cette lecture, plus le sérieux se dégage. On s'aperçoit que le bel esprit n'y est pas répandu pour masquer le vide du fond, mais pour y orner la science.

Les Éloges des académiciens sont plus franchement sérieux. Mais Fontenelle s'adresse encore au monde, et son but est de faire comprendre à ceux qui n'ont pas une instruction scientifique spéciale, les travauxde Tournefort, de Leibniz, de Newton, de Du Fay, de Montmort, etc. Partout, Fontenelle est clair et précis ; il analyse avec sûreté les travaux de physique, de botanique, de chirurgie, etc.. Et il sait nous inspirer l'admiration et l'amour de la science.

Fontenelle est donc d'abord un novateur, en ce sens qu'il annexe un nouveau domaine à la littérature. Ce que ^ Descartes avait fait pour la philosophie, Pascal pour la théologie, ce que Montesquieu devait faire pour le droit, il le fait, avant Buffon, pour les sciences. Les lecteurs de V Histoire naturelle et des Époques de la nature ont été préparés par l'auteur des Entretiens et des Éloges,

Sa philosophie. — Mais Fontenelle est encore du dixhuitième siècle par son scepticisme, et parce que, comme r adversaire des a/TcTêTzs'et partisan des modernes, lia con-

TA UTTÉRATURE FRANÇAISE

tribué lentement et puissamment à développer l'idée de « progrès. 11 apparaît dans ses Dialogues, dans son Histoire des oracles (1), dans sa Digression sur le^ anciens el sur les modernes, comme un véritable précurseur. 11 est trop prudent pour prendre le ton combatif ou impertinent de Voltaire ; mais, par ses insinuations, il l'annonce. 11 sait déjà, comme Tauteur du Dictionnaire philosophique et de Candide, conter une petite histoire, ancienne, orientale, ^ sans aucun rapport apparent pour les naïfs avec nos ' croyances et nos mœurs, mais dont les malins savent tirer les conclusions. Et il pose enfin la question des anciens, comme le feront les Encyclopédistes. C'est Fontenelle qui écrit, en 1688: « Un bon esprit est pour ainsi dire composé de tous les esprits des siècles précédents ; ce n'est qu'un même esprit qui s'est cultivé pendant tout ce temps- ^ là. Il est maintenant dans l'âge de virilité, où il raisonne ^ avec plus de force et plus de lumières que jamais. Cet homme-là n'aura point de vieillesse : les hommes ne dégénéreront jamais, et les vues saines de tous les bons esprits qui se succéderont, s'ajouteront toujours les unes aux autres. » Il sait d'ailleurs distinguer, comme le fera Mme de Staël, les différents objets du progrès. « Afin, dit-il, que les modernes puissent toujours renchérir sur les anciens, // faut que les choses soient d'une espèce à le permettre. Pour l'éloquence et la poésie, qui sont le sujet de la principale contestation entre les anciens et les modernes, quoiqu'elles ne soient pas en elles-mêmes fort importantes, je crois que les anciens en ont pu atteindre la perfection. Contentons nous de dire qu'ils ne peuvent être surpassés, mais ne disons pas qu'ils ne peuvent être égalés. » Voilà des assertions bien intelligentes, et qui sont tellement sensées qu'elles nous paraissent banales ; et, pourtant, ^ c'est parce qu'il a osé s'exprimer ainsi que Fontenelle a été malmené et ridiculisé parles défenseurs des anciens. — Comme philosophe, c'est au nom de la même idée de progrès, que Fontenelle croit de moins en moins à Tawtorité et de plus en plus à la raison. — ~~

(1) Voir rédition de VHisloire des Oracles, publiée par M. L. Mai- GRON. Coinély, 1908 {Société des textes français modernes).

La transition

^ II. — Bayle. — La Motte-Houdard.

L'abbé de Saîîit-Pîerre.

Pierre Bayle (1647-1706), — Né dîme famille protestante, converti au catholicisme, et redevenu lui-mêmje^wpoiestant, BayJ^ quitte la France en 1670, se fait précepteur, puis ' professeur de philosophie etd'histoire. Il occupe une chaire à Sedan, puis à RpUerdam, Là, dans cette Hollande qui étaîrie pays de toutes les libertés, il est encore persécuté, et le minisfre protestant Jurieu le fait destituer de sa chaire, en 1693. Alors, il se plonge entièrement dans le travail, et peut achever de publier son Dictionnaire en 1697.

Ses principaux ouvrages sont : — Pensées sur les comè/es (1682), — Nouvelles de la république des lettres - (1684-1687), — la France toute catholique sous Louis le Grand (1685), Avis aux réfugiés (1690), ^ Dictionnaire historique et philosophique (1696-1697).

