‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 152 sur 281 · CHAPITRE m MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

CHAPITRE m MONTESQUIEU

Sommaire: i"" Montesquieu ( 1689-1755) est à la fois aristocrate, .xiagistrat attaché aux institutions de son pays, — hardi et réformateur, — satirique — bel esprit.

2° Les Lettres persanes (1721) sont, dans un cadre commode, une satire, à la fois spirituelle et profonde, de la société et des institutions. Il faut y distinguer: l'intrigue, assez fade ; les passages . où Montesquieu critique, à la façon dB La Bruyère, les mœurs et les ridicules du jour ; les chapitres où il aborde des questions de ; politique ou de religion, et par lesquels il annonce l'Esprit des lois. ,

3« Les Considérations sur les causes de la grandeur et de la < décadence des Romains {1734) sont le fruit d'un travail personnel et approfondi sur Thistoire -romaine. Montesquieu a plutôt étudié , la décadence que la grandeur, et il a déterminé plutôt les causes • politiques que les causes morales. Le style de cet ouvrage est-, grave et tout romain.

4° L'Esprit des lois { 1748) est l'étude positive, faite sur les docu- ' ments, des rapports qui existent entre les différentes législations . et les peuples qui y sont soumis. Montesquieu part des faits et » cherche à les expliquer; il se distingue par là de tous les théo-. : riciens abstraits. — Ce chef-d'œuvre est écrit souvent dans une forme trop piquante : Mme du Deffand accuse l'auteur de faire ? « de Tesprit sur les lois ».

Vie. — Charles de Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu, est né au château de la Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689. Sa famille était de noblesse ancienne; s'il s'en est toujours montré fier, il a lui-même ajouté à cette noblesse le plus impérissable de ses titres. Quand il eut achevé ses études chez les Oratoriens, à îuilly, « on lui mit entre les mains des livres de droit ; il en chercha Lesprit ». En 1714, il fut nommé conseiller

MONTESQUIEU

aiU£uilement de Bordeaivx, et, en 1716, piiésident a^mor- tier. 11 étaiT un magistrat exact et travailleur, mais peu

^armrrncu. Déjà, il se cherchait des occupations en dehofS ou à côté de ses fonctions, et il devenait, faute de mieux, membre très assidu de FAcadémie des sciences de Bordeaux, à laquelle il communiquait des mémoires sur des questions de physique, Yécho, la pesanteur, la transparence des corps, etc. Cependant, il préparait son premier ouvrage. « J'ai la manie de faire des livres, disait-il, et d'en être honteux après les avoir faits. » Les Lettres persanes parurent en 17J1, sans signature, et le" succès en fut efoirrdissant. Mais déjà Montesquieu méditait un ouvrage plus sérieux. Il vient à Paris, vend sa charge de PrésidfiaU fréquente quelque temps rês~satô~ns et Tes cercles, et se fait recevoir à l'Académie française (1727).

De 17-28 à 1731, Montesquieu- v^oy âge. Il veut recueillir des documents et surtout des observations directes pour fEsprit des lois. D^ailleurs, il était aussi curieux que son compatriote Montaigne ; mais, comme l'auteur des Essais, il sera beaucoup moins séduit par les beautés de la nature, qu'attentif aux mœurs et aux institutions. Il se rend d'abord à s^ienne^j^n Autriche, où il peut causer avec le prince Eugène; puis en Hongrie, doù il revient par Venise : là, il interroge le tînancier Law sur Yesprit de ses'^ceTèbres et malheureuses spéculalions, 11 séjourne à Milan, à Turin, à Florence, à Rome, à Naples. 11 remonte ensuite vers le nord, fait en sens inverse la route suivie nar Montaigne, de Vérone à Innsbruclv, rejoint les bords clu Rhin, et arrive en Hollande. De là, sur le yacht de lord Chesteriîeld, ilgagn^l'Angle terre, où il séjourne pendant deux ans. A Londres, il etudtT de très près le fonctionnement de cette constitution à la fois monarchique^ et démocratique, qui^^^TTeva-ir rester pour lui Vidéal. C'est d'ailleurs le moment de faire remarquer ce que nos plus grands hommes du dix-huitième siècle doivent à l'Angleterre : après Montesquieu, Voltaire et Buffon en tirèrent profit ; le seul J.-J. Rousseau y gardera jalousement son ombrageuse personnalité, et en reviendra sans avoir rien oublié ni rien appris.

