‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 155 sur 281 · IV. — La correspondance · texte numérisé non relu

IV. — La correspondance

11 nous reste de Voltaire environ dix mille lettres ; et nous ne possédons pas la moitié de sa vaste correspondance, entre 1713 et 1778. A qui écrit-il ainsi ? à tout le monde. Toute la société du dix-huitième siècle, française et étrangère, est en relations épistolaires avec lui(l).

Un i)remier groupe peut être formé de ses amis, de ceux qui l'aident soit à faire publier ses ouvrages, soit à faire jouer ses pièces, soit à placer ou à distribuer son argent : — le comte d'Aiuiental (-'|- 1788), neveu de Mme de Tencin, conseiller au Parlement de Paris; il est particulièrement chargé des l'apports de Voltaire avec la (lomédie-Française, le tripot. Quand Voltaire lui éci'it, à lui et à sa femme, il les appelle mes anges. — (liDEViLLE {-[' 177(5), conseiller au Pai'lement de Rouen, ancien condisciple de Voltaire à Louis-le-(u'and ; il l'aide pour la publication de la Ilenriade et des Lettres anglaises. — V abbé Mous-

(1) Pour tous les correspondants de Voltaire que nous allons citer, on consultera les divers CJwix de lettres de Voltaire (E. Pallex, Brunei, Auberlin, etc.) et le CJwix de lettres du dixhuitième siècle de M. Lanson, où Ton trouvera des notices et (les citai ions. Nous n'insistons, d'ailleurs, que sur ceux de ces personnages que nous n'avons pas l'occasion d'étudier ailleurs. Ainsi, on se reportera au chapitre des Salons pour les femmes^ au chapitre de l'Encyclopédie pour les phdosophes, etc.

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siNOT(t 1741), clmnoinc de Saint-Merri, fut le trésorier et le « factotum » de Voltaire à Paris pendant cinq ans ; celui-ci le charge des commissions les plus diverses,-et est toujours servi à point. — TniÉRiOT(t 1772), que Voltaire avait connu dans l'étude de M* Alain, place Maubert. C'était un paresseux, incapable de la moindre suite dans l'organisation de sa vie, mais pour lequel Voltaire conserva, tout en le grondant beaucoup, une sorte de tendresse. Personne, d'ailleurs, ne lui fut plus dévoué.

On peut réunir en un second groupe, le plus varié et le plus original, les femmes : Mme de Graffigny (f 1758), l'auteur de Cénie et des Leiîres d'une Péruvienne. Nous avons d'elle une piquante peinture de la vie à Cirey. — Mlle de LESPLVASSE(t 1776), Mme du Deffand (f 1780). — La duchesse de Choiseul (f 1801), une des plus simples, des plus aimables et des plus honnêtes. — Mme Denis, fille de Mme Mignot, sœur de Voltaire, était veuve depuis 1744 : elle alla chercher son oncle à son retour de Berlin, et s'établit auprès de lui aux Délices et à Ferney. De Berlin, Voltaire écrit à sa nièce ses lettres les plus intéressantes ; c'est là qu'on peut suivre au jour le lour l'évolution de ses rapports avec Frédéric. — - Mme Negker (f 1794), femme du ministre et mère de Mme de Staël. Elle entreprit une souscription pour faire exécuter la statue de Voltaire par Pigalle. A ce sujet, le patriarche de Ferney lui écrivit un billet qui est un chef-d'œuvre d'humour (21 mai 1770). — Mlle Quinault (f 1783), soubrette de la Comédie-Française, sœur d'un des principaux interprètes de Voltaire, Quinault-Dufresne, était célèbre par ses bons mots et ses dîners philosophiques, dits du bout du banc. Voltaire lui écrit souvent de Cirey. — Mlle Clairon (f 1803) débuta à la Comédie en 1743. Voltaire lui fit créer quelques-uns de ses grands rôles, et il a souvent l'occasion de lui écrire à ce sujet.