Il y a d'abord, en Bayle, un éruditet un critique, qui semble appartenir beaucoup moins au dix-septième siècle finissant ou au prochain dix-huitième siècle, qu'à la. B^naissance. On dirait un contemporain d'Érasme ou d'Henri Estienne. C'est la même passion du détail, le même mépris du style. Bayle, critique, doit être étudié dans ses Nouvelles de la république des lettres^ qu^il fonda pour faire concurrence au Journal des savants (1) : c'est la première des Revues, Dans son Dictionnaire, il est encore critique littéraire, à la façon d'un Sainte-Beuve, quand il recueille et discute les moindres détails biographiques; bibliographiques, et qu'il prépare les documents d'une histoire naturelle des esprits. D'ailleurs, cette critique ne repose sur aucun autre principe que celui d'une curiosité toujours éveillée et toujours libre ; et elle rejoint sa philo- Sophie : Bayle démolit vivement, les légendes ^ou discute, avec des faits, les admirations traditionnelles, TVfai^ l'ceuvre de Bayle est surtout philosophique. Son Dictionnaire, entrepris seulement, selon lui, pour combler

;1) Le Journal des savants avait été fondé, en 1655, par Denis de Salle, conseiller au Parlement de Paris. Il annonçait les livres nouveaux, donnait la biographie des savants décédés, publiait les découvertes, expériences, observations, etc. (Cf. Voltaire, <S/èc/e de Louis Z/F, liste des écrivains français, Sallo et Baifle,

LA LITTÉRATURE FRANÇAISR

les lacunes des dictionnaires antérieurs, lui offre l'occasion de remettre en question ou de renouveler tous les problèmes de morale, de théologie, d'exégèse. 11 canalise en quelque sorte et répand dans son siècle tout le libertinaac du seizième et du dix-septième siècle, les objections et les failleries eparses dans Henri Estienne, Montaigne, Charron Guy Patin, La Motte Le Vaycr, Gassendi, etc. IL n attaque pas directement le christianisme ; mais par un ^ habile système de renvois d'un article à l'autre système ■ qui sera repris par V Encyclopédie, il ruine peu' à peu le dogme et 1 autorité. 11 applique à tout l'esprit historiaue n acceptant rien qui ne soit fondé sur un document ou sur un fait authentique. Et jusque-là, on peut le considérer comme un ancêtre de la critique moderne, en ce Qu'elle a de |lus sérieux. Mais comme le fait justement observer ' M. Em. Faguet, « Bayle a l'esprit de raillerie bouffonne et irrévérencieuse, et cette méthode du burlesque appliqué a la métaphysique et aux religions, qui est celle du dixhuitieme siècle tout entier ». Joignez-y le goût de l'incon venance et du détail cynique, qui vifijU^âter les articles' les plus sérieux. Voila par où son influence fut fâcheuse Au fond. Il n avait aucune théorie, aucun dessein, aucun but. L est une intelligence critique très mordante, qui s'est " attaquée un peu à tout, qui a répandu sur toutes les philosophies sa curiosil,é caustique, et qui eût protesté sans doute contre la nouvelle intolérance rationaliste que ses disciples les plus fidèles allaient tirer de son scepticisme.

La Motte-Houdard (1672-1731) doit être signalé parmi ■ les précurseurs du dix-huitième siècle philosophique et critique pour la part qu'il a prise à la querelle dis anciens et des modernes. - Auteur tragique, il eut un € grand succès de larmes avec son Inès de Castro (1723) Critique, Il composa plusieurs Discours (sur Véqlonue la fable, \^ iragéme, Vode, etc..) où les paradoxes soSl's a quelques Idées justes. 11 est surtout célèbre pour £o\v 3uct£'!l m "Î^' 1'Ho>"ère, d'après la t?â-

au^- o I . •■ ""^^ '-"«'-^i' 1« Et bien

on l;« "'"P «'-"■■'t <^ontre la poésie, il fit cet abrégé .

on vers. - Avec Fenelon, il échangea, en 1 TU, des Lettres

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sur les anciens ; ce fut de part et d'autre une lutte fort courtoise, et non sans ironie réciproque.

L'abbé de Saint-Pierre (1658-1743), homme sensible et dotix, mais très hardi dans ses idées politiques et économiques, se fît exclure de l'Académie en 1718 pour avoir sévèrement jugé Louis XIV. Son plus célèbre ouvrage est le Projet de paix perpétuelle (1713-1717). Mais il a écrit une foule^d^autres projets, où il se propose uniquement F « utilité publique », et par lesquels il annonce nos plus profonds économistes modernes. On lui attribue l'invention du mot bienfaisance, qui caractérise son esprit et ses œuvres.

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