II. — Les théories
I Ces théories sont exposées avec éclat dans la célèbre ' pre ace de Cromwell, écrite par Victor Hugo en 18n Cette préface a été considérée comme le manifeste de la jeune école dramatique; ce n'est pas qu'elle soit fort origi- : nale (2). Toutes les idées de Victor Hugo sont dans la critique^courante de son temps. Mme de Staël, par ses analyses de Shakespeare, de Goethe, ïe-^iïïler, avait répandu public 1^^^^^^^^^^^ goût et le désir d'une forme dra- -matjaue j3lus__nbr^ Les journaux du temps, H-Conservateur hlleraire, la Muse française, le Lycée français, le Globe etc., en discutant à leur apparition les pièces nouvelles' ^mdiquaient la voie à suivre pour substituer à la tragédie caduque un. genre nouveau et vivant. Le célèbre Manzoni (3), répondant à un compte rendu de son premier drame, Carmagnola, publiait en 1820 une Lellre sur les «/»/es a laquelle dut collaborer Fauriel, et qui est la plus line et judicieuse discussion que l'on ait produite sur notre
! (1) Sur cette préparation du drame romantique, d'après les témoignages contemporains, voir notre Presse littéraire sous la Restauration, pp.
(2) \o\vVInlroduclion de M. Maurice Souk.au à son édition de la Préface de Cronmelt (1897), p. 1 à 38
(3) Manzoni (1784-1873), plus connu comme auteur du roman intitule les Fiancés, a donné deux drames : en 1820, le Comte de Carmagnola et en 1823, Adelcl,i; il sVmontre plutôt disciple de Uœtlie que de Shakespeare. - Lire la Lellre dans T/iéûlre et poési» de Manzoni, trad. Latour (Charpentier).
LE DRAME ROMANTIQUE
système classique. Mais qui donc avait lu cette savante étude ? Le Théâtre-Français continuait à fermer sa porte aux nouveautés, et le public persistait dans ses routinières admirations. Victor Hugo, mesurant l'effort à la résistance, fit de sa préface une machine de guerre, énorme et bruyante, bourrée de paradoxes et d'antithèses, revêtue d'un style éclatant. Cette fois, le public et les auteurs furent touchés.
Analyse de la préface de Cromwell. — Victor Hugo jette d'abord un coup d'œil d'ensemble sur le développement de la poésie à travers l'humanité. La poésie s'est éveillée d'ans le monde avec l'homme lui-même ; mais cette poésie fut alors toute dlasJjLaa^ÊLCadpraUanrlûu^^^ que l'humanité
évolue et agit, la poésie^Amen t épique. La^jGe^Qèse^^^^^^^^m sente le lyrisme ; Homère incarne Vépopée, laquelle conserve s'ès''câriclèreressentiels quand, au lieu d'être chantée ou récitée, elle est mise en action sur le théâtre. « Tous les tragiques anciens, dit Hugo, détaillent Homère. Mêmes fables, mêmes catastrophes, mêmes héros. Tous puisent au fleuve homérique. C'est toujours V Iliade etVOdyssée. Comme Achille traînant Hector, la tragédie grecque tourne autour de Troie. » Enfin, l'avènemcnt du christianisme révèle à l'homme sa dualité; l'homme rentre en lui-même; et son cœur est désormais partagé entre les vertus qu'il doit pratiqTOr et les instincts de sa nature qui lé^portent au mal : c'est ïâge^drg^^ — A la lettre, cette thèse ne se soutient 'pasTIT^ÉW/pe-ro/ de Sophocle et VHippolyle d'Euripide sont dramatiques au sens le plus exact du mot. Et peut-on dire que l'âge moderne soit exclusivement dramatique, surtout au dix-neuvième siècle, où le lyrisme envahit tout? Mais ce système contient cependant une part de vérité. Ainsi, on ne saurait nier (et Victor Hugo ne fait que reprendre ici l'admirable thèse de Chateaubriand) que l'analyse des sentiments et des. passions n'ait reçu du christianisme à la fois des éléments nouveaux et une méthode nouvelle ? La psychologie est une science moderne. C'est par cette science si délicate que Racine est supérieur aux anciens; c'est par là que Shakespeare et Gœthe l'emportent en profondeur et en complexité sur les Grecs.
