‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 36 sur 281 · X.A MÏTÉUATOHE BOUnGUOISlJ CT SAT:IUOlJH · texte numérisé non relu

X.A MÏTÉUATOHE BOUnGUOISlJ CT SAT:IUOlJH

hue ! .. Mais il pro.ionce tout haut le mot hac ! Le cheval détale, et le curé tombe dans le buisson.

T a vieille oui oraissa la patte au chevalier. — Or. avait dit à uLTauvre'vîeme à qu. le se.gneur avait conflsqu sa vache qu'elle devait, pour se la faire rendre, <;r<»aser /a pa/ie a l mten dant. Elle se rend au château, avec un morceau de ard et apercevant le ssigneur qui se promené les main^ der.ière dos, elle s'approche doucement et lui graisse la patte...

Estula. - Ici l'équivoque est amenée par le nom d'un chien Eslula. Entendant du bruit dans son jardin, la nuit un honv geois envoie son flls pour appeler le chien. L enfant eue . ! Estula ! » Un des deux voleurs, croyant que son complice e demande répond : « Oui, j'y suis ! L'enfant est convaincu que le Srparle,^et va chercher le curé pour l'exorciser. Quand ceM-cf arr ve, l'autre voleur, s'imaginant voir le premier jui «nnorte un mouton, dit : « J'ai un bon couteau, je vais le tuer to'ut de sui", de 'peur qu'il ne crie. » Le curé épouvante s'enfuit, laissant son surplis à un buisson (1).

I P.? Perdrix - Un vilain, nommé Gombaud, a pris deux nerdrixTilles donne à sa femme, pour qu'elle les fasse cu.re, fandis qu'il ira inviter le curé à venir les manger avec eux. Fn l4bsence de son mari, la femme, très gourmande, tâle aux nerdrS e" nnit par les manger toutes les deux. Le vilain revenu fa femme U recommande d'aiguiser son couteau. Cependant le cm-rarrive, et la femme lui dit: « De perdrix, il n'y en a nas Gombaud veut vous couper les oreilles; voyez comme il aiguise sTcouteau. Sauvez-vous! » Et à son mari elle cne. : lourez ! le prêtre emporte les perdrix ^ » Gombaud son couteau à la main, galope derrière le cure, qui a le tempb de gagner son presbytère et de s'enfermer au verrou.

Le Vilain Mire [le Paysan Médecin). - Un vilain ba^t tous les jours sa femme; celle-ci cherche une occasion de se venger^ Viennent à passer deux messagers : la fille du roi a une arête de poisson dans le gosier et l'on a besom tout de suite d un m/re (médecin). La femme du vilain dit aux messagers du roi que son mari est un excellent médecin, mais qu il n en veut pas convenir avant qu'on l'ait roué de coups. Bien battu, et "^edecm malqré lui, le vilain suit les messagers a la cour. Devant la princesse, il fait des contorsions si grotesques que celle-ci, prise d'uA fou rire, est délivrée de Tarète qui 1 étranglait. - Dès lors, la réputation du prétendu mire est si bien établie qu K lui arrive des malades de tous côtés. Pour s'en débarrasser, ie

(1) Lire Eshûa dans la Chrestomathie de G. Paris, p. 153.

vilain s'avise du stratagème suivant : il fait ranger devant lui tous les malades, et leur annonce qu'il les guérira tous avec les cendres du plus malade d'entre eux ; puis il les interroge successivement ; mais personne ne se soucie d'être brûlé, et chacun se déclare bien portant. Enfin le vilain, comblé de présents, retourne chez sa femme, et promet au roi de se tenir à sa disposition, sans qu'il soit besoin désormais de r^ourir à la bastonnade. Molière s'est inspiré de ce fabliau dan^ le Médecin malgré lui (l).

Le Tombeur Notre-Dame (le Jongleur de Nolre-Danie). — Un jongleur s'est retiré au monastère de Clairvaux. Il est très ignorant, et se désole de ne pouvoir prendre part aux exercices et aux offices. Cependant, il veut, à sa manière, honorer Notre- Dame, et, devant sa statue, il exécute tous les tours de son métier, jusqu'à ce qu'il tombe de fatigue. Les autres moines le surprennent pendant qu'il se livre à ces dévotions étranges. Bientôt il meurt, et la Vierge elle-même apparaît, avec des anges qui emportent en paradis Tâme du naïf tombeur (2).

