Geste de Gakin de xMontglane ou de Guillaume
D'Orange.
« Guillaume au court nez (ou au coiirb nez), dit Gaston Paris, appelé aussi Guillaume d'Orange, ou Guillaume Fièrebrace [fera hrachia), ou Guillaume de Narbonne, est un héros épique formé par la fusion de divers personnages qui n'ont pas encore été tous identifiés. Le principal, celui qui a peu à peu absorbé les autres, est Guillaume, comte de Toulouse, qui empêcha les Sarrazins d'envahir la France en leur livrant une sanglante bataille sur les bords de l'Orbieu (affluent de l'Aude, rive droite), en 793; qui, plus tard, étant gouverneur de l'Aquitaine, dont le futur Louis le Débonnaire était roi, conquit la Catalogne ; qui enfin fonda le monastère de Gellone, aujourd'hui Saint-Guilhem-le-Désert, où il se retira en 810, pour y mourir en odeur de sainteté en 812, un an avant le couronnement de Louis le Débonnaire (1). » Les trouvères ont constitué toute une généalogie à Guillaume d'Orange. Son bisaïeul est Garin de Montglane, lequel a pour fils Girard de Vienne ; celui-ci est l'oncle d'Aimeri de Narbonne, oncle lui-même de Guillaume. Guillaume, à son tour, a pour neveu Vivien.
Les chansons les plus intéressantes de cette vaste gesîe sont les suivantes :
Girard de Vienne. ~ Fils de Garin, Giraid a reçu pour fief la ville de Vienne. A la suite de démêlés sanglants avec Charlemagne, il s'enferme dans Vienne, où il est assiégé pendant sept ans. Parmi ses barons les plus braves, il compte Olivier, son neveu, dont la sœur est ia belle Aude. Roland, qui combat aux côtés de son oncle Charlemagne aperçoit Aude, s'en éprend, et veut l'enlever ; mais Olivier l'en empêche. Enfin, il est décidé -qu'un duel entre Roland et Olivier terminei-a la guerre. Les 'deux guerriers sont transportés dans une île du Rhône, où ils combattent seul à seul, tandis que de loin Charlemagne, Girard et Aude suivent avec angoisse leur gigantesque et interminable lutte. Un ange les sépare et leur ordonne de se réconcilier pour unir leurs forces contre les Sarrazins. Olivier ^.rcorde à Roland la main de sa sœur Aude. Ce dernier épisode
(1) G. Paris, Chreslomalhie, p. 27.
a éié repris par V. Hugo, dans sa Légende des siècles, sous le titre du Mariage de Roland (1).
Aimeri de Narbonne. — A son retour d'Espagne, et tout attristé par la mort de Roland à Roncevaux, Charlemagne aperçoit la ville de Narbonne, qui appartient aux Sarrazins. Il veut la conquérir au passage, et il Poffre à celui de ses barons qui saura la prendre. Mais tous, les plus vaillants même, déclarent qu'ils ont hâte de rentrer chez eux ; et Charlemagne irrité les renvoie. Cependant un jeune chevalier, Aimeri, neveu de Girard de Vienne, accepte la proposition de FEmpereur et s'empare de la ville. Le trouvère nous raconte ensuite comment Aimeri épousa Hermangart de Pavie ; de ce mariage devait naître Guillaume d'Orange. On a reconnu, dans la première partie du poème, le sujet traité par V. Hugo dans Aynierilloi (Légende des siècles) (2).
Le Charroi de Nîmes. — Guillaume s'empare de Nîmes, grâce à un stratagème qui fournit le titre de la Chanson. Il fait cacher mille chevaliers dans des tonneaux, et, déguisé en charretier, il introduit lui-même le charroi dans la ville sarrazine(3).
La Prise d'Orange nous raconte comment Guillaume conquit la ville d'Orange et épousa la belle Orable, veuve d'un roi Sarrazin, qui devint chrétienne et prit le nom de Guibourc.
Aliscans est la plus célèbre et la plus belle chanson de ce cycle, et la première partie mérite de devenir aussi classique que le Roland. Guillaume combat, dans la plaine d' Aliscans (4), contre une innombrable armée sarrazine ; il est vaincu ; il fuit vers Orange. Sous un arbre, près d'une fontaine, il trouve son neveu Vivien, blessé à mort après s'être battu tout le jour. Vivien expire entre les bras de son oncle, qui tente vainement d'emporter son corps. Poursuivi de tous côtés, Guillaume n'échappe à ses ennemis qu'en revêtant une armure sarrazine. Enfin, il arrive sous les murs d'Orange. Mais Guibourc, sa femme, refuse de lui faire ouvrir les portes ; elle n'admet pas que Guillaume puisse fuir, et lui ordonne de retourner au combat pour délivrer un convoi de prisonniers chrétiens. Guil-
(1) Lire le combat de Roland et d'Olivier dans la Chreslomaîhie de M. Clédat, p. 92.
(2; Lire ce passage dans la Chresiomaihie de G. Paris, p. 63.
(3) Lire, dans la Chresiomaihie de M. Clédat, le passage intitulé le Comte Guillaume eî lEmpereur Louis.
(4) Sur la plaine d'Aliscans,~ voir les Villes d'art célèbres : Nîmes et Arles, par Roger Peyre. Paris, Renouard.
LITTÉRATURE FÉODALE
laume obéit et peut rentrer dans sa ville. Il la quitte bientôt, pour aller demander secours au roi Louis. — Dans la seconde partie (retour et trioniplie de Guillaume), apparaît un personnage grotesque, sorte de géant, qui se bat avec un tinel (massue), et qui se nomme Renouart. — Malgré les disparates de cette composition, Gaston Paris la croit toute entière Tœuvre du même poète, un Normand de Sicile, Jendeu de Brie (1).
Pour compléter l'histoire de Guillaume et de son neveu, il faut citer, d'une part, les Enfances Vivien et la Chevalerie Vivien,
— d'autre part le Moniage GuiUaame (le héros se fait moine) et le Moniage Renouart (dans le genre héroï-comique).