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III. — Le roman réaliste et naturaliste

A la poésie, aux utopies, à la fausse couleur locale, à la psychologie lyrique ou absurde du roman historique, devaient s'opposer la simplicité voulue, l'exactitude minutieuse, le pessimisme scientifique du roman réaliste.

Nous avons déjà vu un roman réaliste dans V Adolphe de Benjamin Constant; les plus illustres représentants du genre sont : Stendhal, Balzac, Mérimée, Flaubert, les frères de Concourt, A. Daudet, Ém. Zola. La seule énumération de ces noms prouve à ceux qui connaissent les œuvres, quelles variétés et quelles contradictions peuvent se ranger sous un môme titre.

Stendhal (1783-1842). — Ce pseudonyme désigne Henry BevlCkfils d'un avocat au Parlement de Grenoble, successi- ^^iMt soldat, auditeur au Conseil d'État, consul de France à Civita Vecchia, etc. Homme d'un caractère parfaitement insupportable, aus^ prétentieux que vulgaire^, affichant le paradoxe en ai^êiTmieratiiréTen politique, en religion, il était doué d^un^senj d'observa très aigu. Il sut regarder et pénétrer les hommes, et son réalisme est tout psychologique. C'est à démêler et à noter les secrets motifs de nos actions qu'il s'applique; il en saisit les nuances avec une sûreté qui fait l'admiration des philosophes. Taine a dit de lui : « Nul n'a mieux enseigné à ouvrir les yeux et à regarder. » D'ailleurs, c'est en son moi, comme Montaigne, qu'il étudie l'âme humaine; être ondoyant et divers, très curieux, il enregistre en lui des impressions qu'il attribue à ses personnages fictifs.

T A T-TTTKRATURK FRANÇAISr.

Stendhal publie d'abord des livres de voyages et de critique : Borne, Naples et Florence (1814), Vie de Haydn (1814), Histoire de la peinture en Italie (1817). Puis il se fait psychologue dans r Amour (1822), critique romantique dans Racine et Shakespeare (1824), « reporter » dans ses Promenades dans Rome (1829). C'est en 1831 qu'il donne son premier roman, le Rouge et le Noir, chronique de 1830. Le titre en est énigmatique, et paraît désigner la lutte ou le conflit entre l'esprit révolutionnaire et militaire (le rouge), et Tesprit ecclésiastique (le noir). Le héros du roman, Julien Sorel, est fils dian paysan, charpentier de son état. L'enfant a été élevé pour devenir prêtre ; mais sa vocation n'a rien de réel, il est ambitieux, et par le noir il espère arriver au rouge. Choisi comme précepteur par M. de Rénal, chef du parti ultra dans le département du Doubs, à Verrières, il se pousse si bien, qu'il obtient une bourse au grand séminaire de Besançon, puis une place de secrétaire à Paris auprès du marquis de la Mole. Alors, il quitte la soutane, et devient lieutenant de hussards. Il va épouser Mlle de la Mole, lorsqu'il apprend que Mme de Rénal, son ancienne bienfaitrice, cherche à le perdre dans l'esprit du marquis. Il part pour Verrières, tue Mme de Rénal à l'église, pendant la messe, est arrêté, jugé, et exécuté. L'analyse minutieuse des caractères, en un style ferme et précis, ironique et cruel dans sa froideur, fait tout le prix de ce roman, dont l'action est peu cohérente.

En 1839, paraît la Chartreuse de Parme, dont Faction se passe dans cette Italie qui était devenue la patrie d'adoption de Stendhal. C'est la peinture d'une petite cour italienne en 1815. Le héros, Fabrice, va plutôt cette fois du rouge au noir, car il commence par être soldat, et il assiste à la bataille de Waterloo ; puis il revient en Italie, se mêle à toutes sortes d'intrigues et de plaisirs, et se fait prêtre.

Stendhal avait écrit : « J'aurai du succès vers 1880. » Il sentait, en elïet, combien, au milieu du tintamarre romantique, sa fine psychologie et son ironie à fleur de peau devaient passer inaperçues. Mais il ne croyait pas tout de même si bien dire. Car le slendhalisn^e est devenu une sorte de snobisme. On ne peut nier, sans doute, la sérieuse

LE ROMAN AU XIX® SIÈCLE

et heureuse influence de Stendhal sur des critiques comme Taine et des romanciers comme M. Paul Bourges ; i^^is il ne faudrait pas exagérer.

