‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 241 sur 281 · IV. — Autres auteurs de comédies · texte numérisé non relu

IV. — Autres auteurs de comédies

Eugène Labiche (1815-1888) est, après Scribe, le plus illustre représentant du vaudeville. Il a su, comme Scribllu -même introduire dans ses petites pièces, aux intrigues légères' des types bien observés : bourgeois, employés notaires

coS2 r P-^"^-^'''^ ^"P*^'-'^"'' « Scribe par uî ve iS r ^^.^"^^^^ ''-«niq^e, de bon sens à la fois bienyei lant et malin qui apparaît dans ses meilleures pièces • iZ?T/' ^f^-i^^hon (1860), la Poudre alx Teux (1861), la Cagnolle (1864), etc. De plus, il renouvelle la forme du grand vaudeville, en construisant d'ingénieiises et ahurissantes intrigues bâties sur des quiproqfosZ dis. posées en un crescendo étourdissant : le modèle du genre est le Chapeau de paille d'Italie. Enfin, dans le dialSe toujours aisé et naturel, il à tantôt des coq-à-l'âne des Sus

iJumas h s, M. Perrichon dira par exemple, à celui qui croit avoir sauvé : « Vous me devez tout., je ne oublierai jamais. >> Ce sont déjà les mois de natur Jdont le Théâtre libre s'attribuera l'invention. Le mérite de cette œuvre, en apparence légère et superficielle, se dégage de plus en plus. Emile Augier a écrit : « Le théâtre de Labiche gagne cent pour cent à la lecture ; le rôtJ burlesque rentre dans l'ombre, et le côté comique sorî en pleine lumière (1).» ""uque sou

Victorien Sardou (1831-1908), Sardou fut un des plus féconds ecrivainsuramatiqucs dudix-neuvièmesiècle. II débuta modestemen t ; mais le succès des rfe mû,,c/,e (18601 le mit « hors de page ». En 1861, il obtint un véritable

(1) Pré/ace pour le Théâtre de Labiclie.

LA COMÉDIE ÀU XIX^ SIÈCLE

triomphe avec Nos Inîtmes. Il donna ensuite : la Famille Benoiion (1865), Nos Bons Villageois (1866), Pairie (1869), Uahagas (1873), la Haine Dora (1877), Daniel Rochat

(1880), Divorçons (1880), Fédora (1884), Théodora (1884), Thermidor {iSM), Madame Sans-Gêne (1893), l'Affaire des Poisons (1907) etc.

Il faut d'abord signaler en Victorien Sardou un de nos plus habiles constructeurs d'intrigues. Comme Scribe, et plus aisément encore, il pose, noue, et dénoue le sujet le plus complexe et le plus simple à la fois. Il s'agit, par exemple, dans les Pâlies de mouche, d'une lettre qui va de mains en mains, qui s'égare, se retrouve, que Ton craint sans cesse de voir arriver à celui qui ne doit point la hre; ce n'est rien, sans doute ; mais, en soi, c'est parfait. La même intensité se retrouve dans tous les sujets. — En second lieu, Sardou est un de ceux qui ont réussi souvent à fondre la comédie et le drame-: Nos Diîimes, la Famille Benoiion, Dora, se composent de deux parties plus ou moins bien soudées : une satire spirituelle de la société contemporaine, et une crise de passion. En général, au troisième ou quatrième acte, ces personnages si légers, si comiques, se trouvent engagés dans une aflaire compromettante ou ténébreuse, et l'on prévoit les pires catastrophes : mais tout s'arrange ; comme le spectateur doit partir content, on attribue à un malentendu ces brouilles tragiques, et presque toutes les comédies de Sardou pourraient s'intituler : Toid esl bien qui finil bien ou Beaucoup de bruil pour rien, — Mais Sardou a souvent composé des pièces d'une inspiration plus franche, et ce sont des drames remarquables par leur unité d'action et de ton que Pairie, la Haine, Fédora, qui resteront, je crois, ses trois *chefs-d'œuvre. Par là s'atteste la souplesse de son talent. Qui aurait cru l'auteur des Pa/f es de mouche capable d'écrire Patrie^ Sardou a surtout réussi auprès du public par ses pièces légères, panachées de comique superficiel et de tragique pour rire; il vivra dans la postérité par ses drames.