De retour en France, Montesquieu s'enferaie en son

château de la Brède, pour mettre en ordre ses notes et ses impressions. En 1734, il donne lés Considéralions sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains important fragment détaché de l Esprit des lois. L'ouvragé est accueilli avec faveur. Montesquieu fait d'assez fréquents voyages à Paris, pour se délasser de l'immense labeur qu'il s impose à la Brède. On le voit dans les principaux salons, chez Mme du Deffand, chez Mme Geoffrin, chez Mme de Tencin. Mais il retourne toujours plus ardent à sa vie de provincial et de travailleur, et l'Esprit des lois paraît en 1748. L'ouvrage réussit avec éclat>^e traduit dans toutes les langues.

Épuisé par cet effort prodigieux, Montesquieu ne donne plus que la Défense dê V Esprit des lois, en 1750. Il triomphe, d'ailleurs, de toutes les oppositions et de tous les adversaires. 11 était à Paris, en février 1755, quand il mourut, âgé de soixante-six ans.

Caractère. — Son caractère est formé d éléments assez contradictoires. 11 y a en lui un aristocrate très attaché ' aux privilèges de la noblesse et consacrant les deux derniers livres de son Esprit des lois à des recherches sur les i lois féodales pour établir en quelque sorte la légitimité ' de ses propres titres, — un magistrat de race et de carrière, exigeant « que Ion ne touche aux lois que d'une main tremblante », et défendant l'organisation judiciaire de son pays, — une intelligence libérale et hardie, très clairvoyante sur les abus du régime, et désireuse que nous empruntions âux Anglais une partie de leur constitution, — un satirique plus mordant que Voltaire, — un peintre de mœurs aussi vif que La Bruyère, — un bel S esprit qui ne résiste pas à la tentation de placer un trait, de surprendre ou de piquer son lecteur, de prendre le ' plus grave sujet par le côté plaisant, en un mot, com;ne le disait Voltaire, « de faire le goguenard ».

Moralement, mômes contrastes : peu de sensibilité, « n'ayant jamais eu, de chagrins qu'une heure de lecture n'ait dissipés », et s'indignant avec une éloquence émue contre l'esclavage ou la torture, comme aussi se montrant généreux i^. charitable avec la discrétion d^un bourru

MOINTESQUTEU

bienfaisant. Nous* allons trouver tous ces contrastes dans ses ouvrages et dans son style.

Les Lettres persanes (47^21).— Presque tous les grands «réformateurs », avant de publier ce que Ton pourrait appeler leurs ouvrages positifs, ont commencé par^Jécrire et par attaquer les abus existants : c'est comme la partie négalive de leur tâche.

Montesquieu fut d'abord frappé de ce qu'il y avait

^ « quelque chose de pourri dans le royaume de France ». Chacun s'en accommodait, par paresse ou par intérêt. L'esprit supérieur de Montesquieu aperçoit nettement les vices et les tares, et peut-être déjà les remèdes. Il diffère des moralistes comme La Bruyère, en ce qu'il est aussi et surtout un politique, et que ce ne sont pas seu-

' leojent les mœurs qu'il rend responsables de la corruption sociareriTrais aussi les instiîuîions : par là, il est bien du dix-huitième siècle, et ses successeurs ne feront que reprendre et exagérer sa thèse.

Mais Montesquieu, moraliste et politique, connaît les salons de Paris et le goût de ceux qui lisent. Il sait qu'un ouvrage de pure morale n'a pas chance de réussir.