Or, continue V. Hugo, le drame a pour obj^t la vérité ; il le définirait volontiers : Ta j:!éMrrec//Qn de la vie intégrale. C'est donc bien à tort, selon liïï7qu^onT"c^ à l'époque classique deux genres séparés : tragédie pour les passions nobles et terribles, comédie pour les ridicules. Ici, les larmes; là, le rire. Réunissons ces deux éléments, le beau et le laid, le sublime et
l'A LITTÉRATUnE FRANÇAISE
confrafr^f R.L" """^ complète e«t dans l'harmonie des contiaireb. » Retenons bien cette dernière formule - car Victor
^N^rirS^' -^^^^' ''^'^ //ea, conserve î'âï a acnon et tient a 1 unité d'impression. Reste à saVoir in^tiTr
Sux" iha"^"'"^' ^"'/'"'^ •'^-'-Ve peut êtie h'ar!
Se de son nSf"'" ' P^""*^^ 1"''' « tout l'en-
semble de son drame a une idée fixe qui nous tyrannise et
a une optique puissante qui en fait Punité. Mais fl n^en est ^as
de même du Roi s'amuse et de Lucrèce Borgia où \l spectatem-
sent quelque incohérence. - Enfin Victor Hn^n fi^^i .î! "
i"?itTe?s1S.°"^ ^1^'^ clr^mXe en -lî L^FJ^:.! Z^P. îltïut alo%!^. eœ,r iSLt^f ief iépTacet'nTdVlaVr"^^ dei^uis deux siècirs "InSeVem; cette Safp r Jl T'"^" ' '' ailleurs, resterfidèle àla rime « fuirla fr?;r 'T'"*^'"'' not'-e Poésie e '
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eux-mêmes pour laisser parler Vauleur, ce sont bien certes les Hernam, les Ruy-Blas et les r«6o«/e/ ! ' '
ielnf vî^Llf H '^^^ ensemble cette préftxce célèbre, où le Une ^ny^ ""^^ a répandu plus d'images que d^idées. Une érudition assez nalYe l'encombre d'exemples oris à
ZllZ'Âf T -^^-'^ deTéputation
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raire de ' n 'ï"'*^"'' '"^«"^ '^^"^ 1« presse litté-
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valeur qui ne 1 ait analysée et discutée (1)
Il faudrait compléter cette théorie générale du drame romantique par les autres préfaces de Victor Hu^o pub lees en tête de chacune de ses pièces. La théorie'^iu ZiZ' 1 â".''' ''«9««' notamment, est reprise dans les préfaces du Roi s'amuse (1832) et de Lucrèce Borgia (1833)
èaiVi^ Msif P''^'""*^^^ de Marie TudoniSU) et de my-Blas (l8o8) : ces drames ont un sens historique et philosophique; le poète est un penseur et un prophète, tnfin, n oublions pas qu'Alfred de Vigny a écrit, en
(1) Voir notre Presse littéraire sous la Restauration, p. 318.
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1829, en tête de sa traduction d'Oîhello, une Lettre à Lord XXX, où la question des unités, du style, de la liberté au théâtre est reprise et traitée avec une solennité un peu apocalyptique, mais toutefois avec un certain sens critique; et, en 1834, en tête de Chatterton : Dernière nuit de tra-^ vail.,,, sur la signification morale et sociale du drame.
A. de Musset n'a point fait de théorie du romantisme au théâtre; il s'est contenté de persifler spirituellement celle des autres, dans ses Lettres de Dupuis et Colonel,