La Housse partie (/a Couverture partagée).— Un riche bourgeois s'est dépouillé de tous ses biens pour marier avantageusement son fils. Celui-ci l'héberge dans son hôtel pendant douze ans. Mais, un jour, sur les instances de sa femme, il chasse son vieux père de chez lui. « Donne-moi au moins, fait le vieillard, une couverture pour me garantir du froid. » Le fils envoie son petit garçon chercher à l'écurie une housse de cheval. Mais, avant de la donner à son grand-père, l'enfant en fait deux morceaux, et ne lui en remet que la moitié. Lamentations du vieillard; reproches du père à l'enfant, qui lui répond: « L'autre; moitié, je la garde pour vous ; quand vous m'aurez donné tout votre bien et que vous serez vieux, je vous chasserai à mon tour, et vous aurez de moi ce qu'il a de vous. » Le père comprend la leçon, et le vieillard reste à la maison (3).

Le Chevalier au barizel {barillet). — Un chevalier impie va troubler dans sa retraite un ermite, le vendredi saint. Par moquerie, il se confesse ^ lui. « Je ne vous impose qu'une pénitence, dit l'ermite ; allez me remplir d'eau ce barizel à ce

(1) Lire le Vilain Mire dans la Chrestomathie de M. L. Clédat, p. 227o

(2) Lire le Tombeur Notre-Dame dans la Chrestomathie de M. L. Clédat, p. 231.

(3) Lire la Couverture dans G. Parts, Récits extraits des pro saîeurs et poètes du moyen âge, p. 111 ; et dans Aubertin, Choix de textes de Vancien français (Belin), p. lOi.

LA. LITTÉRATURE BOURGEOISE ET SATlRI«iUE 79

ruisseau. >- Le chevalier va plonger f ans le ™isscau son barillet; il n'y entre pas ^^^^^ ^S^ke scr. V^s qu'il ne prendra aucun repos, tant f ° ^ t toujours rempli. Il part, s'en va d'un pays «' autre essayan j de remplir le barillet, et n'y parvenant 3-~.^^gV an, jour pour jour, il revient vers \«rrmte .1 est (^.mse ^ naissable, mais aussi ^ndur« et mpon tent qu a , Devant ce misérable, l'ermite est ^ai^i de p, , pleurer et à prier D.eu qu'il «^a^f ™f le chevalier Une pécheur. L'émotion de 1 «.^""f .ft,^"'^;^ tmrillet qu'il porte farme tombe de ses y^^^.d^n^^^^^.S^ef est rempli et" l'eau en

Ces quelques exemples suffisent pour montrer la vanete et'S-éniSsUé des fabliaux^ Nous avons sum d ns ces analyses un ordre asoenc/an pai t. ^^^l^,^,^ , pU,s simples et les pk s n^^^^^^^^ ^^^^^^^ pg,,,,^

Merlin Merlol (3), VAnge et l Ermite (4).

III — Rutebeuf (t 1280).

trouvère, et l'àncètre de Villon. seulement On sait peu de chose de sa vie^ "^^^^J^ff T^ôl! et celle sont connues celle de son second^

rnXguI' l'aLt^qutt DU .e Acràrie ; un miracle,.

(1) Lire le Chevalier au barillet dans G. Paris, Récits..., p. 126.

(2) Gaston Paris, Récits..., p. 93.

(3) Id., BecHs..., p. 117. „ . •„ H„^hPtlp r> Ibl. VAnqe

Théophile ; de nombreuses pièces satiriques contre les femmes, l'Université, les moines mendiants, çtc. Il a du mordant et de la verve, comme poète satirique. Mais il vaut surtout par la poésie personnelle : cent ans avant Villon, il a chanté, avec une sincérité poignante, sa misère morale et physique (1), sa passion dévorante pour le jeu, sa triste situation d'homme de lettres aux gages des grands seigneurs, enfin ses remords et sa pénitence.

BIBLIOGRAPHIE

Ernest Martin, le Roman de Renard, 3 vol., Strasbourg-Paris, 1887,

L. SuDRE, les Sources du Roman de Renard, Paris, 1893. — Histoire de la Littérature française (Julleville-Colin), t. II, chap. I. G. Paris, le Roman de Renard. Paris, 1895.

A. DE MoNTAiGLON et G. Raynaud, Recueil général et complet des fabliaux des treizième et quatorzième siècles, 6 vol., Paris, Jouaust, 1872-90.

J. BÉDiER, les Fabliaux, 2« éd., Paris, 1895.

G. Paris, les Contes orientaux dans la littérature du moyen âge (dans la Poésie au moyen âge, 2" série, Paris, Hachette, 1903).

L. Clédat, Rutebeuf (dans la collection des Grands Écrivains français). Paris, Hachette, 1903.

(1) Lire La Pauvreté Rutebeuf, dans la Chrestomathie de M. L. SuDRE, p. 145. — Cf. Chrestomathie, de M. L. Clédat, p. 350. — Sur Rutebeuf poète dramatique, voir le chapitre des Mystères et de la Comédie au moyen âge.

Page 1