II. — La Convention
Déjà, à la Législative, les Girondins s'étaient distingués avec Isnard et surtout avec Vergniaud.
Vergniaud (1753-1793) fut presque le Mirabeau de la Législative et de la Convention. Il avait une forte instruction, des idées générales, du patriotisme, et dans la forme un mélange heureux de logique et d'imagination. Le . 3 juillet 1792, sur la Pairie en danger, il prononce un de ses plus beaux discours ; le 17 septembre de la même année, il dénonce la Commune de Paris, et fait de nouveau appel à la concorde des citoyens pour sauver la France. — A la Convention, Vergniaud combat Robespierre ; il soutient que l'on doit faire appel au peuple pour juger Louis XVI (31 décembre 1792). Mais le plus beau discours de Vergniaud est sa réponse aux accusations que Robespierre avait formulées contre le parti girondin. La dernière partie, celle où il se glorifie d'être un modéré, ^st remarquable par la chaleur et la précision du style (10 avril 1793) (1).
Parmi les Girondins, il faut encore signaler Guadel, Gensonné, Biizol, Brissel.
Danton (1759-1794) fit partie de la Législative et de la Convention. Il faut beaucoup lui pardonner, pour avoir été un des patriotes les plus courageux, et pour avoir payé de sa tète son opposition à Robespierre. Physiquement, il n'est pas sans rapport avec Mirabeau ; comme lui, il en imposait par sa carrure et par son aplomb. Mais il était tribun populaire, plutôt qu'orateur. — Le 2 septembre 1792, à la nouvelle du siège de Verdun par les Prussiens, l'assemblée est frémissante ; c'est ce jour-là que Danton prononce la harangue qui se termine par la phrase célèbre, souvent mal comprise : « Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messieurs, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée, » Il prononce
(1) Cf. Chabrier. pp. 288, 308, 311, 337.
encore un discours impétueux, le 7 mars 1793, pour arracher a a Convention, au soir d'une séance longue et incertaine, 1 organisation du tribunal révolutionnaire. Il voulait, a I en croire, n'en faire qu'un instrument de victoire
^î"^'.'^. r '^'^ ; on sait ce qu'il advint,
et qii il en fut lui-même la victime (1).
Robespierre (1739-1791). - L'éloquence de Robcsnierre est très difficile à définir. Ses discours sont souvent gâtés par la rhétorique la plus artificielle, un goût d'antiquité qui sent moins l'humaniste que le pédant, de l'emphase à troid, un jargon sentimental qui liii vient de Jean-Jacques, et surtout je ne sais quoi de fuyant et de faux qui caractérise son hypocrisie jacobine. Mais les qualités sont remarquables. Robespierre sait composer, placer et enchaîner ses arguments ; il sait aussi développer un lieu commun, en le rajeunissant par l'adaptation aux circonstances; il enveloppe ses adversaires et ses auditeurs dans un reseau de plus en plus serré, et finit par convaincre, sans persuader; il est souvent vif et nerveux, aore iusqu'a faire frissonner.
Parmi ses discours les plus célèbres, rappelons son accusation contre les Girondins, le 31 mai 1793, et sa detense personnelle, dans la séance du 26 juillet 1794
Nommons encore Saint-Just et Barère, Tallien Larnot. '
Il ne faut pas oublier non plus : Malesherbes (1721-1794) qui, après s'être distingué par son intelligente tolérance comme directeur de la librairie, devint ministre, suivit Turgot dans sa retraite, et réclama de la Convention le ^^T/o îo? de défendre le roi accusé ; - De Sèze
(1748-1828), déjà célèbre comme avocat, plaida également pour Louis XVI. On a retenu de son plaidoyer ces mots : « Je cherche parmi vous des juges, et je n'y trouve que des accusateurs. » ^ i