. Honoré de Balzac (1799-1850). D'alDord clerc d'avoué, puis clerc de notaire, Balzac fut entraîné par une vocation irrésistible vers la littérature. Il commença par écrire d'absurdes romans d'aventures, puis il se lit imprimeur, fut obligé de liquider son fonds en 1827, et se trouva dès ce moment tellement endetté que, malgré un, labeur héroïque, il n'arriva jamais à se libérer. Sa moyenne de travail était de quatorze heures par jour. Il ne dormait guère que de 7 heures du soir à 1 heure du matin; il buvait sans cesse ou mâchait du café pour se tenir éveillé. La correction de ses épreuves lui prenait plus de temps encore que la rédaction de son roman; car, ce roman, il l'augmentait, il le surchargeait, il l'étouffait par les additions écrites aux immenses marges de ses huit ou dix épreuves successives. Homme candide, exultant d'un orgueil naïf qui désarme, vivant avec ses héros imaginaires, il était aussi « chimérique » dans sa vie pratique que réaliste dans ses romans. Il avait fréquemment, pour payer ses dettes, des idées dont l'exécution le ruinait un peu plus. Il mourut à la peine, âgé de cinquante et un ans; il venait d'épouser la comtesse Hanska, qu il aimait de loin depuis seize ans, et avec laquelle il a échangé d'admirables lettres.

Laissons de côté ses nombreux romans de débuts pour ne nous occuper que de la série considérable composée de 1829 à 1850, qu'il a intitulée lui-même : la Comédie /u/maf/z6, et qu'il a subdivisée en Scènes' de la vie privée, Scènes de la vie de province, Scènes de la vie parisienne, Éludes philosophiques, etc. Les œuvres les plus remarquables sont : Eugénie Grandet, le Lys dans la vallée, le Père Goriot, la Cousine Belle, le Cousin Pons, les Chouans, le Médecin de campagne, les Paysans, la Peau de chagrin, la Recherche de Vabsohu Bien que ces romans, ne soient pas les épisodes d'une même histoire, Balzac y fait cependant revenir souvent les mêmes types : Eugène de Rastignac, le jeune a/7 /t^/s/e; des financiers comme lebaronde Nucingen^

Fraisier, Gobseck; le parvenu Philippe Bridau; It? journaliste Lucien de Rubempré; le médecin Horace Bianchon ; le forçat évadé Vautrin, etc. Parmi ses plus belles créations, il faut citer Grandet, l'avare; le cousin Pons, le collectionneur fanatique ; Goriot, type renouvelé du père faible, qui s'est dépouillé de tout pour ses enfants, et qui meurt sur un grabat; César Birotteau, parfumeur, type du grand négociant de 18'é0; l'illustre Gaudissart, le commis voyageur; Balthazar Claës, l'inventeur; Mme de Mortsauf, la femme héroïque; Mme de Nucingen, la grande dame vaniteuse et dépensière..., etc. Balzac excelle encore à donner la vie aux moindres figures; c'est tout un caractère que la maman Vauquer qui tient la fenaion où loge le père Goriot.

Balzac est peut-être, avec Molière, osons dire avec Shakespeare lui-même, le plus grand « créateur d'âmes ». Tous ces personnages, il semble les avoir vus, dans leur milieu propre, hôtel princier ou bouge infect, boulevard mondain ou ruelle sinistre, avec leur costume, leurs gestes; ce n'est même pas du portrait, c'est de la photographie animée et colorée. Il les a entendu parler, chacun avec son accent, son style, ce style, qui est Thomme même, ses figures et images caractéristiques, son accent provincial ou étranger. Il nous reste, de la lecture de ses romans, le souvenir précis et comme l'obsession d'un certain nombre d'individus avec lesquels nous avons vécu ; b\ nous ne les oublierons pas. Or, c'est vraiment chez Balzac un don de génie, tout à fait étrange, que cette faculté d'observation et de notation. Car il avait, relativement, beaucoup moins vu le monde que Dumas, George Sandou Hugo. Mais tel vit dans la société qui n'y voit rien et n'en retient rien ; à tel autre, un regara rapide, intermittent, furtif, laisse des visions nettes et d'ineffaçables empreintes.