MeilhâC et Halévy soni deux collaborateurs inséparables, qui continuent et transforment le vaudeville genre Scribe, de 1860 à 1880. LaPdiîe Marquise, la Vie parisienne,

et des opérettes comme la Belle Hélène, nous Drésentpni s amuse ». Un jour, ils se sont élevés jusqu'à la ffranrlo

eÏÏoïei?t"'"r sous'lefgTndTLt 'sV^

exaspèrent. - La comtesse de Céran est une Philam nto de a fin du dix-neuvième siècle, non plus boure-^n.i mais grande dame. Elle pousse son fils Cer versTins titut et veut lui faire épouser une docte et rIcL anVlais; qui traduit Schopenhauer. Son salon sert de théâtre et rf^ remphn à l'indianiste Saint-Réau, au philosopÏÏ Bel ac a des poètes lauréats, etc. La satire de cette société eci faite de la façon la plus spirituelle par la S dTw do Ceran, la duchesse de Réville, aimable raisonneiL 7l\Z Raymond, le sous-préfet, dont la femme, Jeann'e Rav mond, parodie gentiment toutes ces précieuses intri' gue bien agencée, habilement mêlée à la satire e faisan corps avec elle, amène deux mariages. Le tro&ieme acte ou trois couples jouent à cache-cacL dans les tSres de serre, a été comparé justement à Yacle des Zronnia^ du Mariage du Figaro. Le Monde où Von s ennuie Toni Z succès avait été d'abord attribué à des pei^onnaiités e i une des pièces que le grand public, vivant très ei dehode ces rivalités académiques, continue à goS eMe pïis ce//:^SS-i."^" <^e Pailleron sont VAg^ ingraCl^.

Henry Becque (1837--190f) marque une vive réacHon contre l'école de Scribe et de Victorien SmXu Tléu optimisme moral, à leur philosophie siipe^i^cieHe Bec que substitue le plus noir pessiinisme : i^^^est le p^ml," auteur de ces pièces tristes et amorales, où l'on préîend

7^^:"^ ye:fra':f '■i''^ ^^'^^^'^

D èces e P^i'i;f """'"^'^ Les deux meilleures

pièces ,1e cet écrivain, qm travaillait difficilement, et qui

TA COMÉDIE AU XÏX® SIÈCLE

parvenait plus difficilement encore à se faire jouer, sont les Corbeaux (188:2) et la Paiisienne (1885).

Le Théâtre Libre (1887-1895). — Un acteur amateur, M. Antoine, aujourd'hui directeur de TOdéon^ fonda, à Montmartre, le Théâtre libre, ainsi nommé parce que les pièces, représentées devant un public d'invités, n'étaient pas soumises à la censure. Permis à lui, par conséquent, de risquer tout. Le premier avantage du Théâtre libre fut de nous débarrasser d'un certain nombre de faiseurs, qui, refusés à tous les théâtres, criaient au génie méconnu. Antoine joua leurs pièces devant un public sans préjugés; le résultat fut décisif. Le second avantage du Théâtre libre est d'avoir prouvé, jusqu'à l'évidence, que la liberté de tout dire, quand elle dépasse certaines limites, cause encore plus d'ennui que de scandale. On représenta, devant ces trois cents invités^ quelques horreurs, qui, tant qu'elles restaient dans les cartons des directeurs épouvantés, passaient pour des chefs-d'œuvre, et qui stupéfièrent ce public disposé à tout accepter. Mais le Théâtre libre a, tout de même, révélé quelques vigoureux et hardis auteurs dramatiques, tels que M. Georges Ancey {VÉcole des veufs), M. Emile Fabre {FArgent), M. Henry Céard {les Résignés), etc. — D'autre part, il a contribué à vulgariser les chefs-d'œuvre du théâtre étranger. N'oublions pas que les pièces d'Ibsen : les Revenants, le Canard sauvage, la Dame de la mer, y ont été jouées pour la première fois en. France, ainsi que les Tisserands de Hauptmann. — Enfin on ne saurait nier l'influence du Théâtre libre, sur nos dramaturges contemporains. Le pessimisme, la vulgarité, les mots de nature, et, par-dessus tout, ïamoralité, c'est-à-dire le vice qui s'ignore et se plaît dans son ignorance, sont quelques-uns des éléments essentiels des comédies que l'on joue ce soir, ou qu'on jouera demain : le Théâtre libre est pour beaucoup dans cette orientation de notre théâtre.