, Déjà La Bruyère a dû composer un livre piquant et amusant; et, depuis La Bruyère, on est devenu encore plus frivole et plus difficile à satisfaire. Aussi Montesquieu cherche-t'il à présenter, sous une forme séduisante, ce procès d'une société qui s'amuse. En 1707, Dufresny, célèbre surtout par ses comédies, avait publié les Amusements sérieux et comiques d'un Siamois, Il supposait qu'un Siamois, venu à Paris, analyse naïvement pour ses compatriotes ce qu'il voit et ce qu'il entend. Le cadre était commode, et cette apparente fiction permettait une certaine

^ hardiesse. Montesquieu s'en empare. Il nous montre deux Persans, Rica et Usbeck, qui visitent l'Europe, et qui écrivent à leurs amis restés en Perse.

C'est du Journal de Chardin, paru en 1711, que Montesquieu tira quelques renseignements précis sur les mœurs des Persans ; et, pour donner un lien à ces Lettres, pour obliger le lecteur et la lectrice à aller jusqu'au bout du livre, il invente une intrigue de sérail qui court à travers la

corrcspondarice et qui, de loin en loin, pique la curiosité.

Il faut donc distinguer plusieurs éléments dans les Lettres persanes : 1° l'intrigue, qu'il nous suffit d'indiquer ; 2^ la satire des ridicules de société et des mœurs; ici se placent des portraits dans la manière de La' Bruyère, et qui sont excellents: la coquettene l3es femmes (lettre XXVI), le théâtre (XXVIII), la badaude rie parisienne (XXX), les cafés (XXXVI), l'alchimiste (XLV), le financier, le directeur de conscience, le poète famélique, l'officier retraité (XLVllI), les rivalités des femmes de différents âges (LU), le jeu (LVI), le magistrat ignorant (LXVIII), le décisionnaire (LXXIl), etc. C'est la partie « amusante » des Lettres persanes. Montesquieu s'y montre à la fois excellent peintre et satirique clairvoyant jusqu'à la méchanceté. — 3° Enfin, il y a un certain nombre de lettres plus sérieuses, où, non sans persiflage, mais sur le ton d'une dissertation aisée, sont abordées des questions de politique, de religion, de littérature : d'abord, l'histoire des Troglodytes (XI, XII, XIII, XIV), le roi de France (XXIV, XXXVII), le Pape (XXIX), les disputes théologiques (XL VI), la métaphysique (LXIXj, le suicide (LXXVI), les différentes formes de gouvernement (LXXX), la gloire (LXXXIX-XC), la justice (XCV), les Romains (GXV), le divorce (CXVI, CXVIl), les colonies (GXXI), les lois (GXXIX), la bibhothèque d'un couvent, et à ce propos desjugementssurles^e/2re5((:XXXIII et suivants), etc. — Il faudrait de trop nombreuses références pour indiquer tout ce qu'il y a de profond dans les Lettres persanes. L'auteur des Considérations et celui de l'Esprit des lois s'y annoncent presque à chaque instant. Et quand on a lu avec admiration un certain nombre de pages sérieuses, on est tout surpris de retomber sur cette fade intrigue, à laquelle il semble bien que Montesquieu lui-même ait pris plus de plaisir qu'il ne convenait.

Les Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains (1734). — Voici l'ouvrage proprement classique ûe Montesquieu.— Dans les Lettres persanes, on trouvait déjà de nombreuses allusions aux Romains ; Montesquieu semble y revenir avec une sorte de pré-

^ MONTESQUIEU

dllectioîî. Jadis, il avait lu, devant l'Académie de Bordeaux, en 1716, une Dissertation sur la politique des Romains dans la religion, d'autant plus importante à retenir que Montesquieu, dans les Considérations, négligera absolument la religion romaine. Après les Lettres persanes^ il avait composé, en 1722, \e Dialogue de Sylla eld'Eucrate, qu'il lut alors dans un salon et qu'il ne publia qu'en 1745.