Les philosophes et gens de lettres, (il faudrait les nommer tous!) forment un troisième groupe. Ceux auxquels Voltaire a le plus souvent écrit sont : d'Alembert, Diderot, Marmontel, Duclos, La Harpe, que nous retrouvons ailleurs. — L'abbé Dubos (f 1742), contre les théories historiques duquel Montesquieu a écrit les deux derniers livres de l'Esprit des lois, et dont Voltaire estimait fort les Réflexions critiques sur la poésie et la peinture. — - Le journaliste et avocat Linguet (f 1763). — L'adversaire des philosophes, PALissoT(t 1814). — L'abbé TRUBLET(t 1770), journaliste, d'un grand talent, longtemps décrié par Voltaire qui finit par se réconcilier avec lui (27 août 1761]. — Vauvenargues (f 1747), dont l'amitié fait le plus grand honneur à Voltaire, et qui, s'il n'était mort si tôt, eût peut-être exercé une excellente influence morale sur un homme qui l'admirait avec enthousiasme et émotion. — Rattachons à ce groupe les lettres de Voltaire à ses anciens mai-

ires, le.^ jésuites : le P. Tournemine (f 1739), directeur du Journal û3 Trévoux ; le P. Porée (f 1741), son ancien professeur de rhét orique ; le P. de la Tour (f 1766), principal de Louis-le-Grand, ovec lequel il est en coquetterie, quand il se présente pour la troisième fois à TAcadémie française.

Parmi les hommes d'État, les grands seigneurs, les magistrats, citons : le marquis d'Argenson, ministre des affaires étrangères {f 1757), à qui il adresse un si joli billet sur la bataille die Fonlenoy. — Le comte d'Argenson, ministre de la Guerre (f 1764). — Le DUC de Richelieu (-'i" 1788], u son héros», qu'il entretient familièrement de tous les sujets. — Le président de Brosses if 1777), à qui il loua le comté de Tournay, et avec lequel il eut ane ridicule dispute à propos d'une coupe de bois. — Le président HÉNAULT (-J- 1770), célèbre à la fois par ses verset par son Abrégé chronologique de V histoire de Fra/zce. Voltaire, après l'avoir tlatté, le persifla quand il fut converti (1). — Turgot (-h 1781), le plus célèbre économiste du dix-huitième siècle, dont Voltaire salua avec joie l'entrée aux affaires. — Le cardinal de Bernis (-]- 1794), qui ne fut d'abord qu'un bel esprit aimable, et qui devint diplomate, minisire et excellent prêtre.

Mais Voltaire est aussi en relations avec des étrangers : MiLORD Hervey, garde des sceaux d'Angleterre (t 1743), qu'il avait connu à Londres, et auquel il écrit, en 1740, une lettre bien connue sous le titre de Siècle de Louis XIV. — Le comte de ScHOUVALOw (i 1798), chambellan de l'impératrice Elisabeth de Russie, à qui il demanda des renseignements pour son Histoire de Pierre le Grand. — M. de Soumarokoff, autre grand seigneur russe. — Horace Walpole (-|- 1797), dont VoUaire avait connu le père et la famille à Paris et à Londres. — Goldoni (f 1793), célèbre poète comique italien, qui fit représenter à Paris son Bourru bienfaisant, en 1771.— Le marquis SgipionMaffei (f 1755), auteur d'une Mérope, etc.

Enfin, nous trouvons, parmi les correspondants de Voltaire, des rois, des reines et des princes : Frédéric II, d'abord comme prince royal de Prusse, puis comme roi; — Catherine II, impératrice de Russie (elle a écrit une fort belle lettre sur la mort de Voltaire, 1778) ; — la duchesse de Saxe-Gotha, qui lui donna l'hospitalité à son retour de Berlin, et pour laquelle il écrivit les Annales de l'Empire ; — le roi Stanislas ; — la duchesse du Maine, etc.

Cette liste, très incomplète, n'a d'autre but que de prouver

(1) Sur le Président Hénault, qui mérite une place parmi les historiens au dix-huilième siècle, voir l'étude récente de M. Henri Lion. Paris, Pion, 1905.

VOLTAIRE

h quel point la correspondance de Voltaire est instructive pour l'histoire d»es lettres et des mœurs au dix-huitième siècle. Une lecture attentive d'un choix bien annoté, est de celles qu'on peut recommander le plus aux élèves. Cette lecture leur révélera également le fond de Voltaire: son tempérament vif, nerveux, charmant, malin, contradictoire ; ses engouements, ses enthousiasmes, ses haines. Enfin, jamais Voltaire n'a été nieilleur écrivain que dans ces lettres et dans ces billets qu'il griffonnait ou qu'il dictait à la hàtCo

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