Edmond Rostand (né en 1868). — Une réaction devait se produire et créer un courant adverse, qui continue à lutter contre le précédent. Rappelons les pièces de M. Jean Richepin déjà citées plus haut. Mais le nom qui incarne

Des Granges. — Littérature. 28

LITTÉRATURE FRANÇÀT^r

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(1) Cf. p. 8G

LA COMÉDIE AU XIX" SIECLE

(|Ui réunit le sublime et le grotesque. Ce héros, on avait cru le trouver dans Ruy Blas, mais un laquais n'est pas, en soi, grotesque, — ni l'amant transi de la reine d'Espagne, sublime. Au contraire, Cyrano est bien d'abord un burlesque et un grotesque. 11 l'est, physiquement, plus que personne. Son nez « qui d'un quart d'heure en tout lieu le précède », et qui le désigne aux quolibets, le voue fatalement, plus qu'un Don Quichotte ou un Falslaff, au ridicule. Burlesque, il l'est encore par son tour d'esprit et d'imagination; il est l'auteur du Voyage dans la lune; il appartient à ce groupe « Louis XIII » qui évoque le souvenir des estampes de Callot et des « truanderies » de Téniers. S'il n'était que cela, Cyrano ferait rire, puis fatiguerait; il irait rejoindre le&' Saint-Amand, les Faret, les Scarron. Mais il est quelque chose de plus. Dans ce grotesque, il y a un héroïque et romanesque martyr d'amour et un précieux raffiné. On en riait d'abord, il vous touche maintenant. Plein d'une tendresse contenue, toujours prêt à se déclarer, toujours retenu par le sentiment de son ridicule, il sert les amours d'un bellâtre avec Roxane qu'il adore ; il prête généreusement son esprit et son cœur à ce mannequin. Il ne se déclare que mourant, quand il est sûr de ne plus entendre la réponse. — Le public français se plut à se reconnaître en Cyrano, Brave, spirituel, éloquent, il est une synthèse de nos qualités nationales. 11 incarne aussi nos plus séduisants défauts : son courage devient volontiers forfanterie; sa générosité, don-quichottisme ; son éloquence, gasconnades. Enfin l'allure vive et la variété de l'action, l'habileté de l'intrigue, la moralité vibrante du sujet, Fincomparable intensité du style, tout contribue à faire de Cyrano une œuvre séduisante et durable.

En 1900, M. Rostand a donné F Aiglon, qui réussit brillamment. C'est un tour de force d'avoir fait tenir en ces six actes toute l'histoire du jeune duc de Reichstadt. La poésie y prend un tour de plus en plus pittoresque. Tôut y est concret. Tout symbole s'incarne en un être vivant. Toute idée devient visible en un objet bien choisL Songez aux petits soldats de bois que Flambeau sort de ses poches ; aux bibelots i-mpérlaux qu'il débàUe devant les

yeux émerveillés du duc "in ,

grenadier que Flanihp«n -^i T 1 uniforme de

du champ 3e briadleTw^^^^^^^ --n pression que donne /'IS ! !' ^^"^ ^'^^'e. l'im-

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aans la comédKous rann" ^«"temporains principaux : M de S'^^ Z"/ f M. Paul Hervieu (L ; i^"'^""*^'

M. Jules Le^Îr^ S^^^^^^^^

/e./?e^p/«çj:: el;.^^^^^^^^ ^obe rouge,

d'Aurec, Calherine) MM^L ^ ' Lavedan (le Prince'

la Douloureuse , S Fr^n^oÎs "'e'L^ wf " i'^"""

rf« //on). Bien d'autre. nnL /g /^epas

là. le théâtre étant tou ours e^ Fr"'''î'"' '"'^J*^"*'^'- ^ ' et qui déforme fe plï^e talents ^'^^^^^^

' BIBLIOGRAPHIE

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sur le tiréétre ro«/empo.a/,. PerS, , ;oi ' ~

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