Pour écrire les Considérations, comment Montesquieu s'est il documenté? Il avait lu, la plume à la main, tous les grands historiens de l'antiquité : Salluste, César, Tite- Live, Florus, Tacite, Suétone, Polybe, Plutarque, Denys dJIalicarnasse, Diodore de Sicile, Josèphe, etc. Pour la décadence, il cite encore : Suidas, Justinien, Nicétas, Lactance, saint Augustin, etc. Il consulte également Machiavel (Discours sur la première décade de Tite- Live), Saint-Évremond (Réflexions sur les divers génies du peuple romain) et Bossuet [Histoire universelle, 3« partie, chap. VI et VII). Il est donc remonté aux sources pour étudier l'histoire romaine, et il a lu tous ses prédécesseurs sur ce sujet; et il faut l'en louer, car ses lectures ont été considérables. Mais il est bon d'ajouter que Montesquieu n'a ni l'esprit critique ni l'esprit scientifique tels que nous les entendons aujourd'hui. Il ne met jamais en doute l'authenticité d'un texte ou d'un témoignage ; et Ton peut dire qu'il se montre parfois plus crédule que l'antiquité, lorsqu'il s'agit de certaines légendes. Il ne discute pas les origines de Rome, il accepte docilement tout ce que Tite-Live rapporte des rois, et les jugements des partis sur les empereurs; surtout il ne distingue pas les différents moments dans l'histoire des mœurs romaines (1). Est-il besoin d'ajouter que xMontesquieu ne soupçonne même pas ce que l'on peut tirer des sciences auxiliaires de rhistoire nielles que l'archéologie, l'épigraphie, la numismatique, etc.? Or, que l'on ne dise pas que c'est tout à fait la faute à son temps. Peu d'années après, le président de Brosses, parcourant l'Italie en quête de documents pour son Salluste, écrivait (1739-1740) des lettres qui révè-

(1) Sur cette crédulité de Montesquieu, voir rintroduction de rédition Em. Person (Garnier^.

Des Granges. — Littérature.

lent les plus curieuses et les plus fructueuses recherches.

Ne demandons à Montesquieu que ce qu'il a voulu nous donner, une étude de philosophie politique. En dépit des erreurs de détail, il a, comme Bossuêî, comme Corneille, saisi le fond du génie romain. — Bossuet, auquel il est d'usage de le comparer (1), avait plutôt étudié la grandeur que la décadence, et plutôt recherché les causes morales que les causes politiques. Montesquieu, sur vingt-trois chapitres, en consacre huit à la grandeur, et quinze à la décadence: on voit que la proportion est renversée. Pour Montesquieu, les causes essentielles de la grandeur sont : l'amour de la liberté et la discipline militaire ( I à III), et la politique du Sénat (IV à VII) ; — les causes de la décadence ne sont pas pour lui comme pour Bossuet la perte des vertus morales et civiques, mais surtout l'étendue de l'Em 're, l'éloignement des troupes qui nè^" connaissèiit plus • ue leur général (IX), et l'inégalité des fortunes. Montesquieu pousse très loin l'étude de la décadence, jusqu'à la chute de l'Empire d'Orient.

De la lecture de cet ouvrage on lire cette philosophie que « ce n'est point la fortune qui domine le monde ». Les hommes sont, à des degrés divers, responsables des événements ; ceux-ci n'ont jamais une valeur propre, mais toujours une importance relative', ils s'enchaînent et se conditionnent. Et cela est si vrai que Montesquieu non seulement explique ce qui pouvait tout d'abord nous paraître accidentel et fortuit dans Fhisloire romaine, mais que, de cette histoire dont il a compris le mécanisme humain, il tire,çà et là, des observations générales et profondes, qui sont autant de prédictions (le césarisme la question d'Orient).