D'un autre côté, que Ton critique, si l'on veut, la consfruclion des romans de Balzac. Les intrigues en sont parfois maladroites et mélodramatiques. Mais pour qui les envisage au point de vue du développement des caractères, elles sont parfaites; car Balzac, comme Molière, n'est préoccupé, semble-t-il, que d'une chose: amener les situalions nécessaires à la « mise en valeur » successive de toutes les parlitê de ses personnages. Il les i?' , passer

LE ROMAN AU XIX® SIECLE

par une série de réactions, destinées à solliciter et à séparer tous les éléments simples de ces corps composés.

Quand Balzac décrit, analyse, ou fait parler, il est excellent écrivain : on voit, on entend; ce n'est pas du Balzac, c'est la vie. Où il est moins bon, c'est lorsqu'il développe ses idées sociales, morales, littéraires, en son propre nom. Alors il s'embarrasse, il reste pris dans ses phrases, il fait de Fesprit ou de l'éloquence.

Balzac essaya du théâtre. Nous avons dit un mot ailleurs de ses tentatives intéressantes, en particulier de Mercadeî[i),

Mérimée (4803-1870). — ■ A l'œuvre grandiose et touffue de Balzac, il faut opposer celle de Mérimée, qui se distingue, en plein romantisme, par une recherche excessive de la concision et de la froide réalité. Prosper Mérimée commença par mystifier les romantiques en publiant son Théâtre de Clara Gaza/ (1825) dont nous avons parlé plus haut (2), et la Guzla, prétendu clioix de poésies illijriques (1827). Il avait ensuite « travaillé » dans le genre du roman historique, à la Vigny, et donné sa Chronique du règne de Charles IX (1829), qui n'est pas le meilleur de ses ouvrages. Puis il publie (dè 1829 à 1840) à la Reuue des Deux- Mondes à la Revue de Paris une série des nouvelles dont les plus célèbres sont : V Enlèvement de la redoute, la Partie de îricîrac, la Vénus d'Ille, Matteo Falcone. Ce sont encore des nouvelles, mais de plus longue haleine, que Colomba (1840) et Carmen (1847).

Colomba Yéimit toutes les qualités de précision et de sobriété de Mérimée, avec quelque chose de plus, qu'il obtient rarement, parce qu'il Tévite de parti pris : un certain degré de chaleur et de passion, qui sort du sujet lui-même. C'est une hisioirë Tie vendetta corse. Colomba est la fille du colonel délia Rebbia, assassiné, croit-elle, par Barricini, chef d'une famille rivale. Orso, frère de Colomba, officier dans les chasseurs de la garde, et mis en demi-solde, regagne la Corse; sur le même bateau, ont pris passage un colonel anglais, Lord Nelvil, et sa fille

(1) Cf. p. 856.

(2) Cf. p. 769.

Miss Lydia. Orso s'éprend de Lydia, qui occupe uniquèmcnt sa pensée. Mais à peine est-il débarqué que Colomba e ramené a son devoir, la vengeance de son père. Orso ue les deux fils du vieux Barricini, qui avaient essayé le tuer lui-même par suprise... Orso finit par épouser iviiss Lydia NelviL Ce court roman est un véritable chela œuvre de composition, d'analyse morale et de style (1).

Gustave Flaubert (4821-1880). - Fils d'un chirurgien do 1 hôpital de Rouen, Gustave Flaubert a peut-être hérité de son père un certain tour d'esprit scientifique, et ce sang-froid avec lequel il analyse les pires états d'âme. Indépendant par sa situation de fortune, il fit quelques beaux voyages, avec son ami Maxime du Camp, en Grèce, en Syrie, en Egypte; puis il se fixa dans sa maison de campagne de Croisset, où il écrivit la plupart de ses romans.

