ViHemain
Abel-François Villemain fut célèbre dès ses débuts. En 1812, il obtint le prix d'éloquence à l'Académie française avec son Éloge de Montaigne ; en 1844, il fut couronné de nouveau pour un Discours sur la critique, dont il lut des fragnientsdansla séance publiquedu 21 avril 1814, àlaquelle assistaient les souverains alliés ; en 1816, troisième couronne, avec VÉlogc de Montesquieu. Aussi fut-il membre de l'Académie ^'rançaise dès 1821, à trente et un ans; il devait par f=uite en devenir secrétaire perpétuel (1834), et publier une longue série de rapports annuels. 11 entra à \ la Faculté des lettres, d'abord pour suppléer Guizot dans la chaire d'histoire, puis comme titulaire de la chaire d'éloquence (1816), où il professa jusqu'en 1830. Son succès fut immense ; un public nombreux et fidèle, composé à la fois , d'étudiants et de gens du monde, suivait ses cours avec une sorte de passion ; les journaux en publiaient des ] comptes rendus. C'est qu'il avait une parole souple, spi- : rituelle, s'élevant sans effort jusqu'à l'éloquence. A partir de 1827 (après qu il eut été rayé du Conseil d'État pour être intervenu contre le projet relatif à la censure), il se plaisait à exciter les applaudissements par des allusions ; politiques, toujours très discrètes, mais toujours comprises. 11 ne publia, de ses nombreux cours, que le Tableau de la littérature française au moyen âge (2 vol.) et le Tableau de la littérature française au dix-huitième siècle i (4 vol.). Après 1830, il fut deux fois ministre de l'Instruction publique, et prit une part active dans la Chambre des Pairs à toutes les discussions relatives à l'enseignement. Comme secrétaire perpétuel de l'Académie française, il continuait à montrer la plus intelligente activité, et, après 1848, il se consacra tout entier à des travaux de critique ^ et d'histoire. C'est alors qu'il écrit : Souvenirs d'histoire et , de littérature, Études sur la littérature contemporaine^ Essai ' sur le génie de Pindare, etc.
Villemain fut en son temps l'initiateur de la critique ■ msiûiiqiia. Aug. Thierry juge ainsi ses coursT«Tà, je trou"^ vais dans sp plus haute perfection lalliance de la critique
et de l'histoire, la peinture des mœurs avec rappréciation des idées, le caractère des hommes et le caractère de leurs œuvres, Tinfluence réciproque du siècle et de l'écrivain. Cette double vue, reproduite sous une multitude de formes, élève rhisloive littéraire à toute la dignité de Vhisloire sociale, et en fait comme une science nouvelle dont Villemain est le créateur (i). » -— Rien ne nous semble aujourd'hui plus naturel et plus indispensable que de mêler à nos études littéraires la biographie, l'histoire et la comparaison avec les littératures étrangères ; c'était alors une innovation. Ainsi, dans son Moyen Age, Villemain, qui vulgarise le premier les études de Raynouard, de Sismondi, de Fauriel, et qui les discute avec une très vive intelligence, tente d'expliquer les œuvres par le pays, la civilisation, les mœurs et les idées. Il passe de la Provence à Fltalie où il étudie Dante (4^et 12^ leçons) et Pétrarque (13® leçon), pour y chercher les influences et la réaction; de même, il nous transporte en Espagne, où il analyse le Romancero (46® leçon). Tout cela est peut-être légèrement rapide et superficiel; mais c'est intelligent; les citations sont nombreuses et bien choisies ; les détails de mœurs et d'histoire, précis. On comprend ; on sent s'éveiller en soi la curiosité et la sympathie. — Cette méthode est appliquée avec plus de sûreté et de force dans le Tableau du dix-huitième siècle. Là, combien de belles leçons sur la société, les philosophes et les poètes de l'Angleterre (5% 6®, 7% 26% 27® leçons, etc.), sur lalittérature italienne (40®leçon). Villemain s'y montre vraiment un disciple éminentde Mme de Staël.
Rien de plus injuste que le dédain dans lequel est tombé Villemain. Sans doute, il a été .trop « éloquent », il a eu trop de goût naturel pour la phrase et pour le trait. Mais dégageons ses idées d'une forme un peu surannée, nous le louerons d'avoir imprimé à la critique, et surtout du haut de la chaire, un mouvement décisif vers la relativité et le cosmopolitisme.
Parmi les contemporains de Villemain, et ses collègues à la Faculté des lettres, n'oublions pas : Fauriel (1772- 1844), qui occupe la chaire de littérature étrangère, et qui
(1) Récits des temps mérovingiens. Préface (1840).
LA LITTÉRATURE FRANÇAÎSË
est un des esprits critiques les plus sûrs et les plus scientifiques de son temps ; il eut pour successeur Ozanaim (1813-1853), non moins érudit, et dont renseignement eut plus d'éclat oratoire.