L'esprit des lois (4748). — L'ouvrage se compose de trente et un livres, subdivisés en chapitres, en moyenne de quinze a vingt. — Le mot Esprit sxgmiie : sens intime, universel. — Les lois sont définies : « Les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses, » Des rapports, qu'est-ce à dire ? L'explication seule de cette formule prouve l'ori-

(1) Voir on particulier Nisard, Lillcralure française, I. IV, ehap* VIII.

MONTESQUIEU

ginaliié et la profondeur de Montesquieu. Avant lui, tous ceux qui avaient écrit sur les lois, Platon, Aristote, Cicéron, saint Thomas, Bossuet, et en général tous les historiens du droit (sauf peut-être Bodin), étaient partis de définitions abstraites, métaphysiques et morales, et avaient bâti des législations idéales, ou critiqué, au nom de leurs principes, les législations existantes. La méthode de Montesquieu est, au contraire, toute expérimentale. « J'ai d^aEord^xâmihé les hommes, dit-il dans sa préface, et j'ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de mœurs, ils n'étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies... Je n'ai pas tiré un principe de mes préjugés, mais de là naturer deg choses. » — La diversité des législaîrôiïs,""qui scandalîsâit les théoriciens, lui paraît nécessaire et utile : « Les lois doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites, que c'est un grand hasard si celles d'une nation peuvent convenir à une autre... » (iiv. I, chap. III). — Quels sont donc ces éléments essentiels et naturels, dont le rapport détermine la loi? D'abord, les lois doivent se rapporter à la nature et au principe du gouvernement ; p^s, elles doivent être relatives « au physique du pays, au climat glacé, brûlant ou tempéré ; à la qualité du terrain, à sa situation, à sa grandeur, au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs ou pasteurs ; elles doivent se rapporter au degré de liberté que la constUution peut souffrir ; à la religion des habitants, à leurs incfinations, à leurs richesses, à leur nombre, à leur commerce, à leurs manières... C'est dans toutes ces vues qu'il faut les considérer... J'examinerai tous ces rapports : ils forment tous ensemble ce qu'on appelle Vesprit de$ lois » (liv. I, chap. III).

Au livre II, Montesquieu définit les trois sortes de gouvernements : le républicain, qui ne saurait subsister que par la vertu (c'est-à-dire le dévouement aux institutions) ; le monarchique, fondé sur Vhonneur (c'est-à-dire la fidélité chevaleresque au roi, et le point d'honneur dans l'exercice de ses fonctions) ; le despotique, fondé sur la crainte (on n'obéit au despote que parla crainte des châtiments). Les livres IV, V, VI, VII et VIII sont consacrés à l'étude des lois dans leurs rapports avec les gouvernements tels

LA LITTÉRATURE FRANÇATSE

qu'ils viennent d être définis. — Livres IX et X : Des lois dans le rapport qu'elles onl avec la force défensive cl offensive. Ici, Montesquieu donne ses opinions sur la guerre, sur les conquérants, etc. — Le livre XI a une importance capitale. II est intitulé : Des Lois qui forment la liberté politique dans son rapport avec la constitution. C'est là que Montesquieu étudie la constitution anglaise, avec une évidente sympathie. consliturionnelsde la Révolution s'en sont inspirés. — Livre XII : la liberté politique du citoyen. — Livre XIII : les revenus publics. — Livre XIV : le climat. — Livres XV, XVI et XVII : l'esclavage (au chapitre V du livre XV, se trouve la célèbre protestation de Montesquieu contre l'esclavage des nègres; c'est un modèle d'ironie éloquente). — Livre XVIII : le terrain. — Livre XIX : les mœurs et les manières. — Livres XX et XXI : le commerce. — Livre XXII : la monnaie. — Livre XXllI : le nombre des habitants. — Livres XXIV à XXVI : la religion. — Livre XXVII : les lois romaines. — Livre XXVIII : les lois civiles chez les Français. — Livre XXIX : de la manière de composer les lois. — Livres XXX et XXXI : les lois féodales chez les Francs. ,