Madame Bovary, publiée dans la Revue de Paris en 1857, est l'histoire très simple et très navrante d'une femme incomprise, sentimentale et criminelle, qui finit par s empoisonner. Son mari, Charles Bovary, est un médiocre sire, dont l'insignifiance est analysée minutieusement. Le pharmacien Bornais est.devenu le type légendaire deTanticléricalisme bourgeois. Ces êtres d'une vérité telle, qu'on est étonné de leur trouver à la fois si peu de caractère et tant de relief, se meuvent à travers des descriptions qui donnent l'illusion de la vie, telles que la noce dans la ferme du père Rouauli, le comice agricole d'Yonville, la mort d'Emma Bovary et son enterrement, etc. Quant aux autres personnages, ils appartiennent tous à cette moyenne d.fîJLhiiinanité dans laquelle le réalisme MlTISiiEÉr^ plalL-e^usi^^iiioji^L,

Mais Flaubert, qui s'était montré réaliste absolu dans Madame Bovary, écrivit ensuite un roman historique, ar-

(1) Mérimée a d'autres titres à notre reconnaissance. Il a le premier, ou l'un des premiers, acclimaLé en France la littérature russe. Inspecteur des beaux-arts, il a contribué plus qu aucun autre à nous conserver, eliles faisant classer comme monumenls lusloriqiies, les plus beaux restes du moven ks:e (Voir la notice de M. II. Lion, entête des Pages choisies de MÉ- RiMÉK, Colin.)

LE P.OMAN AU XTX^ SIÈCLE

chéologique et cxoiiqne: Salammbô (1862). Le cadre, magnifique, est formé par la Cartilage des guerres puniques, et le pays environnant, où se déroule la révolte des mercenaires d'Hamilcar. L'intrigue, assez lâche, est l'amour de Matho, le chef lybien, pour Salammbô, fille d'Hamilcar. La lecture de ce roman, d'une intense et éblouissante exactitude archéologique, enchante d'abord, et fatigue vite. D'ailleurs, nmpa^ibjllLé^^qui sied à des sujets modernes et vulgaires~comme Madame Bovary, devient, dans Salammbô, un parti pris de brutalité choquante.

L'Éducation sentimentale (1869) nous ramène au réalisme, à l'observation à la fois pénétrante et indifférente des mœurs bourgeoises et aristocratiques. Les personnages choisis par Flaubert (car c'est là l'inévitable contradiction du réalisme : il choisit) sont, comme Charles Bovary, plus ou moins insignifiants; leur sottise même èst médiocre. On en est à regretter que Flaubert se soit donné tant de mal pour écrire si bien un livre si ennuyeux.

C'est que déjà son réalisme tournait à la monomanie maladive; on le vit bien quand parut après sa mort (en 1881) le premier volume de Bouvard et Pécuchet, ouvrage qu'il avait, heureusement, laissé inachevé. Deux plats imbéciles font connaissance, et, amalgamant leur nullité, se livrent, en collaboration, à lagriculture, au jardinage, puis passent en revue toutes les connaissances humaines. Devant cette analyse si consciencieuse de la bêtise, c'est Fauteur que l'on finit par prendre en pitié.

Dans le genre romantique, Flaubert avait encore donné la Tentation de saint Antoine (1874).

Flaubert restera surtout comme un grand écrivain, au sens technique du mot. Il a laborieusement construit d'impeccables phrases.

Jules (1830-1870) et Edmond (1822-1896) de Goncourt, ont écrit en collaboration un certain nombre de romans, dont le meilleur est Renée Mauperin. Ils ont noté, avec une fidélité scrupuleuse et superficielle, leurs impressions ; ils ont cherché à mettre en œuvre des documents humains. Leur style a de la couleur et de l'originalité; il ne manque

^-A I-ITTÉRATURE FRANÇAISE

Alphonse Daudet (1840-1 «Q7^ « a l'imagination romanesaufit .! "•^"''^^'^ • ''1

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Daudet\ crée le tvneTe^ r. ' '^^''^*i^876), le Nabab (1879). (1880) est rhéritier Nnl n-I ^^"^ ^""'^ /?o«»*e«/a«

