‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 38 sur 281 · II. — Le lyrisme au quatorzième et au quinzième · texte numérisé non relu

II. — Le lyrisme au quatorzième et au quinzième

siècle.

Nous avons dit que le vrai moyen âge s'achève à la fin du treizième siècle. Les poètes que nous allons nommer appartiennent à cette période intermédiaire, difficile à définir, qui s'étend entre l'avènement des Valois et les débuts de la Renaissance (13^28 à 1500 environ). Nous nous réservons de rattacher au seizième siècle les grands rhéîoriqueurs, dont quelques-uns appartiennent par leurs dates à la fin du quinzième siècle, mais qui sont les prédécesseurs immédiats de Marot.

Caractères distinctifs. — On peut dire, d'une façon générale, que le lyrisme des quatorzième et quinzième siècles se caractérise : dans le fond par une inspiration plus personnelle, plus vraie, plus sincère; et dans la forme, au contraire, par la tyrannie des genres à forme fixe {ballade, rondeau^ chanl-roijal, etc.) qui iront en se compliquant jusqu'à Marot. Mettons à part Villon; bien que le îeslament soit, lui aussi, un genre conventionnel, il laissait au poète plus de liberté.

Poètes lyriques du XIV^ siècle. — Il faut signaler brièvement Guillaume de Machaul (1300-1377), auteur du Voir dit {Histoire vraie), roman d'amour; — Jean Froissarl, trop célèbre comme chroniqueur pour avoir conservé une notoriété de poète. Son Épinette amoureuse, son Débat du xheval et du lévrier, son roman en vers de Méliador, son Paradis d]amour, son DU du florin, etc., sont autant d'ouvrages qui suffiraient à la renommée d'un autre. On cite encore souvent la charmante ballade : « Sur toutes fieurs j'aime la marguerite... » insérée dans le Paradis d'amour,

Eustache Deschamps (1345-1405) occupa d'importantes fonctions à la cour : il fut messager royal, huissier d'armes de Charles V, écuyer du Dauphin, bailli de Senlis, maître des eaux et forêts à Villers-Cotterets, général des finances. Il a beaucoup voyagé, jusqu'en Bohême et en Hongrie. Il a connu tous les grands hommes d'une des périodes les plus agitées de notre histoire : Charles V, Charles VI;

POÉSIE LYRIQUE ^'

buGuesclin, le duc Louis d'Orléans ; .1 a de prcs a guerre anglaise et l'insurrectioa parisienne. Aussi da s îon œuvre immense (de 80.000 vers), les pièces les plus intéressantes sont-elles les poésies

dit Petit de JuUeville, de vrais documents '.^'^ «"q"*^^ ' f . voudrais qu'on en fît un recueil a part ou on les clas I^rV dans leur ordre naturel, l'ordre chronologique. On rveïràu EiSache Deschamps poète officiel de la France et de la dynastie régnante, comme plus tard Malhei be sous Henii IV et Louis XIll, célébrer un à un tous les Irànds événements... Il est l'historiographe en vers du roi et du royaume pendant près de q"-^»^^ «n..ees )^ La Dlus célèbre de ses poésies historiques est la ballade Sur le trLs de Bertrand da Gaesclin (2). Il a compose Paiement un grand nombre de poésies satiriques et Zl7lt on il aftaque, à la façon de Rutebeuf, TEglise l'État, les financiers, et surtout les femmes. On a de ui desbkuades spirituelles Chai el la «0"^ 3). Enfin il a laissé une sorte d'Arf poéltqae sous ce titre ■ L ajl de diclier el de fere chançons, balades, virelais el rondeaux (1362). - Eustache Deschamps manque d'aisance et d élégance ; mais il est précis, nerveux ; il pense, il raisonne , il est plus qu'un auteur, il est uji homme.

Poètes lyriques du XV» siècle. - Au quinzième siècle nous rencontrons d'abord Christine de Pisan loG3.143i). îme de Tliom^as de Pisan, astrologue et médecin de Charles V elle était née à Bologne. Veuve a vingt-cinq ans, Jforîune, elle écrivit des vers d'abord poui^se conso e^ nuis Dour plaire à la cour, puis pour vivre. Aussi a l eue Cucoup produit, d'une façon hâtive, l^.g*"^^^ J^^". tor^v^c pt narfois inspirée par la seule actualité, ba piin

l pT^œuv^rT p^'qu^e est?e f o^-/'^/^ f-^^.^/^Xrs d'Arcs • mais elle doit surtout sa réputation a de petites Îiîces,' d2 dils moraux, écrits en formes de ballades, de

m luLLEViLLE, Hisl. de la hll. française, t. II, p. 3.51, Colin, ia) CUée dans' la Chrestomalhie de M. L. Cledat, p. 363 ; cf.

""•(sf cftle^pai- M. p. 362; par M..Soore, p .150^ L;n3

deux autres ballades, dans la Chresiomathie de G. Paris, p. 2Jo.