Dans chacun de ces livres, Montesquieu passe en revue les différents codes, et tâche d'expliquer telle et telle loi qui, en apparence, nous semble bizarre. Ainsi, il étudiera l'esclavage chez les Romains, et, sans l'approuver, il le trouvera en rapport avec leur gouvernement et avec leurs mœurs; mais, ce même esclavage, il le juge en contradiction avec les gouvernements fondés sur l'honneur et sur la vertu, et slirtout avec les mœurs chrétiennes. — Il procède souvent, commé dans les Lettres persanes, par allusions; il critique des lois françaises à propos des lois chinoises; il amène brusquement des comparaisons piquantes. — Il introduit la discussion critique d^ms Fhistoire et dans l'examen des religions ; et proclamant la supériorité morale et sociale du christianisme, il explique j pourquoi tel peuple, sous tel climat, doit changer ses élé- I ments d'existence politique et ses mœurs, pour devenir \logiquement chrétien. '

Toutes ces observations, Montesquieu les appuie sur une documentation très étendue. II suffit de feuilleter

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rEsprit des lois et de regarder, au bas des pages, les renvois aux textes originaux, pour admirer la somme de travail fournie par l'auteur.

Le style de Montesquieu. — Les contradictions que nous avons signalées dans le caractère de Montesciuieu se retrouvent dans son style. — Un., sml ouvrage a une certaine unité 4e ton, ce sont les Considérations : là, tout est simple, concis sans obscurité, grave sans emphase. Montesquieu éprouve, dirait-on, du respect pour son sujet; il est plein de Tite-Live et surtout de Salluste et de Tacite. Une page des Considérations mise en iatin semble se retrouver dans sa langue originale. — Dans les Lettres persanes, nous l'avons dit, c'est tantôt un style posé et sérieux, tantôt un style léger et badin ; mais toujours apparaît la même qualité : le sens du trait, du mot, dans une phrase directe et qui va droit au but. — Aussi mêlé que celui des Lettres est le. style de l Esprit, Évidemment, Montesquieu a voulu se faire lire. Il introduisait dans la littérature française une matière nouvelle, jusque-là traitée le plus souvent en latin, ou du moins en un français technique, rebutant pour les gens du monde. Pour intéresser le grand public à ces discussions, il use d'artifices divers; il morcelle son suiet; il fait parfois des chapitres de quelques lignes; li leur donne des titres piquants ou énigmatiques ; et surtout il ramasse en quelques phrases vives, interrogatives, paradoxales, autour d'une citation bien choisie, tout le raisonnement qu'un autre eût étalé. De là, un certain charme, comme celui d'une conversation animée avec un homme très savant et très spirituel; de là, aussi, une certaine fatigue. On finit par I en vouloir à l'auteur de nous croire si frivoles, et c'est ' avec plaisir qu'on arrive à des chapitres sérieux où l'au- / teur ne sacrifie plus aux grâces. Mme du Deffand disait ! de ce livre : « Cesl de V esprit sur les lois »; le mot est injuste appliqué à l'ensemble de l'ouvrage; il est admirable pour en caractériser de nombreux passages.

LA LITTEUATURE PHANÇAISE

BIBLIOGRAPHIE

Montesquieu, OEuvres complètes^ éd. Laboulaye, Garnier, 7 vol» (1875-1879). (On a commencé, et l'on continue la publication des œuvres inédites de Montesquieu : Mélanges, Voyages, etc.

Éditions classiques des Considérations : Petit de Julleville (Delagrave), Person (Garnier), Jullian (Hachette), etc.

NiSARD, Littérature française, t. IV, chap. VIII.

Ém. Faguet, Dix-huitième siècle, 1890.

A. SoREL, Montesquieu {Collection des grands écrivains français)

Hachette, 1887.

F. HÉMON, Cours de littérature, Montesquieu, Delagrave.

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