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dans le sens où l'ent nd^f Trt'i ''T'''^''' Taine. D'ailleurs 7aU^Î "» <-la«de Bernard ou un

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nai (1885), Zola est un artiste d'un tai^^t • ^<^''ni-

brutal. S'il n'avait comm^Rii , vigoureux et

ses écrits >, on 'serTiî nlus « r'' * î""'"^"''^ '^^"^

sie vraiment saiSs?wl . '^J'^ pour louer la poé-

qui anime IdironTe d/" épanouissement, visions de romanfloue F "«^"raliste a des

lomantique. La gveue de Germinal, Vaccidenl

LE ROMAN AU XIX^ SIÈCLE

de chemin de fer de la Bêle humaine, la charge de cavalerie de la Débâcle, la procession de Lourdes, unissentà la précision des détails une rare puissance de mouvement et de vie,

Guy de Maupassant (18o0-1893) est remarquable par un don d'observation qui en fait l'égal de Flaubert, et par un style plus souple et plus concis. Ses principaux romans sont : Pierre elJean (1888), Fort comme la morî (1889). 11 a publié, en outre, une grande quantité de nouvelles.

Ferdinand Fabre (1830-190^2) a consacré presque exclusivement son vigoureux talent à la peinture des mœurs ecclésiastiques {F Abbé Tigrane, Ma Vocation, etc.).

lY. ^ Le roman idéaliste et psychologique.

Le roman historique tenait au romantisme par son goût de la couleur locale et des aventures extravagantes. Le roman idéaliste lui doit son caractère l^U.ÈJ^S^tVl^l^^'^ Ton peut dire, son lyrisme. De plus, il lui emprunte, — et il ruTT^nd^Iibéralemén^^^^^^^^^ ses théories sur le droit à la passion, ses antithèses sociales, bref toutes ses utopies morales : George Sand, dans, sa première et sa seconde manière, représente cette forme du roman idéaliste. Puis, le genre s'ass.agit, et ne mérite plus son titre que par le goût des sujets sentimentaux, le choix des personnages distingués (fussent-ils des paysans), le style élégant et poétique.

George Sand (1804-1876). — George Sand est le pseudonyme de Lucile-AuroreDupin. Elle passa la plus grande partie de son enfance à Nohant, auprèè de sa grand'mère, Mme Dupin, tîlle du célèbre Maurice de Saxe, et veuve du financier Dupin de Francueil. Le père de George Sand, Maurice Dupin, brillant officier de l'armée impériale, mourut d'une chute de cheval en 1808. La petite orpheline reçut, dès ses premières années, une impression profonde de cette campagne du Berry qu'elle devait si bien chanter plus tard;elleioua avec les petits paysans ;elleeutàiNohant, comme Chateaubriand à Gombourg, ses heures de rêverie et de désespoirj elle commençait à y griffonner des histoires. De 1817 à 1820, on la mit à Paris, au couvent des Anglaises. Puis elle revint à Nohant, où elle passa deux

^^'^ LA I-ITTÉnATURE FRANÇAISE

années encore à courir, à songer, à écrire, etsurlout à lire es philosophes elles poètes. On la maria, en 1822, au baron pudevant Deux enfants étaientnésde ce mariai lorsque

Dadev^nf^'"' séparèrent judiciairement. barore Uudevant, pour gagner sa vie, vint s'établir à Paris et se

.Tfi/IT'" ' mT^"'-- ^""^ P'-^'^i*^'- livre, Rose

lu ut ' ^" foUaboration avec Jules Sandeau. En 1831 elle pubha en le signant du nom de George Sand, Indiaria. 11 laut distmguer quatre périodes dans la production

romnnT?' = ' '''' eHe'pubUa des

lomans romanesques et romantiques, où l'amour glorifié est en lutte avec les lois et les préjugés: Indiana (mi),

lb-^0 a 184S environ, c'est la période des romans sociaistes et mystiques, écrits sous l'influence des idées de Lamennais et de Pierre Leroux : Spiridion (1840), le Compagnon du Tour de France (1840), Consuelo (1842), le Meu-

Dérà ^"t?f'r^^^'^^' ^° -^-^^ champêtres.

