‹ Histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 45 sur 281 · VI. — Le monologue et le sermon joyeux · texte numérisé non relu

VI. — Le monologue et le sermon joyeux

Le monologue. — Les jongleurs, nous l'avons dit, possédaient tous un répertoire de petits morceaux, sans cesse rajeunis, des monologues dramatiques, pour la récitation desquels ils s'affublaient peut-être de costumes ou, du moins, d'accessoires particuliers. Semblables, comme invention et comme style, à nos m.onologues contemporains, ces courtes pièces forment, par leur ensemble, une sorte de revue satirique des divers états. Le ton en est spirituel, et il est essentiellement comique, au sens le plus exact du mot ; en effet, le personnage qui parie étale naï-vement ses travers ou ses mésaventures ; il fait rire de lui, sans se juger plaisant. C'est en quoi le monologue du moyen âge est si souvent supérieur au monologue de la fm du dix-neuvième siècle.

Nous possédons une vingtaine de monologues. Les types essentiels du genre sont : la Chambrière à louer à tout faire; le Varlet à louer à tout faire; le Clerc de taverne (garçon de café) ; le Ramoneur ; le Vendeur de livres, etc..

Il faut mettre à part le Franc-Archer de Bagnolet, composé environ versT468, et que l'on a souvent attribué, mais sans preuves suffisantes, à Villon. Les francs-archers formaient, une sorte de milice bourgeoise ; chaque commune devait équiper et entretenir le sien. Mais la plupart de ces soldats communaux se rendirent impopulaires par leur lâcheté, et abusèrent du privilège de leur situation pour rançonner et piller les paysans. =- Dans le monologue en question, le franc-archer (revêtu sans doute d'un costume à la fois exact et plaisant), commence par provoquer, flamberge au vent, tous les adversaires que le sort

LA LIIILKATURE FRANÇAISE

pouvait lui envoyer. Il raconte cyniquement les combats où il a lâché (3ied, et s'en vante. Le cri d'un coq lui fait espérer qu'il y a, aux environs, quelque poulailler à piller. Mais comme il cherche son butin, il aperçoit dans le champ un épouvantait à moineaux, fabriqué avec une vieille casaque de gendarme, bourrée de paille et dressée sur un bâton, croix blanche devant et croix noire derrière. Le franc-archer, pris de peur, tombe à genoux, et demande merci. Il fait une longue confession de ses fautes : il a beaucoup volé, et il n'a jamais tué que des poules... Mais le vent ayant fait tomber l'épouvantail, le francarcher s'approche, reconnaît sa méprise, reprend par degrés son humeur de bravache, et sort plus insolent qu'il n'était entré (1).

Enfin, c'est un véritable monologue que le Dit de I Herberie de Rntebenf, on y entend un charlatan qui vante les vertus extraordinaires de ses drogues, en particulier d'une herbe (rarmoise) qui guérit toutes sortes de maux. Ce monologue est ûn mélange de prose et de vers (2).

Le sermon joyeux. — A la Fête des Fous, un étudiant ou un clerc prononçait dans la chaire de l'église une parodie de sermon. Les fous une fois chassés du sanctuaire, le genre subsista et se développa, en conservant les caractères essentiels de son origine : un texte sacré en latin, une division, des citations de la Bible ou des Pères, une conclusion morale, et une formule de bénédiction. Il était d'usage, d'autre part, de commencer toute représentation de miracle ou de mystère par un sermon.

Nous possédons une trentaine de sermons Joyeux, dont les titres seuls indiquent clairement le sujet : Saint Raisin, Saint Hareng, Saint Jambon, le Ménage et la Charge du mariage, etc., etc. On y raconte le soi-disant martyre du saint en question. C'est un genre de plaisanterie « vieux comme le monde », et qui se trouve dans toutes les littératures (cf. Grain d'orge, du poète écossais Burns).

(1) Le Franc-archer de Bagnolel est publié dans toutes les éditions de Villon. , ^, i ti -

12) Lire des extraits du Dit de Vllerberie dans la Chresîomaîhie de M. L. SuDRE. CL le Ridebeuf de M. L. Clédat (Hachette).

LA COMÉDIE AU MOYEN AGE

Conclusion.

L'histoire de la comédie au moyen âge nous entraîne jusqu'au second tiers duseizième siècle. Certaines/arces, soties :OU moralités sont postérieures au manifeste de la Pléiade. D'autre part, la solie et la moralité disparaissent totalement du théâtre public, dès le dernier tiers du seizième siècle. Seules, les farces continuent à être représentées, en dépit des lettrés, qui voudraient substituer à la farce des adaptations de comédies anciennes.

Nous pouvons donc suivre, au seizième siècle, le développement normal de la farce, et la voir aboutir, grâce aux éléments italiens et antiques qui viennent s'y incorporer et l'enrichir sans la dénaturer, à la comédie de Molière.

BIBLIOGRAPHIE

Petit de Julleville, la Comédie et les Mœurs en France au

moyen âge. Paris, L. Cerf, 1886.

Ij Petit de Julleville, les Comédiens en France au moyen âge.

Paris, L. Cerf, 1885.

I Petit de Julleville, Répertoire du théâtre comique en France

au moyen âge. Paris, L. Cerf, 1886.

P.-L. Jacob, bibliophile, Recueil de farces. Paris, Garnier, 1876. Le Roux de Lincy et Fr. Michel, Recueil de farces, moralités et

sermons joyeux. Paris, 1837, 4 vol.

i ED, Fournier, le Théâtre français avant la Renaissance. Paris, '' 1872.

iÉM. Picot, la Sotlie en France, 1878 (extrait deRomania). lÉM. Picot, le Monologue dramatique, 18:6-88 (extrait de Romania).

Ch. -M. DES Granges, De Scenico soliloquio in noslro medii œvi iheatro. {Le monologue dramatique au moyen âge.) Paris, 1897,

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