LA LITTÉIIATL'HK FRANÇAISE

rondeaux, etc. On en citera toujours quelqaes-un& (1). Parmi ses ouvrages en prose, il en est de curieux pour la connaissance des mœurs de la société polie, au quinzième siècle : la Cité des dames. Mais son « chef-d'œuvre », si le mot n'est pas ambitieux, est le Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles F, qui la classe parmi les historiens, et dont nous parlons ailleurs.

Alain Chartier (1386-1449) était frère de Guillaume Chartier, évêque de Paris (f 1472). Il entra à la cour comme secrétaire du Dauphin (plus tard Charles VII), Ses poésies, très nombreuses, sont dans le genre allégorique, et leur prodigieux succès est fait pour nous étonner. On peut citer : le Livre des quatre dames (sorte de débat à la fois courtois et patriotique sur la bataille d'Azincourt) (2). — Prosateur, Alain Chartier est moins conventionnel et mérite, à divers titres, une place honorable dans notre littérature française. D'abord, il exprime des sentiments du plus généreux patriotisme dans son Quadriloge invectif (1422) (3) et dans son Livre de VEspérance (1429) écrit à la veille de la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc (4). Alain Chartier est encore Fauteur du Cariai (l'homme de cour) ; c'est une satire puissante et ironique du courtisan. L'auteur s'adresse à son frère Thomas Chartier, et l'engage à fuir la cour, où il vit, lui, depuis longtemps et dont il connaît les misères. On comparerait utilement ce portrait du courtisan au quinzième siècle, avec certains passages de J. du Bellay, de Montaigne, de Balzac, de La Bruyère, de Saint-Simon, etc. C'est un document. — Le style d'Alain

(1) G. Paris, Chrestoniaîhie, p. 301 ; L. Sudre, p. 148.

(2) Quatre' dames ont perdu leurs chevaliers à la bataille d'Azincourt : le premier a été tué, le second fait prisonnier, le troisième s'est enfui, le quatrième a disparu. 11 s'agit de savoir quelle est la plus malheureuse des quatre dames (cf. Chresîomaîhie de M. Clédat, p. 869).

(3) Quadriloge signifie entretien à quatre personnages ; inveciif: qui contient des invectives. Les personnages sofit; la France et les trois ordres, peuple, noblesse, clergé.

(-1) A propos de Jeanne d'Arc, Chartier a écrit une lettre en latin à l'empereur Sigismond. « Cette fille, dit-il, ne vient pas de la terre ; elle est envoyée du ciel. »

POÉSIE LYUlQUCi ^1

Chartier est oratoire, Ploin mouveraent et de

fa iSaTe para t cooleslable. Ma.s ce qui est sûr, c esl que llaiïa^artier jouit au quinzième et au seizième s.ecle d'une immense renommée. ,

Charles d'Orléans (1391-U65). - Fils de Lof > ^ 0^ w f H„ vnlontine de M lan.père de Louis Xll.cnanes l'r'^f'înns ^n èunesse aux plus terribles catastrophes fut mêle dans sa J« ^'^««JJ il f^t^^ené en Angleterre,

'Su P nLnt V n^Tcin^ ans, la plus stricte captivu/Sl-e^en So, ilse retira à Blois, où il se composa vite. Uoime en li , . .. pendant ses années de une cour a,n,able ^^^^^f "J^rS^i .^^^ rima une quantité prison et a Blois, Charles chansons. Après sa

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"ScESs^^nins/no;. revenons à la poésie courto^rd'^n TMbaud de Champagne Les g^^^^^^^^ e -lou-

TfailtsTat: dans^roS t:.^^ pei- si quelf s pfèc:i coo crées à la paix, aux regrets du P^yj «PP^lj-

^«Ott connaiUes petits p^^^^^^^^ d.n tond ténu, .une îorme ingénieuse et pariant. . x^o ^ i (1) Lirecesdeux6a;ZadesdansAuBERTiN,Cfto/x de lextes...,vl^8.

manleau... ; — Les fourriers d'esté sont uenuz,.. ; — Dieu! qu'il la fait bon regarder, La gracieuse, bonne et belle /... — Petit mercier, petit pannier!.,. — Je meurs de soif emprès (auprès) de la fontaine...; — Levez ces couvrechefs plus hault, Qui trop couvrent ces beaulx visages..,, etc. (1).

La personnalité du poète se traduit discrètement dans ..quelques pièces mélancoliques sur la fuite du temps (Par les fenestres de mes yeulx. Au temps passé quand regardoye...), sur la solitude (Laissez-moi penser à mon aise...). Evidemment, Charles d'Orléans n'a pas cherché dans la poésie une distraction futile ; il était né poète. Ou plutôt il est au vrai poète, ce que le ciseleur est au sculpteur, ce que le miniaturiste est au peintre. Il aurait pu lui-même écrire sur son manuscrit : Émaux et Camées.

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