Deja, en 18ii George Sand avait publié François Le (-fiampi^ Elle donna ensuite : la Mare au diable (1848), la Petite Fadette (1848), les Maîtres Sonneurs (1852). 4» Enfin

SSi^''"'^'"'^!"- romanesque et mondain.'

mais allège des théories passionnelles et féministes qui caractérisaient ses premiers ouvrages. Elle publia alors te tlfLlafT''/' Bois-Doré (1858), le Marquis de Ville-

^ u\ ^-^^ 9""''' biographie un peu complaisante, Histoire de ma vie.

Tous les romans de George Sand sont animés par un deahsme ou se fondent, dans des proportions diverses selon es époques : l'amour-passion, la philanthropie sentimentale, la nature. Sa conception de l'amour est exaltée dangereuse, mais est basée sur ce fait que dans bien des mariages (et le sien était de ceux-là) on a trop songé aux intérêts et pas assez à l'amour. Sans doute, elle pourrait prêcher la résignation et le sacrifice, plutôt que la révolte. Sachons-lui gré, du moins, d'avoir conservé à la passion quelque chose de mystérieux et de divin, qui empeVîhe de la confondre avec le plaisir. - Son socialisme humanitaire est plus démodé. Les revendications actuelles des ouvriers et des paysans ont, de nos jours, un caractère

LÈ tiOMAN AU XIX^ SIÈCLE

moins sentimental et plus pratique. — Où elle reste supérieure, incomparable parfois, c'est dans la description de la nature. Elle la regarde avec tendresse et ravissement, et loin d'y jeter son orgueilleuse personnalité et de lui prêter son âme, elle se laisse envahir et bercer par l'âme de la nature. Cependant, rien de plus net que ses descriptions de l'Auvergne et du Berry. L'attendrissement de son cœur ne nuit ni à sa sérénité, ni à sa sûreté d'artiste. Peut-être a-t-elle trop embelli le paysan. Elle n'a fait, du moins, que le simplifier; et elle a trouvé dans la réalité tous les traits qu'elle idéalise.

Quant h Fart de George Sand, nous ne pouvons qu'adopter ce jugement de M. S. Rocheblave : « Dans cet écrivain de génie, en vain chercherait-on un auteur, il n'existe pas. Ne songez ni à une école, ni à un maître, ni à un genre ; c'est une femme qui s'est écoutée vivre, et qui a traduit sa vie dans un langage qu'elle a reçu exprès du ciel pour cet usage. Elle a écrit comme elle respirait. Quoi d'étonnant si elle a créé une parole à son image, si elle a déroulé sans fin à nos regards enchantés la nappe unie et profonde de sa limpide éloquence, entraînant avec elle, comme un beau fleuve pacifique, le reflet de toutes les rives qui se mirent dans son sein (1) ? »

Jules Sandeau (1811-1883) a su mêler le romanesque à la peinture des mœurs contemporaines dans Mademoiselle de la Seiglière (1848) et Sacs el Parchemins (1851): ces deux romans ont été mis à la scène, avec la collaboration d'Emile Augier, le premier sous le môme titre, le second sous le titre du Gendre de M, Poirier.

Octave Feuillet (182^2-1890) a donné ; le Roman d'un Jeune homme pauvre (l8o8), VHisloire de Sijhille (1862), M, de Camors (1867), Julia de Trécœur (1872), Honneur d'artiste (1890); et au théâtre: Dalila (1857), Chamillac (1886), sans compter plusieurs petites pièces. — Il choisit toujours ses héros dans le grand monde, qu'il excelle à peindre, sans haine comme sans complaisance. Un peu

(1) Pages choisies de G. Sand, ïnlroducLion, p. xxxi (Paris Colin).

trop romanesque et sentimental au début, il a montré beaucoup de force, sinon de profondeur, dans3/.c/e Camors et Julia de Trécœur,

André Theuriet (1833-1906) est le peintre des forêts de France, qui lui servent de profond et poétique décor pour des intrigues d'un romanesque bourgeois. Ses principaux romans sont : le Mariage de Gérard, Raymonde, la Maison des deux Barbeaux, Amour d'antan, etc.

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